Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Le centre, oui, si c’est Bruno Retailleau…

À la suite des violences, des dégradations et des pillages survenus dans la région parisienne, ainsi que des désordres constatés dans toute la France, qui ont plus que terni la joie sportive suscitée par un PSG doublement victorieux en Ligue des champions, il fallait tout de même un certain culot ministériel pour oser déclarer que « la situation avait été sous contrôle ». Laurent Nuñez a eu cette audace.

Il n’y a pas que ça !

Il faut arrêter avec ce complexe de supériorité commode, souvent justifié par rien, prendre la mesure d’aujourd’hui, admirer le passé quand il le mérite et se projeter dans un futur que le volontarisme individuel et collectif ne rendra pas nécessairement déprimant.

Les Français sont-ils faciles à duper ?

Le citoyen dans l’orbite de LFI, peu attiré par le vote socialiste ou écologiste, pourra-t-il se laisser persuader par une si piètre démonstration d’opportunisme ? Sera-t-il dupé alors que la manipulation sera à ce point ostensible que les coutures apparaîtront comme sur un costume mal fini ? Que pensera-t-il de cette politique à l’ancienne où, pour plaire et engranger encore davantage d’adhésions, le candidat, sans en avoir honte, répudie ce qui constituait sa vérité et lui correspondait authentiquement, afin d’offrir une image fabriquée et mensongère ?

Voués au centrisme ?

Cette exclusion quasiment inéluctable des extrêmes aura vraisemblablement pour conséquence, dans le champ démocratique, la domination d’un centrisme qui, quoi qu’on pense de son faible impact sur l’avenir du pays, ne nous laissera pas le choix. Il ne se limitera pas à Édouard Philippe ou à Gabriel Attal, qui tenteront de donner de nouvelles couleurs au macronisme dont ils auront été, au bout du compte, des propagandistes peu reconnaissants.

Le niveau baisse partout…

Dans ce désert, qui montre que les adeptes du « c’était mieux avant » ont raison, surgissent des pépites qui illuminent précisément parce qu’elles apposent, sur l’instantanéité et l’immédiateté du flot de l’actualité, l’airain d’une pensée solide et durable, la beauté d’un style, la puissance de l’universel. Il n’y en a pas beaucoup. Tant de médiatisations qui donnent la nausée, saturent. Parmi ces pépites, une, en particulier, est l’absolu antidote à ce pessimisme étouffant. Il est joyeux et pourtant sans illusion. Il s’agit de Sylvain Tesson. Le niveau baisse partout, mais lui nous élève.

Expulser le peuple de partout…

C’est une immense déconnexion entre ceux, tellement nombreux, qui sont soumis au pouvoir, quelles qu’en soient les formes et les modalités d’expression, et cette catégorie de citoyens qui, dans l’arrogance ou l’indifférence, ne savent pas que le peuple existe ou font semblant de ne pas le voir. Le constat est triste. Il n’est pas démagogique…

Patrick Bruel : la loi du nombre ?

Avec Patrick Bruel, on est soumis à une vigilance complexe qui doit, en effet, concilier deux constats : d’un côté, on ne sait rigoureusement rien, sur le plan judiciaire, de son éventuelle implication ni de sa culpabilité dans l’ensemble de ces affaires ; de l’autre, ce qu’on en apprend médiatiquement ne rend pas absurde ce sentiment ordinaire selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu et que la multiplicité comme la grande similitude des pratiques transgressives alléguées finissent par laisser peu de place au doute. Comme si, en quelque sorte, le nombre faisait loi. Ce n’est pas de l’hypocrisie que cette exigence imposant de tenir les deux bouts de la chaîne : d’un côté, la présomption d’innocence ; de l’autre, le droit de penser ce que l’on veut de la matérialité des faits, de leurs modalités et des dénégations opposées.

Gilles Lellouche : courage et héroïsme…

Devenir un héros fait passer l’être humain d’une quotidienneté ordinaire à un régime d’exception. Cela suppose que le héros détenait déjà en lui un vivier, un terreau virtuel au sein desquels, la crise ou la tragédie survenue, il n’avait plus qu’à puiser. Cette réserve latente, l’homme ou la femme ordinaires n’en disposent pas nécessairement. Il y a presque toujours, chez le héros, des prédispositions à l’être, une nature prête au dépassement.

Samuel Paty : une leçon mal apprise…

La règle paraît être la suivante : le moyen le plus sûr de répondre aux défis du réel consiste à le noyer dans une complexité inextricable, une bureaucratie étouffante et proliférante, une accumulation d’obstacles telle que le succès serait un miracle. L’assassinat de Samuel Paty n’est pas une fatalité. Il est le résultat du fonctionnement défaillant d’un pays qui, demain encore, risque de pâtir des mêmes errements.

Les imposteurs…

Aurélie Jean, qui est aussi entrepreneuse, décrit bien les mécanismes de l’imposture dont la finalité suprême est, en définitive, de dissimuler qu’on en sait beaucoup moins que les rares experts et consultants de valeur. Malheureusement, de tels imposteurs sont nombreux dans tous les champs où la parole dévoyée et le narcissisme intime ont droit de cité. Je me suis toujours méfié des « grandes gueules ». Bien souvent, elles étaient le fait de petits personnages. Authentiques, ceux-là !