Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Avant la pièce, les coulisses me plaisent !

Il reste sans doute des coulisses obscures, mais, dans quelque temps, tout s’éclaircira et nous entrerons dans cette zone intermédiaire où tous les acteurs seront connus sans que la pièce ait encore commencé. J’ai du mal à accepter la dérision à l’égard de ces péripéties préparatoires, de ces coulisses purement politiciennes mais tellement révélatrices. J’ai besoin d’elles pour mieux comprendre et apprécier le grand moment démocratique qui va advenir à leur suite.

Premier débat présidentiel : le « vide » était plein !

Le débat m’a passionné, le heurt des personnalités nous a beaucoup appris et en général, dans la forme et la courtoisie au moins apparente, la qualité et la tenue ont été au rendez-vous. Il me semble également que la langue de bois n’a pas été dominante et qu’aucun des candidats, dans des genres différents, n’a fait preuve d’hypocrisie face à ce public dont les préférences étaient clairement affichées.

Une haine « antiflics » qui est nouvelle…

Je suis persuadé qu’une victoire régalienne et démocratique est possible, à condition d’avoir des ministres courageux jusqu’au bout, de lever les obstacles qui, sans motif constitutionnel pertinent, entravent les réformes nécessaires et de cesser de travestir l’échec relatif en triomphe et le laisser-aller en vertu républicaine.

Crépol : des avocats à récuser…

L’étrange comportement judiciaire du parquet de Valence, qui, en l’occurrence, s’oppose obstinément à la position des juges sur ce plan, ne laisse pas de surprendre. Comme s’il convenait à toute force de ne pas donner le moindre grain à moudre à ceux qui ont toujours affirmé que le racisme anti-Blancs existait, ce qui semble, sinon établi, du moins plus que vraisemblable au regard de plusieurs auditions liées à cette affaire criminelle. On a évidemment tout à fait le droit, au nom de la défense, de discuter le caractère incontestable ou non de cette circonstance aggravante, mais venir plaider une récusation des juges sur ce point dépasse l’entendement. Comme s’ils l’avaient inventée de toutes pièces et retenue arbitrairement comme un élément à charge.

Un autre Thierry Lévy…

On ne sentait pas chez Thierry Lévy, aussi bien sur le plan judiciaire que dans les instants familiers, la possible rigidité d’un esprit, d’une philosophie et d’une pratique, mais seulement une fabuleuse intelligence et une profondeur qui mêlaient une écoute intense à la compréhension d’autrui et à une aptitude indépassable à ne jamais tomber dans la vulgarité, pour le rire comme pour la gravité. On me pardonnera de garder en mémoire cette parole magnifique qui jamais ne trahissait l’exigence, la justesse du vocabulaire, la force, la vigueur et l’originalité de l’idée. C’est un peu un autre Thierry Lévy que le mien que Marie-Laure de Decker a mis en lumière, mais j’ai la faiblesse de considérer qu’aucun n’est de trop…

Édouard Philippe, naturellement candidat mais pas candidat naturel !

Celui qui, depuis le début, bloque ce processus de la primaire est Édouard Philippe. Il ne pourra empêcher ceux qui aspirent au retour d’une droite vigoureuse et fidèle à ses engagements de regretter qu’on prétende leur imposer Édouard Philippe au motif qu’il serait, paraît-il, le seul à pouvoir vaincre le RN. Il n’y aurait rien de mieux qu’une primaire pour susciter un choc de confiance. Celui qui surgirait victorieux de cette compétition parfaitement démocratique dans son essence aurait une légitimité, un soutien sans faille, l’aval du peuple de droite.

Michael Connelly : la clé de l’énigme…

Michael Connely a réglé une fois pour toutes la distinction artificielle entre la littérature élevée et la littérature populaire, si on veut bien admettre que les critères essentiels ne tiennent pas seulement à la qualité du style et à la sophistication du récit, mais à la fascination qu’on éprouve face à une intrigue à la fois mystérieuse et subtile, à l’extraordinaire talent narratif de l’auteur, à l’incroyable mouvement d’une histoire dont on sait qu’elle sera riche en rebondissements et en coups de théâtre, à la puissance romanesque de l’affrontement constant entre le Bien et le Mal, la lumière et les ténèbres, aux interrogations philosophiques accessibles qui accompagnent le déroulement de l’action et font de ces livres bien plus que des romans policiers ordinaires.

Entre copinage et provocation : la critique en France…

Rien n’est plus agaçant, pour le lecteur, que cette impression constante de ne trouver, en matière culturelle, aucun jugement authentique, libre et transparent. En formulant cela, avec cette généralité trop sûre d’elle-même, j’ai bien conscience que je mêle le bon grain et l’ivraie et que je fais pâtir la critique, sous toutes ses formes, du clientélisme et de l’insincérité d’une partie de celle-ci. Pourtant, ce n’est pas seulement cette perception de subjectivités partiales et gangrenées par la proximité qui conduit à douter de la qualité de la critique en France. Elle est aussi affectée par un certain nombre de biais et de banalités qui altèrent ses appréciations artistiques et font advenir soit le triomphe du copinage, soit le culte de l’idéologie.

L’éclipse, le sport, c’est tout comme lien ?

Il ne faut jamais se moquer de ces consensus d’un jour ou de quelques jours, aussi secondaires qu’ils puissent apparaître dans une France et un monde où l’on aimerait d’autres liens, d’autres opportunités pour se réjouir ou s’exalter. Notre classe politique devrait être beaucoup plus attentive à ce phénomène, qui démontre qu’elle n’a plus rien pour enchanter le futur ou enthousiasmer le présent, seulement parfois remise en grâce par les quelques lumières éblouissantes de notre passé historique.