Nous ne manquons pas d’exemples et, chaque été, « ces Grands Hommes qui ont fait la France et qui nous manquent tant aujourd’hui » nous reviennent comme une espérance, un remords ou un regret.
Cette année, Le Figaro Magazine a respecté cette tradition et une remarquable analyse d’Arnaud Teyssier nous propose une nostalgie historique fondée sur le cardinal de Richelieu, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle.
Malgré ce procédé qui consiste à admirer des personnalités exceptionnelles, emblématiques, et à considérer qu’il suffit de les imiter en adaptant notre comportement à notre époque, l’expérience démontre que la crise est beaucoup plus profonde et la difficulté bien plus complexe à résoudre.
Quand Arnaud Teyssier écrit : « Tout le monde ne peut se hisser à la hauteur de Richelieu ou de De Gaulle, mais il n’est pas interdit de s’en inspirer en usant des mêmes ressorts : la volonté, le courage, la fermeté dans le dessein. Et le caractère. », on ne peut que l’approuver totalement, parce qu’il postule que nous disposons d’une génération politique, jeune ou moins jeune, dont le seul devoir serait de pratiquer les vertus de ses glorieux prédécesseurs et, ainsi, de s’inscrire aisément dans leur lignée.

Alors qu’il me semble – et ce n’est pas tomber dans un pessimisme dévastateur – que la crise actuelle tient précisément à la raréfaction, voire à l’absence, de personnalités en capacité de mettre en œuvre les ressorts dont Arnaud Teyssier estime, à juste titre, qu’ils sont fondamentaux pour espérer sauver la France.
Au fond, s’il suffisait de copier les gloires du passé, demeurées dans notre mémoire ou notre mythologie, la vie publique retrouverait vite tenue, cohérence, rectitude et efficacité. Mais, désormais, nous sommes à la recherche d’hommes ou de femmes dont le capital humain, intellectuel et moral serait suffisamment solide pour nous laisser croire à la possibilité d’une simple imitation des phares d’autrefois.
Au risque d’abuser de cette citation, une des explications réside sans doute dans cette affirmation de De Gaulle : « La meilleure école du commandement est la culture générale », mais probablement aussi dans le triste constat d’une perte d’énergie, d’intelligence et d’audace, tant au plus haut niveau que dans le commun.
Raisonner comme si nous disposions aujourd’hui des remèdes permettant de faire revivre le passé, sur le plan historique, est une illusion. Le futur est justement angoissant parce que les exemples ne suffisent plus et que nous avons à rechercher désespérément notre propre chemin.
« Nous ne manquons pas d’exemples et, chaque été, « ces Grands Hommes qui ont fait la France et qui nous manquent tant aujourd’hui » nous reviennent comme une espérance, un remords ou un regret. » (PB)
Et pourtant, si, nous avons aussi nos « grands hommes », sauf que nous refusons de les voir car ils sont parmi les petits, les sans-grade, les « citoyens » (et non pas les « administrés ») qui continuent de faire tourner une France abandonnée par un État aussi prétentieux que pachydermique et impotent, incapable de remplir ses missions régaliennes de base en matière de sécurité, qu’il s’agisse de la sécurité civile ou de la lutte contre la délinquance et la criminalité, alors qu’il ne sait que rançonner les Français à coups d’impôts, de taxes et de surtaxes pour du vent.
Ainsi, c’est certes aux pompiers professionnels et volontaires, sans oublier l’aide capitale apportée par les agriculteurs, qui ont amené à leurs frais des réserves d’eau supplémentaires ou nettoyé et débroussaillé certaines zones à risque, que les incendies ont pu être contenus. Mais ces paysans (*) ont bien du mérite à se dévouer alors qu’ils ne sont traités avec mépris que comme des gueux par les représentants incapables du sommet de l’État, qui ne savent que jouer les intéressants devant les caméras « en faisant des phrases ».
Dans certains cas, ce sont les « citoyens » locaux qui connaissent mieux leurs bois et leurs forêts que les ronds-de-cuir étatiques ou les écologistes de pacotille, qui ont été obligés de prendre des initiatives, comme la création en urgence de pare-feux, parfois illégalement par la force des choses, pour limiter les dégâts et sauver ce qui pouvait l’être.
Comment faire autrement alors qu’une demande d’autorisation auprès de l’ONF, par exemple, aurait demandé des mois, et encore ?
https://www.youtube.com/watch?v=1BVaInz6580
Alexandre Jardin : « Il y a eu un énorme élan de désobéissance. »
Dans un autre domaine, celui de l’occupation de terrains publics, comme des stades, ou privés par des « gens du voyage », avec à la clé une perte d’exploitation pour les agriculteurs ou des préjudices variés pour les clubs sportifs qui sont contraints de renoncer à leurs activités normales, c’est l’État des « droits de l’homme » à géométrie variable, dans toute sa splendeur, orienté vers la protection des voyous ou des malfrats, qui démontre avec brio ce qu’il est incapable de faire.
Ainsi, entre la mairie, l’intercommunalité, la police, la gendarmerie, le préfet, la région, etc., tout le monde, dans ce maquis administratif inextricable, se renvoie la balle pour ne surtout rien faire.
Chose curieuse, en Corse, dans le cas d’un scénario du même type, ce sont quelques dizaines de citoyens du coin qui, après la visite infructueuse des « forces de l’ordre » locales, ont convaincu poliment mais fermement, avec l’éventualité d’un recours à des arguments frappants, les squatteurs de s’en aller.
Et tout cela sans extorquer un kopeck au contribuable.
Quand on veut, on peut.
Enfin, n’oublions pas les innombrables dénis de justice ordinaires dont sont victimes les Français, dont certains concernent des crimes et délits commis par des étrangers en situation irrégulière que l’État a lui-même fait entrer ou laissés entrer en France ou, pis encore, naturalisés sans l’accord du Peuple souverain.
Donc, y a-t-il encore un État en France ?
Et alors à quoi bon élire en 2027 un « chef de l’État » qui ne serait qu’un fantoche inutile, pour ne pas citer d’innombrables personnes du même type qui « nous coûtent un pognon de dingue » pour ne rien faire, quand ce n’est pas pour agir contre les intérêts des Français ?
Pour mémoire, quand Bonaparte a débuté sa carrière politique, la France du Directoire était aussi en pleine déliquescence, les « élites » menaient joyeuse vie, les caisses de l’État étaient vides, le brigandage sur les routes était un fléau (cf. l’affaire du courrier de Lyon) et des bandes de « chauffeurs » terrorisaient les campagnes, ce qui n’était pas sans rappeler, par certains côtés, la période actuelle.
Sa première mission a été de remettre de l’ordre, sans s’être trop embarrassé de scrupules à l’encontre de la pègre.
(*) Ce terme, faisant référence aux habitants d’un pays, n’a rien de péjoratif.
Richelieu, un exemple ? Cette crapule étatiste ?
Plutôt que de se fier à ce qu’en écrit dans Le Figaro Arnaud Teyssier, haut fonctionnaire, énarque, conseiller de Philippe Séguin, président du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle, président du syndicat des membres de l’Inspection générale de l’administration (rien que le nom m’amuse…) – bref, un symbole de l’horreur fonctionnariale à la française, voyons plutôt ce qu’en dit Jean-Philippe Feldman (*), ultra-libéral mondialiste à la solde de la finance cosmopolite atlanto-sioniste (et par ailleurs avocat, docteur et agrégé en droit, ce qui peut lui valoir quelque indulgence sur ce blog) :
« Jules Simon constatait que le but des rois de France et de leurs proches avait été la destruction du despotisme des seigneurs en favorisant l’affranchissement et en renforçant le despotisme monarchique. Mais il se lamentait que les Louis XI et autres Richelieu aient supprimé à la fois le despotisme des seigneurs et les libertés naissantes des communes. […] »
« C’est ce que dénonçait Charles de Rémusat : ‘Le centre seul fortifié au milieu d’une plaine immense, voilà la France que rêvait Richelieu. C’est l’unité dans l’oppression.’ […] »
« Aux yeux de Richelieu, seule importe la grandeur du pays. Quant aux Français, il leur témoigne au mieux de la condescendance : ‘Tous les politiques sont d’accord que, si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir […]. Il faut les comparer aux mulets qui, étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail.’ »
« Dans son Testament politique, il n’hésite pas à écrire que ‘les Français sont capables de tout pourvu que ceux qui les commandent soient capables de leur bien enseigner ce qu’il faut qu’ils pratiquent’. Il appartient aux gardiens de mener leurs troupeaux, car, ainsi qu’il l’expose en 1630, les peuples sont ‘ignorants de ce qui est utile à un État’. »
Ça ne vous rappelle rien ? De Gaulle et son fameux « les Français sont des veaux », bien sûr !
« Peu suspect de modestie exacerbée, le Cardinal écrivait en 1635 : ‘Je confesse mon ignorance en matière de finances’. »
« En cette période trouble, il épuise les campagnes avec la répression des révoltes successives, le passage incessant des armées et le fiscalisme. Les villes sont soumises elles aussi à une lourde oppression fiscale. L’épargne est détournée des activités productives pour se déverser dans les canaux de la guerre. Aucune réforme structurelle n’est entreprise, au profit d’un accroissement des tares du système. La bureaucratie se répand avec la multiplication des offices inutiles qui détournent les individus de la création des richesses. L’exécration des hommes d’affaires s’affiche sans détour. […] »
Non, ce n’est pas un état des lieux en 2026, mais quatre siècles auparavant. « Macron » n’a rien inventé.
« D’une crasse ignorance en matière financière, Richelieu fut dans l’incapacité d’établir le moindre budget. Cela explique entre autres qu’il ait multiplié les emprunts. Les finances sont en triste état à l’avènement de Mazarin. Le déficit se monte à environ 50 millions de livres en 1643. Les revenus des trois années à venir ont d’ores et déjà été consommés. […] »
« Selon Pierre Chaunu, il semble que l’importante pression fiscale de la décennie 1480 ne soit égalée et même dépassée qu’entre 1630 et 1638. Richelieu écrase la vile populace de taxes. L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie n’hésite pas à parler d’un État prédateur. Son collègue Philippe Erlanger écrit de manière suggestive que, sous Henri IV, le peuple avait payé plus d’impôts que pendant tous les autres règnes, et qu’en deux années du gouvernement de Richelieu, il en avait payé plus que durant l’ensemble du règne d’Henri IV… De 1635 à 1638, le montant global des impositions fit plus que doubler, ce qui provoqua des révoltes, spécialement dans l’Ouest et le Sud. »
Qu’est-ce vous vous faites du pognon ? Richelieu est responsable des Gilets jaunes.
« La justice pénale sous Richelieu était réputée pour son intransigeance. Mais il arriva malgré tout que le Cardinal craignît que les juridictions ordinaires fussent par trop indulgentes. Qu’à cela ne tienne : il suffisait de mettre en place des juridictions d’exception ! Augustin Thierry dresse ce portrait sans concessions : ‘Il fut sans merci comme il était sans crainte, et mit sous ses pieds le respect des formes et des traditions judiciaires. Il fit prononcer des sentences de mort par des commissaires de son choix, frappa, jusque sur les marches du trône, les ennemis de la chose publique, ennemis en même temps de sa fortune, et confondit ses haines personnelles avec la vindicte de l’État.’ […] »
Hein ? Qu’est-ce que vous dites ? Les costumes de François Fillon ? L’indulgence pour Raphaël Arnault et sa Jeune garde ? Les condamnations d’Éric Zemmour pour « haine » et pour « racisme » ?
« Sous Louis XIII et Richelieu, la presse se trouve soigneusement contrôlée par le pouvoir, à commencer par Le Mercure français, plus encore La Gazette, organe officieux des autorités. L’ordonnance du 10 juillet 1624 soumet tout imprimé qui concerne les affaires de l’État à la censure préalable du souverain. Le 2 novembre 1626, le roi fait défense à tout sujet de traiter sans autorisation ‘des propositions concernant le pouvoir et l’autorité souveraine de Sa Majesté et des autres rois et souverains’. L’édit du 15 janvier 1629 charge le chancelier de désigner les censeurs qui doivent examiner les ouvrages avant parution. La censure préalable passe ainsi de l’université au roi. […] »
Vous avez dit ARCOM ? Presse subventionnée ? Médias d’État ?
« Dès 1631, lorsque La Gazette fut créée, Théophraste Renaudot reçut en sous-main un financement de Richelieu aux fins de propagande. Depuis 1947, le syndicat du livre CGT détient en pratique le monopole de l’embauche dans le domaine de la distribution de la presse et des quotidiens. Même hostiles à la gauche et à l’extrême gauche, les groupes de presse dépendent des aides de l’État et des commandes publiques pour les groupes industriels qui en sont propriétaires. La liberté de la presse s’étiole d’autant. Cela explique la médiocrité du classement de la France au terme de l’enquête de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Onzième à l’origine en 2002, le pays a régressé à la 32e position en 2019. »
« Cela explique aussi le traitement qui est généralement réservé au libéralisme par les journalistes et celui qui est réservé à leurs collègues qui oseraient se démarquer de la ligne dominante. »
« Le monolithisme politique des journalistes – du moins tel qu’il est affiché – se traduit dans les sondages. Une enquête est réalisée en 2001 auprès de 130 journalistes de l’actualité générale. La question posée est de connaître leurs intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2002 : 69 % des personnes interrogées […] sont en faveur de la gauche et de l’extrême gauche au premier tour. Jacques Chirac recueille 4 % des intentions de vote, Alain Madelin 1 %, mieux que Jean-Marie Le Pen qui ferme la marche avec 0 %. […] »
Jean-Philippe Feldman conclut :
« Francis Lieber définit la liberté comme des ‘institutions qui garantissent la jouissance de ce qui constitue la liberté dans l’opinion des hommes à une période donnée’. Il oppose en conséquence d’un côté les Français, un ‘peuple non institutionnel’ depuis Richelieu et Louis XIV, d’un autre côté les Anglais, une ‘race aimante’ des institutions. »
Voilà voilà voilà… Inutile, donc, de vous exciter sur « la macronie », sur « Hollande, sur « Sarkozy », sur « Chirac », sur « Mitterrand » – ou sur le prochain titulaire du poste après un ou deux ans de mandat. C’est la faute
à Voltaireà Richelieu, et à un nombre considérable d’arsouilles qui se sont succédées depuis des siècles à la tête du pays, bien avant la Révolution.C’est aussi, bien sûr, les faute des Français eux-mêmes, qu’on ne peut, à moins de violer la vraisemblance la plus élémentaire, considérer comme des bébés vagissants dépourvus de la moindre volonté et du moindre pouvoir d’agir depuis quatre siècles et davantage.
Le problème n’est pas la difficulté de choisir un exemple, ou de trouver un homme providentiel pour l’appliquer ; le problème est de savoir ce qu’on veut.
Jusqu’à présent, les Français ont obtenu ce qu’ils voulaient. Le problème est qu’ils ne cessent de se plaindre des conséquences de ce qu’ils ont réclamé. Il va falloir choisir.
Qu’est-ce qu’elle a exigé, Jacline « Qu’est-ce que vous faites du pognon ? » Mouraud, pour réduire la fiscalité délirante ? Davantage d’impôts. Pour les autres…
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(*) Exception française : Histoire d’une société bloquée, de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron
Chez sylvain, ce sont les chevaux de bois du manège enchanté qui lisent l’Évangile.
Pom, popopom, pom, pom, pom, pom.
Bonne nuit, les petits !
Ça fait des décennies que la France traîne sa dette comme un vieux sac de gravats qu’on n’arrive plus à porter.
On est là, pays soi-disant « puissance mondiale », mais avec 3 600 milliards de dettes qui nous collent aux pompes comme du goudron frais.
À force, t’as l’impression qu’on avance dans la vie comme un clodo avec un frigo attaché au dos.
Les prêteurs, eux, ils nous regardent comme des requins en costard, prêts à nous serrer la gorge dès qu’on cligne des yeux.
Ils nous tiennent par les bourses — dans tous les sens du terme — et nous font payer chaque centime comme si on avait demandé un prêt pour acheter la Lune.
Et depuis des années, les types censés gérer le bazar…
Bah, souvent, t’as l’impression que c’est une bande de pilotes sans permis, des gens qui conduisent l’économie comme si c’était une 2 CV sans freins dans une descente.
Ça parle, ça promet, ça fait des plans sur la comète, mais au final, on se retrouve toujours avec la même ardoise XXL.
Le pays, c’est un peu comme un pote qui dit : « T’inquiète, je rembourse demain », depuis trente ans.
Sauf que demain n’arrive jamais.
Et nous, on continue à emprunter, à bricoler, à colmater les fuites comme si on essayait de réparer le Titanic avec du scotch.
Alors ouais, ça donne l’impression qu’on n’y arrivera pas, qu’on est coincés dans une galère sans fin, un truc où tu rames, tu rames, mais le rivage, tu le vois jamais.
Comme si on essayait de courir un marathon avec des chaussures en béton.
Quel daron pour renverser la table ? Un pays de miséreux, fourni de glandouilles. Encore 5 % de plus cette année sur le paletot. Un pays du tiers-monde en devenir, avec les mêmes glandus depuis des décennies.
Mais faut aussi dire la vérité. Comme disait l’autre, Pépère : « C’est l’État qui paye ! » C’est bien à l’image de ce parti. Comme disait Winston Churchill : « Sous le capitalisme, les gens ont davantage de voitures. Sous le communisme, ils ont davantage de parkings. »
Donc ouais, c’est lourd, c’est moche, ça fait peur, ça fait râler, ça fait soupirer…
Mais ça veut pas dire qu’on est condamnés à finir dans le décor.
Juste que ça demande des choix costauds, des décisions qui piquent, et une vraie vision — pas juste des rustines.
Nous élisons des rustines, des chambres à air, de la Velox, du Dissolution Cement. Personne n’est dupe. Quand il n’y a plus un rond vaillant, le prêteur vous tient par la gorge, juste ce qu’il faut pour vous laisser respirer. Les décisions ne vous appartiennent plus. Un pays émergent est condamné à mendier et à s’écorcher les genoux.
Y a plus un rond, plus un fifrelin pour la liberté. La liberté, c’est le pognon. Il suffit de regarder Volodymyr Zelensky. Il court après tous ces imbéciles qui pensaient le Cinglé invulnérable. Le courage de résister : il donne à tous nos gonfle-figues une incroyable leçon de courage. Il a sacrifié presque cinq ans de sa vie pour les autres. Et en face, il n’avait que de minuscules politiques. Aucun ne fera l’Histoire ; lui est en train de l’écrire.
@ Aliocha le 4 août 2026
J’ai fait lire votre message à mon cheval de bois, il m’a filé une ruade.
Dites, tout va bien ? En ce moment, beaucoup de cerveaux sont en surchauffe because les incendies. Un conseil : mettez des sachets de glaçons sous votre moumoute. Ne me remerciez pas, c’est de bon cœur.
Il n’existe aucune providence politique.
Richelieu n’aurait rien accompli sans une administration naissante, Napoléon sans une armée, de Gaulle sans un peuple qui, malgré ses divisions, conservait encore le sentiment obscur de son destin.
L’histoire n’est jamais l’œuvre d’un seul homme.
Mais elle montre aussi qu’un seul homme peut parfois rendre à une nation la conscience de ce qu’elle est.
C’est sans doute là le sens ultime de la pensée gaullienne.
La culture générale ne prépare pas seulement aux responsabilités. Elle prépare à la liberté intérieure. Elle enseigne que gouverner consiste d’abord à se gouverner soi-même, qu’un peuple ne vaut jamais davantage que l’idée qu’il se fait de lui-même et qu’une civilisation commence à mourir non lorsqu’elle perd sa richesse, mais lorsqu’elle cesse d’admirer l’intelligence, le caractère et la grandeur.
Alors seulement apparaissent ces périodes de lassitude où les peuples cherchent désespérément un sauveur.
Ils découvrent trop tard qu’ils auraient dû commencer par former des citoyens.
Car les grands hommes ne tombent pas du ciel.
Ils naissent toujours d’une grande civilisation qui n’a pas encore renoncé à transmettre son âme.
Admirable portrait du Cardinal par Philippe de Champaigne, avec un regard exprimant l’intelligence mais aussi une curiosité bienveillante et sans morgue vis-à-vis de l’artiste, qu’il semble jauger.
Affranchis du péché idolâtre, il nous est loisible désormais d’être les esclaves de la justice.
« 20Car, lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice. »
https://saintebible.com/romans/6-20.htm
Ce n’est donc pas de leaders dont nous manquons, ils sont encore des idoles pour offrir aux citoyens l’excuse de préférer choisir l’iniquité de la foule plutôt que le chemin unique, escarpé mais droit et tracé de la justice, voie de l’émancipation des peuples.
Le modèle divin nous a renseignés sur nous-mêmes, nous donnant le signe qu’il nous connaît.
Charge à nous de savoir le reconnaître, antidote d’espérance à tous les désespoirs, quand il est très certain qu’il existe une alternative à l’anéantissement.
Les Français se targuent de leur exceptionnalité, mais de quoi sont-ils fiers, au juste, des trois inévitables Richelieu, Napoléon et de Gaulle ?
Des nations ont été libres de façon plus continue que nous, et on voit bien pourquoi quand on songe qu’on est encore fasciné par un Napoléon qui nous a privés de démocratie aussi bien qu’il a ravagé l’Europe par la guerre. Sans nier que Richelieu ait bien servi son roi, en somme notre monarchie nous a pliés à l’absolutisme dont relève encore pour moi la prééminence de l’Exécutif dans une Constitution sans véritable équilibre des pouvoirs.
On a aussi de Gaulle qui certes a poussé les Français à résister, mais qui à part ça les a dérobés à la lucidité en leur faisant croire qu’ils avaient gagné la guerre quand ils l’avaient perdue. Il a légitimé la tromperie en faisant croire qu’il garderait l’Algérie avec son fameux « Je vous ai compris », il a ébranlé la démocratie en faisant son coup d’État démocratique, j’agite les militaires pour poser au recours, et légitimé l’ingratitude envers les Américains.
Les grands hommes dont on se vante nous ont-ils vraiment affermis dans la voie de la liberté ? Il est permis d’en douter. Et malgré ou à cause d’un tel résultat, nous en redemandons. On croirait, à entendre les gémissements nationaux, des drogués en manque. La culture ne libère pas à elle seule, sinon les pédagogues, des esclaves, auraient été libres et de vrais dirigeants. La culture, la gloire, nous sacrifions toujours la liberté à ce qui brille dans les exemples que nous prenons.
Il n’est pas étonnant que nous le fassions de façon moins visible pour d’autres choses, la dette, la préférence pour une immigration musulmane nous rendant le mal pour le bien au constat clair et net qu’une minorité peut suffire à perdre une liberté dont en vérité nous sommes toujours prêts à la risquer sous les prétextes les plus changeants.
On croirait ces Barbares, si accros au jeu de hasard, prêts à devenir esclave pour parier quand ils n’avaient plus d’autre mise que leur personne. Mais c’est pire : notre recherche de je ne sais quel Prince charmant ou père en politique rabaisse non seulement qui s’y adonne et ses concitoyens et les descendants des abonnés à la futilité politique, condamnés à réclamer un maître dont un jour je pense, il sera un tyran qu’on ne pourra pas plus chasser du trône que Napoléon ou que la France ne s’est délivrée des nazis.
Si on voulait trouver quelque chose de providentiel quoiqu’amer dans nos annales, ce serait que des étrangers nous aient délivrés des chaînes, quand les nations ne sont pas en principe la rédemption des autres pays.
Mais je doute que cela arrive encore, pour des raisons trop longues et surtout trop déprimantes à développer.
Il est donc temps de choisir entre le gain hasardeux de quelque futilité et la perte de tout, de même que le Barbare qui n’avait plus d’autre chose à miser que son corps d’humain à livrer à la réification, à l’esclavage.
À lire ceux qui déplorent l’impuissance de notre époque, il faudrait renoncer à regarder l’Histoire sous prétexte que le terreau humain d’aujourd’hui serait incapable de produire de nouvelles figures d’exception. Ce constat de résignation, maquillé en lucidité, repose pourtant sur deux erreurs majeures : une mythification du passé et une mauvaise compréhension de ce qu’est l’exemple historique.
D’abord, prétendre que le « capital humain et intellectuel » s’est effondré relève d’une illusion d’optique bien connue : le biais de rétrospection. On oublie trop souvent que Richelieu, Napoléon ou De Gaulle ont été, en leur temps, violemment contestés, détestés et jugés incapables ou illégitimes par beaucoup de leurs contemporains. Le « Grand Homme » n’apparaît jamais parfait au présent ; c’est la distance, le filtre du temps et l’épreuve des faits qui façonnent sa stature. Dire qu’il n’y a plus de personnalités de cette trempe aujourd’hui, c’est oublier que les crises fabriquent les destins, et non l’inverse.
Ensuite, s’inspirer des grandes figures du passé n’a jamais consisté à faire du « copier-coller » ou du mimétisme stérile. Personne ne demande aux dirigeants actuels de porter le bicorne de Bonaparte ou d’écrire les mémoires du Général. S’inspirer d’un exemple, c’est y puiser une méthode et un état d’esprit : la prise de risque, la hauteur de vue, le sens de l’État et la capacité à trancher dans l’incertitude. L’Histoire n’est pas un musée où l’on contemple des statues immobiles, c’est une boîte à outils pour l’action.
Enfin, vouloir « chercher désespérément notre propre chemin » en faisant table rase des exemples passés est une prise de risque inutile. Les mécaniques du pouvoir, de la géopolitique et des passions humaines restent fondamentalement les mêmes à travers les siècles. Se priver des leçons de Richelieu ou de De Gaulle sous prétexte que notre époque serait « trop complexe » ou « trop différente », c’est se condamner à réinventer la roue à chaque crise.
Ce ne sont pas les exemples qui ne suffisent plus : c’est notre capacité à les étudier avec exigence qui s’est affaiblie. Loin d’être une nostalgie anesthésiante, le recours aux grands témoins de l’Histoire est la boussole la plus sûre pour ne pas naviguer à vue dans les tempêtes du présent.
@ Jérôme le 3 août 2026
Plutôt d’accord avec le constat. Le pire est qu’ils ne s’en cachent même plus, c’est devenu une seconde nature.
Et, pour enfoncer le clou (sur le cercueil de la France), Macron (notre grand mamamouchi) pendant la panthéonisation de Marc Bloch, ou l’hommage du vice à la vertu. Et tous les commentateurs de tartiner à cette occasion sur L’Étrange Défaite, sans voir qu’on pourrait la transposer à aujourd’hui ! C’est tellement plus confortable de reprocher leurs actes et leurs attitudes à des politiciens morts et enterrés plutôt que de demander des comptes à l’engeance qui a la prétention de gouverner le pays… À vomir !
Je vais faire un pas de côté, cher Philippe.
En premier lieu, nous n’avons pas besoin d’homme providentiel, ni d’un Churchill d’opérette comme Édouard Philippe, qui promet du sang et des larmes : votre sang et ses larmes de crocodile.
Nos « zélites » ont totalement trahi la promesse libérale et démocratique. À la demande générale, ils nous ont mis entre les mains de la finance extraterritoriale. Qu’est-ce qui justifierait la moindre once de confiance en un politique si celui-ci ne s’affranchit pas de la tutelle européenne et des marchés financiers auxquels nous avons été volontairement livrés ? Vous pouvez voter ce que vous voulez, nous avons, en tant qu’État, été contraints d’emprunter sur les marchés financiers, qui se paient deux fois sur la bête. Si, par mégarde, vous tentez une politique hétérodoxe qui ne leur plaît pas, vos taux d’intérêt vont croître à la mesure de la décote qu’ils vous infligeront et, avec notre dette… ce n’est pas Graceland, mais Grèceland qui nous attend.
Nous étions médiocrement en démocratie, disons dans une forme de gouvernement représentatif donnant un vague succédané ; nous sommes maintenant sous la tutelle des banques et de la finance, sans aucune possibilité d’entreprendre la moindre politique « autonome ». Les perroquets européano-macrono-vonderleyeno-jaimepaslespeuples auront du mal à me convaincre qu’on s’en sortira, enfin, les peuples, les gens lambda, dans ce foutoir apparent volontairement entretenu qu’est l’Europe. Apparent, car il y en a qui s’y retrouvent très bien.
Il n’y a effectivement personne pour nous représenter. Ce sont tous des soumis.
Les exemples, ce ne sont pas eux qui manquent, et la longue histoire de notre pays est là pour, au travers des siècles, nous en apporter la confirmation. Ce qui manque actuellement et que, pour l’instant, nous ne percevons pas, c’est la présence d’un homme ou d’une femme apte à incarner, dans le contexte inquiétant où nous sommes plongés, le sursaut indispensable qui permettrait de rassembler autour de son projet une large majorité de Français, désireux d’en terminer avec la facilité, le laisser-aller, le laxisme, la démagogie, qui n’ont pour autre issue que le déclin, l’abîme.
Tocqueville écrivait en 1856 : « Quand je considère cette nation en elle-même, je la trouve plus extraordinaire qu’aucun des événements de son histoire. En a-t-il jamais paru sur la terre une seule qui fût si remplie de contrastes et si extrême dans chacun de ses actes, plus conduite par des sensations, moins par des principes ; faisant ainsi toujours plus mal ou mieux qu’on ne s’y attendait, tantôt au-dessous du niveau commun de l’humanité, tantôt fort au-dessus ? »
Gardons par conséquent l’espoir que nous retrouvions, d’ici la prochaine présidentielle, notre raison, notre esprit, notre lucidité, et que, faisant cette fois mieux que le niveau commun de l’humanité, nous puissions, en 2027, amorcer le rebond indispensable, ouvrant ainsi une période où le meilleur succède enfin au déclin, où les réussites succèdent aux faiblesses, faisant en sorte que la France reste finalement fidèle à son histoire.
La France ne manque pas de « personnalités en capacité de mettre en œuvre les ressorts » nécessaires au risorgimento ; mais elles font autre chose que de la politique qui est devenue le refuge des médiocres et des demi-habiles.
Les Français réussissent de belles carrières ou de beaux projets dans le monde entier, jusqu’à des terres improbables comme la Papouasie (on a vu un reportage sur la Cinq, je crois), mais ils jugent la politicaillerie salissante et peut-être dévalorisante devant leurs propres enfants.
Il faut dire que nous avons la classe politique d’échelon national la plus vendue aux idéologies inutiles ou destructrices ! Pour en avoir connu beaucoup dans mon travail, je n’ai aucune considération pour ces gens.
« …mais probablement aussi dans le triste constat d’une perte d’énergie, d’intelligence et d’audace, tant au plus haut niveau que dans le commun. » (PB)
Lui a bien compris comment faire, il faut lui reconnaître cette qualité.
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/jean-luc-m%C3%A9lenchon-gros-plan-sur-sa-discr%C3%A8te-maison-de-vacances-dans-la-venise-du-loiret-un-coin-de-paradis-class%C3%A9-parmi-les-100-plus-beaux-d/ar-AA29fPLY?ocid=msedgntp&pc=ACTS&cvid=6a707aff4cdf4c36ba5f4611e657d21a&ei=28
« Cachée derrière un mur de verdure, elle se trouve dans l’un des plus beaux endroits de France puisque depuis 2005 Montargis fait partie des 100 plus beaux détours français, un réseau de petites villes sélectionnées pour leur patrimoine, leur accueil et leurs traditions, comme le rapporte le site de la ville. »
Il faut bien cela au Vénézuélien.
Je ne suis pas persuadé que Richelieu, Napoléon ou encore le Général seraient en mesure de redresser la situation du pays à notre époque qui n’a plus rien à voir avec celle qu’ils ont connue lorsqu’ils étaient au pouvoir. Le monde a changé, la population s’est diversifiée, les mentalités ne sont plus les mêmes.
Le Général a été mis en minorité et forcé de démissionner pour des motifs mineurs, conduit vers la porte par ses propres compagnons.
Qu’en serait-il aujourd’hui face à une multitude de problèmes liés à la migration incontrôlée, à l’islamisme conquérant, à la montée du racisme et de l’antisémitisme soutenue par les partis extrémistes ?
Il est plus que probable qu’il serait à nouveau forcé de démissionner, car incapable de réunir une majorité sous son nom.
Quant à Richelieu et Napoléon ils seraient vite largués car complètement déconnectés du monde d’aujourd’hui.
Connaissez-vous un exemple de système prétendument providentiel qui a permis la crétinisation et la destruction de la société à tous les niveaux : social, économique, intellectuel, moral, civique ?
C’est notre fantastique Éducation nationale socialiste, tant vantée par la gauche sectaire, néfaste, et sa jeunesse zombie.
L’Éducation nationale abrite des professeurs qui profitent de l’immaturité de leurs élèves pour tenter de les formater selon leurs convictions gauchistes.
Beaucoup de professeurs de philosophie, encartés au PC (sans F), oubliaient Platon pour parler de Marx, de Lénine, de Trotski, du « grand » Staline et d’autres idéologues totalitaires, qui ont plus de sang sur les mains que les nazis.
Sans oublier, bien sûr, *Les Mains sales*, au propre comme au figuré, de l’ignoble Sartre, qu’il affirmait être son chef-d’œuvre. Il a sévi pendant plus de vingt ans sans jamais être inquiété par sa hiérarchie. De retour de ces « paradis socialistes », avec sa bande de pingouins gauchistes, il nous vantait ces modèles que nous devions d’urgence imiter, nous, les sales capitalistes.
Aujourd’hui, l’urgence est plutôt d’identifier leurs successeurs, qu’ils soient cocos, wokistes ou islamogauchistes, et de les chasser de tout lieu qui leur permettrait de poursuivre leur triste besogne de destruction des esprits.
Hélas, c’est là le cadet des soucis de la Macronie, de notre peuple de veaux, décervelé et manipulable à merci, et surtout de notre jeunesse, bercée d’illusions par les gourous de l’Éducation nationale socialiste : bac « Jacques Martin », où tout le monde a gagné ; des notes ubuesques, jusqu’à 25/20 ; avec, au final, des cervelles de moineaux nourries aux rave-parties, qui iront squatter France Travail, les salles de shoot et les centres de désintoxication.
C’est un travers français d’attendre l’homme ou les hommes providentiels. Imitons plutôt les Anglo-Saxons, nordiques et autres Suisses, qui avancent sans attendre qu’une figure de proue ne fende devant eux les flots de l’avenir.
« Au fond, s’il suffisait de copier les gloires du passé, demeurées dans notre mémoire ou notre mythologie, la vie publique retrouverait vite tenue, cohérence, rectitude et efficacité. » (PB)
Que l’on se rassure, il est un homme qui a pris conscience du problème et compte bien redresser la barre de la culture qui a tendance à partir à vau-l’eau en France.
Il s’agit de Thomas Guénolé, pardon, du Dr Thomas Guénolé.
À défaut de se comparer à Richelieu, Napoléon ou au Général, lui, a pris pour référence J-P Sartre, brillant intellectuel de gauche des « sixties », père de l’existentialisme, qui s’est même payé le luxe de refuser le prix Nobel de littérature. Ce n’est pas rien !
« J’essaie de jouer, en ce début de XXIe siècle, le rôle qu’a eu Sartre dans les années 60-70 » dit-il, avec la modestie qui le caractérise.
Avec ce phare de la pensée, ce visionnaire qui voit plus loin que l’horizon, notre jeunesse va-t-elle enfin pouvoir retrouver le goût de l’effort intellectuel, du débat constructif, qui semblent avoir disparu de nos jeunes têtes pensantes, espoirs de la Nation ?
Pour ne rien vous cacher, j’ai quand même quelques doutes… 🙂
Il est frappant de constater à quel point l’homme providentiel n’existe jamais que dans le rétroviseur de notre histoire. Il est frappant de constater que personne, jamais, ne le voit surgir dans le présent qui est le sien. Il est frappant, enfin, que notre imagination elle-même se refuse à l’inventer pour l’avenir, comme si le futur nous était interdit d’illusions.
Peut-être avons-nous, tout simplement, trop d’imagination — et pas assez de lucidité sur ce qu’elle fabrique.
Je songe à ces figures qu’on invoque inlassablement, De Gaulle, Napoléon, comme on égrène un chapelet de certitudes. Mais ne faudrait-il pas convenir que leur grandeur tient moins à eux-mêmes qu’aux circonstances historiques qui les ont portés ? Il y a là quelque chose de troublant qui mérite qu’on s’y arrête : ces hommes que l’histoire a sanctifiés étaient avant tout des meneurs d’hommes — l’un et l’autre, chacun à sa façon, mais tous deux avec cette même conviction souterraine que les foules qu’ils conduisaient n’étaient, pour reprendre le mot cruellement lucide du général, que des veaux. De Gaulle les a menés vers la dignité recouvrée. Napoléon, lui, les a menés vers l’abattoir de ses conquêtes — et il faut un singulier oubli des boucheries pour continuer d’y voir seulement du panache.
Richelieu échappe à cette logique, mais pour une raison moins glorieuse qu’il n’y paraît : il n’avait aucun pouvoir sur ce que nous appelons aujourd’hui les Français moyens, pour la simple raison qu’il les ignorait. On ne saurait dès lors prétendre qu’il ait vraiment changé le cours des choses pour eux — il régnait sur une cour, non sur un peuple.
Je crois, au fond, que notre imagination historique est prisonnière d’un romantisme qu’elle refuse de s’avouer. Certains contemplent en Napoléon je ne sais quelle épopée ; il leur faut, pour cela, effacer d’un trait toutes les boucheries. D’autres font de De Gaulle un saint laïc, quand les circonstances, et elles seules, l’ont conduit à cette stature. Churchill, sur ce point, n’était pas mal non plus : la providence, décidément, a toujours besoin d’une catastrophe pour se choisir un visage.
Cher Philippe,
À la lecture de vos derniers billets, on perçoit de plus en plus nettement un certain désenchantement, une forme de mélancolie lucide. Votre dernier texte, « Les exemples ne suffisent plus ! », l’illustre parfaitement : vous y constatez que l’admiration des grands hommes du passé, Richelieu, Napoléon, de Gaulle, ne peut plus servir de boussole, faute de personnalités contemporaines capables d’en incarner les vertus : volonté, courage, fermeté, caractère.
Je serais tenté d’attribuer une part de ce ton à la déception progressive qu’inspire la trajectoire de Bruno Retailleau.
Au début, il nous avait été présenté comme un homme providentiel. Ancien ministre de l’Intérieur au discours clair sur l’ordre, l’immigration et la justice, président des Républicains largement élu en 2025, puis désigné candidat à l’élection présidentielle de 2027 par 74 % des adhérents en avril 2026 : il semblait réunir toutes les qualités, conviction, expérience régalienne, refus du politiquement correct, capacité à « renverser la table ». Vous aviez salué son passage d’« homme de devoir » hésitant, presque réticent, à candidat engagé corps et âme, prêt à convaincre le peuple. L’espoir était réel.
Puis la réalité s’est imposée, sur trois plans.
D’abord, l’autorité sur ses propres troupes. Malgré sa victoire interne, Bruno Retailleau n’est jamais parvenu à imposer pleinement son leadership. Laurent Wauquiez, chef des députés LR, multiplie les critiques à peine voilées et regarde déjà vers Édouard Philippe, estimant qu’il faudrait savoir « se retirer si c’est nécessaire » tant les sondages stagnent. David Lisnard, de son côté, a pris ses distances. Le candidat peine à mettre LR en ordre de bataille, comme si le poing sur la table , que vous l’aviez vous-même invité à frapper plus fort, restait trop souvent retenu.
Ensuite, des sondages qui ne décollent pas. Depuis des mois, Bruno Retailleau stagne entre 8 et 11 % d’intentions de vote au premier tour, loin derrière Jordan Bardella ou Marine Le Pen, et même derrière Édouard Philippe. Malgré une notoriété acquise place Beauvau et un positionnement clair sur les sujets régaliens, la courbe refuse de s’envoler : l’« homme providentiel » reste un outsider, incapable pour l’instant de créer la dynamique qu’on attendait d’un véritable rassembleur.
Enfin, le manque d’empathie avec « le Peuple ». Retailleau parle avec gravité et culture, mais il touche peu cette France populaire massivement tournée vers le Rassemblement national. Son profil, sénateur vendéen, catholique assumé, homme d’ordre et de raison, séduit sans doute une droite traditionnelle, cultivée, attachée aux institutions ; il peine en revanche à incarner la colère ou l’espérance que les Français ordinaires recherchent aujourd’hui. Là où de Gaulle savait parler aux élites comme aux foules, Retailleau demeure, pour beaucoup, un excellent ministre potentiel, mais pas encore le président capable de galvaniser.
Tout cela nourrit, me semble-t-il, le sentiment qui traverse vos derniers textes : même les figures les plus prometteuses du moment ne parviennent pas à se hisser à la hauteur des exemples passés. Les qualités individuelles ne suffisent plus quand l’autorité interne fait défaut, quand l’opinion ne suit pas, quand le lien avec le peuple reste ténu.
Votre constat est cruel, mais juste : nous ne manquons pas de modèles historiques, nous manquons d’hommes et de femmes capables de les actualiser.