Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Défense des ploucs…

L’invocation répétée d’un peuple supposé homogène tient trop souvent lieu de réflexion à la pensée conservatrice : elle se borne à dénoncer indistinctement les élites et, par effet de contraste, à idéaliser ceux qu’elles sont censées dominer. Pour échapper à ce qui pourrait n’être qu’un simulacre – un hommage superficiel dénué d’authenticité -, la seule solution est de comprendre que cette France majoritaire des « honnêtes gens » n’a pas seulement à être valorisée, remise sans détour au cœur du débat démocratique, mais saluée, célébrée comme une chance presque ultime de sortir le pays d’une situation infernale, où ceux qui croyaient savoir ont failli, tandis que la masse des autres n’a jamais été ni consultée ni respectée.

Debray-Tesson : un duo ?

Derrière le dialogue entre Régis Debray et Sylvain Tesson, que de connivence, que de complicités, que d’hostilités claires et profondes à l’égard de ce qui ruine notre société et dégrade notre civilisation ! Ce n’est pas mythifier ces belles intelligences que de les sentir communes dans des détestations qui sont les nôtres, ou pourraient l’être, si nous avions autant d’aura et de courage qu’eux pour les exprimer.

Un autre couple…

Ces images corses – cette discrétion élégante, cette pudeur qui n’enlève rien à l’expression des sentiments mais la magnifie par contraste, cette absence d’attitudes ostentatoires – sont rafraîchissantes dans un monde où le cœur sans excès est décrié, où la visibilité sans clinquant est moquée, où l’on n’a pas le droit de se comporter avec classe.

Du poison dans l’humanisme…

Pour user d’une ironie saumâtre, voir Jean-Luc Mélenchon venir au secours éthique et politique du maire de Saint-Denis relève d’une forme de farce, quand certaines des interventions du premier ont pu être qualifiées d’antisémites. Que l’immoralité en vienne à stigmatiser des propos faussement traités de racistes, c’est soit le comble du ridicule, soit le signe d’une société totalement égarée dans ses principes et ses repères.

L’Iran est toujours un enfer…

Le président américain ne me fait pas oublier que les mollahs et les Gardiens de la révolution constituent une monstruosité sanguinaire, et que l’Iran, peuple d’une immense intelligence et d’une haute culture, est devenu un enfer où dominent l’étouffement et la mort. Si j’écris cela, c’est qu’il me semble que certains médias vantent un peu trop la résistance iranienne, comme s’ils éprouvaient une satisfaction presque sadique à voir les États-Unis s’enliser, et qu’ils n’étaient pas loin de souhaiter pour eux une déconfiture humiliante.

Marie Dosé se trompe de violence…

On croit rêver quand l’entretien avec Marie Dosé, suivant explicitement les préjugés de l’essai, s’articule sur la seule « violence » que subiraient tous ceux qui ont affaire à la justice pénale et ceux qui les défendent. On aurait pu, même modestement, espérer une légère allusion à l’immense univers de l’autre côté — celui des tragédies, des délits, des crimes et du pire, sous toutes ses formes, commis par les transgresseurs condamnés. Il y a quelque chose de surréaliste à fustiger la « violence » des procédures et de la répression quand on abolit radicalement, dans son discours, tout ce qui la légitime et la justifie.

Si on ne veut pas du RN ?

Face à Édouard Philippe et Dominique de Villepin, l’un ayant un projet au ralenti, l’autre se préservant de tout contact impur, j’en reviens au président des Républicains, qui est conscient de l’obligation de faire émerger une droite de rupture, sans que le centre vienne, dans une alliance préjudiciable, ruiner ce que la première saurait inventer de radical et de décisif. Bruno Retailleau est aujourd’hui le seul à vouloir opposer au RN une radicalité crédible et, face à LFI, une résistance absolue, avec la lucidité de juger LFI plus dangereuse que le RN.

Pas touche au Cid !

Ce n’est pas la première fois que je constate que les acteurs les plus intelligents, les plus lettrés, les plus cultivés — Denis Podalydès en fait partie — deviennent parfois de redoutables fossoyeurs de l’esprit originel d’un chef-d’œuvre, dès lors qu’ils prétendent l’avoir mieux compris que son auteur et se plaisent à s’imaginer eux-mêmes créateurs, fût-ce au second degré…

Retailleau – Lisnard : quel gâchis !

Au regard de l’état du parti, de l’échéance présidentielle qui approche et de l’arbitrage à venir sur les modalités de désignation de son candidat, on ne peut que regretter la volonté exprimée par David Lisnard de s’éloigner pour ne compter que sur sa seule association Nouvelle Énergie.

Au secours d’Amina…

Quand le procureur général Pierre Truche invitait le parquet de Paris à régler, en quelque sorte d’autorité, les procédures d’instruction vieilles de plus de deux ans, il permettait ainsi une avancée considérable. L’institution judiciaire n’était plus à la traîne, impuissante, mais devant, volontariste et déterminée. Aujourd’hui, à cause du syndicalisme, elle déplore, voire gémit, au lieu de se battre avec pour seul objectif : satisfaire le citoyen.