Proudhon, Onfray et moi…

Qu’on se rassure : je ne suis pas pris d’une sorte de vertige des grandeurs, d’immodestie pathologique qui me conduirait à oser me mettre sur le même plan que ces deux personnalités incomparables, dont l’une a passé son temps à admirer l’autre…

Qui ne sait pas aujourd’hui que Michel Onfray (MO) est un inconditionnel de la pensée de Pierre-Joseph Proudhon (PJP), dont il ne cesse de montrer la formidable actualité, avec des pistes intellectuelles, politiques et sociales qui seraient très utiles pour notre monde déboussolé ?

Dans L’Anarchie positive, la biographie qu’il a consacrée à PJP, ainsi que dans un entretien accordé au Point, MO développe avec brio l’incroyable modernité, selon lui, de cet « anarchiste positif », les raisons pour lesquelles les personnalités de gauche les plus connues sont aux antipodes de son authentique vision d’une gauche qui « se situe ailleurs, chez Proudhon entre autres », ainsi que le caractère infiniment salutaire, par exemple, de l’aspiration à une décentralisation contre le jacobinisme et d’une réflexion sur le pouvoir, qui cherche aussi bien à éviter la domination que la dépendance.

C’est sur ce point, qui est essentiel — et MO a la dent dure lorsqu’il s’interroge sur Alain Finkielkraut, qui se dit de gauche en décriant une gauche qui ne l’est plus, et se demande « à quoi ressemble la gauche d’Alain Finkielkraut » — que je me glisse, sans me pousser du col.

Parce que je ne partage pas la condescendance avec laquelle MO pourfend les « libertariens », qu’il qualifie d’anarchistes de droite, en faisant référence en particulier à Javier Milei et à Elon Musk. Il les résume au slogan : « En avant ! Suppression de l’État et mort aux faibles », ce qui n’est pas inexact. Alors que Proudhon est favorable à « un État anarchiste ». Il régulerait, mais n’écraserait pas.

« Anarchiste de droite » est pourtant une étiquette qui m’a toujours bien plu lorsque j’avais à définir ma position politique, aussi éloignée d’une droite caricaturale et cynique que d’une gauche idéaliste et inefficace. Il me semblait que ma volonté d’imprévisibilité, mon souci de ne pas être enfermé dans des convictions comme dans une prison, n’étaient pas dénaturés par cet « anarchisme de droite », conciliant liberté et approche plus conservatrice que progressiste.

Dans cet entretien, MO cite une phrase de Nietzsche : « Il m’est odieux de suivre autant que de guider. »

J’aimerais tellement être capable de ressentir cette double détestation. Pour « suivre », je n’ai jamais eu le moindre problème. Je me souviens de mes réquisitions à la cour d’assises de Paris, où j’expliquais aux jurés « que j’éprouvais plus l’orgueil de précéder que la vanité d’être suivi ». Je n’ai jamais changé sur ce plan, au point parfois — je l’admets — de tomber dans une sorte de refus de dépendance assez ridicule, vivant comme une servitude le moindre recours à autrui.

En revanche, il est évident que, dans le comportement que j’ai évoqué pour les assises, être un « guide » solitaire, indépendant, influent, a satisfait une part de ma nature, et je suis contraint de reconnaître que, si l’existence m’en avait donné la possibilité, avec les diverses configurations du pouvoir qu’elle peut faire surgir, je n’aurais sans doute pas résisté à ce penchant de « guider », aussi trouble qu’il puisse apparaître.

MO me pardonnera, mais je ne suis pas loin de penser que lui-même n’est pas totalement étranger — sans la moindre arrogance ni vanité — à cette noble ambition de convaincre, d’alerter, de dénoncer, de dissuader, de prévenir, de semoncer. Et donc de guider.

Je suis en bonne compagnie.

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Voir les Commentaires (24)
  1. Voilà deux mille ans que le texte en question a renversé les sectaires dominateurs qui se réclament de lui.
    Marchenoir nous démontre que ce n’est pas fini, à poursuivre le débat inutile pour justifier ses ignominies.

  2. Robert Marchenoir

    @ Aliocha – le 1er mars 2026 (@ Robert Marchenoir)
    « Le débat historique est inutile, au regard de la révélation que le texte évangélique formule sur notre réalité de persécuteurs. »

    Eh bien voilà. Les faits, la réalité n’ont aucune importance. Le fait que Michel Onfray ait écrit un livre entier pour défendre une thèse qui a été entièrement réfutée par la science historique n’a aucune importance. Votre aveu est énorme.

    Seule compte votre religion, que vous tentez d’imposer aux autres. Fausse religion, au passage, car votre distorsion du christianisme est considérable. Fausse religion, car dès qu’on vous fait remarquer vos divergences d’avec la doctrine chrétienne, vous prétendez que vous n’exprimez pas une conviction religieuse, mais des vérités anthropologiques. C’est quand ça vous arrange.

    Non seulement il est stupide de prétendre que les faits n’ont aucune importance (car vous serez, dès lors, impuissant à convaincre quiconque), mais il est malpoli de vouloir imposer votre religion aux autres. Même lorsqu’il s’agit d’une religion bricolée, inexistante, basée sur l’interprétation erronée d’un livre sacré.

    Absurdité, impolitesse, absence totale de pertinence. Voilà qui résume votre démarche.

  3. @ Robert Marchenoir

    Le débat historique est inutile, au regard de la révélation que le texte évangélique formule sur notre réalité de persécuteurs.
    Au-delà des preuves historiques, elle a bouleversé l’histoire à tout jamais et a fondé la civilisation occidentale, celle-là qu’Onfray rêve de voir disparaître, par incapacité à en mesurer individuellement les conséquences.
    Il lui reste à accéder à la vérité romanesque, plutôt qu’à se vautrer dans son romantisme vengeur qui le soumet aux esclavages de l’anarchie.

  4. @ Serge HIREL

    Je ne pense pas que la guerre civile puisse venir de la quantité de chapelles politiques existant en France. Il suffit, au contraire, de l’émergence d’un seul groupe incompatible, à partir du moment où il est suffisamment nombreux, suffisamment belliqueux et suffisamment réfractaire au droit. Il y a pour lui diverses manières de mener la guerre, ouvertement ou de manière insidieuse, sans jamais la déclarer franchement, sur le temps court ou sur le temps long. Et toujours avec brutalité.

    L’effritement du camp attaqué favorise l’avancée de l’attaquant, sans en être pourtant la cause principale, et ce n’est pas en luttant contre la dispersion politique qu’on arrêtera la montée de la violence. La dispersion fait partie de la démocratie.

    C’est sur la loi qu’il faut compter. Compte tenu qu’en cas de guerre civile, souvent l’attaqué est légitime, alors que l’attaquant ne l’est pas, c’est en commençant par faire respecter la loi, sans la trafiquer, et en opposant sans frémir le droit à la force qu’on pourra étouffer dans l’œuf l’affrontement. C’est là que l’on repère les vrais anarchistes, ceux pour qui la loi n’est pas contraignante, ceux pour qui elle s’applique à la tête du client. Leur nonchalance et leur relativisme face aux entorses à la loi sont les plus grands dangers pour la paix civile.

  5. Bon, bien sûr, ni vous, cher Philippe, ni moi ne sommes « anars ». Ni même l’ami Michel, qui se réclame de Proudhon, mais admire aussi de Gaulle, le Français le plus détesté par les « anars » parce qu’il était l’incarnation de ce que doit être un État régalien, qui prône l’ordre et la hiérarchie en tous domaines, sans pour autant être dictatorial, le peuple conservant sa souveraineté par le droit de vote — jusqu’à maintenant respecté en France depuis la Libération — et par l’exercice du pouvoir législatif par les élus nationaux qu’il mandate — ou démet de leurs fonctions — lors de scrutins libres.

    Il n’est pas honteux de penser que, pour être pleine et entière, une démocratie doit être régalienne. Ce qui n’est plus notre cas, un individu, ancien ministre d’une gauche déjà hargneuse, ayant pu se permettre de proclamer « La République, c’est moi ! » sans être réellement inquiété politiquement, alors que ce propos nie, sans contestation possible, le principe même de la démocratie. Il n’a été condamné que par la justice… et pour « actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation »… comme un vulgaire malfrat ayant injurié un magistrat…

    Le même, aujourd’hui, s’arroge avec une véhémence inouïe le droit à la violence — jusqu’à ce que mort s’ensuive — comme moyen de prendre le pouvoir, sans être, encore une fois, mis immédiatement à l’écart de toute tentative de mettre en œuvre une nouvelle Terreur. Le discours de Mélenchon, jeudi soir, à Lyon, est un appel à l’insurrection dès l’annonce du résultat de la prochaine élection présidentielle — si ce n’est pendant la campagne —, sa marche vers l’Élysée étant d’ores et déjà vouée à l’échec. Plus la défaite sera cuisante, plus il enverra ses sbires et ses milices au combat sans retenue contre la démocratie.

    Désormais, aucun dirigeant politique qui s’approchera de cet individu, lui serrera la main ou, pire, négociera avec lui, ne pourra plus prétendre qu’il ne connaissait pas son degré extrême de dangerosité pour notre République, pour notre nation, pour notre société. L’entourer d’un « cordon sanitaire » ne suffit plus. Il faut l’entraver, lui passer une camisole de force, ne plus lui tendre un micro, ne plus le montrer vociférant sa hargne…

    Ce serait contraire aux Droits de l’Homme, à l’État de droit ?… Oui, bien sûr. Mais ne les bafoue-t-il pas ? Ne met-il pas en péril notre démocratie déjà vacillante quand il annonce son intention d’en finir avec les libertés, sa volonté de museler les médias, sa décision de détruire notre Constitution pour la remplacer par un texte puant toutes les idéologies nauséabondes, celles qui, au siècle dernier, ont entraîné la planète entière dans des guerres insensées, auxquelles, parvenu au pouvoir, il ajoutera les fatwas moyenâgeuses d’une religion en retard d’un millénaire, dont il utilise aujourd’hui les fidèles qu’il devra demain récompenser de leur aide… beaucoup plus volontaire que niaise ?

    Face à cela, la France a le devoir de répliquer, de se protéger. La France non seulement se trouve en état de légitime défense, mais c’est au nom du respect des Droits de l’Homme, de son statut d’État de droit, qu’elle doit, dès aujourd’hui, entreprendre d’éradiquer de notre société ce poison mortel diffusé par Mélenchon et ses complices. Si elle hésite encore quelques semaines, c’en sera fini d’elle…

    Macron est là face à une responsabilité majeure qu’aucun de ses prédécesseurs — sauf de Gaulle — n’a eu à assumer. Malheureusement, il est loin, très loin d’avoir la carrure du Général… Il est même son contraire en matière régalienne… et de véritable patriotisme.

    Revenons à la question… Sommes-nous « anars » ?… Si être « anar » — « de droite » ou « de gauche » —, c’est, tout en faisant siens les grands principes d’un courant de pensée politique — le conservatisme, le libéralisme, le socialisme, le souverainisme, le fédéralisme… voire le gaullisme pour ceux qui le considèrent comme tel —, défendre des opinions divergentes de celui-ci sur tel ou tel dossier, alors, oui, je suis « anar », Philippe est « anar » et les 50 millions d’électeurs français sont tous « anars » ! Aucun d’entre eux n’exprime des convictions politiques strictement identiques en tous points à celles des autres. Même Achille, fidèle parmi les fidèles du macronisme agonisant, est « anar »… Il lui arrive, au détour d’un commentaire, de laisser deviner de légers désaccords avec la doxa officielle (du jour) édictée par l’Élysée…

    En fait, tout cet océan d’opinions différentes n’a aucun rapport avec l’anarchisme. Il démontre, au contraire, notre goût pour la « res publica », notre appétence pour le débat des idées… et notre propension à estimer que les nôtres sont les meilleures… Il est même la preuve la plus irréfutable de notre attachement à la France et à sa conception de la démocratie.

    Quant aux vrais « anars », il doit bien en exister encore quelques-uns… peut-être un peu plus qu’il y a dix ans, lorsqu’un candidat à la présidence de la République s’est mis dans la tête que les Français étaient capables de ne plus avoir d’opinions personnelles, de faire leurs celles des autres, et que le moment était propice pour les faire devenir les « veaux » que le Général avait cru percevoir derrière leurs éternelles querelles au Café du Commerce…

    Macron s’est lourdement trompé et nous en payons les conséquences : il n’y a jamais eu autant de chapelles et de sous-chapelles politiques, autant d’animosité dans l’expression des opinions, autant de haine entre les dirigeants politiques — parfois dans un même parti… —, autant de risque que cela débouche sur l’impensable : une guerre civile.

  6. Robert Marchenoir

    Michel Onfray dans sa Théorie de Jésus : Jésus-Christ n’a jamais existé. C’est un mythe.

    Le consensus scientifique ne fait aucun doute : Jésus est un personnage historique qui est mort sur la croix, et qui a donné naissance à la religion nommée christianisme. On a le droit de ne pas être chrétien, on a le droit d’être athée, mais on n’a pas le droit d’être un abruti, un falsificateur fier de son ignorance lorsqu’on prétend au statut de philosophe.

  7. Un autre exemple pour appuyer la thèse de Marc Ghinsberg.
    Onfray chez Ferrari :
    « Là, on est dans une urgence, alors on bricole. On se dit : “Bon, Covid-19, c’est qu’il y en a 18 précédemment, on va voir comment ceux-là fonctionnaient…” »

  8. « en faisant référence en particulier à Javier Milei et à Elon Musk. Il les résume au slogan : « En avant ! Suppression de l’État et mort aux faibles », ce qui n’est pas inexact ». (PB)

    À moi, cela paraît inexact et injuste. Et c’est surtout le produit direct d’années de propagande gauchiste. Ni l’un ni l’autre, que je sache, n’ont parlé de supprimer l’État. Sinon d’en réduire les attributions et le périmètre. Aucun d’eux n’a jamais dit, sauf erreur de ma part : « Mort aux faibles ». Ni ne l’a sans doute pensé. Cette façon artificielle de diviser la population en forts et faibles ne correspond d’ailleurs pas à leur façon de voir le monde, me semble-t-il, mais bien plus à celle de Michel Onfray.

    Peut-être cherchent-ils à rendre un certain nombre de faibles moins faibles en leur donnant les moyens de sortir de leur état de faiblesse plutôt qu’en les y maintenant par idéologie ou par bénéfice. Et en obligeant l’État à protéger les « faibles » en faisant respecter la loi plutôt qu’en fermant les yeux sur la délinquance.

  9. Michel Deluré

    @ Tipaza 26/02/2026
    « …le suivisme et le guidage sont des contraintes sociales parfois lourdes, toujours encombrantes, en ce qu’elles limitent la liberté d’action. »

    C’est bien là toute la difficulté de la vie en collectivité, avec ses limites que constituent, d’un côté l’individualisme et, à l’opposé, le consensus, difficulté qu’il revient justement à la politique de surmonter. Et c’est sans doute pour cela que l’exercice de la politique est si délicat, puisqu’il consiste finalement à tenter de nous rassembler en nous opposant !

    « Trouver une forme d’association qui défende et protège, de toute la force commune, la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant » (Du contrat social, J.-J. Rousseau), n’est-ce point l’idéal vers lequel devrait tendre toute politique ?

    Toute vie en société tourne autour de ces deux pivots que sont la liberté et la loi, la seconde limitant forcément la première. Il revient alors au pouvoir, le politique, d’instaurer la meilleure combinaison possible entre ces deux pivots pour le bien de la communauté.

  10. @ Xavier NEBOUT le 27 février 2026
    « il (Michel Onfray) a en commun avec Proudhon d’être ce qu’on fait de mieux comme zéro pointé en matière de spiritualité. »

    Si vous jugez en connaissance de cause, je n’ai rien à dire, sinon je voudrais vous donner quelques précisions sur Michel Onfray.

    MO a fait un séjour dans le monastère de Lagrasse, dont il a tiré un ouvrage intitulé Patience dans les ruines publié chez Bouquins.
    Il décrit son séjour en recherche de spiritualité sous la direction du Père Michel.
    À la fin de l’ouvrage, il publie un échange de lettres avec celui-ci, après son séjour.
    La lettre du Père Michel est remarquable dans le fond et dans la forme, MO lui répond au même niveau d’excellence.

    Qu’il n’ait pas été convaincu, comme c’est son droit, liberté de conscience généreusement octroyée par le Dieu des chrétiens, n’empêche pas qu’il ait fait un chemin vers cette spiritualité que vous proclamez.
    Il sait de quoi il parle quand il parle de spiritualité.

    Pour Proudhon, j’ignore tout de lui ou presque, je l’ai déjà dit.

  11. Cher Tipaza,

    Qu’entendez-vous par : « c’est celui qui a le plus gros gourdin qui gagne » ?
    Par ailleurs, je ne suis pas sûr que les comités, commissions et autres organismes relèvent de l’horizontalité. N’est-ce pas plutôt une manière subtile de masquer — ça fonctionne de moins en moins bien, voire plus du tout — une verticalité qui ne veut pas s’afficher mais revient au même : se goberger sur le dos du voisin ?

  12. Michel Onfray, énorme débatteur. Je ne le lis plus ; j’ai de ses premiers livres. Je l’écoute, je ne le lis plus.
    J’ai entendu récemment Michel Houellebecq face à Alain Finkielkraut ; il a laminé ce dernier sans y toucher.
    Il faut bien être attentif avec Houellebecq ; en fait, à chacune de ses interventions, son interlocuteur est déstabilisé, surtout quand il s’oppose à la façon de dire « adieu » à celui qui s’en va pour toujours.

    https://www.youtube.com/watch?v=VO4YegFgYoE

  13. Xavier NEBOUT

    Serge Hirel a parfaitement raison face à Patrice Charoulet.
    Onfray va chez Bolloré essentiellement parce que la pègre intellectuelle ne veut pas de lui sur les chaînes publiques.
    Ceci dit, il a en commun avec Proudhon d’être ce qu’on fait de mieux comme zéro pointé en matière de spiritualité.

  14. « Proudhon, Onfray et moi… »

    Ça fait beaucoup d’illustres personnages à commenter !
    Commençons par Michel Onfray puisqu’il est le lien entre les deux autres.

    Une fois n’est pas coutume, je partage l’opinion de Marc Ghinsberg disant : « Michel Onfray est, à mes yeux, un très bon passeur des grands systèmes philosophiques. »

    Après, que cet excellent passeur et conteur, sachant raconter la vie des autres sous un angle relativement original, soit un toutologue, ma foi, on lui demande de faire le toutologue, il fait le toutologue.
    Paris vaut bien une messe ; quelques euros dans son escarcelle valent bien quelques toutologies.

    Il faut reconnaître qu’il fait le toutologue avec génie. J’ignorais cette déclaration :
    « L’astrophysique nous apprend qu’il y a un réchauffement climatique causé par ce que l’on nomme les plurivers, les multivers et les interactions entre les univers. »
    Elle a provoqué chez moi l’hilarité de rigueur, accompagnée d’une admiration sans bornes.
    Pensez donc : avec cette déclaration, MO se hisse au niveau de Salvador Dalí, dans ces moments de délire psychédélique, comme il aimait à les définir lui-même.

    Et encore, Dalí n’a jamais fait référence aux multivers, n’est jamais sorti de notre petit univers, ce que MO fait sans complexe et sans retenue.
    Du grand, du très grand délire psychédélique que Dalí aurait envié.
    Totale admiration, surtout s’il le pense sincèrement.
    Les délires les plus sincères sont les plus beaux, a dit le poète.

    Proudhon, je le connais moins bien que Dalí, on comprendra facilement pourquoi.
    Ce que je sais de lui, c’est qu’il avait une pensée un peu contradictoire, non pas par confusion mentale, mais par sincérité. En politique, la sincérité est toujours un handicap qui amène à penser contre soi-même parfois. Erreur fatale que les politiques évitent soigneusement, sauf Éric Zemmour, et on voit à quel niveau il est dans les sondages.

    MO qualifie les libertariens d’anarchistes de droite. Il me semble que c’est bien vu.
    De droite parce qu’ils admettent une certaine verticalité du pouvoir, mais limitée à l’essentiel du régalien ; pour le reste, ils se veulent entièrement libres, et surtout libres de normes et de contraintes sociales susceptibles de limiter leurs capacités d’initiative.

    Les anarchistes de gauche sont partisans d’une horizontalité du pouvoir, avec des commissions, des soviets partout et sur tous les sujets, du plus régalien au plus quotidien. La palabre tribale comme exercice du pouvoir. On sait comment ça finit toujours : c’est celui qui crie le plus fort et qui a le plus gros gourdin qui met fin à la palabre et prend le pouvoir.

    Un dernier mot sur la phrase de Nietzsche, préférée de MO :
    « Il m’est odieux de suivre autant que de guider. »
    On peut être d’accord avec MO : le suivisme et le guidage sont des contraintes sociales parfois lourdes, toujours encombrantes, en ce qu’elles limitent la liberté d’action.
    Il reste l’exemplarité du comportement, qui ne dépend que de soi.

  15. Mary Preud'homme

    Onfray, c’est le philosophe fourre-tout qui nous gave depuis des lustres de ses certitudes et recommandations péremptoires, quel que soit le sujet… Hélas, vu l’embrouillamini de ses convictions, il serait grand temps qu’il commence à faire le ménage dans ses idées, où il ne semble plus se retrouver lui-même depuis pas mal de temps. Un encombrement extrême de sa pensée qui n’est pas sans évoquer une forme de syndrome de Diogène façon intellectuel !

    Allô maman bobo, j’suis pas beau !

  16. Michel Deluré

    Cela me paraît heurter le bon sens que de faire cohabiter les termes « anarchie » et « positive ». Qu’attendre de positif, de bénéfique, d’efficace pour la collectivité là où il n’y a que carence d’autorité, rejet des règles, désordre ?

    Aspirer à une décentralisation indispensable et salutaire, ouvrant un espace plus vaste de liberté et, à la fois, de responsabilité, pour contrer un jacobinisme excessif, étouffant et souvent inefficace, ne justifie pas pour autant de verser dans l’outrance et l’utopisme de l’anarchisme.

  17. Xavier NEBOUT

    Saint Thomas d’Aquin, le docteur angélique, est l’auteur d’une œuvre encyclopédique et encore de référence, notamment avec sa Somme théologique et sa Somme contre les Gentils. À la suite d’une expérience extatique, il qualifia tout ce qu’il avait écrit de paille, voulut qu’on la brûle, et se refusa à dicter un mot de plus jusqu’à sa mort, un an plus tard, à quarante-neuf ans.
    M. Onfray connaîtra-t-il l’extase avant qu’il ne lui reste plus le temps de tout recommencer ?

  18. Patrice Charoulet

    En philosophie, il y a plus d’une centaine de profs de fac ou de prépas, en France, très supérieurs à Onfray en matière de pensée. Ils ont oublié de courir à la télévision ou à la radio. On les appelle parfois dans les jurys d’agrégation. Nul ne songerait à recourir au dénommé Onfray. Et pour cause.
    Ses rengaines sur Proudhon ne l’empêchent pas de cachetonner chez Bolloré… assez peu proudhonien, semble-t-il.
    C’est très bon pour les ventes du plus riche « philosophe » (guillemets de rigueur) français actuel.

    1. @ Patrice Charoulet – le 26 février

      Quels sont les critères qui vous permettent d’affirmer péremptoirement qu’« il y a plus d’une centaine de profs de fac ou de prépas, en France, très supérieurs à Onfray en matière de pensée » ? Le fait qu’ils soient mieux nés ?… Qu’ils aient obtenu des peaux d’ânes plus luisantes que lui, pauvre docteur d’une université normande sans prestige ?… Qu’ils préfèrent croupir derrière leurs chaires, payés par le contribuable, plutôt que « courir à la télévision » et y partager leur savoir, quitte à ce qu’il soit contesté ?… Qu’ils se refusent à « cachetonner » afin que l’esprit de lucre ne les éloigne pas de la pureté rare de leur réflexion ? Qu’ils attendent sereinement la retraite et les breloques dus à leur rang et à leur âge, qui seront dûment mentionnées dans « la nécro » que leur famille et leurs semblables demanderont à la presse locale de publier, afin que nul n’ignore leur apport à la philosophie…

      Croyez-vous que, s’ils avaient eu à leur disposition les moyens de communication d’aujourd’hui, les « grands philosophes » – ceux qui ont réellement construit de nouveaux courants de pensée et ne se sont pas contentés de tenter d’enseigner plus ou moins bien ce qu’on leur avait appris – les dédaigneraient ?

      Je ne sais pas ce qui restera des bouquins et des affirmations de Michel Onfray. Je sais que je n’approuve pas tout ce qu’il dit, qu’il me paraît trop souvent brouillon. Mais je suis sûr qu’en créant l’Université populaire de Caen, en renouant ainsi avec la tradition millénaire de la confrontation entre les philosophes et le peuple, il a plus fait pour bâtir une société intelligente que les milliers de profs de facs, de prépas, de lycées et de collèges accrochés à leurs sacro-saints programmes… et à leurs « avantages-z-acquis »

  19. On le sait, lors de la création du Cercle Proudhon en 1912, l’Action française était représentée par son directeur de publication, un certain Maurras : c’est là que le concept d’« anarchiste de droite » prend toute sa valeur ; une valeur que j’apprécie d’autant plus que certains anars de droite, genre Léautaud ou Blondin, ont un style sublime. 1912, c’est aussi l’époque où Gustave Hervé, le Mussolini français, commençait à avoir des doutes sur la trajectoire défaitiste révolutionnaire prébolchevique qui l’avait incité à planter un drapeau sur le tas de fumier de sa caserne (plus tard, il finit par trouver sa formule définitive : « C’est Pétain qu’il nous faut ! »).

    On le voit aussi, Macrone regnante, le principal parti d’extrême gauche prend des positions de plus en plus originales pour des motifs de plus en plus curieux sur le droit au blasphème : la notion d’« anarchiste de gauche » demeure donc extrêmement séduisante.

    Car les anarchistes, de droite comme de gauche, ne sont pas soumis aux échéances électorales ! C’est déjà quelque chose…

  20. Michel Onfray parle et écrit trop. Sa parole, autrefois rare et précieuse, s’est banalisée par surexposition. Comme le dit Marc Ghinsberg, il devient malheureusement le « toutologue », donnant son avis sur tout, même là où il devrait se taire – ce qui finit par le décrédibiliser.

    C’est dommage, car c’est un surdoué. Je prenais plaisir à l’écouter quand il se limitait à ses vrais sujets : Nietzsche, Proudhon, l’hédonisme, la critique radicale. Là, il était irrésistible.

    Aujourd’hui, la quantité dilue la force.

  21. Sloterdijk nous dit, dans son texte « Le continent sans qualités » :

    « Le romancier Michel Houellebecq a reçu en octobre 2018 le prix de la société Oswald Spengler, dont le siège se trouve à Limbourg, en Belgique — peut-être pour rendre hommage aux propos qu’il avait tenus en 1998, selon lesquels l’Occident était en train de disparaître, mais que sa disparition devait être considérée plutôt comme « une bonne chose ».
    Ce qui montre accessoirement comment, en France, en Belgique et dans quelques cercles allemands passéistes, le déclinisme continue à nourrir son homme.
    Que Michel Onfray ait pu dire en février 2016 que « notre civilisation [était] morte » n’étonne pas réellement. Il y a cependant entre une déclaration de décès prononcée en présence de la presse et des caméras de télévision et l’établissement d’un certificat de décès par du personnel ayant l’expérience de la morgue une différence que l’on ne devrait pas totalement négliger. »

    Le guide a tout loisir de choisir qui le guide, au risque sinon de conduire ceux qui le suivent aux gouffres violents de l’anarchie.
    Sans Dieu, les hommes deviennent des dieux les uns pour les autres.
    Il est temps de devenir réellement chrétien, même pour les nietzschéens, c’est à dire parfaitement incroyant en la violence.
    À l’endroit du péril, grandit aussi ce qui sauve : l’amour peut tout.
    https://www.youtube.com/watch?v=dliNdZ6hK4c

  22. Sincèrement, je préfère mille fois Alain Finkielkraut à Michel Onfray. Et la gauche du premier n’a rien à envier à celle du second, vu que, manifestement, l’un comme l’autre n’appartiennent plus à ce courant de pensée.

    AF n’a rien à envier à MO sur le plan culturel, que ce soit dans le domaine littéraire ou philosophique. Mais il n’exsude pas la fatuité insupportable de MO, qui se prétend un émule de Proudhon, mais dont les idées ont progressivement migré de la gauche libertaire à la droite résolument réactionnaire.
    À noter qu’on ne le voit jamais dans les manifestations « prolétariennes », préférant le confort douillet des plateaux télé de CNews aux côtés de Laurence Ferrari.
    MO parle beaucoup et écrit encore plus. C’est son côté compulsif.
    Certes, il lui arrive de dire des choses intéressantes dans ce déferlement de mots qui s’échappent de son cerveau en effervescence.

    Après l’avoir apprécié à une certaine époque (*), aujourd’hui son côté exubérant et condescendant me fatigue.
    AF, quant à lui, s’exprime avec modération, prenant le temps de choisir les bonnes expressions, s’appuyant sur des éléments factuels, faisant preuve de pondération dans les termes qu’il utilise lorsqu’il parle de personnalités qui n’ont pas l’heur de lui plaire, contrairement à MO, qui est toujours dans l’excès, à la limite de l’insulte.

    Personnellement, je le trouve très tourmenté, ce qui est totalement contraire à ce que devrait être le comportement d’un philosophe.

    (*) J’ai même quelques bouquins de lui dans ma bibliothèque.

  23. Marc Ghinsberg

    Michel Onfray est, à mes yeux, un très bon passeur des grands systèmes philosophiques. Dès qu’il sort de ce registre, il bascule assez vite dans le toutologue fumeux.

    Il y a peu, dans son rendez-vous hebdomadaire sur CNews, il lâchait avec une componction toute professorale :
    « L’astrophysique nous apprend qu’il y a un réchauffement climatique causé par ce que l’on nomme les plurivers, les multivers et les interactions entre les univers. »
    Cette affirmation a provoqué l’hilarité de la communauté scientifique.

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