Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

La grande illusion présidentielle…

Le paradoxe est qu’après tous ces détours, qui semblent plaider pour le citoyen-roi s’imaginant capable de tout, on en revient finalement à l’homme ou à la femme politique ayant traversé les épreuves, perdu et gagné des élections, endurci sans être devenu cynique, courageux mais habile, manœuvrier juste ce qu’il faut, ayant de la tenue, promettant seulement ce qu’il pourra tenir, humaniste enfin, mais sans naïveté.

Pourquoi l’extrémisme a-t-il le vent en poupe ?

On comprend bien pourquoi l’extrémisme, dans un monde où la culture recule et où les mots sont de moins en moins maîtrisés, est devenu le confort suprême : il tient lieu d’intelligence, feint l’audace et le courage, démolit les êtres sans jamais contredire les idées. Il constitue un outil idéal pour un univers décérébré et fier de l’être.

Le RN dit merci à Jean-Luc Mélenchon !

Il y a, dans l’attitude du chef comme dans celle de ses soutiens, quelque chose qui relève d’une forme de désinvolture suicidaire. « Je vais y retourner, peu importe le résultat. » Il va y retourner, et l’on ne peut rien y faire. Mais comment, toute lucidité mise au rancart, JLM a-t-il le culot d’annoncer qu’il battra Marine Le Pen ou Jordan Bardella à plate couture ? La politique conduit-elle forcément à ce délitement de la pensée, à cet abus de langage, à cette présomption fabriquée ?

Les détenus s’amusent-ils ?

La prison échoue dans sa mission première, mais on y fait du rap. L’école est en chute libre, mais on y multiplie les divertissements et les activités sans rapport avec sa vocation. La culture ne sait plus être populaire, et l’on surabonde en programmes obscurs ou vulgaires. Cette déliquescence a des effets redoutables. À force d’accumuler une multitude de substituts à la réalité – qu’il aurait fallu affronter autrement, avec plus de rigueur, d’intelligence et de constance -, on a fini par créer une infinité d’illusions.

Les autres ne sont pas meilleurs que nous !

Rien ne me met plus mal à l’aise que de voir des personnalités remarquables s’aplatir devant des individus parfois médiocres, nous privant ainsi du plaisir de les voir pleinement elles-mêmes — alors qu’elles en valent la peine.

Bruno Retailleau n’est plus un homme de devoir !

Bruno Retailleau dispose d’un an pour convaincre ceux qui ne sont pas encore persuadés qu’une droite authentique est enfin de retour, pour battre en brèche le pessimisme de ceux qui choisissent de s’en prendre aux populistes plutôt que de créer et d’aider positivement, et, plus largement, pour instiller, dans notre paysage démocratique dévasté, sous une forme républicaine, l’espérance d’un redressement national et international.

Brigitte Macron : ombres et lumières…

Ce qui frappe d’abord dans les propos de Brigitte Macron, c’est une liberté de ton absolue, ainsi que le contraste éclatant et en partie douloureux qu’elle décrit entre sa première vie — « une vie normale, des enfants, un job, des hauts et des bas, comme tout le monde… » — et son existence d’épouse de président — « dix années passées si vite, tellement intenses, j’ai vu la noirceur du monde, la bêtise, la méchanceté ».

Il y a un admirable Donald Trump…

En revanche, il est certain qu’il y a un Donald Trump suscitant l’admiration, lorsque le risque, le danger, la menace de mort le contraignent à sortir de lui-même et à affronter autre chose que la pure ivresse — ici efficace, là erratique — de soi. Aucune inconditionnalité ne doit lui être appliquée : pas plus celle de la détestation que celle du dithyrambe !

« Emprise réactionnaire », est-ce grave ?

Ce n’est donc pas le fait que Vincent Bolloré soit conservateur, avec des choix clairs et des convictions fortes – j’en partage l’essentiel – qui doit être fustigé, mais la contradiction, dont il semble se moquer, entre ses principes et certaines de ses pratiques. Je regrette, par exemple, que sa conception revendiquée de la liberté d’expression ait trouvé ses limites au sein de CNews, par sa médiocre défense de ceux qui en usaient et son indifférence à l’égard de leur argumentation.

Idolâtrer ou détester : un devoir ?

En de multiples occasions, j’ai refusé de céder à ce diktat de l’opprobre total au prétexte d’un antagonisme intellectuel, politique ou médiatique, et pas seulement parce que l’affrontement personnel n’a rien à voir avec la dispute des idées, mais aussi à cause de l’infinie curiosité, nourrie de doute et de questionnement, qu’on doit éprouver pour ceux qui échangent avec vous ou contre vous.