Si seulement les grandes vacances pouvaient durer toute l’année, comme ce serait bien ! Nous aurions des médias passionnants, quasiment débarrassés de l’écume politique et des informations superfétatoires ; ils se consacreraient à l’essentiel, aux destinées exceptionnelles et à la littérature.
Ou à la futilité somptueuse et somptuaire de Jacqueline de Ribes, qui a fait de son existence une œuvre d’art sans se soucier une seconde du commun de l’humanité… (Le Figaro)
Bernard Arnault n’a pas aimé la remarquable série d’articles racontant l’histoire de sa famille, de cette dynastie que certains jouissent de détester à cause de la personnalité unique de celui qui l’a créée et la dirige encore. Pour ceux qui, comme moi, sont épris des grandes figures et des personnalités fortes, une telle opportunité médiatique n’était pas à rejeter (Le Monde).
Je suis persuadé d’ailleurs que l’appréhension de cet univers sans commune mesure, tant par ses réussites, sa fortune que par ses difficultés réelles ou prétendues, n’a pas engendré que des critiques, loin de là. Il y a une curiosité immense pour ce monde qui mêle intimement, politiquement et financièrement, son pouvoir à celui des gouvernements et des autorités de tous les pays, avec des rapports de force et d’influence qui ne font pas forcément pencher la balance vers les pouvoirs officiels !
Quel changement d’atmosphère avec « Premiers romans : succès et désillusions » (Le Figaro), surtout quand l’article et l’analyse d’Alice Develey se penchent sur Anna Gavalda, « disparue sans laisser d’adresse ». Cela fait dix ans qu’elle n’a rien publié, mais elle a un livre en cours, même « une histoire pour les grands », dont on attend et espère la sortie, tout en en doutant un peu.

Mais ce qui me plaît chez cet écrivain, c’est qu’il n’y a pas l’ombre d’une affectation ni d’une coquetterie. Elle ne nous fait pas patienter par sadisme, mais parce qu’il me semble que, pour elle, la littérature est une chose sérieuse qui ne se jette pas à tous vents comme un produit de lessive.
J’ai toujours éprouvé un faible pour ces êtres, Anna Gavalda ou Jean-Jacques Goldman par exemple, qui se montrent sans se montrer, offrent leur présence du bout du corps, du bout du cœur et sont admirés parce que le succès, leur réputation, la gloire, qui auraient pu les gangrener, les ont au contraire sublimés, rendus encore plus précieux.
Sa singularité est authentique, sa modestie n’est pas ostentatoire. Je suis prêt à parier que les activités auxquelles elle s’est adonnée durant ces dix ans, d’écriture au sens large, diverses et multiples, ne sont pas destinées à préparer la sortie triomphale d’un grand livre. Elle avait peu goûté l’exposition médiatique qui avait suivi la publication de son fabuleux recueil de nouvelles et qui l’avait immunisée, si c’était nécessaire, contre toute envie de poursuivre dans cette voie promotionnelle.
Je ne l’ai jamais rencontrée, mais j’ai échangé avec elle durant quelque temps. Sa délicatesse et sa gentillesse ne m’ont pas étonné : il suffisait de lire ses livres ! Elle a tout de même eu l’amabilité de m’envoyer un chef-d’œuvre de la littérature américaine : Stoner. Héros qui ressemblait totalement à sa vision de l’existence à elle. Un modeste irradiant, éclatant. La gloire d’une quotidienneté sans esbroufe. La force indépassable des vrais humbles. Et elle l’a, et elle l’est. C’est sans doute la disposition de son caractère qui me touche le plus. Parce que j’aspire trop à la modestie pour en être un vecteur naturel et que, pourtant, c’est la qualité qui, avec le courage, a ma prédilection.
Quand je lis dans l’article d’Alice Develey qu’Anna Gavalda raffole des dialogues avec les lecteurs dans les salons du livre et qu’elle est, à ces occasions, inépuisable, je ne suis pas surpris. Si j’osais, j’irais jusqu’à soutenir que, pour elle, ces échanges valent bien toute littérature, même si elle n’oublie pas sans doute de les garder comme un matériau pour un futur proche ou éloigné : elle décidera.
Pour conclure, je voudrais répondre à un grief qui me sera fait, j’en suis sûr. Comment peut-on, dans une France en aussi mauvais état, dans un monde en désordre et en violence, s’intéresser encore à la littérature et à Anna Gavalda, si présente quoique évanescente ?
Justement, parce qu’on a besoin de l’une et de l’autre.
@ Michel Deluré le 15 août 2026
« La modestie est une, entière. On est modeste ou on ne l’est pas. »
L’utopie de la pureté, la maladie infantile des philosophes et idéologues.
Que voulez-vous que je réponde : la vie n’est binaire que dans le monde des idées et encore il est des idées subtiles.
Il en est même qui sont contraires au bon sens populaire et qui se trouvent dans la science, en physique quantique par exemple.
« Comment peut-on, dans une France en aussi mauvais état, dans un monde en désordre et en violence, s’intéresser encore à la littérature et à Anna Gavalda, si présente quoique évanescente ? » (PB)
Mais il semble que de nombreux Français s’intéressent encore à la littérature.
J’en veux pour preuve cet engouement pour les livres de Jordan Bardella qui a perçu plus d’un million d’euros de droits d’auteur depuis 2024 grâce à ses deux livres publiés chez Fayard.
Il semble que nous ayons trouvé sous la plume du président du RN le nouveau Céline que la droite radicale attendait depuis des lustres. (*)
(*) En supposant, bien sûr, que ce soit lui qui ait écrit ses livres, ce qui chez les personnalités politiques est souvent contestable… surtout maintenant avec la généralisation de l’IA qui facilite énormément le travail des auteurs en mal d’inspiration.
« Comment peut-on, dans une France en aussi mauvais état, dans un monde en désordre et en violence, s’intéresser encore à la littérature et à Anna Gavalda, si présente quoique évanescente ? » (PB)
On entend parfois dire que Confucius, dans un temps marqué en Chine par des troubles divers, aurait répondu à cette question posée par un disciple qui lui demandait ce qu’il convenait alors de faire : « Il faut rédiger un dictionnaire. »
En fait, Confucius a plutôt évoqué la nécessité de « rectifier les noms », avec les explications suivantes :
« Quand les noms [les mots] ne sont pas corrects, le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, les affaires ne peuvent être menées à bien, les rites et la musique dépérissent. Quand les rites et la musique dépérissent, les peines et les châtiments manquent leur but. Quand les peines et les châtiments manquent leur but, le peuple ne sait plus sur quel pied danser. Pour cette raison, tout ce que l’honnête homme conçoit, il doit pouvoir le dire, et ce qu’il dit, il doit pouvoir le faire. En ce qui concerne son langage, l’honnête homme ne laisse rien au hasard. »
https://www.persee.fr/doc/oroc_0754-5010_1993_num_15_15_972
Application à la France actuelle : nous sommes noyés, du fait de l’omniprésence des outils de communication, sous des flots de discours, de déclarations, d’affirmations, de petites phrases, de polémiques, de réactions qui trop souvent ne sont que des paroles creuses ou des dialogues de sourds du fait du flou entourant certains concepts y compris quand ils recouvrent une valeur juridique, ce qui peut être lourd de conséquences.
Donc, au-delà de la recherche du seul mot juste, c’est le sens des mots lui-même qui pose parfois problème, surtout quand certaines idéologies, principalement de type marxiste-léniniste (communiste), s’attachent à subvertir le langage, afin de tromper ses destinataires sans donner l’impression de mentir, ce qu’Orwell avait illustré dans 1984 avec la novlangue : « La guerre, c’est la paix ».
Remarquons que dans ce cas, c’est moins l’imperfection du langage par un défaut de maîtrise qui est en cause que sa perversion volontaire par l’introduction cynique de la malhonnêteté tactique dans son expression.
Au passage, qui dans les médias et dans le monde politique est conscient de la permanence de ce système de manipulation des « masses » plus que centenaire mais d’usage quotidien ?
@ Tipaza 14/08/2026
Je ne partage pas votre conception de la dualité de la modestie, l’une qui serait intérieure, l’autre qui serait extérieure. La modestie est une, entière. On est modeste ou on ne l’est pas. Afficher une modestie qui ne serait qu’extérieure, donc de circonstance, ce ne serait plus être modeste.
@ Michel Deluré – le 14 août 2026
« Diderot, pour sa part, parlait de la «politesse insultante» des grands. »
C’est en effet un art très français, et il s’est généralisé, depuis, à une grande partie de la population. Mettons que la chose s’est « démocratisée ».
C’est encore acceptable lorsque ce sont les politiciens (ou les journalistes) qui inventent des vacheries spirituelles pour dézinguer leurs collègues de boulot. Ainsi, « le motodidacte » (Christian Estrosi), « le con d’Orsay » ou « Mickey d’Orsay » (Philippe Douste-Blazy), « l’agité du bocage » ou « le fou du Puy » (Philippe de Villiers), « Naboléon » (Bruno Mégret puis Nicolas Sarkozy), « Raffarien » (Jean-Pierre Raffarin), « Ballamou » (Édouard Balladur), « le rougeaud de Lille » (Pierre Mauroy), « la mère Emptoire » (Martine Aubry), « l’obèse en ville » (Philippe Séguin), « Minime Gremetz » (Maxime Gremetz), « Rikikissinger » (Michel Jobert), « Herr Sant » (Robert Hersant), « Claude attend l’Arabe » (Claude Autant-Lara, pour son engagement au Front national), « l’andouille de Vire » (Olivier Stirn, maire de la bourgade en question), « Bougnaparte » et « Pompi-Duce » (eh oui, Georges Pompidou n’a pas toujours été considéré comme l’être parfait qu’il est devenu de nos jours), « Ramadan » (Paul Ramadier, ministre du Ravitaillement), « Badinguaulle » (bien oublié aujourd’hui, pour le Général)…
Cela devient franchement déplaisant lorsque le vulgum pecus soi-disant cultivé en fait son mode d’expression habituel. Je préfère les gens qui traitent les abrutis d’abrutis. C’est plus franc du collier et cela efface l’excuse hypocrite et latente : ben quoi ? j’ai dit aucun gros mot, alors ?
« Pour conclure, je voudrais répondre à un grief qui me sera fait, j’en suis sûr. Comment peut-on, dans une France en aussi mauvais état, dans un monde en désordre et en violence, s’intéresser encore à la littérature et à Anna Gavalda, si présente quoique évanescente ? « (PB)
Même avant d’avoir lu ce dernier paragraphe, je me demandais quelle mouche avait piqué notre hôte :
Le monde s’écroule autour de nous, les flammes de l’enfer ravagent le pays, les trafics narcos surarmés, hyperpuissants, l’insécurité, voire la terreur, les vols et viols, les home-jackings cruels gangrènent tout le pays, des pires cités de banlieue jusqu’aux plus petits hameaux, police figée de trouille, justice gauchiste complice des délinquants, un pays dont Macron se sert de déchèterie pour les racailles du monde entier avec une délectation sadique, une France tombée dans la boue, colonisée, envahie par les pires espèces que leur pays ne veut plus garder chez eux, le feuilleton des squatteurs indélogeables, des OQTF qui nous narguent et nous ridiculisent aux yeux du monde entier, un néonazisme naissant : LFI, un parti fasciste gauchiste, haineux, menaçant, violent, narco, pro-Hamas, anti-France, et son Führer Adolf Mélenchon qui ferait trembler de trouille Hitler lui-même, et vous avez fait le tour de ce que nous sommes devenus pendant la mandature de Macronéron, le tueur de la France.
Et au lieu de nous faire des billets sur tous ces sujets hyper importants, M. Bilger gratte les fonds de tiroirs et nous sort un sujet sur… qui déjà ? Ah oui, Anna Gavalda, qui est-ce ? Tous mes respects à cette dame honorable, j’en suis sûr, mais franchement, vous voyez bien que la littérature et les écrivains, c’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse pas nos nouveaux maîtres, nos envahisseurs, nos trafiquants narcos et les millions de consommateurs, du petit sagouin de village jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir.
La nouvelle littérature qui intéresse nos « prix Nobel importés » est celle des allocs, aides, très généreuses CAF, APL, CMU, Sécu, AME, ATE… distribuées à profusion sans contrôle, sinon c’est « raciste », mot magique qui cloue le bec à toute contestation ; c’est le cours du shit, les applis pour connaître les meilleurs points de deal et se faire embaucher comme guetteurs, livreurs, chimistes de labos clandés, cours de représailles gratuits : casses, incendies de bagnoles, fusillades, maniement de kalachs, règlements de comptes, interrogatoires musclés, etc.
Vous avez un siècle de retard, cher Philippe, reprenez-vous, on vous pardonne cet écart pour cette fois et n’oubliez pas de saluer de ma part cette madame… qui déjà ? Ah oui, Anna Gavalda, qu’Allah la protège !
@ Michel Deluré le 14 août 2026
Ainsi donc vous souhaitez philosopher, allons-y !
C’est qu’il existe en modestie comme en tout ce qui concerne l’âme deux états : l’intérieur et l’extérieur.
La modestie intérieure consiste à connaître ses limites, à les intégrer et à les faire siennes.
En un mot, pratiquer le « connais-toi toi-même ».
Et il y a la modestie extérieure, celle que l’on projette sur autrui.
Comme tout ce qui relève du comportement social, la part d’artifice est évidente : conventions sociales, volonté de paraître et autres futilités indispensables sont en jeu.
La modestie projetée en société est soumise aux mêmes codes que la politesse, si on assimile l’une à l’autre. S’en méfier toujours, tout en l’appréciant, car vous conviendrez avec moi qu’il est toujours agréable de voir qu’autrui fait l’effort de se réduire pour ne pas nous blesser.
La moindre des choses, c’est de lui faire croire que nous le pensons sincère.
L’hypocrisie est une des conditions de la vie sociale.
Elle précède toujours la lutte des classes, tout en essayant de la retarder. Et cela, Diderot ne l’avait pas prévu.
@ Tipaza 13/08/2026
La modestie serait ainsi « la politesse de l’intelligence et de la force. »
Méfiez-vous cependant, Tipaza, de la politesse. N’oubliez pas que celle-ci peut aussi être feinte, hypocrite, n’être en fait qu’un artifice destiné à leurrer autrui.
Diderot, pour sa part, parlait de la « politesse insultante » des grands, qui peut parfaitement être aussi l’apanage des êtres intelligents. Quant à La Bruyère, il observait dans ses Caractères que « la politesse n’inspire pas toujours la bonté, l’équité, la complaisance, la gratitude [et nous pourrions, ici, ajouter la modestie] ; elle en donne au moins les apparences et fait paraître l’homme au dehors comme il devrait être intérieurement ».
Trop poli finalement pour être modeste !
Mieux ! Trop poli pour être honnête.
Trop jolie pour être nette.
Voyez, cher hôte, vous faites un billet « culturé », résultat : échange sur la modestie. Littérature vs philosophie… de comptoir. Ce qui m’arrange. D’autant que je ne connais pas Mafalda et que je souffre d’une immodestie absolue.
@ Tipaza le 13 août 2026
« La modestie, à tout prendre qu’est-ce ? »
La modestie vit dans le silence et l’ombre du modeste, qui ne sait pas qu’elle est là, qu’elle est lui…
Et ça, c’est un problème, parce que ce qu’il ne sait pas de lui, ce qu’il ne voit pas de lui, tous les autres le savent et le voient, c’est pourquoi ils ne désireront rien plus que de lui nuire.
Le modeste est le souffre-douleur des autres, qui ne le sont pas.
Par un heureux hasard, les modestes sont rares, ce qui fait du mal qui leur est destiné, peu de chose…
La modestie, à tout prendre qu’est-ce ?
C’est la politesse de l’intelligence et de la force.
Souvent l’immodestie n’est qu’une façon de dissimuler l’absence de l’une et de l’autre.
Toutefois le « je peux me tromper, je parle sous votre contrôle, etc. » peut être une forme de caricature de modestie. Une fausse modestie pour éviter la contestation.
La vraie question est : à quel moment doit-on être modeste ou pas, sans déroger à la politesse des forts, et permettre en même temps un débat ouvert ?
La modestie des uns sert de manteau aux autres qui ne le sont pas trop.
En politique, votre description me fait penser immanquablement à David Lisnard, l’inclassable homme libre que la paroisse cathodique s’ingénie à occulter depuis plusieurs années : un bon présage… peut-être ?
Cette qualité qu’est la modestie, nous ne pouvons finalement la déceler que chez l’autre car se vanter soi-même de la posséder serait manifestement démontrer que l’on en manque. Elle est, en fait, cette discrétion qui témoigne de la conscience que nous avons de nos propres limites, de ce que, en réalité, nous ne sommes pas.
Quel meilleur moyen, finalement, de définir la modestie que d’en donner le plus explicite et parfait contre-exemple, celui offert par la personnalité de Donald Trump ?
@ Sans le 12 août 2026
« Je vous lis, je lis vos tweets, quel dommage que la modestie qui accompagne si bien Anna Gavalda ne soit pas plus présente chez vous. »
PB, à raison, a fait sienne cette saillie d’Audiard : « Ne pas avoir conscience de son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres »… Ce qui a pour conséquence que, lorsqu’il se regarde, il se désole, mais que, lorsqu’il se compare, il se rassure… pour notre bonheur…
P.-S. : un court instant m’a effleuré la vision d’Anna Cabana… ou quand l’addiction à la politique occulte le goût de la littérature…
« Parce que j’aspire trop à la modestie pour en être un vecteur naturel et que, pourtant, c’est la qualité qui, avec le courage, a ma prédilection. » (PB)
Modestie et courage, voilà deux belles qualités qui sont plutôt rares en politique.
– La modestie d’abord parce que celle-ci est incompatible avec le besoin d’exister qui anime tous nos politiciens de gauche comme de droite.
En politique, il faut faire parler de soi en permanence sinon le public vous oublie. Et un politicien qui est oublié n’a plus aucune chance d’être élu.
– Le courage ensuite car ce dernier, en acceptant d’affronter les domaines sensibles, expose les « courageux » à l’impopularité. Et cette dernière, elle aussi, est fort préjudiciable lors des élections quand bien même les idées exposées seraient bonnes et justifiées.
Tout est donc une affaire de dosage entre modestie et courage. Seuls les meilleurs y parviennent et peuvent prétendre accéder à la fonction suprême… voire se faire réélire.
Erik Satie, avec son humour pince-sans-rire, avait coutume de déclarer : « Moi, pour la modestie, je ne crains personne. »
Votre billet sur Anna Gavalda m’a immédiatement fait penser à cette boutade. Vous y écrivez, avec une franchise rare, que vous « aspirez trop à la modestie pour en être un vecteur naturel », tout en reconnaissant que cette qualité, avec le courage, a votre prédilection. Là où Satie, en maître de l’ironie, s’autoproclamait imbattable en modestie (ce qui, on le sait, est déjà une façon délicieuse de la trahir), vous faites exactement l’inverse : vous avouez ne pas en être naturellement pourvu. C’est, pourrait-on penser, la forme la plus authentique de modestie qui soit.
Et pourtant… il y a un certain confort à avouer ses défauts sans pour autant faire de grands efforts pour les corriger. Un peu comme lorsqu’on confesse être un « mauvais chrétien » : la déclaration soulage, elle flatte même, elle donne l’illusion d’une lucidité courageuse, mais elle ressemble parfois davantage à de la coquetterie qu’à un véritable regret. L’aveu devient alors une posture élégante, presque un alibi : on a dit le mal, on en a tiré le bénéfice moral, et l’on peut continuer à vivre exactement comme avant. Votre franchise sur la modestie est intéressante. Mais elle interroge aussi.
Anna Gavalda, que vous célébrez si justement, n’avoue pas sa modestie : elle la vit, sans commentaire. Le héros de Stoner non plus. Peut-être que la véritable modestie commence précisément là où l’aveu s’arrête, et où commence le travail discret, patient, ingrat, de se corriger.
Merci, en tout cas, pour ce billet d’été qui, au détour d’une absence littéraire, nous offre une présence humaine aussi précieuse.
Je vous lis, je lis vos tweets, quel dommage que la modestie qui accompagne si bien Anna Gavalda ne soit pas plus présente chez vous.