Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Surtout, ne pas faire de CNews un martyr !

Ce qui a créé de l’ambiguïté dans la mise en demeure de l’Arcom, c’est que cette dernière, trop frileuse et peut-être tétanisée par sa propre audace, n’a pas cru devoir aller au bout de son analyse. Ce qui était licite de la part de CNews n’était cependant pas légitime si l’on admet qu’il n’y a pas véritablement de pensée libre quand celle-ci ne peut pas être contredite. La liberté sur un plateau, ce n’est pas seulement d’être à l’unisson pour découper une part du réel et l’analyser de manière univoque ; c’est aussi, c’est surtout, non seulement accepter mais vouloir la richesse d’un pluralisme, qu’il soit constitué par des contradictions internes ou, plus profondément, par des antagonismes intellectuels ou idéologiques.

Quand le cinéma a trop de moyens…

Le fait que le cinéma regorge aujourd’hui de moyens et que l’on tende trop souvent à confondre le grand film avec le film cher, n’engendre pas forcément des œuvres dilatées, longues, ployant sous la richesse, mais à comparer les deux Scarface, ce qui pourrait apparaître, en 1932, comme un manque est, au contraire, ce qui fait de ce film un chef-d’œuvre. Rien de trop : la devise latine est la clé du succès littéraire comme de l’excellence cinématographique.

Et si les magistrats y mettaient du leur ?

Mais comment se tenir ? Qu’accomplir, pour la magistrature, dans les travaux et les missions que son splendide métier lui assigne, même si, à force d’invoquer crises et mal-être au quotidien, on a totalement perdu de vue l’honneur d’être procureur ou juge et l’obligation de n’avoir qu’une boussole, celle du citoyen ? La Justice, au sens noble, c’est d’abord une politesse sociale et démocratique. Une morale concrète, une éthique et un service public. On oublie trop ce dernier.

Est-ce Emmanuel Macron qui se panthéonise ?

Le récit des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, son rapport à l’Histoire et la trace qu’il laissera : il paraît qu’il a sollicité plusieurs historiens pour tenter de dégager avec eux les contours d’une relation non seulement acceptable mais fondamentale avec son action. De quoi celle-ci sera-t-elle le nom ? À partir de cette obsession, ses panthéonisations, les choix opérés, la symbolique qui s’en dégage ne constituent-ils pas aussi, non plus une illustration consolatrice de lui-même, mais une part fondamentale de ce qu’il va nous léguer ? Non plus des grands travaux, mais de magnifiques et sublimes mémoires ?

Après les magistrats, qui ?

Ce dont la France a besoin, c’est d’une véritable révolution. Dans toute la sphère publique, la responsabilité doit devenir un principe, une règle, un honneur ; et la faute, lorsqu’elle est établie, doit entraîner les sanctions adéquates. On ne peut plus laisser croire à l’immunité totale de certains — au point que leur échec semblerait les promouvoir — et à la mise en cause des seuls corps auxquels leur discipline interdit de ruer dans les brancards.

Vincent Bolloré : une indifférence royale…

Cette volonté de ne se laisser enfermer par rien ni par personne conduit Vincent Bolloré à ne se faire aucune illusion sur la nature humaine, ni sur la qualité ou le courage de ceux qui le servent. Elle explique aussi sa prédilection pour des compagnonnages qui jurent parfois avec l’intégrité et la morale qu’on lui prête. En réalité, il semble raffoler des atypiques, des sulfureux, des transgressifs et des cyniques parce que, vraisemblablement — et c’est peut-être là qu’il trompe son monde —, derrière son conservatisme, ses valeurs et ses principes affichés, il est habité, dans ses tréfonds, par un désir de rupture, une envie de faire la nique à la société officielle.

Sébastien Lecornu : il a raison mais c’est effrayant !

Certes, ce n’est pas d’aujourd’hui que date la perception d’une absence d’éthique dans les lieux de pouvoir, à partir probablement d’un sentiment très émoussé de leur responsabilité de la part des élites, mais avec cette détection de la drogue est mis crûment en lumière le scandale d’une France où il n’est plus possible d’éprouver du respect ou de l’admiration pour ceux qui prétendent avoir la légitimité de nous diriger, peu ou prou.

Il n’y a pas que Lyhanna…

Il n’y a pas que Lyhanna. Elle est la monstruosité qui cache mille imperfections, retards, défaillances et faiblesses. La France tout entière se rappelle sans cesse à notre bon souvenir sur le plan de la sécurité et de la justice : « Mais j’existe ! » L’impuissance est doublement traumatisante : parce qu’elle existe et parce qu’elle demeurera. Faute de vrais combattants.

Justice : on ne trompe pas les Français…

Il faut cesser de fuir dans les abstractions pour préférer sanctionner, si cela s’avère nécessaire, une part infime de la magistrature plutôt que de projeter l’opprobre sur le corps tout entier, en prenant garde à ne pas tomber dans une dérive que le peuple abhorre.

Contre les faux-semblants…

Le fatalisme paresseux n’est pas non plus dénué d’un certain impact pour justifier l’inactivité. Le « on ne peut rien faire » a son utilité pour tous les créateurs de faux-semblants. Paraissant emprunter une forme de modestie, cet aveu de prétendue impuissance est décisif dans un monde qui offre trop aisément des prétextes pour ne rien accomplir, tant le réseau de contraintes, d’interdictions et de réglementations, ainsi que la faiblesse de notre souveraineté, sont impressionnants. Et pourtant, malgré ce maquis, le courage, l’énergie, la volonté, l’intelligence, la lucidité ont de quoi se frayer un chemin .