Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Marine Le Pen : on n’est sûr de rien…

Il est fondamental, à quelque niveau juridictionnel que ce soit, de toujours ménager une porte de sortie lorsque l’argumentation principale ne convainc pas, plutôt que de s’enfermer dans une logique du tout ou rien. Mais il faut prendre garde à ce que cette volte-face n’apparaisse pas comme insincère, voire purement utilitaire, d’autant plus que, depuis des mois, on avait presque l’impression que, médiatiquement parlant, la défense du RN s’élaborait à ciel ouvert. Il est évidemment permis de modifier son comportement et ses arguments en appel, à condition toutefois que cette nouvelle posture ne soit pas cousue de fil blanc, au point de donner le sentiment d’un jeu consistant, après avoir d’abord brûlé tous ses vaisseaux, à chercher ensuite trop ostensiblement à en sauver quelques-uns.

François Mitterrand, socialiste, a beaucoup « privatisé » !

Je voudrais simplement que, après tant de complaisance et si peu de lucidité à l’égard des errements de François Mitterrand, on tente au moins de relativiser les failles et les carences des autres présidents et qu’en particulier on ne perde pas toute raison civique à l’approche de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron. Il faut savoir être opposant avec élégance.

Le macronisme bouge encore…

Le député macroniste, Florent Boudié, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, s’apprêterait à déposer une proposition de loi qui, selon lui, viserait à lutter contre la surpopulation carcérale en rendant massives les libérations conditionnelles. Sans vouloir manquer de respect à la représentation nationale à travers cet élu, force est cependant de considérer que cette initiative, si elle venait à se concrétiser, serait une folie pure.

2027 : le concevable et l’inconcevable…

Jordan Bardella est totalement à part. On aura beau rétorquer que cela pourrait être sa force, il n’en demeure pas moins qu’à son sujet je n’entends qu’une seule affirmation, proférée comme une évidence : il n’est pas concevable que JB soit président. On ne l’imagine pas face aux « monstres » de la géopolitique d’aujourd’hui ; il serait écrasé, trop jeune, trop inexpérimenté, dépourvu de culture et de passé politique substantiels. On ne parvient même pas à se le représenter à l’Élysée… Cette considération collective, largement répandue, est sans lien avec le degré de sympathie ou d’affinité politique que l’on peut éprouver pour le Rassemblement national ou, au-delà, pour la droite. JB apparaît comme un objet politique non identifiable et, pour cette raison même, ne présente aucune des caractéristiques jugées rassurantes. Qu’il puisse prétendre à la fonction présidentielle dépasse, pour beaucoup, l’entendement, et nourrit la crainte que, pour la France, cet amateur, fût-il talentueux, se retrouve désarmé face à la folie du monde, aux rapports de force internationaux, aux puissances cyniques, à Donald Trump, à Poutine, à Xi Jinping…

Donald Trump : la force pour le droit ?

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines. Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

Assez des admirations au rabais !

Je n’aurais pas l’indécence de contester l’authentique héroïsme qui peut exister dans nos démocraties et qui mérite le respect. Mais, face à cette multitude d’existences sacrifiées, convaincues que la mort serait leur destin — en Iran, en Corée du Nord, en Chine — j’ai le droit de dire que j’en ai assez, pour la France, de ces admirations au rabais, de ces hyperboles surjouées, de ces emballements médiatiques et politiques qui prétendent faire croire que notre nation serait une jungle dont seuls quelques êtres exceptionnels sortiraient vainqueurs.

Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…

À supposer qu’ils aient accepté ces échanges, cette confrontation — ce dont je doute fort pour Michel Onfray et Régis Debray —, ils auraient pu démontrer au président qu’ils regardent avec les yeux d’aujourd’hui le monde d’aujourd’hui, à travers la comparaison ou la nostalgie — sentiment nullement honteux — d’un certain monde d’hier. Rien n’aurait été plus éclairant pour Emmanuel Macron que d’entendre, de la part de ces intelligences brillantes, n’attendant ni n’espérant rien, des analyses de ce qu’il aurait dû être et accomplir, formulées avec une liberté et une expérience — du moins pour Régis Debray — sans égales. Il s’est privé, par confort, de visions décisives et décapantes sur le cours de son second quinquennat ; il en aurait fait ce qu’il voulait. Quitte à susciter des liens entre politique et littérature, autant aller au plus profond, au plus intense de la relation.

Voeux

Chers amis commentateurs, chers lecteurs connus ou inconnus, c’est un bonheur de reprendre cette belle et chaleureuse habitude…

Le coeur aussi est passé à droite…

Ce qui est le plus choquant, de la part de ces contempteurs et de ces idéologues, de ces profanateurs d’un moment absolu de recueillement et de concorde que devrait engendrer la mort d’une personnalité – plus encore lorsqu’il s’agit d’un être qui a fait rayonner la France bien au-delà d’elle-même, indépendamment de l’adhésion ou non à la manière dont elle a mené son existence, aux positions qu’elle a prises et aux combats qu’elle a engagés -, c’est la négation même de ce temps suspendu. Certains instants, lorsqu’ils sont troublés, révèlent l’absence de cœur et de dignité de ceux qui en sont responsables, mais aussi leur incapacité à saisir la disproportion entre la grandeur d’une destinée et la médiocrité des reproches qui lui sont opposés.

Et Brigitte Bardot créa une certaine femme…

BB a incarné une certaine idée de la femme : une splendide plénitude, née de la rencontre entre une beauté unanimement reconnue et un engagement décisif en faveur d’un humanisme profondément attaché à un double objectif. D’une part, regretter le délitement civilisationnel et identitaire de la France qu’elle aimait plus que tout ; d’autre part, apaiser le plus possible les souffrances des bêtes, dont l’innocence lui paraissait plus incontestable que celle de bien des humains.