Ruffin pas seulement contre les rupins ?

François Ruffin (FR) avait cru brillamment se distinguer en promettant, s’il était élu président de la République en 2027, de ne se faire payer qu’au SMIC. Cette démagogie, ne comprenant rien aux aspirations du peuple français, avait même été critiquée, voire moquée, par la gauche et l’extrême gauche. Ce que désirent les citoyens, c’est une synthèse entre la majesté républicaine et la simplicité scandinave. Rien à voir, donc, avec ce misérabilisme surjoué !

On aurait pu considérer que la cause était entendue, que FR était un excellent réalisateur – un peu notre Ken Loach au petit pied – mais que, pour l’Élysée, il n’était pas crédible…

Pourtant, Marianne, hebdomadaire que j’apprécie, a choisi de poser en couverture, sous sa photographie, une interrogation qui le remet autrement en lumière : « Lui, président ? »

Passé le premier moment de saisissement, on lit avec curiosité le long entretien qui lui est consacré. Pour l’essentiel, les réponses qu’il apporte au collectif de journalistes qui l’interroge ne bouleversent rien, ne marquent aucune rupture véritable et s’inscrivent — sans vouloir l’offenser — dans une forme de banalité progressiste dont la tiédeur contraste avec le délire révolutionnaire et jusqu’au-boutiste d’un Jean-Luc Mélenchon.

De ma part, d’ailleurs, ce n’est pas forcément un passif que cette relative modération ; mais il me semble que, pour être dans ce registre, nous avons déjà suffisamment d’autres personnalités plus fiables et plus classiques que FR !

Son argumentation m’a surtout intéressé lorsqu’il cherche à répondre au grief de son manque de crédibilité présidentielle. Il a déjà quelque chose en commun avec tous ceux qui exercent le pouvoir ou ambitionnent, à tort ou à raison, d’y accéder : il ne doute pas et se montre même si satisfait de lui-même qu’il s’imagine aisément face à Vladimir Poutine et à Donald Trump, persuadé de pouvoir leur résister. Après tout, dans le registre du virtuel, pourquoi ne croirait-on pas sur parole celui qui se juge à la hauteur ?

FR, comme tant d’autres, est sans doute plus convaincant lorsqu’il oppose à son inexpérience et au risque qu’il représenterait les faibles résultats, les médiocres réussites de la classe politique classique, de droite comme de gauche, et qu’il en tire la conclusion qu’elle n’a pas de leçons à donner et qu’il ferait nécessairement mieux.

Je ne suis pas persuadé que l’adhésion à cette démonstration puisse être totale, car on peut tout de même préférer un professionnel, même s’il a commis des erreurs, à un amateur qui n’a rien prouvé.

Sur ce dernier point, FR me paraît à la fois se surestimer et user d’un sophisme en jouant sur le concept de normalité. On comprend bien qu’en se décrétant non normal, il vise François Hollande, qui avait déclaré vouloir être un président « normal », mais sans suffisamment l’expliciter ; et qu’il conclut, de cette absence prétendue de normalité, à une indéniable aptitude présidentielle. Ce qui est, pour le moins, un raccourci audacieux !

D’autant plus que FR exagère le caractère atypique de son parcours et de ses activités. Il veut en faire une épopée quand, tout au plus — et ce n’est déjà pas rien —, il y a chez lui de l’agitateur et du vibrion. Même si la petite cour qui l’entoure — elle se constitue toujours, même lorsqu’on prétend s’en garder ! — le conforte dans sa croyance qu’on l’attend, qu’on l’espère et que la primaire de gauche lui sera favorable. Les illusions sont toujours belles et précieuses avant qu’on ne les perde.

Ruffin n’est pas seulement destiné à combattre les rupins. Mais, dans l’espace de la politique traditionnelle, le député Ruffin occupe certes une place amplifiée par une réelle sympathie médiatique ; faut-il pour autant l’admirer parce qu’il aurait découvert, contre LFI, que la France et le peuple existaient ?

Et d’un futur qui ne serait pas aux couleurs d’aujourd’hui, il ne sera jamais l’inventeur !

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Voir les Commentaires (15)
  1. Xavier NEBOUT

    Il y a autant de socialismes que de socialistes ; la seule chose qu’ils ont en commun, c’est la haine du « propriétaire », du patron et du prêtre.
    Ça n’a pas changé depuis deux cents ans, et nous avons le fonctionnaire qui, haïssant l’homme libre, ne cesse de le contraindre à force de lois, le salarié qui souffre d’être un esclave en révolte plus ou moins rentrée, et les deux qui ne supportent pas la spiritualité qui révélerait leur lâcheté.

    Il ne devrait y avoir que des travailleurs indépendants liés à des entreprises par des contrats de prestation de services. Nous y viendrons via « l’ubérisation » et l’informatique, mais malheureusement, pour notre pauvre pays, l’islam semble beaucoup plus favorable que l’Église des nuls à cette inéluctable évolution.

    P.-S. : Les agences immobilières ont longtemps eu recours à des négociateurs ayant le statut d’agent commercial. Or les socialistes n’auront eu de cesse de tout faire pour y mettre fin.

  2. Véronique Raffeneau

    « faut-il pour autant l’admirer parce qu’il aurait découvert, contre LFI, que la France et le peuple existaient ? » (PB)

    L’admirer, non.

    Cependant, je porte à François Ruffin une profonde estime pour son combat — solitaire — en faveur d’une reconnaissance pleine et entière des auxiliaires de vie qui font preuve d’humanité, de considération et de douceur envers les infiniment vulnérables, si souvent mal ou pas assez aimés et respectés.

    À l’heure où le Parlement vote une loi abominable qui permettra aux soignants de tuer, je voudrais que notre société décide d’abord la reconnaissance et le respect de ceux et celles qui aident et assistent ce qu’il y a de plus difficile et de plus humain.

  3. Michel Deluré

    François Ruffin, malgré tout le respect que l’on peut avoir pour sa personne, fait hélas partie de cette pléthore de postulants qui se présentent sur la ligne de départ alors qu’ils n’ont rien à y faire, parce qu’ils n’ont tout simplement pas le niveau.

    Ces postulants ne font finalement que semer la confusion et distraire nombre d’électeurs de l’essentiel.

    Quand on sait l’état dans lequel se trouvera le pays au moment d’élire le successeur d’EM, nous ne pouvons qu’espérer qu’il restera, au moment du choix final, au moins un bulletin portant le nom d’un candidat d’un autre calibre que celui de ces postulants, apte à nous proposer d’autres solutions que celle, certes symbolique, mais combien dérisoire et risible, de réduire sa rémunération, solutions qui seront plus en phase avec les énormes défis que la France devra alors relever.

  4. Il paraît que la Frââânce n’a même pas été informée de l’attaque de ce matin, conjointe USA/Israël… On peut les comprendre, avec des déclarations du genre « il faut arrêter l’escalade… Convoquer l’ONU… », bref la panoplie de l’impuissance, et la Une d’un journal qui affiche « Ruffin Président », il y a de quoi se marrer. Là, ça ne macrone plus, il faut les moyens et pas une Europe de misère et de désespoir.

    Que dire ? Le pognon, c’est la puissance, pas besoin de gourdin, et un pays en redressement judiciaire aura toujours du mal à bomber le torse. Il paraît aussi que des discussions doivent s’engager sur notre parapluie nucléaire pour l’Europe… Bon… Si c’est parti comme pour l’Europe de la Défense, dans 30 ans on en reparlera encore.

    Et dans peu de temps Macron s’en ira… alors disons 40 ans, le temps de tout reprendre à zéro et de recommencer : « Dans la troupe, y’a pas d’jambes de bois, y a des nouilles mais ça n’se voit pas… »

    Et un champion de la récup, un, le général Trinquand ; si on l’écoute, il a tout prévu. Si on lui repasse tout ce qu’il peut dire pour tirer la couverture à lui, sa pochette va pleurer de rire, et nous avec encore plus. Par contre, le général Richoux — le plus pertinent — a été entendu des USA, les buts de guerre ont été annoncés.

    Que voulez-vous que fasse Ruffin dans cette tourmente ? Je ne parle même pas de Jordy, ses mains jointes de communiant quand il parle de sujets puissants qui le dépassent.

    1. revnonausujai

      Euh, vous savez ce qu’est le « chef de la mission militaire française à l’ONU » ?
      C’est le gars qui tient le compte des moyens militaires mis à disposition de l’ONU et qui questionne Paris sur ceux qui pourraient y être ajoutés en cas de besoin, tout ça pour le compte et sous les ordres de l’ambassadeur ; alors, ses avis ont sensiblement la même valeur que les vôtres ou les miens !

  5. Patrice Charoulet (r)

    C’est sans doute ancien, mais en tout cas je ne l’avais jamais observé. Les municipales approchant, diverses listes en France indiquent le prénom, le nom et la profession de chacun des candidats. À la campagne, dans les petites villes, on a parfois du mal à en trouver. Parfois, on doit surtout recourir à des… retraités.

    Sur une liste, je vois une foule de « r », entre parenthèses après l’indication de la profession. Beaucoup d’électeurs n’y font pas attention. C’était mon cas. Certains d’entre vous le savent, r minuscule entre parenthèses remplace « retraité ». En écrivant ainsi, on espère que beaucoup d’électeurs ne feront pas attention. C’est donc une façon de… rajeunir une liste !

  6. Après la prestation de Jordy Barboteuse hier soir sur LCI, tout était réuni, le superficiel, les citations ampoulées du Général Motor, l’incompétence des chiffres devant Thierry Breton qui se régalait, et au passage il se faisait gratter le ventre par Jordy Petitpied.

    Et il devrait être au pouvoir, lui et ses acolytes, Jordy ? C’est la galéjade du siècle, ce sont des arrivistes qui veulent s’assurer une carrière politique et nous feront les poches.
    Pas un seul comptable sérieux ne s’appuierait sur leur programme économique et comme ils n’auront pas le courage de réformer, ils expliqueront que les dépenses de sécurité et de police coûtent les yeux de la tête.

    C’est confier les clefs à un gamin, de la part de Ruffin on peut comprendre sa position, mais quand on n’a plus un rond on se la joue humble.
    Breton lui demandait avec quoi il allait payer la Défense, comme Macron qui voudrait se la jouer dans la cour des grands sans un kopeck.

    Les Allemands, c’est fait, ils ont annoncé la couleur ; ils auront la plus puissante armée d’Europe, et 150 milliards sur le tapis… Qui a roulé en bagnole allemande sait ce que veulent dire puissance et finitions.

    Jordy qui nous expliquait que les pays européens devraient se passer des achats de matériel US, de leurs avions… Il rêve les yeux ouverts ce gamin sans culture… Jamais un seul pays de l’Europe ne se passera de l’édredon américain ; en ce moment ils font étalage de leur puissance et la France avec ses petits bras devrait changer les habitudes d’achat des pays européens ? C’est un gosse dans une cour de récréation qui parle sans se rendre compte, il est cru par certains malmenés dans notre pays et écrasés de misère. Là il prospèrera, pour le reste qu’il reste avec son sac de billes, et laisse ceux qui sont efficaces gérer l’essentiel.

  7. Un des billets les plus difficiles à commenter assurément.
    Le bavardage éternel de ces candidats infinis – au sens de non finis 😉 – m’effraie, dirais-je pour paraphraser le trop sage Pascal.
    Sinon que dire ?
    S’il faut draper de tricolore tous les inutiles qui rêvent, le matin en se rasant ou le soir en se brossant les dents, d’être président, alors il faudra acheter des kilomètres de draperie… à la Chine… ce sera moins cher et tant pis si c’est pire pour notre déficit extérieur.

    P.S. : la phrase exacte de Pascal est : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »

  8. « Ruffin n’est pas seulement destiné à combattre les rupins. » (PB)

    D’un côté, un turlupin rupin et sa poudre de perlimpinpin, de l’autre le turlufin Ruffin et sa poudre de perlinfinfin.
    Alors, que choisir, les fourberies de Scapin ou les fourberies de Scafin ?

  9. Pour ceux qui ont suivi sur LCI, Jordy face à Christophe Barbier (inexistant) et à Thierry Breton, désormais les électeurs devront voter, non pas Ruffin, encore moins Jordy, mais surtout Thierry Breton.

    Quelle poilade ! Il est paumé, le Jordy Biberon, dès que les questions sont à la fois techniques et financières ; il sonne creux et cela résonne autour. Quand il se sentait en difficulté, Jordy se servait et reprenait la copie de Breton pour ne pas friser le ridicule : « Je peux avoir les mêmes idées que Monsieur Breton »… Ouais… Un moyen de sauver la face, la messe était dite.

    Thierry Breton, je l’imaginais comme devant un flipper : il comptait les points des milliards à trouver ; le programme économique du FN/RN les alignait les uns derrière les autres, il en pleuvait comme par l’opération du Saint-Esprit.

    Il ose tout, Jordy : le service militaire à l’ancienne, le brassage sociologique, etc., cela sans attendre et avec un ton très martial. Breton lui rappelait la somme astronomique qu’il fallait débourser, alors Jordy a lissé, bien loin, loin, loin… En fait, il vaudra mieux pour lui qu’il ne sorte pas trop en dehors de sa ligne d’eau, car sinon il risque la noyade. Bien qu’il soit un peu creux, cela ne suffira pas : il est plein de trous.

  10. Mary Preud'homme

    Bon, à part avoir fait ses études secondaires dans le même bahut que Emmanuel Macron, à savoir La Providence à Amiens (qui est loin d’être un établissement modèle et ne cesse de dégringoler dans les sondages), qu’aurait fait ce monsieur François Ruffin de si remarquable pour se positionner en successeur de l’actuel locataire de l’Élysée, lequel, de son côté, s’est avéré être un piètre président, sinon une catastrophe sur toute la ligne ?

  11. Il est bon de rappeler que Emmanuel Macron et François Ruffin ont tous les deux grandi à Amiens et fréquenté la même école privée, La Providence, tenue par les jésuites.

    Depuis, EM est devenu président de la République, ce qui peut expliquer la jalousie maladive de FR à son égard.

    En 2017, FR a bien essayé de se rapprocher de La France insoumise, sans toutefois en devenir membre, pour finalement s’en écarter en 2024, pour incompatibilité d’humeur avec Jean-Luc Mélenchon, qu’il trouvait un peu trop envahissant.
    Comme dit le proverbe africain : « Il n’y a pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot. »

    Depuis, FR s’escrime, tant bien que mal, à se faire un nom en politique, ce qui n’est pas facile, car il semble que les médias soient peu disposés à l’inviter sur leurs plateaux télé, lui préférant les porte-flingue de J.-L. Mélenchon.

    Sans vouloir le décourager, je crains que François Ruffin n’aille au-devant d’une grande désillusion s’il pense vraiment pouvoir succéder à son ancien camarade de classe en 2027.
    Encore faut-il qu’il obtienne les 500 parrainages d’élus pour prétendre se présenter, et là, ce n’est pas gagné !
    Enfin, il est encore jeune et il pourra toujours retenter sa chance en 2032…

  12. Quand on a vu et dû se coltiner François Hollande, on peut le comprendre. Ses ambitions valent autant que les premiers ; faire mieux que lui ou Sarkozy, pas bien difficile. Et quand on relève les compteurs après Macron, il peut le dire. Quant à la fameuse, fumeuse « expérience » qu’il faut avoir, c’est bidon, l’expérience ne sert à rien si on sait apprendre et être roué.

    Pépère Normalitude, le sommet de la nullité, et le refus du deuxième obstacle comme un vulgaire canasson. Bien évidemment que Ruffin est typé opposition, il ne pourra pas être un rassembleur, mais techniquement il serait sans doute meilleur que tous les autres.

    On les a vus, les expérimentés, 3 500 milliards de dette qui les contemplent, et eux, eux, eux… ne valent sûrement pas mieux.

  13. François Ruffin a du mal à se décoller de la tapisserie NFP. Aucune « figure » de gauche ne fait assez sérieux pour prendre à bras-le-corps un État en ruines.
    Je ferais une exception pour Bernard Cazeneuve, mais il n’y tient pas spécialement.
    Le reste, c’est l’école du rire sous les préaux. Pauvre France ! Et à droite ?
    Toujours le même haussement de menton qui veut cacher « Thermidor » dès le soir de l’élection.

  14. Je ne connais pas grand-chose de lui, si ce n’est qu’il s’affiche comme un contempteur de Kadyrov, ce qui est déjà un excellent point. Pour le reste… je crois qu’à la prochaine présidentielle — attendez, je regarde mon agenda — ah, flûte, je ne suis pas là : j’ai rosé piscine.

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