Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Gilles Lellouche : courage et héroïsme…

Devenir un héros fait passer l’être humain d’une quotidienneté ordinaire à un régime d’exception. Cela suppose que le héros détenait déjà en lui un vivier, un terreau virtuel au sein desquels, la crise ou la tragédie survenue, il n’avait plus qu’à puiser. Cette réserve latente, l’homme ou la femme ordinaires n’en disposent pas nécessairement. Il y a presque toujours, chez le héros, des prédispositions à l’être, une nature prête au dépassement.

Samuel Paty : une leçon mal apprise…

La règle paraît être la suivante : le moyen le plus sûr de répondre aux défis du réel consiste à le noyer dans une complexité inextricable, une bureaucratie étouffante et proliférante, une accumulation d’obstacles telle que le succès serait un miracle. L’assassinat de Samuel Paty n’est pas une fatalité. Il est le résultat du fonctionnement défaillant d’un pays qui, demain encore, risque de pâtir des mêmes errements.

Les imposteurs…

Aurélie Jean, qui est aussi entrepreneuse, décrit bien les mécanismes de l’imposture dont la finalité suprême est, en définitive, de dissimuler qu’on en sait beaucoup moins que les rares experts et consultants de valeur. Malheureusement, de tels imposteurs sont nombreux dans tous les champs où la parole dévoyée et le narcissisme intime ont droit de cité. Je me suis toujours méfié des « grandes gueules ». Bien souvent, elles étaient le fait de petits personnages. Authentiques, ceux-là !

Procès libyen : fier de l’accusation…

l est clair que, médiatiquement, Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un véritable réflexe de sauvegarde, si l’on excepte Mediapart, Le Monde et Marianne. C’était peu de chose au regard de l’apologie honteuse et systématique dont la droite — n’est-ce pas, Laurent Wauquiez ? — et l’extrême droite — n’est-ce pas, Jordan Bardella ? — ont entouré l’ancien président de la République. Comme si, au fond, la magistrature était devenue plus haïssable que ceux qu’elle poursuivait, tandis que les avocats étaient exaltés jusqu’à faire oublier que les juges n’inventent ni les infractions ni les procédures.

On ne peut plus admirer !

Cette incapacité, cette impuissance à être ébloui ou exalté, de quelque côté que l’on se tourne, ne sont pas étrangères au durcissement des rapports, à l’âpreté croissante des échanges, à leur grossièreté, à la multiplication des insultes et du mépris. Comme chacun ne dispose plus du barrage de l’admiration pour l’apaiser et lui permettre de relativiser, il n’est presque plus personne qui ne s’imagine supérieur et le manifeste par toutes les formes que l’expression met à sa disposition.

La grande illusion présidentielle…

Le paradoxe est qu’après tous ces détours, qui semblent plaider pour le citoyen-roi s’imaginant capable de tout, on en revient finalement à l’homme ou à la femme politique ayant traversé les épreuves, perdu et gagné des élections, endurci sans être devenu cynique, courageux mais habile, manœuvrier juste ce qu’il faut, ayant de la tenue, promettant seulement ce qu’il pourra tenir, humaniste enfin, mais sans naïveté.

Pourquoi l’extrémisme a-t-il le vent en poupe ?

On comprend bien pourquoi l’extrémisme, dans un monde où la culture recule et où les mots sont de moins en moins maîtrisés, est devenu le confort suprême : il tient lieu d’intelligence, feint l’audace et le courage, démolit les êtres sans jamais contredire les idées. Il constitue un outil idéal pour un univers décérébré et fier de l’être.

Le RN dit merci à Jean-Luc Mélenchon !

Il y a, dans l’attitude du chef comme dans celle de ses soutiens, quelque chose qui relève d’une forme de désinvolture suicidaire. « Je vais y retourner, peu importe le résultat. » Il va y retourner, et l’on ne peut rien y faire. Mais comment, toute lucidité mise au rancart, JLM a-t-il le culot d’annoncer qu’il battra Marine Le Pen ou Jordan Bardella à plate couture ? La politique conduit-elle forcément à ce délitement de la pensée, à cet abus de langage, à cette présomption fabriquée ?

Les détenus s’amusent-ils ?

La prison échoue dans sa mission première, mais on y fait du rap. L’école est en chute libre, mais on y multiplie les divertissements et les activités sans rapport avec sa vocation. La culture ne sait plus être populaire, et l’on surabonde en programmes obscurs ou vulgaires. Cette déliquescence a des effets redoutables. À force d’accumuler une multitude de substituts à la réalité – qu’il aurait fallu affronter autrement, avec plus de rigueur, d’intelligence et de constance -, on a fini par créer une infinité d’illusions.

Les autres ne sont pas meilleurs que nous !

Rien ne me met plus mal à l’aise que de voir des personnalités remarquables s’aplatir devant des individus parfois médiocres, nous privant ainsi du plaisir de les voir pleinement elles-mêmes — alors qu’elles en valent la peine.