La culture générale selon de Gaulle …

« La meilleure école du commandement est la culture générale », a écrit le général de Gaulle.

Il serait absurde de comparer toutes les activités à forte autorité au commandement auquel fait référence de Gaulle. Il n’empêche que cette pensée vigoureuse et décisive me paraît pouvoir être adaptée à un certain nombre de fonctions régaliennes, et tout particulièrement à la magistrature.

Pour cette dernière, il m’est toujours apparu que les formations dispensées à l’École nationale de la magistrature se focalisaient trop sur le juridique et la technique, comme si ces domaines, après la réussite au concours, ne pouvaient être approfondis bien plus efficacement lors des stages et durant les premiers mois de la vie professionnelle. Cela laisserait une place considérable, au sein de l’École, au perfectionnement de la culture générale.

On peut soutenir, sans paradoxe, que le commandement et les hautes responsabilités ont besoin, pour être exercés au mieux, d’un capital intellectuel et humain ayant enrichi les esprits et les sensibilités, accumulé au fil des siècles pour constituer un vivier universel.

C’est au sein de celui-ci que, confronté souvent à un présent équivoque, difficilement lisible et maîtrisable, le commandement, quelle que soit sa configuration, peut aller chercher des réponses et trouver le moyen de n’être pas dépassé par les défis d’aujourd’hui.

Plaider pour une culture générale, alliée fondamentale du commandement, c’est montrer qu’on ne devient exceptionnel, dans quelque fonction que ce soit, qu’en s’élevant au-dessus du contingent, du pragmatique et du conjoncturel. C’est être animé par la certitude que l’on est accompagné, dans sa pensée comme dans son action, par le cortège d’une multitude d’éclaireurs de talent ou de génie.

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Voir les Commentaires (14)
  1. Tout dépend de ce que l’on entend par culture générale.

    L’apprentissage du latin et du grec dans une salle de classe ne suffit pas pour faire d’un écolier un grand stratège. Il lui manquera toujours le pragmatisme, la perception psychologique, le sens de l’improvisation et le zeste de rouerie naturelle d’un gamin qui a beaucoup joué à la guerre dans les rues de son village. L’exemple des grands hommes et les études de cas ne peuvent servir qu’à des gens qui auraient suffisamment d’étoffe pour s’en passer, une fois placés dans des conditions qu’ils n’ont jamais pu étudier en vase clos.

    Par ailleurs, si la culture générale omet d’inclure une culture économique basique, ne serait-ce que des rudiments de culture scientifique, telles les additions, les soustractions et la règle de trois, c’est un leurre. « Ça ne coûte rien, c’est l’État qui paye » dans la bouche d’un président de la République qualifié de normal et bardé de diplômes, voilà qui devrait nous faire réfléchir.

  2. « Plaider pour une culture générale, alliée fondamentale du commandement, c’est montrer qu’on ne devient exceptionnel, dans quelque fonction que ce soit, qu’en s’élevant au-dessus du contingent, du pragmatique et du conjoncturel. C’est être animé par la certitude que l’on est accompagné, dans sa pensée comme dans son action, par le cortège d’une multitude d’éclaireurs de talent ou de génie. » (PB)
    La culture générale, en permettant d’éviter la multiplication de butors, favorise la compréhension des situations de la vie ainsi que la communication entre les hommes.

    Dans le domaine militaire, la culture historique peut parfois jouer un rôle décisif grâce à l’expérience tirée de récits anciens.

    Ainsi, en 1918, l’armée britannique opérant en Palestine sous le commandement du général Allenby s’est trouvée confrontée à une concentration de troupes turques près d’un village fortifié du nom de Mikmas.

    L’officier britannique chargé de planifier l’attaque de ce village, dont le nom lui disait quelque chose, a sorti sa bible personnelle (*) pour y découvrir dans 1 Samuel 14 : [1, 5, 6, 7, 8] le récit de la bataille qui avait opposé, il y a trois millénaires, les Hébreux aux Philistins près du village de Mikmas.

    https://emcitv.com/bible/1-samuel-14.html

    Le précédent biblique : Le texte racontait comment Jonathan, fils du roi Saül, accompagné de son seul écuyer, avait contourné la garnison des Philistins en escaladant de nuit un passage secret escarpé situé entre deux rochers abrupts nommés Bozez et Seneh. Cette attaque « commando » surprise avait semé la panique chez les Philistins, qui s’étaient enfuis. [8, 9, 10]

    L’application en 1918 : L’état-major britannique a envoyé des éclaireurs qui ont effectivement retrouvé la présence de ce sentier de montagne et des deux rochers. Au lieu de lancer une offensive frontale coûteuse en vies humaines, le général a modifié ses plans. Il a envoyé une seule compagnie d’infanterie légère emprunter ce col secret à la faveur de la nuit. [5, 11]

    La surprise fut totale : les sentinelles turques ont été neutralisées sans bruit et le reste de la garnison ottomane s’est réveillée en pensant être encerclé par l’armée entière d’Allenby, fuyant le camp en désordre. Le plan vieux de près de 3 000 ans a permis aux Britanniques de reprendre la position de Mikmas de manière presque identique et sans aucune perte majeure.

    https://intellectualtakeout.org/2016/11/how-the-bible-won-a-wwi-battle/

    (*) Les officiers britanniques en opération en Palestine avaient souvent sur eux une bible qui leur servait de « guide touristique » en quelque sorte, utile pour s’y retrouver dans les particularités d’une région inconnue chargée d’histoire dont la toponymie avait peu varié au cours des millénaires, de même que les axes de circulation.

    La connaissance de la Bible est un élément culturel de poids pour les gens qui sont nés du bon côté de « l’English Channel » et qui ne considèrent pas tout ce qui traite un tant soit peu de religion avec un mépris laïciste quasi pathologique…

  3. Mary Preud'homme

    Il suffit de consulter les annales de l’examen d’entrée en sixième que l’on passait vers onze ans à l’issue du CM2 et qui a été supprimé définitivement à la fin des années cinquante, pour comprendre à quel point le niveau scolaire a baissé. Et combien d’élèves aujourd’hui, beaucoup plus âgés, voire parvenus à la fin de leurs études secondaires, seraient en mesure de le réussir ?

  4. « Il arrive que parfois des militaires, s’exagérant l’impuissance relative à l’intelligence, négligent de s’en servir » (1925, dans « Le Soldat »).
    On peut remplacer, dans cette saillie du Général, le terme « militaires » par « magistrats »… voire plombiers… au choix.
    Et le choix est vaste…

  5. « Il m’est toujours apparu que les formations dispensées à l’École nationale de la magistrature se focalisaient trop sur le juridique et la technique, comme si ces domaines, après la réussite au concours, ne pouvaient être approfondis bien plus efficacement lors des stages et durant les premiers mois de la vie professionnelle. Cela laisserait une place considérable, au sein de l’École, au perfectionnement de la culture générale. » (PB)

    Le problème n’est pas récent et il faut se souvenir que monsieur Sarkozy il y a près de vingt ans avait fustigé l’existence dans les concours de la fonction publique d’épreuves de culture générale, citant la Princesse de Clèves. C’est-à-dire qu’il se faisait le chantre d’un concours d’admission et d’une formation en écoles strictement utilitaires.

    La culture générale doit rester un acquis lors de la présentation aux épreuves du concours, celle dispensée en écoles devant être plus orientée vers celle nécessaire à l’exercice des fonctions pour lesquelles les admis seront formés.

    Mais, comme l’écrit Serge HIREL 1er août 2026, le fond du problème est bien que l’Éducation nationale n’ait plus pour vocation de donner cette culture générale à ses ouailles, pas plus qu’elle ne fournit à ses élèves et étudiants la maîtrise de la langue française, tant en matière de grammaire, d’orthographe que de vocabulaire. Et ce n’est pas la diversité des spots publicitaires qui forgera la culture indispensable à tout citoyen pour comprendre le monde, ce qu’il a été (l’histoire et la géographie) et son devenir. Pour cela il faudrait cultiver la lecture, ce qui ne semble pas la priorité actuelle du monde enseignant où beaucoup ne s’en préoccupent pas. Avec pour conséquence des difficultés pour le monde de l’édition.

    Alors demander à l’ENM de se substituer au cursus universitaire préalable au concours ne peut que constituer un pis-aller.

    Il me souvient cependant que la première année dans mon école d’ingénieurs, dans les années 1965, nous avions encore droit à des dictées… Avec des cours, colles et autres qui correspondaient à environ 44 heures obligatoires par semaine, à quoi s’ajoutait le temps de travail personnel quotidien d’étude. À l’époque des « 35 heures », un tel régime est-il encore concevable ? Peut-être en écoles préparatoires aux concours.

  6. @ Marc Ghinsberg le 31 juillet 2026

    On « savourera l’ironie » du résultat : l’un a fini par sauver la France, l’autre a fini ses six dernières années en exil sur l’île de Sainte-Hélène, où il est mort le 5 mai 1821. L’histoire est souvent cruelle…

  7. Serge HIREL

    Pure coïncidence, dans son édition du 1er août, Le Monde a publié un article très documenté sur une association, La Courte Échelle, fondée en 2021 par le juge Youssef Badr, aujourd’hui premier vice-président adjoint au tribunal judiciaire de Bobigny. Son objectif, explique le quotidien, est « de soutenir les étudiants en droit d’origine modeste et d’introduire de la diversité, notamment dans la magistrature, réputée pour sa grande homogénéité sociologique ». Il s’agit de les conseiller, de leur procurer des stages… et de les aider à préparer le concours d’entrée à l’École nationale de la magistrature.

    Heureuse initiative, se dit-on… Mais, au fil des lignes, on apprend d’abord que Youssef Badr a été le porte-parole de la très « progressiste » Nicole Belloubet à la Chancellerie et que l’un des principaux intervenants de cette association a été, pendant dix-sept ans, chef de cabinet du président de la très « humaniste » Cour européenne des droits de l’homme. Dès lors, ceux qui ne voient pas là un projet d’entrisme de la gauche dans l’ENM – et donc, à terme, au sein de la justice pour y renforcer sa puissance – sont aveugles…

    En fait, Le Monde, sous prétexte de tresser des lauriers à La Courte Échelle, qui nage dans les mêmes eaux que lui, a surtout voulu s’en prendre, une fois de plus, à « l’extrême droite » en distinguant ce juge qui, le 19 juin dernier, a inscrit à son tableau de chasse Érik Tegnér et sa revue Frontières. Que la condamnation prononcée par Youssef Badr soit méritée ou non, ce qui est inquiétant, c’est que la polémique médiatique qui s’en est suivie a provoqué – selon lui – « une centaine de propositions de nouveaux parrains » des étudiants soutenus par La Courte Échelle… De nouveaux parrains qui, n’en doutons pas, partagent son dégoût d’une « justice de classe »…

    Quant au commentaire du billet de Philippe, il pourrait être très long tant son thème est large. Je me contenterai de remarquer que, même si l’École nationale de la magistrature n’est pas une autre École de guerre – elle ne forme pas des chefs qui ordonneront, mais des juges qui douteront –, l’une et l’autre ont un point commun : elles ont d’abord à fournir un enseignement professionnel, la culture générale étant censée être acquise lors des études antérieures, y compris post-bac (licence ou master), puisqu’elle est au cœur du développement de l’intelligence.

    Bon, je sais, la réalité est tout autre… Mais il me semble néanmoins que, pour pallier les insuffisances gravissimes de l’Éducation nationale en matière de culture générale, ce serait une erreur de raccourcir le programme d’« apprentissage professionnel » que dispensent l’ENM et les autres grandes écoles « techniques » qui forment ceux qui, demain, auront en charge de redéployer, de maintenir et de renforcer la puissance du pays en tous domaines.

    En 2027, après la fin d’une décennie assombrie par le laisser-faire présidentiel, tout devra commencer par une réforme de fond en comble de l’organisation, des missions, des personnels et des programmes du Mammouth. Sans un tel vent de modernité, nos futures « élites », privées d’un minimum de culture générale, indispensable aux dirigeants quels que soient leur secteur d’activité et l’importance de leur rôle, ne disposeraient, pour mener leur barque, que des « ficelles du métier »… et d’un instinct plus ou moins sûr.

  8. michel.delure@orange.fr

    Au-delà des missions de commandement, la culture générale me semble constituer une base indispensable, essentielle, pour tout homme – et donc par extension pour toute société – soucieux de son évolution. Cette culture générale est même la condition sine qua non de l’humain, par laquelle ce dernier se différencie justement du monde animal.

    C’est grâce à cette culture générale que l’homme peut ainsi s’affranchir de ses instincts, qu’il peut tirer les enseignements du passé, ce que l’on appelle l’expérience, et qu’il peut alors s’adapter à tout type d’environnement et affronter les aléas de la vie. C’est elle qui confère à l’homme sa souplesse, sa malléabilité, son adaptabilité, son inventivité.

    La culture générale est en fait à l’humain ce que des fondations sont à un bâtiment. Et de la même façon qu’une construction se dégrade, plus ou moins rapidement, faute de fondations solides, l’humain lui aussi décline – et la société dans laquelle il vit avec – en l’absence de culture générale.

  9. Pourquoi pas cher hôte, la culture. Elle conduit à la finesse, la nuance, tout n’est pas fait d’un bloc, excepté l’extrême totalitaire médiocrité de Macron.

    Il ne faut pas que les lois soient si interprétables qu’elles permettent toutes les interprétations aux cultivés justiciers, qui, c’est bien normal, apprécient le plus objectivement des faits, en regard de leur culture et de ce que leur permet la « camisole » juridique, de laquelle, pour s’échapper, si je vous suis, il n’y a pas besoin de s’appeler Houdini. Vous ne le leur reprochez pas, n’est-ce pas ?

    Dites, de Gaulle, il y a un doc sur LCP le concernant. Il était sacrément imbu de lui-même. Quand en 69 il délivre son dernier message d’avant référendum, en gros il explique que les Français n’ont pas eu à faire un tel choix depuis la création du monde, car de son résultat dépendra… son maintien ou son départ. Le sujet du référendum n’était donc pas son contenu mais sa personne. En fait Macron est très gaullien.

  10. « Pour cette dernière, il m’est toujours apparu que les formations dispensées à l’École nationale de la magistrature se focalisaient trop sur le juridique et la technique… » (PB)

    En fait j’ai l’impression que, depuis quelques années, l’École nationale de la magistrature a tendance à devenir une annexe de Sciences Po, en s‘attardant un peu trop sur la politique.
    J’en veux pour preuve le coup de gueule de Bruno Retailleau au sujet de la présence d’un membre du Syndicat de la magistrature à une conférence de presse de LFI baptisée « Non au permis de tuer XXL ».

    Dans les écoles d’ingénieurs, les thèmes abordés concernent d’abord la matière que ceux-ci seront amenés à exercer. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les futurs magistrats ?
    La culture générale peut certes occuper une place dans cet enseignement, mais celle-ci peut très bien s’acquérir par soi-même. Nombre d’autodidactes l’ont démontré.

  11. « La meilleure école du commandement est la culture générale », a écrit le général de Gaulle. » (PB)

    « Soyez curieux ! » disait le numéro 1, il ne nous a jamais demandé de montrer le diplôme, il savait que nous savions lire, écrire et que nous connaissions les opérations de base, que nous avions l’envie ; il nous a reçus et l’embauche, c’est lui qui la faisait en quelques minutes…

    Depuis, j’ai gardé ce côté, au début un courrier ne partait pas sans être passé sous son stylo.
    Que faisait ce juriste qui avait une licence d’anglais à la tête d’une puissante entreprise régionale, il parlait l’espagnol mieux que moi et d’autres aussi. « Soyez curieux ! »…

  12. « La meilleure école du commandement est la culture générale », a écrit le général de Gaulle. » (PB)

    Il est clair que la culture a toujours été un atout dans notre société.
    Encore faut-il éviter de l’étaler à tout moment car, à la longue, cela finit par devenir contre-productif.

    Mais enfin, il faut bien convenir que l’érudit dispose d’une supériorité intellectuelle incontestable sur son entourage lorsqu’il est amené à exercer un poste de commandement.
    On obéit plus facilement à un supérieur cultivé qu’à un balourd mal dégrossi, qui a tendance à jouer les « petits chefs » pour affirmer son autorité.

    D’autant que le premier peut apporter des arguments constructifs tirés de ses connaissances diverses pour étayer ses ordres et directives, ce dont est bien incapable le second.

    Cette observation se confirme dans tous les domaines à hautes responsabilités, que ce soit dans la vie active et même en politique.

  13. Marc Ghinsberg

    De Gaulle assure que « la véritable école du Commandement est la culture générale ». Napoléon, plus expéditif, tranche : « La guerre est un art simple et tout d’exécution. »

    On savourera l’ironie de l’histoire : celui qui n’a jamais commandé une grande bataille invite les chefs à s’élever vers Aristote ; celui qui en a gagné (et perdu) quelques-unes ramène tout au geste, à l’instant, au coup d’œil.

    Ainsi, pendant qu’on affine sa culture générale dans les bibliothèques ou à l’École nationale de la magistrature, l’art de commander tiendrait peut-être, in fine, à savoir exécuter. De quoi rassurer les pragmatiques, et troubler un peu les lettrés dans leur « vivier universel ».

  14. De Gaulle était visionnaire :

    Le général n’était sûrement pas un adepte de la « société multiculturelle ».

 À Alain Peyrefitte, il déclare : 

 »Nous sommes, avant tout, un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.

    Ceux qui prônent l’intégration à tout prix ont une cervelle de colibri même s’ils sont très savants !


    Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre, agitez la bouteille, au bout d’un moment ils se sépareront de nouveau… »


    Heureusement, le MRAP et la Halde n’existaient pas..

. Sinon, de Gaulle aurait fini au TPI.

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