Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Pourquoi ne marche-t-on jamais seul ?

J’avoue, depuis quelque temps, une honorable addiction. Elle me conduit à m’enivrer sans mesure des chants, des hymnes, des chœurs qui mêlent amateurs et professionnels, citoyens et artistes, des publics variés portés par un même élan, dans une ferveur collective qui me donne des frissons de joie et d’enthousiasme.

Le projet présidentiel, ce sera l’homme…

Pour la prochaine élection présidentielle, chaque candidat, de droite comme de gauche, se sentirait déshonoré s’il n’invoquait pas l’absolue nécessité d’un programme avant d’afficher toute ambition personnelle. C’est une sorte de réflexe destiné à montrer son sérieux et sa profondeur. Alors même que l’on sait très bien que cette volonté d’afficher un projet passe de plus en plus au second plan, derrière la qualité de la personnalité qui sollicitera nos suffrages.

Pas mieux que lui ?

Plus on approche de la fin du quinquennat, plus il devient inexcusable de ne pas tenter une approche équilibrée et honnête du mandat d’Emmanuel Macron, face au lamentable et sommaire « tout ou rien ».

Entre Sarkozy et Sansal, il n’y a pas photo !

Il me paraît difficile, voire hasardeux, de célébrer simultanément les vertus exceptionnelles de Boualem Sansal, un innocent hors du commun et la situation, pour le moins équivoque, de Nicolas Sarkozy.

Robert Ménard : un refus seulement partiel de la haine ?

Un essai politique de Ségolène Royal, original puisqu’il entend démontrer la valeur des vertus féminines et de l’amour maternel dans la conduite des affaires publiques ainsi que dans la relation qu’un président doit entretenir avec son pays. Ségolène Royal a montré, tout au long de son parcours, à la fois sa dignité, son audace et son autorité, ce qui l’éloigne de tout reproche de mièvrerie dans cette approche « féminine ». Celle-ci apparaît, au contraire, très pertinente dès lors que l’on reprend la métaphore de la famille pour la nation, les gouvernants et les citoyens.

La révolution doit être à droite…

J’ai posé sur la table de ce blog quelques fragments pour une droite en révolution, pour la révolution de la droite. Elle est plus à même que quiconque de tenir ce pari : un extrémisme sans haine, une radicalité sans violence, un nouveau monde sans exclus, une politique sans trahison.

Dostoïevski précurseur…

Ce fléau de la non-discrimination est tel que, dans l’univers politique, il explique en grande partie l’indifférence croissante envers la moralité publique. Dans un monde digne de ce nom, les vertus et les vices seraient clairement distingués, tout comme les condamnations et les innocences, les soupçons et les honnêtetés, l’éthique et les transgressions. Aujourd’hui, c’est l’inverse : pour éviter d’exercer une scandaleuse discrimination au détriment des ombres, on en vient à postuler que les lumières sont inconcevables. D’où la multiplication, à tous les niveaux, de candidatures, de fonctions et d’ambitions qui, loin d’être freinées par leurs imperfections pourtant évidentes, en tirent au contraire une forme de légitimation.

Mais on a la réponse, monsieur le Président …

Cette société qu’ils s’acharnent à effacer, à coups d’attaques au couteau, d’explosions et de massacres, n’est-elle pas déjà en crise, en déclin et en doute ? Nous avons à mener une double bataille, si la lucidité et le courage nous sont donnés ainsi qu’à l’ensemble de nos responsables politiques. Celle, évidemment, contre le terrorisme islamiste, et des progrès incontestables ont été accomplis sur ce plan. Mais aussi celle qui devra nous mobiliser pour que la France demeure, dans tous les domaines, le symbole vivant de ce que le Mal cherche à anéantir.

Jean-Jacques Goldman : un havre de paix…

Dans un climat où, dans tant de secteurs, le registre est devenu celui de la haine – au détriment de la courtoisie, qui devrait au moins, dans la forme, civiliser les contestations et les contradictions, même les plus vives – la sérénité et la rectitude que distille le message de Jean-Jacques Goldman font du bien. Elles constituent, en effet, un véritable havre de paix et ne font qu’amplifier mon admiration pour une personnalité qui, tout au long de sa carrière comme dans sa vie d’après, n’a jamais proféré la moindre stupidité ni cédé à la moindre facilité démagogique.

Heureux pour lui, fier de la Justice…

Ce qui changera au mois de mars – ce sera une seconde séquence -, c’est que le fond sera abordé avec rigueur et objectivité, sans que la tenue des débats soit parasitée par la situation personnelle de NS. En effet, la pitié qu’a suscitée, chez beaucoup, son incarcération, a empêché que l’on s’attache à la substance du jugement, bien plus favorable à NS qu’on ne l’a dit. Les débats, puis l’arrêt attendu en 2026, seront totalement délestés de ce risque.

Je sais, je suis naïf…

Parce que le monde, c’était  » la jeune femme enceinte et son sauveur », cette sauvegarde miraculeuse, ce souffle de vie préservé. Ces instants sont devenus, pour moi, l’espace de quelques secondes, l’existence tout entière. Et naïvement, je me suis mis à espérer que tous, en France, partagent mon sentiment : que l’important apparaisse futile, les antagonismes dérisoires, la haine indécente, les hyperboles et les inconditionnalités ridicules. Parce qu’il y avait eu cet épisode tragique, magique – comme, aujourd’hui, une opportunité de concorde, une chance d’unité, une espérance inouïe.

Le RN peut perdre en 2027…

Le Rassemblement national est annoncé, de manière certaine, comme présent au second tour de la future élection présidentielle. Il me semble cependant qu’on aurait tort de considérer que sa victoire est acquise, malgré la baisse actuelle, dans les sondages, des rivaux plausibles de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Il est sans doute difficile de se risquer à des pronostics alors qu’il reste environ dix-huit mois avant la joute finale, mais si les choses demeuraient en l’état – avec ce mélange de désordre politique et social, d’accroissement de l’insécurité et de terrorisme ponctuel d’un côté et, de l’autre, de désaffection de la chose publique et de lassitude démocratique -, on pourrait tenter d’identifier ce qui serait susceptible de décevoir à nouveau le RN, quel que soit son candidat.

Emmanuel Carrère hors Goncourt…

« Kolkhoze » était passionnant tout au long avec des pages déchirantes à la fin et des portraits, des personnalités magnifiés par l’art de l’auteur capable de tirer d’une apparente simplicité une profondeur et une émotion sans pareilles. J’ai apprécié « La Maison vide » mais j’ai dû résister à quelques défauts, des redites, des ressassements, une profusion pour la profusion, mais quelle puissance cependant, quelle exploration du et dans le temps avec ces trois générations, ces deux guerres et ces femmes aux tempéraments si divers, antagonistes ou complices, quelle immense coulée de mémoire et de retour vers le présent du fond des âges !