Fin de mandat, fin de vie…

Malgré l’accélération choquante dont le président a fait bénéficier la loi sur la fin de vie pour la faire voter le plus rapidement possible, le 15 juillet sans doute (Le Figaro), a-t-on encore le droit de signifier à tous ceux qui prétendent, avec bonne conscience, prendre en charge nos derniers moments intimes, de quelque nature qu’ils soient, qu’on ne leur a rien demandé ?

Considérant, sur ce plan, la triste fin de ce second mandat, qui marque un déclin civilisationnel, comment ne pas songer, à rebours, aux lenteurs, atermoiements et abstentions dont Emmanuel Macron a fait pâtir la France dans le registre régalien, d’abord à cause de la médiocre méthode du « en même temps » et aussi d’une sensibilité d’intellectuel progressiste ayant trop longtemps minimisé la délinquance et la criminalité ?

Chaque fois que le président s’est directement immiscé dans le sociétal et dans le cours d’affaires particulières, ce fut pour le pire. La loi sur la fin de vie, évidemment, mais, auparavant, la mort de Nahel !

Sur l’euthanasie, des argumentations contradictoires ont été développées, des pensées élevées ont été exprimées, favorables ou défavorables aux futures dispositions. Mais, dans cette multitude qui aurait dû au moins faire taire les péremptoires de la cause mortifère, on ne peut passer sous silence la constante, intelligente et humaniste lutte d’un Philippe Juvin.

Ce dernier, sans la moindre démagogie ni la moindre envie de stigmatiser l’adversaire, a rappelé les terribles risques de cette loi à venir, l’inégalité sociale qu’elle porte en son sein et les possibles dérives que les limites d’aujourd’hui pourront engendrer demain. Alors que les soins palliatifs amplifiés constitueraient une alternative à la fois apaisante et humaine.

À ses côtés, tout récemment, la publication d’un admirable texte de Michel Houellebecq, « Fin de vie : la mer noircie de sang », dans Le Figaro, est venue rappeler combien cet écrivain génial s’est investi, depuis le début, sur les plans philosophique, social, civilisationnel et d’une humanité profonde, dans un combat où sa désinvolture, son ironie et sa distance critique n’ont plus cours.

À leur place, une indignation froide, cinglante, toute de stupéfaction devant ce que notre société est prête à valider et qui, pour lui, constitue une monstruosité à l’égard des plus faibles, des plus vulnérables, avec cet argument passe-partout d’une dignité qui imposerait la mort, alors que l’authentique dignité préserverait les existences menacées le plus longtemps possible.

Ce monde « nihiliste » qu’il a annoncé, mais dont il ne s’est jamais réjoui, va rendre « plus facile de mourir » – lui qui aurait préféré « un monde où l’on puisse vivre ».

C’eût été une autre ambition, et autrement exaltante, pour cette fin de mandat, que cette fin de vie administrée nous dépossédant de cet idéal qui, contre vents et marées, faisait de l’accompagnement de la vie jusqu’à son terme notre condition commune, une destinée partagée.

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Voir les Commentaires (62)
  1. @ Michel Deluré le 17 juillet 2026
    « Si vous faites l’effort de remonter beaucoup plus loin dans notre longue Histoire de France, je pense que vous n’aurez pas de peine à trouver des preuves que la Révolution n’a pas mis à la mode, dans notre pays, « l’élimination physique de Français à tire-larigot, pour de vrais faux bons prétextes » ! « 

    Peut-être, mais le régime actuel est le seul à en faire l’apologie et à s’en délecter systématiquement et officiellement au moins une fois par an avec une joie mauvaise (*), pour ne pas oublier les innombrables autres occasions éventuelles privées ou publiques.
    Pis encore, ces horreurs sont même inculquées de force à la jeunesse comme étant normales et exemplaires dans les bizarres cours d’histoire de « l’Éducation nationale ».
    Bref, l’art de créer des générations de voyous. Et après, les mêmes vont venir se plaindre de la montée de la violence.

    (*) N’oublions pas non plus le « Bi-Sangtenaire » de si bon goût célébré à grands frais par la gauche socialo-communiste en 1989.

  2. Michel Deluré

    @ Exilé 16/07/2026

    Si vous faites l’effort de remonter beaucoup plus loin dans notre longue Histoire de France, je pense que vous n’aurez pas de peine à trouver des preuves que la Révolution n’a pas mis à la mode, dans notre pays, « l’élimination physique de Français à tire-larigot, pour de vrais faux bons prétextes » !

  3. hameau dans les nuages

    @ Véronique Raffeneau
    le 16 juillet 2026

    Désolé, mais il y a d’autres paramètres à prendre en compte, notamment le caractère de la défunte, assez autoritaire et voulant garder son autonomie, refusant toute aide de ma part ainsi que de son fils. Alors que, ne serait-ce que visuellement, j’assistais impuissant à sa descente aux enfers. J’ai été clerc d’huissier et donc je connais bien la misère sociale et ce genre d’environnement du lâcher-prise. Une toute petite retraite n’arrange rien. Malgré l’état déplorable de la maison, nous abandonnons la caution.

    Tant et si bien que le fils, lui aussi à découvert, n’a même pas les moyens de payer son enterrement. Excusez-moi de faire le parallèle, mais, en même temps, un sénateur décédant, la famille peut bénéficier d’une subvention de 18 000 euros pour les frais d’obsèques. Subvention valable aussi dans le cas d’un décès du premier cercle familial.

    Je ne suis pas LFI, loin de là, même si Robert Marchenoir en rêve, mais dans une quinzaine de jours, ce sera la nuit du 4 août, si vous voyez ce que je veux dire.

  4. @ Robert Marchenoir le 16 juillet 2026
    « À l’inverse, ce n’était pas « mieux avant » »

    Sauf que « l’Ancien Régime », que la propagande nous présente comme abominable, permettait au moins à des œuvres charitables de s’occuper des « enfants trouvés », tout en aidant dans la mesure du possible les « filles-mères ».
    Donc ces enfants échappaient ainsi, pour la plupart, à un massacre qui les aurait attendus au pays des « Droits de l’Homme » sélectifs.

    « « La République » – vous nous l’avez assez répété – a été instaurée en 1792. L’avortement a été autorisé en 1975. Près de deux siècles plus tard, excusez du peu. »

    Exact.
    Elle est même née en même temps que les Massacres de Septembre et baptisée dans des flots de sang dont elle n’a jamais vraiment réussi à se départir ou à désavouer.
    Ayant pris le goût du sang, elle l’a inscrit dans ses gènes.

    Et donc il n’y a rien de surprenant à ce que la franc-maçonnerie, son âme damnée, et sous l’empire de la haine d’un Dieu qu’elle s’efforce de singer sans succès et pour cause, mais enrageant de ne pouvoir être le « Maître des horloges » du don de la vie, croit pouvoir se venger en donnant la mort à tout propos à travers des lois mortifères « Frankenstein » : avortement de masse obstiné sous des prétextes futiles, détournement de la conception sexuée, manipulations chirurgicales et médicales, promotion malsaine et désaxée de la sexualité des enfants, suicide assisté, euthanasie et tutti quanti.
    Bref, des choses pas très naturelles et pas bien jolies à voir qui ne le seront jamais même si on les inscrit un jour dans la Constitution, ce qui dénote au passage le niveau de décadence de ce régime.

  5. Véronique Raffeneau

    @ hameau dans les nuages
    « Son fils manquant de moyens financiers pour s’occuper de tout, on lui a demandé de « monter un dossier ». »

    Et alors ?
    Votre locataire avait besoin qu’on prenne soin d’elle.
    Pardonnez-moi, j’ai du mal à comprendre le désengagement familial quand bien même la famille proche doit elle-même affronter des difficultés d’ordre financier ou autre.
    Cette loi désastreuse autorisant l’euthanasie est aussi la conséquence du désamour, du détachement, de la glaciation des cœurs et des âmes.

    « S’il a vécu comme personne
    Souvenez-vous par charité
    Qu’un monstre attend qu’on lui pardonne
    L’affreux bonheur d’avoir été »

    Joë Bousquet – Le déshérité

  6. Au fait, est-ce seulement le fait du hasard si la loi sur « l’aide à mourir », dont le principe orwellien non dit est « Tuer, c’est soigner », a été promulguée en synchronisme avec le 14-Juillet, commémorant de façon symbolique la Révolution qui a lancé la mode de l’élimination physique de Français à tire-larigot, sous de vrais faux bons prétextes ?

    Et toujours à propos des plaisanteries de mauvais goût que M. Macron ne peut s’empêcher de nous faire à chaque occasion, nous devons remarquer qu’il n’a pas fait observer à ses amis que le recours au pas de l’oie pour défiler sur les Champs-Élysées, qui avait été inauguré en juin 1940 par d’autres troupes n’ayant pas laissé un très bon souvenir, n’était pas très pertinent :

    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2268930/france-ukraine-europe-macron-zelensky-defile-armee

  7. @ Exilé

    Merci pour votre soutien. Le chiffre dont vous faites état est épouvantable.
    Pour information, j’avais ajouté une phrase sur le sort fréquent des enfants encore vivants nés d’un avortement raté, mais Pascale l’a supprimée.
    Je précise, je suis agnostique.

  8. Robert Marchenoir

    @ Exilé – le 16 juillet 2026

    Sans rentrer dans le débat pour ou contre l’autorisation de l’avortement, je vous fais remarquer que votre obsession à en attribuer la responsabilité à « la République », cible de toutes vos haines, est historiquement fausse.

    D’une part, concernant la France (car il semble périodiquement vous échapper que le monde habité ne se limite pas à ce pays), ce n’est pas « la République » qui a supprimé le caractère illégal de cet acte. « La République » – vous nous l’avez assez répété – a été instaurée en 1792. L’avortement a été autorisé en 1975. Près de deux siècles plus tard, excusez du peu.

    De la même façon, d’innombrables républiques, dans le monde, ont longtemps interdit l’avortement. Aux États-Unis, pays fondé sur les principes républicains et la haine de la monarchie, il n’a été autorisé qu’en 1973.

    À l’inverse, en Angleterre, pays monarchique et qui l’est toujours, il a été autorisé en 1967.

    Donc le régime politique, république démocratique ou monarchie, n’a rien à voir avec le statut légal de l’avortement. Son autorisation progressive dans l’histoire récente, à travers le monde, est le fruit d’une évolution des mentalités et des capacités de la médecine à pratiquer cet acte sans danger pour la mère.

    À l’inverse, ce n’était pas « mieux avant », pour adopter votre point de vue. La plupart des peuples du monde ont pratiqué l’avortement, y compris dans les temps anciens, longtemps avant la naissance de cette démocratie qui vous révulse tant. Certains en faisaient même une prescription sociale et une vertu.

  9. @ Jouerra le 15 juillet 2026
    « Un demi-siècle plus tard, avec deux cent cinquante mille avortements par an, c’est la boucherie. »

    Ce qui, sur 51 ans, fait douze millions sept cent cinquante mille êtres humains (*) jetés froidement à l’incinérateur, une paille, sans que cela choque personne…
    C’est ce que la République française qualifie sans rire d’humanisme.

    (*) Oui, des êtres humains, disposant de tout ce qui est représentatif de cette catégorie d’êtres vivants, y compris d’un ADN unique au monde depuis le début de l’histoire de l’humanité.

  10. Michel Deluré

    Sur ce sujet sensible, qui transcende largement les clivages politiques et religieux, je souhaite simplement apporter la réaction d’un médecin qui pratique à l’étranger cette aide à mourir : « Ce n’est pas une victoire de la médecine. C’est l’expression ultime de l’humanité d’un médecin ».

  11. hameau dans les nuages

    @ Véronique Raffeneau le 16 juillet 2026

    « Vous devez monter un dossier ! ». C’est ce qu’entendait ma locataire, âgée et dont l’état se dégradait rapidement, auprès des services sociaux. On l’a retrouvée morte. Je surveillais tous les jours que les volets s’ouvrent. Mais avec ces très fortes chaleurs, ils restaient fermés quasiment toute la journée. Son fils manquant de moyens financiers pour s’occuper de tout, on lui a demandé de « monter un dossier ».
    Bonne journée et « Vive la France ».

  12. Véronique Raffeneau

    Isabelle avait perdu depuis longtemps toutes les libertés. Les derniers jours, les dernières nuits, j’étais au plus près d’Isabelle : je l’aimais inconditionnellement, pour ceux et celles qui ne l’ont pas aimée et/ou pas suffisamment aimée.

    Hébergée temporairement en institution suite à mon hospitalisation, Isabelle devait rentrer à la maison, tout était prêt. La veille de son retour, l’institution m’a dit qu’elle était intransportable.
    Je n’ai pas su taper du poing sur la table, je n’ai pas su combattre et m’opposer. J’ai cédé.
    Je ne l’ai pas quittée.
    Sans ma présence elle serait probablement morte étouffée tant il semblait compliqué pour l’établissement médicalisé de la soulager de ce qui entravait sévèrement sa respiration.

    Durant ces cinq jours et ces cinq nuits où Isabelle dormait profondément, quand j’humectais ses lèvres pour essayer de soulager la soif qui, semble-t-il, la dévorait, j’ai douté de mon rejet viscéral de l’euthanasie.

    Un après-midi, avec l’aide d’une auxiliaire de vie extérieure à l’établissement, nous avons très doucement lavé les cheveux d’Isabelle, ce que l’institution lui refusait, me refusait. J’ai su dire non. Isabelle ne mourrait pas sale et défaite.
    Isabelle est morte à l’aube du cinquième jour.

    Tous ces gens qui parlent de dignité devraient d’abord combattre pour que nos infiniment vulnérables bénéficient des soins les plus élémentaires et les plus attentionnés.
    Les familles ont un devoir impérieux d’assistance et de protection.
    L’euthanasie qui vient d’être votée hier est la légalisation de l’abandon et du meurtre de nos infiniment vulnérables.

  13. @ duvent le 15 juillet 2026
    « Si vous sentez le besoin d’exprimer votre désaccord n’hésitez pas, je suis de ce genre, vous savez… Ce genre, quoi ! ».

    En fait je viens sur ce blog pour donner mon point de vue sur les billets de Philippe Bilger, pas pour jouer la castagne avec les intervenants.
    Je reconnais en vous une personne cultivée, avec une bonne plume, même si parfois elle est trempée dans l’acide.
    Mais je préfère échanger avec des personnes au caractère moins enflammé qui ne me déversent pas un tombereau d’injures si, par malheur, je ne partage pas leur point de vue.

  14. Cher Philippe,

    Décidément, c’est la fin des haricots !

    Avec le foot, quelle absence de notre équipe, hier soir !

    Les erreurs médicales sont courantes. Mais, s’il ne faut pas ignorer les erreurs judiciaires et demander l’avis d’autres cours avant de condamner un individu, il serait possible qu’une équipe médicale vous apporte votre sentence sur un plateau technique. Votre médecin a-t-il l’œil assassin ? Pourrait-il vous empoisonner légalement ?

    Votre avocat pourrait-il se voir mis sur écoute et partager vos arguments d’attaque ou de défense avec des juges, ou auprès d’un tribunal médiatique ?

    Pourrait-on limiter la liberté d’expression, fermer des chaînes, des revues selon le désir des sages en pleine campagne ?

    Tout ceci, me direz-vous, est presque anecdotique, puisque cela fait un moment que l’on ne peut plus choisir son candidat, passer devant un musée sans avoir réservé, promener son chien sur une plage, mettre une jupe sans se faire insulter dans certains lieux…

    Mais le clou, c’est la prohibition des bouteilles en plastique prévue par l’Europe en août. Heureusement, de petites algues finement toxiques envahissent nos lacs.

    Nos pompiers en lutte contre des feux n’ont plus besoin des dons de packs d’eau minérale ! L’eau est potable même quand les eaux usées se marient à elle, pendant les inondations, ce qui sera de plus en plus fréquent ! Et grâce au ciel, toute pollution bactériologique, volontaire ou non, reste une utopie !

    Le plastique des bouteilles est recyclable à l’infini et, dans les consignes de sécurité, il est conseillé aux Européens de se munir de trois litres d’eau par personne et par jour, et ce pour une semaine, en cas de catastrophe naturelle. En plus, il y a un grand manque de sable.

    Sommes-nous devenues des autruches ?

    françoise et karell Semtob

  15. Mary Preud'homme

    « Le trépas vient tout guérir ;
    Mais ne bougeons d’où nous sommes :
    Plutôt souffrir que mourir,
    C’est la devise des hommes. »
    Jean de La Fontaine

  16. Le fer de lance dialectique de la loi Veil, c’étaient les rarissimes cas de viol dont les victimes, on les comprend, voulaient se débarrasser du bébé indésiré qu’elles portaient en elles, en n’ayant comme alternative que d’« aller en Belgique », déjà. Même Simone Veil elle-même avait péremptoirement déclaré que la loi ne concernerait que les « véritables cas de détresse ». Un demi-siècle plus tard, avec deux cent cinquante mille avortements par an, c’est la boucherie.

    La loi sur l’euthanasie qui va être votée aujourd’hui, c’est exactement la même chose, sauf que la mise en place d’un système de destruction de masse va aller beaucoup plus vite que ce qui a été fait pour l’avortement. Dans un commentaire précédent, j’appelais l’attention sur le contenu de la loi qui permet dès à présent le pire, si on veut bien le lire. Tout y est dit, comme dans « Mein Kampf » toutes les ignominies qu’allaient commettre les nazis étaient annoncées. Les « beaux esprits » de l’époque, comme ceux que l’on peut lire sur ce blog, n’y ayant alors rien trouvé à redire.

    Je vois déjà les « brigades de l’euthanasie » forcer la porte des établissements de soins qui voudraient la refuser, violant l’objection de conscience des soignants qui y exercent, y effectuer leur sale besogne, et, tant qu’à faire, emporter avec eux lesdits soignants pour les mettre en prison. C’est dans la loi, lisez-le !

    Prends garde, ci-devant citoyen ! Le peuple français n’est pas dupe, il ne sera pas éternellement endormi par vos mensonges et meurtri dans sa chair. Quand il se réveillera, ce ne sera pas pour faire semblant comme Larcher ou ce faux-cul de Lecornu.

  17. Le débat sur l’aide à mourir suscite de vives émotions. Pourtant, en prenant un peu de recul, on s’aperçoit que ce projet de loi ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit de manière cohérente dans un mouvement historique et européen d’émancipation individuelle, caractérisé par la conquête progressive de nouveaux droits sur notre propre corps, nos vies et nos morts.
    ​Depuis le milieu du XXe siècle, nos sociétés occidentales ont opéré une transition philosophique majeure : nous sommes passés d’une morale collective subie à une éthique de l’autonomie personnelle. L’aide à mourir n’est que le dernier chapitre en date d’un long livre de libertés conquises face à des dogmes qui semblaient autrefois immuables.

    ​Pour comprendre la dynamique de la loi sur l’aide à mourir, il suffit de la placer sur la même ligne temporelle que les grandes réformes qui l’ont précédée, toutes guidées par le principe de libre arbitre :
    -​ La légalisation de la contraception (Loi Neuwirth, 1967) : c’est l’acte fondateur de la réappropriation du corps. En permettant aux femmes de dissocier la sexualité de la procréation, la loi a arraché le destin biologique à la fatalité pour en faire un choix conscient.
    ​- La légalisation de l’avortement (Loi Veil, 1975) : ce combat historique a prolongé la révolution de la contraception en consacrant le droit fondamental de disposer de son propre corps en cas de grossesse non désirée.
    – ​Le PACS (1999) puis le Mariage pour tous (2013) : Ces réformes ont sorti l’amour et l’union du cadre rigide traditionnel pour reconnaître la pluralité des choix de vie et l’égalité des droits individuels.

    Chacune de ces étapes a été précédée par des débats d’une violence inouïe. On criait alors à l’effondrement de la civilisation, de la natalité ou de la famille. Pourtant, aujourd’hui, ces droits font consensus et constituent le socle de notre modèle démocratique. L’aide à mourir suit précisément la même trajectoire : elle vise à redonner au citoyen le contrôle sur l’ultime étape de son existence.

    ​Cette évolution n’est pas une exception française ; elle est profondément européenne. La France, en cherchant à légiférer, tente simplement de combler son retard sur ses voisins dans un élan continental de sécularisation et de pragmatisme éthique :
    ​- La Suisse a ouvert la voie dès le XXe siècle avec l’assistance au suicide.
    -​ Le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) a légalisé l’euthanasie active au début des années 2000.
    ​- Plus récemment, des pays de tradition catholique profonde comme l’Espagne (2021) ou le Portugal (2023) ont franchi le pas, prouvant que l’aspiration à une fin de vie digne transcende les clivages religieux traditionnels.

    Le cœur de ce mouvement historique réside dans le déplacement du curseur de la décision. Hier, la souffrance en fin de vie était perçue par certains comme une fatalité, voire un passage rédempteur. Aujourd’hui, la médecine sait prolonger la vie biologique, parfois au prix d’une obstination déraisonnable.
    ​Dès lors que la technique médicale permet de maintenir un corps en vie, la question de la qualité de cette vie devient purement éthique. L’aide à mourir ne s’oppose en rien aux soins palliatifs — qui doivent être renforcés et garantis pour tous — elle offre simplement une ultime porte de sortie, hautement encadrée, pour ceux dont les souffrances physiques ou psychologiques sont devenues incurables et intolérables.

    En s’inscrivant dans la lignée de la contraception, de l’IVG, du PACS et du Mariage pour tous, la loi sur l’aide à mourir rappelle une vérité humaniste fondamentale : la dignité humaine ne se décrète pas de l’extérieur, elle se définit d’abord par la liberté et la conscience de celui qui la vit.

  18. @ Achille (@ Marc Ghinsberg)
    « Bravo pour la façon tout en nuance d’exprimer votre désaccord. Ce n’est pas toujours facile avec ce genre d’interlocutrice particulièrement pugnace. »

    Bravo pour la façon tout en hardiesse d’exprimer votre opinion ! Vifs compliments !
    Si vous sentez le besoin d’exprimer votre désaccord n’hésitez pas, je suis de ce genre, vous savez… Ce genre, quoi !

  19. Je remarque que dans la loi sur « la fin de vie » et celle sur la présomption de légitime défense :

    https://www.leclubdesjuristes.com/societe/ce-que-changerait-la-presomption-de-legitime-defense-pour-les-forces-de-lordre-16913/
    « Il suffit, en pratique, que le médecin affirme que la personne veut mourir. Aucun témoin n’est requis pour attester de la réalité de la demande de mourir. À chaque fois, le médecin rencontre seul la personne concernée (art. 5, 6 et 7). »

    Forces de l’ordre et médecins sont si respectables, pense-t-on, qu’ils doivent être crus sur parole. C’est encore plus gênant dans le cas d’un malade désarmé, c’est le cas de le dire, bien sûr, mais je vois une logique de restauration de l’autorité oublieuse des garde-fous qu’on doit mettre aux éventuels excès de pouvoir.
    Pourquoi ? Parce que quand les gens ont vécu sous un excès, ils vont vers un autre excès. D’ailleurs, si elle est vraie, l’histoire de danse après l’adoption de la loi est symptomatique de gens pensant avoir accompli une libération.

    En France, c’est comme ça, on ne tend pas au consensus, on ne discute pas, on impose. Avant, l’habile malade devait se mettre dans les petits papiers de son médecin pour pouvoir en finir, à présent, ce sera peut-être le contraire, surtout, mettons, s’il n’est pas populaire, en tant que pauvre peut-être dont on dira qu’il coûte, mais aussi bien riche, si ses héritiers piaffent. Bien sûr, beaucoup de gens croient aux autorités, en Dieu et en l’Homme, et tombent de haut, par exemple quand ils peuvent découvrir quelque vérité type le coup d’État démocratique du Général. Pourquoi cela n’était-il pas trop dit jusqu’à présent ? Quelle question ingénue… Mais parce que les gens ont besoin de se créer des mythes. Il n’y a pas tant de complots, enfin, ceux type coups d’État, il y a que les gens ont besoin de croire, gouvernants comme gouvernés, de poursuivre une tradition ou de la remettre en cause, tout cela porté par la croyance et sans souci du sort des gens dès lors paraît-il sauvés sous la houlette de quelque autorité.

    Alors que l’autorité n’est qu’un pis-aller, un moindre mal face au chaos, mais un mal pour plusieurs raisons, dont la plus évidente est ses possibles abus seulement diminuables par l’équilibre des pouvoirs.

    En France, certains adorent l’anarchie, la révolte, parfois pour instaurer un ordre plus dur, d’autres adorent l’ordre, mais il y a un dégoût du dialogue et du compromis, comme on l’a vu avec la loi de finances entre autres.
    Chacun voulait faire payer l’autre avant de se demander comment faire des économies de fonctionnement. Cela me fait penser à quelque navire des temps anciens où on pouvait sacrifier quelqu’un pour qu’il continue à ne pas couler face à la tempête.

    Sauf que là, ce serait bien étrange, personne n’aurait d’abord commencé par se demander si on ne devait pas réparer le navire ou tenter de fuir, que la première mesure à prendre aurait été de balancer des gens dans l’eau.

    Après ça, si on demande à des gens de faire des efforts, ils ne pourront jamais qu’y voir qu’on les a désignés pour les flots par facilité, mépris ou envie, vu qu’il a été révélé combien nous fonctionnons ainsi.
    C’est prometteur face aux défis qui nous attendent, mais qu’y puis-je ? Je ne suis pas là pour ensorceler les gens avec des mythes qui, aussi usés qu’ils soient, marchent toujours.

    Si on veut que les gens ne subissent aucun abus, ni d’un côté ni de l’autre, il faut qu’ils puissent reprendre la main.
    Pas attendre l’hôpital pour jouer à la roulette avec leur vie et avec leur liberté.

    Et donc, liberté d’expression, il faut qu’il y ait permission de guide du suicide, interdit dans notre pays de liberté d’expression et d’accès à ce qui le rend possible, bien sûr en songeant à ne pas ouvrir là une porte pour assassiner des gens avec des moyens en principe servant à résoudre ses problèmes et pas d’en poser à d’autres.

    Pour les adultes, cela va sans dire.

    Mais il n’est pas vraiment adulte pour moi qui l’est assez pour se retrouver naufragé à mendier dans la rue, mais pas assez pour prévenir cette chute et quelques autres à temps. Non que je diminue ceux qui y sont ou diverses autres personnes, mais de même que beaucoup de bien-portants ne voudraient pas vivre certaines maladies sans pour autant manquer de respect à ceux qui en sont affligés.

    On dévalue ceux qui demandent de l’aide, mais aussi ceux qui se passent du monde, cherchez l’erreur.

    Les gens ne sont pas là pour s’agiter pour le divertissement des autres, ils sont là, ils ont plus ou moins de capacité et de motivation face au monde, et pas forcément envie de tenter ce qui ne réussit que dans 5 % des cas avec risques de se retrouver enfermé sans parler de finir handicapé.

    Des personnes sont donc dans une double contrainte, sur le fond, il serait rationnel pour elles d’en finir, mais les obstacles sont tels qu’il faut sans doute attendre d’accéder à la connaissance, aux moyens, ou à la maîtrise de soi sans parler éventuellement du temps pour provoquer son extinction sans que nul ne s’en rende compte et donc en gâche l’exécution. Par exemple mourir de soif en quatre jours, ce qui est assez difficile aux personnes ayant des rapports sociaux peut-être superficiels, mais continus.

    Labyrinthique.

  20. Je tiens à saluer la qualité des échanges provoqués par ce billet de PB, notamment ceux de Marc Ghinsberg et duvent. Le sujet se prêtait sans doute à une hauteur de vue qui est bien appréciable. Même les contributeurs habituellement les plus inutilement violents ont mis un bémol dans leurs vitupérations.
    Quant à moi je doute encore. Intimement, je ne suis pas favorable à cette loi dont beaucoup de dispositions me heurtent, mais…

  21. Finalement, on a sur ce blog l’expression de sentiments et d’opinions émouvantes parce qu’elles sont le fruit de réflexions touchant à l’intime.
    Les considérations philosophiques de nombre d’entre nous, la distance que le législateur prend avec la réalité vécue par les soignants et les malades, nous interrogent sur notre faculté à précisément faire abstraction de la confrontation avec la souffrance et avec la mort que j’ai vécues pendant les cancers d’un proche et de mon meilleur ami.

    Celui-ci se sachant atteint d’un cancer du cerveau de stade 4 qui le conduisait à une mort certaine dans un délai de 6 mois, mort précédée de troubles importants affectant sa qualité de vie, décida d’aller en Belgique pour y être euthanasié. Il n’eut pas le temps de mettre en oeuvre son projet car la progression de la maladie fut plus rapide que ce qui était escompté.
    Il avait 66 ans et sa vie avait été bien remplie de voyages, d’amours et de musique. Dès lors il ne regrettait pas sa décision.

    À l’inverse un proche atteint lui aussi d’un cancer incurable qui lui causait autant de douleurs physiques que de tourments psychiques, s’accrocha jusqu’au bout aux derniers lambeaux de son existence. Il était entouré d’affection et se projetait sur ses petits-enfants adorés.
    En soins palliatifs, ils ont su atténuer ses souffrances, ils ont su apaiser du mieux possible ses angoisses face à la mort qui venait.

    Pardon de ces indiscrétions mais évoquer ce sujet de la fin de vie sans faire référence à deux cas concrets et si dissemblables pour une même maladie m’aurait paru incongru.

    Pour cela j’attache une grande valeur aux propos de Philippe Juvin qui lui, sait de quoi il parle.

  22. @ Marc Ghinsberg le 14 juillet 2026

    Bravo pour la façon tout en nuance d’exprimer votre désaccord. Ce n’est pas toujours facile avec ce genre d’interlocutrice particulièrement pugnace.
    Bien sûr, je suis entièrement d’accord avec vous concernant la loi sur la fin de vie. 👍

  23. @ Marc Ghinsberg
    « Je lirai avec intérêt votre éventuelle réponse, mais j’arrête ici notre échange, ayant le sentiment d’avoir déjà abusé de l’hospitalité de Philippe Bilger sur son blog. »

    C’est très aimable de votre part. De mon côté j’avais cru comprendre que M. Bilger avait mis ce blog à disposition pour pouvoir partager les avis.
    Mais il est vrai que cet échange est trop long, ce qui veut dire qu’il n’a pas servi à trouver une voie…

    Vous écrivez que l’individu confronté à une fin de vie douloureuse et dans la déchéance, doit pouvoir choisir sans que l’État lui impose l’obligation d’endurer, et ici, précisément je vois combien votre engagement est puissant, il est au point que vous pouvez croire que c’est l’État qui impose l’obligation d’endurer, or je suis certaine que vous savez que cela est faux !

    L’État n’est pas une sorcière qui aime imposer la souffrance à l’individu, la nature, oui…

    Peut-être voulez-vous dire que pour l’instant, ne pouvant mettre un terme à la vie sans être poursuivi, il faut une loi pour ne plus poursuivre ??

    C’est bien de cela qu’il s’agit !

    Beaucoup avant nous ont vécu et ont disparu, beaucoup vivront et disparaîtront, tous vivent et meurent, s’il faut une loi pour protéger, nous voyons qui a besoin de protection !
    J’aime la vérité !

  24. Marc Ghinsberg

    @ duvent

    Je n’ai pas tordu votre propos : je l’ai compris et j’en assume le désaccord profond. Vous distinguez l’individu et la loi. Moi aussi. C’est précisément pourquoi je défends un cadre légal strict qui protège le droit individuel plutôt que de l’interdire.

    La vie n’est ni pure volonté ni pur hasard, mais leur tension permanente. Chacun dispose de marges d’action réelles pour transformer le hasard en une forme de nécessité personnelle. Cette même dynamique s’applique à la fin de vie : un individu lucide, confronté à une souffrance réfractaire et à une déchéance irréversible, doit pouvoir choisir son épilogue sans que l’État lui impose l’obligation de l’endurer jusqu’au bout.

    Votre crainte que la loi « encadre, limite et, à la fin, tue » est compréhensible, mais elle ne justifie pas l’interdiction. Une loi bien conçue ne supprime pas le choix : elle le sécurise contre les abus et les pressions. L’argument selon lequel l’agonisant aurait « plus de droits » que le bien portant est un sophisme : il s’agit simplement de reconnaître que la situation extrême appelle une réponse adaptée.

    Job et Ulysse furent en partie jouets du destin, oui. Cela ne les a pas empêchés d’exercer leur volonté au sein de ce destin.
    Nous divergeons fondamentalement sur la capacité humaine à poser des limites éthiques. J’assume ce désaccord. L’enfer peut être pavé de bonnes intentions, mais l’inaction aussi.

    PS : Je lirai avec intérêt votre éventuelle réponse, mais j’arrête ici notre échange, ayant le sentiment d’avoir déjà abusé de l’hospitalité de Philippe Bilger sur son blog.

  25. @ Marc Ghinsberg
    « Refuser à un individu lucide la possibilité d’écrire l’épilogue de son existence, alors que la douleur a déjà tout envahi, revient à nier cette part de volonté qui traverse toute vie digne. »

    Vous avez tordu mon propos, qui doit être peu clair… Je distingue entre l’individu et la loi.

    J’affirme qu’une loi qui décide de ces conditions est une violation de ce droit de disposer. Si réellement il s’agissait de secourir, tous et n’importe quand pourraient y avoir recours ; je ne crois pas que cela soit prévu.

    L’agonisant aurait plus de droit que le bien portant ? Pourquoi ?

    Certains se jettent sous un train ; peut-être aimeraient-ils mieux aller à la pharmacie acheter un flacon fluorescent de mercure.

    Une loi qui règle, lorsqu’on a établi un certain niveau de déchéance et de souffrance, la fin de l’histoire est à l’exact opposé de ce que vous présentez.

    Croire certaines choses qui, à l’évidence, ne sont là que pour flatter ce sentiment de force et de liberté, c’est avoir peur de reconnaître combien de faiblesses nous composent, la plus grande étant une peur légitime de ne plus être celui-là, comme si chacun se connaissait assez, et vraiment, pour saisir cet instant où il faudra choisir.

    Le choix n’existe plus quand on est entre d’autres mains, et il existe si peu quand il est entre les nôtres. Dès lors, un peu de lucidité doit faire admettre que Job et Ulysse étaient les jouets du destin.

    On devrait dire que la loi ne sert pas, elle encadre, elle limite, elle délimite, et, à la fin, elle tue…

    C’est mal connaître les arcanes de la justice et les effets des lois. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

  26. Robert Marchenoir

    @ Pascale Berr – le 14 juillet 2026
    « Eh bien non, vous n’avez pas votre mot à dire, que vous soyez médecin, politicien ou prêtre (…) ne venez pas me faire la morale, ou tenter de m’influencer pour ce qui est de la manière dont je vois ma sortie de piste, si la fin est inéluctable. »

    Mais personne ne tente de vous influencer. Personne ne vous interdit de vous pendre, de vous tirer une balle dans la tête ou de sauter du dixième étage. Votre indignation est extrêmement malhonnête. Elle est typiquement gauchiste. Elle procède d’une inversion des faits.

    Personne ne songe à vous imposer quoi que ce soit. Le suicide n’est nullement interdit. En revanche, vous, vous voulez non seulement influencer la société, mais lui imposer, à elle, aux hôpitaux, aux médecins en particulier, de vous injecter un poison afin de vous donner la mort sur simple ordre de votre part. Et gratuitement, en plus. Sans vous faire payer.

    On peut discuter à perte de vue sur cette loi, mais à la condition de ne pas commencer par mentir. Vous mentez. Vous mettez la vérité sur la tête.

    On voit bien pourquoi : vous niez la réalité de la mort. C’est compréhensible, mais ça n’en est pas pour autant tolérable.

    Les médecins ne sont pas vos esclaves. L’État, c’est à dire vos concitoyens, ne sont pas vos esclaves. Ils ne vous doivent rien, et certainement pas le suicide. Suicide signifie mort donnée par soi-même.

    La France est tellement vérolée en profondeur par le communisme, les gens sont tellement habitués à exiger de l’État un drouâ à ceci ou un drouâ à cela, que non seulement ils tempêtent en réclamant le pognon ou les privilèges qu’ils croient mériter, mais ils finissent par hurler comme des gorets quand il semble que l’État pourrait, peut-être, avoir des réticences à les tuer sur demande.

    Non seulement ils attendent tout de l’État tout au long de leur vie, mais en plus, il faudrait qu’il ait l’obligeance de les zigouiller le jour où ils n’auront plus la force de jouir des zavantages Jacky pour lesquels nos ancêtres se sont battus.

    Alors je vais vous dire ce que vous allez faire : vous allez vous mettre à genoux, vous allez demander bien gentiment, et vous nous expliquerez par a + b + c pourquoi on devrait vous tuer si vous le réclamez.

    Et après, nous aviserons.

    C’est dans ce sens-là que ça se passe, ma petite dame. On est en démocratie. On n’est pas dans une poubelle communiste.

    1. Personne ne m’empêche de me tirer une balle dans la tête ni de me pendre en effet, mais je ne considère pas que c’est une fin digne.
      Ceci étant, cet échange aura eu le mérite de me faire sourire alors que nous parlons d’un sujet qui ne s’y prête guère. En effet, vous sautez à la conclusion que je suis de gauche, que dis-je, communiste! Vu que la majorité des gens qui me connaissent me classent plutôt à l’extrême droite, cela ne manque pas de sel.
      Cette technique consistant à isoler un seul sujet sans rien connaître de ma vision du monde globale constitue un sophisme par généralisation hâtive. L’opinion ainsi exprimée n’est donc pas valide sur le plan de la logique.
      Mais ceci nous éloigne du fond du billet, je m’arrêterai donc là.

  27. « Ce dernier [Philippe Juvin], sans la moindre démagogie ni la moindre envie de stigmatiser l’adversaire, a rappelé les terribles risques de cette loi à venir, l’inégalité sociale qu’elle porte en son sein et les possibles dérives que les limites d’aujourd’hui pourront engendrer demain. Alors que les soins palliatifs amplifiés constitueraient une alternative à la fois apaisante et humaine. » (PB)

    Pour comprendre les enjeux réellement dangereux et délétères de cette loi présentée sous un jour trompeusement bénin par le rapporteur franc-maçon Olivier Falorni qui, formaté aux habitudes de sa boutique, ne semble chercher d’autre solution à certains problèmes de société que dans la possibilité d’envoyer ses contemporains ad patres, il faut absolument lire les objections sérieuses et rédhibitoires que le médecin Philippe Juvin, manifestement fidèle à son serment d’Hippocrate, a formulées :

    https://republicains.fr/actualites/2025/05/26/philippe-juvin-cette-loi-sur-la-fin-de-vie-ne-protegera-pas-les-plus-fragiles/

    Un exemple : « La loi prétend être sur la fin de vie : c’est faux ! »

  28. @ Alpi

    Le caractère obligatoire, inéluctable, sans garde-fous, expéditif, de la mise à mort, une fois qu’elle aura été décidée, ressort très bien de l’analyse suivante :

    Voici la liste des 27 problèmes graves identifiés dans la proposition de loi « relative au droit à l’aide à mourir » :

    -C’est un seul et même médecin qui décide de toute la procédure d’euthanasie (art. 5 et 6).
    -La loi ne prévoit aucune exigence formelle quant à l’expression de la volonté de mourir ; elle peut être formulée par écrit ou « par tout autre mode d’expression adapté à ses capacités » (art. 5, III).
    -Il suffit, en pratique, que le médecin affirme que la personne veut mourir. Aucun témoin n’est requis pour attester de la réalité de la demande de mourir. À chaque fois, le médecin rencontre seul la personne concernée (art. 5, 6 et 7).
    -Ce médecin peut rencontrer la personne pour la première fois le jour de la « demande » de mort ; il n’est pas nécessairement le médecin traitant (art. 5).
    -L’euthanasie est possible pour les personnes sous tutelle et sous curatelle, ainsi que pour les personnes dont le discernement est altéré (art. 5).
    -Il suffit que le discernement ne soit pas « gravement » altéré lorsque la personne est supposée exprimer sa demande de mort (art. 6, I).
    -Une personne ayant un trouble psychique grave, telle qu’une personne présentant une tendance suicidaire, n’est pas exclue du processus (art. 4, al. 4).
    -Il n’est pas nécessaire que le malade soit en phase terminale ; une personne ayant encore des années de vie peut obtenir la mort (art. 4, al. 3).
    -La personne n’a pas un « droit » à bénéficier de soins palliatifs, lesquels sont peu disponibles.
    -Le médecin consulte deux personnes de son choix : un médecin et un auxiliaire médical ou aide-soignant, placé éventuellement sous son autorité hiérarchique (art. 6, II).
    -La consultation avec ces deux personnes peut être réalisée en visioconférence, sans même avoir rencontré le demandeur ni vérifié la réalité de sa demande de mort (art. 6, II).
    -Même si une personne sous tutelle ou sous curatelle demande la consultation d’un proche, le médecin peut la refuser (art. 6, II, al. 4).
    -Le médecin peut prendre sa décision définitive immédiatement après la consultation (art. 6, III).
    -Le médecin n’a pas besoin d’ausculter le demandeur une seconde fois (art. 6, IV et V).
    -Le délai de réflexion de la personne n’est que de deux jours à partir de la décision du médecin (art. 6, IV).
    -L’ensemble du processus peut donc être réalisé en moins de trois jours.
    -Les proches de la personne n’ont pas le droit d’être informés qu’une procédure d’euthanasie est en cours (art. 6, II, al. 4 et art. 7).
    -Les proches n’ont pas le droit de contester en justice la décision du médecin (art. 12).
    -Le médecin ou l’infirmier doit veiller à ce que l’entourage de la personne objet de l’euthanasie n’exerce aucune pression pour lui faire « renoncer à l’administration de la substance létale » (art. 9, I).
    -La personne n’est informée « des modalités d’action de la substance létale » qu’après avoir confirmé sa demande de mourir (art. 6, V).
    -Les médecins objecteurs de conscience qui refusent l’euthanasie sont obligés de désigner un autre médecin qui accepte de pratiquer l’euthanasie à leur place (art. 14).
    -Les établissements privés, en particulier religieux, même si tout leur personnel est objecteur, sont obligés d’accueillir des équipes mobiles d’euthanasie et d’accepter l’euthanasie de leurs résidents et patients, sous peine de poursuites et de sanctions administratives et financières (art. 14).
    -Les pharmaciens sont privés de clause de conscience et obligés de préparer le poison, sous peine de sanctions disciplinaires (art. 8 et 14).
    -Les amendements visant à séparer les procédures d’euthanasie de celles de prélèvements d’organes ont tous été rejetés (par exemple l’amendement n° 547).
    -Le « contrôle » est réalisé après la mort, sur la base des informations transmises par le seul médecin (art. 11 et 15).
    -Le « contrôle » est réalisé par une commission composée de quatre membres d’associations et de professionnels en sciences humaines et sociales, ainsi que de deux médecins et de seulement deux juges (art. 15, IV).
    -Tout le coût de la procédure, y compris les honoraires et les rémunérations, est pris en charge par la Sécurité sociale (art. 18).

    C’est l’abomination.

    Merci, hameau dans les nuages, pour votre appui.

  29. @ Ciceron
    « Aucun, si ce n’est une obsession pour la figure présidentielle, devenue le réceptacle de toutes les aigreurs. »

    Il est clair que depuis quelques années, dès que quelque chose ne va pas ou déplaît, « c’est la faute à Macron ».

  30. @ Serge HIREL
    « La macronie aura donc débuté son funeste parcours dans la honte – le meurtre politique de François Fillon ».

    Même si la loi sur le suicide assisté n’existait pas, m’est avis que Fillon s’est suicidé tout seul ! Et s’il y a eu intervention extérieure, cherchez plutôt du côté de Sarko et ses sbires !

  31. @ Jouerra
    « L’élimination obligatoire des vieux, des malades, des déprimés, des pauvres, des sans défense, et de tous ceux que vous estimerez comme inutiles, c’est du NAZISME. Heil Hitler !
    La loi va passer car il y a plusieurs milliards à gagner pour la Sécu. Honte à nos parlementaires. »

    Il ne s’agit pas « d’élimination obligatoire ». Votre caricature rappelle celle des opposants à la loi Veil en 1974…
    Si on vous suit, les personnes qui veulent procéder à un suicide assisté feront comme les femmes qui avortaient avant 1974 : elles partiront à l’étranger, Angleterre autrefois, Suisse aujourd’hui.
    C’est top !

  32. Dans tous les débats tournant autour de cette loi, j’ai pu constater qu’il est une personne, pourtant centrale, qui est remarquablement absente des discussions : le patient lui-même. Nous assistons à un florilège de déclarations venant de « je-sais-tout » qui prétendent savoir ce qui est bon pour moi, citoyenne lambda, en matière de fin de vie. Eh bien non, vous n’avez pas votre mot à dire, que vous soyez médecin, politicien ou prêtre.
    C’est à moi, et moi seule, d’estimer ce qu’est une fin digne, et de prendre les dispositions nécessaires à une euthanasie si c’est ce que je souhaite. Vouloir m’imposer autre chose relève d’un paternalisme insupportable.

    Bien entendu, il y a lieu de légiférer de manière stricte, pas question de poursuivre les gens avec une seringue de substance létale si ce n’est pas leur choix. Pas question non plus d’obliger les médecins et les établissements catholiques à aller contre leurs valeurs racines, et encore moins de les sanctionner dans leur refus de pratiquer l’euthanasie.
    Mais ne venez pas me faire la morale, ou tenter de m’influencer pour ce qui est de la manière dont je vois ma sortie de piste, si la fin est inéluctable.

    Non, vous n’aurez pas ma liberté de penser, ni de mourir. Ma vie, mon corps, ma mort, mon choix.

  33. Marc Ghinsberg

    @ duvent

    Votre franchise mérite une réponse tout aussi directe. Nous divergeons sur un point essentiel : je ne partage pas l’idée que nul n’écrit le milieu de sa vie. Certes, nous n’en avons pas le contrôle complet. La vie est faite de hasard et de volonté. Mais chacun dispose de marges d’action réelles, et la volonté humaine consiste précisément à transformer ce hasard en une forme de nécessité personnelle. C’est cette même dynamique qui justifie, en fin de parcours, le droit de choisir sa conclusion lorsque la souffrance et la déchéance l’emportent.
    Ulysse et Job ont affronté l’adversité avec une volonté farouche au sein d’un destin contraire. Ils illustrent cette tension entre hasard et choix. Refuser à un individu lucide la possibilité d’écrire l’épilogue de son existence, alors que la douleur a déjà tout envahi, revient à nier cette part de volonté qui traverse toute vie digne.

  34. @ Marc Ghinsberg
    « La vie est certes un songe, comme le rappelait Calderón. Mais c’est un songe dont chaque individu devrait pouvoir, dans ses derniers chapitres, écrire la conclusion avec dignité, lorsque la douleur et la déchéance l’emportent sur toute forme de sens. »

    Vous êtes un rêveur, et vous marchez dans votre rêve sans savoir que vos yeux sont fermés.
    Je ne veux pas vous réveiller, mais vous entendez dans votre rêve le bruit inquiétant que fait le mien…

    Je n’aime, ni ne veux, que la vérité soit dissimulée.

    Lorsque vous écrivez que chaque individu devrait pouvoir écrire dans la dignité sa conclusion, vous faites semblant de ne pas savoir que chaque individu n’a pu ni écrire son introduction, ni même son développement.

    L’illusion est ce qui vous fait croire à tout un tas de fantaisies qui sont là pour vous faire oublier tout ça…

    Il y a Ulysse et il y a Job.
    Il y a vous et il y a moi.
    Entre vous et moi, se tiendrait une loi, pourquoi ?
    Ne plus savoir est pire que de n’avoir jamais su…

    La Loi des hommes imparfaite, soumise à leur interprétation, car il y aura interprétation, puis il y aura modification, puis il y aura simplification, puis il y aura dénaturation, puis il y aura la complicité, et beaucoup d’autres égarements que vous n’avez pas envisagés parce que ce que vous regardez c’est « Man of sorrows », et je comprends votre engagement, mais il repose sur l’aléa organisé donc inique… Fatalitas !

  35. Mieux vaut ne pas tomber sur des croyants si on veut que sa liberté soit préservée, sa souffrance diminuée, même si, petit guide, il est bon de savoir la maigre marge que voudront bien vous laisser les croyants quand vous tomberez entre leurs mains.
    Savoir à quoi s’en tenir pour chaque type de croyance peut être un plus :

    https://www.maisonmedicale.org/les-religions-du-livre-face-a-la/

    Si seulement on pouvait se rappeler le cadre mental de chacun, quand on en a le plus besoin mais que l’esprit se dérobe le plus à vous !
    Toutes choses égales par ailleurs, il me paraît évident que mieux vaut tomber sur un Juif ou sur un protestant, en cas de malheur, vu qu’ils me paraissent moins pactiser avec le malheur que les autres.

    On pourra toujours me dire qu’on peut parler à n’importe qui mais c’est cause toujours, tu m’intéresses. Que peut le malade face au double pouvoir religieux et médical ? Je pense que si la petite fête après la loi a bien eu lieu, c’est par soulagement d’avoir fait échapper les autres et eux-mêmes à cette perspective. Mais c’était de mauvais goût : la mort n’est en aucun cas une fête, et s’il y a les pouvoirs que j’ai dit d’un côté, il y a le pouvoir de l’argent et d’un dégoût de la fin de vie imposée aux faibles de l’autre, et c’est la vigilance de l’équilibre des pouvoirs qui s’impose aux gouvernants, pas le soulagement ou la vanité.

    En fait, à mon avis, bien gouverner est si difficile, si rebutant, que personne ne devrait avoir le cœur de le faire plus longtemps que pour l’indispensable, et avant de commencer à sentir en soi la corruption du pouvoir.

    Je veux bien qu’on annule la loi, mais qu’on soit lucide : la religion qui s’accommode de la souffrance ne pousse pas aux soins palliatifs.
    La dette de l’État et l’insupportable fardeau fiscal que les contributeurs ne veulent pas voir accroître interdisent de seulement imaginer qu’on augmente vraiment le financement de la lutte contre la souffrance.

    Il y a le problème qu’on pousse des gens vers la sortie par désir de ne pas voir la souffrance et par économie, celui qu’on les garde parce qu’on l’a toujours fait avec une éventuelle appétence pour la souffrance, mais ce qui n’existe pas, c’est qu’on augmente à terme la lutte contre la souffrance.
    Sachant que le malade, et surtout le mourant, subit, en plus de son malheur, celui d’être un naufragé secoué par les vagues, à la merci de chacun, il se peut que d’aucuns tentent de se tuer avant d’en arriver à une telle dépossession de soi.

    Mais comment faire, comment ne pas précipiter au contraire sa chute à la merci du pouvoir des autres ? Le taux de réussite d’un suicide n’est pas celui de la chance des héros d’aventures héroïques sautant dans le vide pour se dérober, et en plus, en vie, aux méchants !

    https://www.psychologytoday.com/us/basics/suicide/surviving-a-suicide-attempt#:~:text=Most%20people%20who%20attempt%20suicide%E2%80%94approximately%2070%20percent%2C%20according%20to,on%20to%20die%20by%20it.

    Il y aurait tant à dire, avant de n’avoir plus droit à la parole ou d’en être incapable, ruine vivante placée en digue face à ceux qui voudraient euthanasier ceux qui voudraient vivre, que ce soit par économie ou par leur sens de la dignité imposée aux autres.
    Comme trophée de leur conception du monde.

    D’un côté comme de l’autre, l’agonisant, presque rendu à l’état de cadavre, court le risque d’être traité comme s’il l’était déjà.

  36. @ Antoine MARQUET le 13 juillet
    « Quelle indécence ! Face au scandale suscité par cette initiative, le ministre, connu pour son engagement en faveur de cette réforme, affirme aujourd’hui qu’il ne s’agissait nullement de célébrer la loi. »

    La question n’a jamais été tranchée par les historiens : l’évêque Cochon a-t-il ripaillé à la veille de la mort de Jeanne d’Arc ? Si oui, la macronie peut se défendre de sa nouvelle ânerie XXL en arguant de ce précédent. Encore faut-il que le ministre connaisse l’Histoire de France… et ose faire référence à la Pucelle… propriété du RN…

  37. Marc Ghinsberg

    @ duvent

    Votre réflexion sur la finitude humaine, la difficulté insurmontable du dilemme et votre appel à la prudence face aux lois humaines témoignent d’une réelle exigence éthique et philosophique. « Dilexit veritatem… » : cette exigence de vérité mérite d’être partagée, même lorsque les conclusions divergent.

    Je défends en effet le droit à l’euthanasie, ou plus précisément au suicide assisté et à l’aide active à mourir dans des cas extrêmes, précisément au nom de cette même dignité humaine que vous invoquez.
    Le respect de la dignité ne consiste pas uniquement à préserver la vie à tout prix, mais aussi à reconnaître à la personne autonome, lucide et durablement atteinte dans son intégrité physique et psychique, le droit de ne pas subir une agonie qu’elle juge indigne et contraire à sa volonté clairement exprimée. Ne pas prolonger inutilement une souffrance réfractaire aux soins palliatifs ne revient pas à « supprimer des vies » de manière arbitraire, mais à accompagner dignement une fin déjà inscrite. Vouloir abréger une souffrance insupportable n’est pas confondre souffrance et vie : c’est refuser que la souffrance devienne l’unique horizon d’une existence.

    Vous évoquez avec force les risques de dérive. Ils existent, comme dans bien d’autres domaines où la loi encadre des actes graves (avortement, don d’organes, limitation des traitements). Opposer à ce projet une vision de l’humanité intrinsèquement incapable de fixer des limites et condamnée à toutes les dérives renvoie, me semble-t-il, une image bien sinistre et pessimiste de notre capacité collective à poser des garde-fous éthiques et juridiques.

    Je m’étonne par ailleurs que, parmi les opposants les plus déterminés, figurent de nombreux croyants. Ceux-ci considèrent souvent la mort comme une fin définitive du corps, tout en professant la foi en une vie éternelle. Si la vie terrestre n’est qu’une étape et que l’âme survit, pourquoi craindre à ce point qu’un être humain, dans sa liberté et sa souffrance extrême, choisisse d’abréger son passage ici-bas ? Ne devrait-on pas, dans cette perspective, faire davantage confiance à la miséricorde divine qu’à l’acharnement thérapeutique ?

    La vie est certes un songe, comme le rappelait Calderón. Mais c’est un songe dont chaque individu devrait pouvoir, dans ses derniers chapitres, écrire la conclusion avec dignité, lorsque la douleur et la déchéance l’emportent sur toute forme de sens.

  38. @ Antoine MARQUET le 13 juillet 2026

    L’obscénité dans ce qu’elle a de plus moche, dans toute sa splendeur, ils se croient à la fête de la crêpe et du vin blanc. À vomir.
    Ils me font honte.

  39. @ Marc Ghinsberg
    « Comment, dans les cas les plus extrêmes, concilier le respect de la dignité humaine que vous défendez avec le devoir de ne pas prolonger inutilement une agonie contre la volonté clairement exprimée d’une personne ? »

    Vous croyez que j’ai la réponse ? Oui, ce n’est pas impossible, mais pour l’instant je n’y ai pas accès…
    Ce dilemme nous renvoie à notre finitude qui est à la fois si impossible à envisager et si terrifiante.

    Dilexit veritatem…

    Dès lors, lorsque la Loi entre dans la gestion de la fin de vie, ou de l’euthanasie, ou du suicide assisté, elle y entre avec un attirail qui sans l’ombre d’un doute trompera, nuira, détruira, et se détournera du but affiché, qui n’a jamais été le but véritable…

    En outre, vous dites « le devoir de ne pas prolonger… », mais on ne peut pas dire d’une telle action qu’elle est un devoir, elle est quelque chose, mais pas un devoir, car elle ne relève pas du secours et je vous assure que c’est une erreur de croire que c’est secourir.

    Vouloir abréger des souffrances n’est pas équivalent à abréger des vies, et toutes ces confusions permettent le chaos de la pensée.

    Des millénaires de réflexion n’ont pas trouvé la réponse, mais moi je vous dis, et croyez-moi, que les lois humaines sont à l’échelle humaine, la boîte de Pandore, et tous les cercles de l’Enfer, ne permettent pas d’imaginer la suite qui découlera d’une telle déviance.

    Une loi, qui dit que « qui, quand, comment supprimer des vies » est légal, est une loi qui changera, et qui glissera, et qui organisera, et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

    Notre monde accélère sans nous attendre, ce n’est pas grave, mais il doit rester des hommes pour veiller à ce que l’humanité demeure et les lois, depuis que Dieu est mort, sont des parcs en osier où des enfants inconscients jouent à Dieu… La vie est un songe… et le songe aussi finit…

  40. La macronie aura donc débuté son funeste parcours dans la honte – le meurtre politique de François Fillon – et l’achèvera de même : la création d’un droit de tuer légalement. Et elle n’a même pas le courage d’appeler la loi qui permettra ce crime par son nom ! Ce n’est pas un texte sur « la fin de vie », mais sur « la mort administrée » !

    Sans jamais avoir consulté les Français (la « convention citoyenne » – 180 personnes tirées au sort ! – était une farce), des députés, à quelques mois de la fin de leur mandat – la dissolution de l’Assemblée en mai prochain ne fait aucun doute – vont décider que des soignants – oui, « des soignants » ! – seront habilités à donner la mort… Et ce, à une courte majorité – 295 pour et 232 contre en deuxième lecture – et au mépris du refus du Sénat d’examiner ce texte mortifère. Ils vont ainsi diviser les Français au lendemain même du 14 juillet, qui, marquant l’anniversaire de la Fête de la Fédération de 1790, célèbre l’unité du peuple…

    Il n’existe aucune raison d’examiner cette proposition de loi – au passage, remarquons que la macronie n’assume pas la paternité du texte – sous le régime de l’urgence parlementaire… Sauf… Sauf le bon plaisir du Prince, qui, face au désastre inouï de son bilan, à la quantité invraisemblable de ses promesses non tenues, cherche à inscrire à son actif cette initiative dont la gravité fait qu’elle est historique.

    Oui, c’est la première fois, dans notre société, dans notre culture attachée au vivant, que la médecine traitera le mal par la mort, au nom de la liberté de chacun de choisir la forme et la date de son décès. La première fois qu’un patient « bénéficiera d’une aide à mourir »… « Bénéficiera »… Le terme figure noir sur blanc sur le site gouvernemental « vie-publique.fr », qui ajoute que les frais de cette aide seront « pris en charge par l’Assurance maladie »… Oui, oui, vous avez bien lu : « l’Assurance maladie »… destinée jusqu’alors à rembourser des médicaments qui sauvent la vie. La macronie n’a peur de rien.

    Certes, le texte encadre strictement le geste mais on sait qu’entrebâiller une telle porte, c’est risquer qu’elle soit grande ouverte dans quelques années. Comme le Pacs, qui semblait inoffensif à certains, a conduit au mariage homosexuel, au « mariage pour tous » selon l’expression consacrée, qui cherche à faire oublier le coup de poignard donné à nos mœurs judéo-chrétiennes.

    En réalité, ces deux « progrès civilisationnels » ont peu ou prou la même source : les diverses obédiences maçonniques, qui défendent depuis toujours l’égalité des droits jusqu’à l’absurde et, surtout, s’opposent aux idéologies religieuses qui placent l’homme sous la domination de Dieu, quel que soit son nom. Henri Caillavet, Jean Leonetti, Olivier Falorni, qui se sont succédé à la pointe du combat pour légaliser le « suicide assisté » – en bon français, l’euthanasie -, sont tous trois francs-maçons…

    Pour faire avancer leur projet, le dernier a eu « l’intelligence » de le placer dans un texte hybride, qui préconisait aussi le développement des soins palliatifs. J’apprécie rarement les faits et gestes de François Bayrou, mais, Premier ministre, il a bien paré le coup en séparant « le soin » de « la mort ». La loi du 26 mai dernier – dite loi Vidal – exige l’intensification de la mise en place de tels services sur l’ensemble du territoire… Mais cela n’a pas été suffisant – et ne le sera pas – pour dissuader quelques dizaines de députés d’apporter leurs voix au second texte, lui exécrable.

    Espérons qu’il pourra être réformé – ou mieux abrogé – par la nouvelle majorité qui s’installera à l’Assemblée nationale au printemps prochain. Espérons aussi que la loi du 26 mai sera fermement appliquée.

    P.-S. : Le titre du billet est excellent ! Tout y est dit en six mots.

  41. La plupart des commentateurs rejoignent, Monsieur Bilger, vos choix philosophiques et politiques. Dans ce concert tranchent les avis de Marc Ghinsberg et surtout de Ciceron.
    Si Marc Ghinsberg reste très mesuré dans son propos, Ciceron, lui, mène une contre-attaque brutale, notamment dans sa conclusion au vitriol : « Ce billet est le miroir grossissant d’un paysage intellectuel en déshérence, où le talent stylistique sert à masquer la vacuité de la réflexion. On y trouve de belles phrases, des envolées lyriques, mais aucune once d’empathie réelle pour ceux qui souffrent et qui attendent, au-delà des joutes politiciennes, un cadre humain, réaliste et respectueux de leur volonté. Le « monde où l’on puisse vivre » que PB appelle de ses vœux semble, à le lire, être un monde où l’on ne peut surtout pas décider de sa propre fin. C’est une vision corsetée, nostalgique et, en définitive, profondément déconnectée de la réalité des vies humaines. »

    Nous apprenons donc, Monsieur Bilger, la vacuité de votre esprit constatée par Ciceron…

    Ciceron se place sur le plan strictement technico-juridique qui sous-tend les dispositions de la loi qui va être soumise au vote de l’Assemblée nationale. Il s’en révèle un défenseur maximaliste, en se drapant dans le principe de dignité.

    La dignité ne me semble pas être le seul et vrai motif de l’argumentation de cette loi sur la fin de vie « administrée ».
    La question devient : pour éviter les suicides par des moyens personnels (corde, arme à feu, médicaments détournés, etc.) qui peuvent être manqués et peuvent attenter à la dignité de la personne qui en fait le choix, notamment en cas de raté, la société a-t-elle le droit de se substituer à la personne pour lui fournir les substances qui conduiront à sa mort ? Si oui, qui doit en être le dispensateur ?

    Le vrai problème est donc de savoir si le médecin, contrairement à son obligation de soigner liée au serment d’Hippocrate qu’il a prêté et auquel il est assujetti au même titre qu’au secret professionnel, doit être celui qui, à la demande du patient, doit injecter ou faire injecter par du personnel infirmier une dose létale non seulement pour abréger ses souffrances, mais aussi pour accéder à sa demande de suicide assisté. Par voie de conséquence, il s’agit ici de changer de paradigme, la médecine ne devant plus être hippocratique, ce que cette loi induit quoi qu’en disent ses défenseurs puisqu’elle ne semble pas laisser au médecin le choix de la clause de conscience.

    Les conséquences pratiques de cette loi, sous couvert d’humanisme, sont minimisées par ses défenseurs alors même qu’elle change en profondeur l’éthique médicale. Le problème est aussi que le texte reste euphémique et évite de parler d’euthanasie. Par ailleurs, les soins palliatifs sont particulièrement onéreux et la décision d’injecter une dose létale à des grabataires ou des faibles d’esprit deviendrait une solution de moindre coût et de réduction du déficit de la Sécurité sociale.
    Où, d’une certaine manière, l’on approcherait de l’eugénisme et des textes d’Alexis Carrel…

  42. Michel Deluré

    L’aide à mourir est-elle un problème de dignité ou, avant tout, un problème de liberté ? S’il est un domaine, un seul, où peut et doit pleinement s’exercer MA liberté, n’est-ce pas justement celui de ma propre vie, dont je dois rester maître ?

    Affirmer cette évidence n’est pas remettre en cause cette autre évidence que la médecine est là avant tout pour combattre la maladie par tous les moyens à sa disposition et nous éviter de mourir ou retarder au maximum cette échéance inéluctable ; mais lorsqu’elle est démunie pour y parvenir et que les soins palliatifs ne suffisent plus, est-il alors souhaitable que l’acharnement thérapeutique se poursuive pour autant, contre la volonté même du patient, librement et clairement exprimée, en toute conscience ? Est-ce, pour le corps médical, respecter la vie lorsque celle-ci est devenue insupportable et qu’il se sait parfaitement impuissant alors que le malade, lui, aspire à la délivrance ?

    La règle pour la médecine est le respect de la vie humaine, il n’y a aucun doute sur ce point, mais cette règle peut parfois être confirmée par des exceptions pouvant conduire à interrompre cette vie lorsqu’elle ne se poursuivrait que dans la souffrance, dans la déchéance.

    Sur ce sujet, n’est-il point encore de meilleure conclusion que celle de Montaigne : « Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut ; et que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait ».

  43. Antoine MARQUET

    Époustouflant !
    Nous pensions avoir tout vu. Nous nous trompions.
    Nous apprenons que le CESE (Conseil économique, social et environnemental) et le ministère chargé des Relations avec le Parlement ont adressé des invitations pour un cocktail dînatoire organisé dans les salons du ministère afin de célébrer l’adoption imminente de la loi sur l’euthanasie. Plus étonnant encore, les frais de déplacement et d’hébergement des invités devaient être pris en charge par l’État, une mesure visant sans doute les membres des CESE régionaux. Comme si cela ne suffisait pas, le carton d’invitation priait chaque participant de signaler d’éventuels interdits alimentaires afin que le menu puisse être adapté aux préférences de chacun.

    Le contraste est saisissant. Alors qu’il s’agit d’une loi engageant l’une des questions les plus graves qui soient — celle de la vie, de la souffrance, de la mort et du rôle que notre société entend désormais se donner face à elles — certains semblaient déjà prêts à lever leur verre pour célébrer leur victoire politique.
    Quelle indécence ! Face au scandale suscité par cette initiative, le ministre, connu pour son engagement en faveur de cette réforme, affirme aujourd’hui qu’il ne s’agissait nullement de célébrer la loi. Pourtant, les termes mêmes de l’invitation laissaient difficilement place à une autre interprétation.

    Cette précipitation à fêter un texte qui, au moment même des invitations, faisait encore l’objet d’un recours du président du Sénat devant le Conseil constitutionnel, témoigne d’une forme de triomphalisme pour le moins déplacé. La décision des Sages n’est pas encore rendue, mais certains avaient déjà prévu le buffet.

    Cette scène révèle surtout une inquiétante perte du sens des convenances. Lorsqu’une loi touche à ce qu’il y a de plus intime dans la condition humaine, lorsqu’elle engage notre rapport à la dignité, à la vulnérabilité et à la mort, la décence commanderait au minimum la retenue, le respect et l’humilité.
    Au lieu de cela, on organisait un cocktail. C’est révoltant !

    Devant le tollé provoqué par cette affaire, le ministre tente désormais un rétropédalage aussi précipité que maladroit. Ses explications, loin d’éteindre l’incendie, ne font qu’y jeter un nouveau fagot de bois. Et c’est précisément cela qui choque profondément.
    Car, au fond, le scandale n’est pas seulement celui d’une invitation malencontreuse. Il réside dans ce qu’elle révèle d’un état d’esprit. Lorsqu’une société en vient à célébrer, autour d’un cocktail et de petits-fours, une loi organisant la possibilité de donner la mort, ce n’est plus seulement une faute de communication ; c’est le symptôme d’un profond bouleversement des repères moraux.

    Que l’on soit favorable ou hostile à cette loi importe ici moins que l’exigence de décence. Certaines victoires, si tant est qu’elles en soient, ne devraient jamais donner lieu à des réjouissances. Parce qu’elles touchent à ce qu’il y a de plus grave : la vie humaine.

  44. Je suis toujours admiratif de ces futurs volontaires euthanasiés qui à coup sûr seront les premiers à se raccrocher à la dernière seconde à la dernière branche. Et finalement, faut-il encore prendre en charge ceux qui auront fait une tentative de suicide et ainsi s’opposer à leur volonté d’en finir ?

  45. @ Ciceron
    « La dignité, pour beaucoup, réside précisément dans la liberté de refuser une agonie imposée. En niant cette autonomie, on ne protège pas la vie ; on impose un dogme. »

    « La liberté de refuser une agonie imposée », ces quelques mots sont étranges et ignorent le début du problème, qui est la mort imposée…

    Pour simplifier, disons que ce que l’homme refuse c’est la souffrance, et qui pourrait la vouloir, en dehors des Masoch ?

    Pour ce qui est de l’autonomie, vous conviendrez qu’en fin de vie elle est rare, et par un tour de passe-passe habile, elle se retrouverait dans les mains d’autrui, ce qui rend l’autonomie moyennement autonome…
    Mais passons…

    Vous dites qu’en niant cette autonomie (qui est une fiction), on ne protège pas la vie, d’où il convient de déduire que c’est en faisant une loi qui permettra d’y mettre un terme que la vie se trouvera protégée…
    Ça c’est un dogme !

    Mais voilà, désormais, il faut se montrer gentil et plein de sollicitude, c’est pourquoi cette loi est faite pour que les vivants en bonne santé ne soient pas dérangés par ceux qui sont en partance…

    Il y a beaucoup à dire sur le rapport des hommes et de la mort, mais chaque homme est vide et silencieux quant à sa fréquentation, pour ce qui est de la douleur, sa laideur et sa violence devraient trouver en chacun de nous la réponse que la loi prétend donner…

  46. Marc Ghinsberg

    @ duvent

    Votre texte frappe par sa profondeur et sa sincérité. Vous rappelez avec force que la vie et la mort ne se réduisent pas à des mécanismes juridiques ou médicaux. Vous mettez en lumière l’indicible mystère qui lie les êtres, le poids du penser, la dignité du regard de l’autre et les dangers d’une société qui, par peur ou par confort, travestit le réel sous les oripeaux de la « liberté » et de la « responsabilité ».

    Votre critique de l’indifférence masquée et de la tentation de gérer administrativement la fin de vie exprime une exigence éthique et philosophique, que l’on ne peut balayer d’un revers de main. Elle invite à une réflexion authentique sur ce que signifie accompagner la souffrance sans la nier ni la sacraliser à outrance.

    Cependant, cette pensée, aussi élevée soit-elle, offre peu de secours concret à ceux qui sont confrontés à des maladies dégénératives graves et évolutives, certaines démences sévères ou des cancers incurables avec douleurs réfractaires. Dans ces situations, la souffrance n’est plus seulement une dimension spirituelle ou existentielle à laquelle il faudrait consentir : elle devient une dégradation physique et psychique extrême, où la perte progressive d’autonomie, l’étouffement, l’impossibilité de communiquer ou de reconnaître les siens rendent le « mystère dans le regard de l’autre » inaccessible.

    Pour ces patients et leurs proches, l’appel à laisser intact le silence de la mort peut apparaître comme une exigence belle mais lointaine, qui ne répond pas à la détresse immédiate et parfois insoutenable.

    Votre mise en garde contre une loi qui risquerait de banaliser la mort et d’ouvrir la porte à l’égoïsme collectif est légitime et mérite d’être entendue. Il reste que la question pratique demeure : comment, dans les cas les plus extrêmes, concilier le respect de la dignité humaine que vous défendez avec le devoir de ne pas prolonger inutilement une agonie contre la volonté clairement exprimée d’une personne ?

  47. Robert Marchenoir

    Le dernier discours de Philippe Juvin sur l’euthanasie à l’Assemblée nationale est en effet remarquable. Il exprime une opinion, mais cette opinion s’appuie sur des faits. Et ces faits, en l’occurrence, ne sont connaissables que par l’expérience. Il se trouve que Philippe Juvin possède cette expérience.

    Nous rejoignons là un thème important évoqué dans le précédent billet : il y a des hommes supérieurs et donc, des hommes inférieurs. Il y a, pour le moins, des personnes qui sont plus aptes à s’exprimer sur certains sujets parce qu’elles les connaissent, et que cette connaissance est difficile à acquérir. C’est clair dans le cas de ce discours particulier de Philippe Juvin.

    La force de conviction qui en émane s’appuie sur deux choses (je ne tiens pas compte de l’art oratoire chéri de Philippe Bilger) : la connaissance qu’il a de la façon dont on meurt, et la sagesse qui lui permet d’agencer cette connaissance pour en tirer une conclusion.

    Dans ce cas précis, la connaissance n’est pas seulement théorique ; ce ne sont pas ses seules études de médecine, ou les livres qu’il a pu lire, qui lui ont permis de rassembler les faits sur lesquels il s’appuie. C’est sa longue expérience de médecin, qui est irremplaçable par quoi que ce soit d’autre.

    Il s’ensuit qu’afin de prendre la bonne décision sur le sujet, il vaut mieux écouter Philippe Juvin que n’importe quel autre député dépourvu de cette expérience, quels que puissent être ses mérites ; pour ne pas parler de Monsieur Bitonio ou même du général de Gaulle.

    Il y a, comme le disent certains avec un immense mépris, une insondable sottise et une brûlante jalousie, les « sachants », et puis les autres. Néologisme inventé pour dénigrer ceux qui savent, comme si la science n’était pas préférable à l’ignorance, et, pire, à l’illusion et à la mauvaise foi. Comme si les termes de savant, d’expert ou de sage ne convenaient pas.

    Malheureusement, l’idiocratie d’atmosphère qui nous entoure met les valeurs cul par-dessus tête, et privilégie l’ignorance par rapport au savoir. Quant à la sagesse, c’est un concept devenu tellement incompréhensible que le mot même a pour ainsi dire disparu du vocabulaire.

    N’importe quel chef de produit d’un fabricant de crèmes de beauté se gargarise des « valeurs » de son entreprise, comme si elles ne devaient pas être identiques d’une entreprise à l’autre. Ne parlons pas des politiciens, qui astiquent leurs « valeurs républicaines » sans jamais les définir, ce qui est bien pratique. Mais les vraies valeurs, comme la connaissance ou la sagesse, sont ignorées quand elles ne sont pas carrément ridiculisées.

  48. L’euthanasie par interruption des soins existe depuis longtemps.
    Faut-il légiférer ou laisser faire au cas par cas ?
    En France, on aime bien les « règles » et l’égalité.

  49. Il est des styles qui se prennent pour de la pensée, quand ils ne sont que des mécaniques de ressentiment. Le billet que nous avons sous les yeux est une démonstration clinique de ce que le commentaire politique a de plus délétère : le remplacement de l’argumentation par l’anathème.

    ​Sous couvert de défendre la « dignité » humaine, Philippe Bilger s’adonne à un exercice de démolition en règle, où la nuance est sacrifiée sur l’autel d’une indignation de façade. Quel est le fil rouge de ce texte ? Aucun, si ce n’est une obsession pour la figure présidentielle, devenue le réceptacle de toutes les aigreurs.

    ​Ce qui choque, au-delà de la violence des mots, c’est cette facilité déconcertante avec laquelle PB opère des amalgames. Comment, en toute honnêteté intellectuelle, peut-on mettre sur le même plan une question de santé publique — complexe, douloureuse, et propre à chaque existence — et les aléas d’une politique sécuritaire ? C’est là une faute de goût autant qu’une faute de raisonnement. Utiliser la mort d’un adolescent comme simple argument « statistique » pour valider une thèse sur le déclin civilisationnel n’est pas un acte de courage, c’est une instrumentalisation cynique de la souffrance.

    ​PB se drape dans une cape de « défenseur de l’humanité », mais sa prose trahit un mépris profond pour le cheminement de ceux qui ne pensent pas comme lui. Pour lui, le camp adverse n’est pas composé de citoyens, de médecins ou de patients aux prises avec des dilemmes insolubles ; il est composé de « nihilistes » et d’adeptes d’une « cause mortifère ». Il s’agit là d’une rhétorique de guerre, non de débat. C’est la négation même de l’altérité.

    ​Plus grave encore : cet appel à une « destinée partagée » qui ne serait que la soumission à une vision unique et immuable de la fin de vie. Au nom de quelle autorité morale PB s’arroge-t-il le droit de définir ce qu’est une « authentique dignité » ? La dignité, pour beaucoup, réside précisément dans la liberté de refuser une agonie imposée. En niant cette autonomie, on ne protège pas la vie ; on impose un dogme.

    Ce billet est le miroir grossissant d’un paysage intellectuel en déshérence, où le talent stylistique sert à masquer la vacuité de la réflexion. On y trouve de belles phrases, des envolées lyriques, mais aucune once d’empathie réelle pour ceux qui souffrent et qui attendent, au-delà des joutes politiciennes, un cadre humain, réaliste et respectueux de leur volonté. Le « monde où l’on puisse vivre » que PB appelle de ses vœux semble, à le lire, être un monde où l’on ne peut surtout pas décider de sa propre fin. C’est une vision corsetée, nostalgique et, en définitive, profondément déconnectée de la réalité des vies humaines.

  50. L’élimination obligatoire des vieux, des malades, des déprimés, des pauvres, des sans défense, et de tous ceux que vous estimerez comme inutiles, c’est du NAZISME. Heil Hitler !
    La loi va passer car il y a plusieurs milliards à gagner pour la Sécu. Honte à nos parlementaires.

  51. @ Marc Ghinsberg
    « Cette loi ne supprimera pas la souffrance. Elle permettra, dans les cas les plus difficiles, de ne pas la prolonger contre la volonté du patient. C’est une avancée de liberté et de responsabilité, pas un déclin civilisationnel. »

    Trois phrases, trois coups frappés sur la porte du malheur !

    Cette loi ne supprimera pas la souffrance, en effet, et donc ???
    Dites-nous ce qu’elle supprimera !
    Vous semblez croire que le patient, et la prolongation de sa vie contre sa volonté, sont des bases de cette répugnante mascarade.
    Le patient devient patient, quand ?
    Sa volonté devient essentielle, quand ?
    La prolongation est une prolongation à partir de quand ?
    Que savent ces gens de ce qui est ?
    Que connaissent ces gens de l’homme gisant ?
    Qui entend, qui écoute, qui ressent ?

    Horrible indifférence qui se couvre du manteau de la responsabilité…
    Et puis la Liberté, comment pouvez-vous utiliser ce mot si grand pour une action si basse ?

    Les gens d’aujourd’hui ont réussi l’exploit de travestir le réel, et s’imaginant sur une scène ils utilisent des tournures, des mécanismes, des mots chargés de sens, et sans vergogne aucune, imposent le mensonge et dissimulent leur but !

    La nausée doit s’emparer de chacun, quand une loi vient prendre la vie de l’un pour faire de l’autre un héros.

    On sait bien ce que le confort de l’imposteur cherche, on sait aussi pourquoi il le cherche, on n’ignore rien de ce qui lui permet de tordre la vérité, et combien est lucrative cette liberté de tuer, tranquillement, pour ne pas regarder dans les yeux la peur, le chagrin et la douleur.

    On pourrait penser que le chagrin prime, mais dans la chair c’est la douleur de penser qui tue.
    Penser est l’ultime souffrance, penser est l’ultime lien avec l’autre, penser d’où l’on vient et où l’on va, penser est un grand malheur !

    Penser mal est une malédiction !

    Vivre et mourir n’est pas une loi humaine…

    Le courage de vivre et celui de mourir, il nous vient de ce qui se trouve dans les yeux de l’autre, et dans les yeux de l’autre se trouve l’indicible et ineffable mystère.

    C’est pourquoi la gestion de la mort, pour se décharger du poids de la souffrance des mortels, est une ignoble saloperie, qui se dandine avec sur les épaules la tunique sanguinolante de la vertu…

    La moindre des choses serait de reconnaître que les motifs sont fallacieux, que ceux qui se précipitent au chevet sont animés par leur effréné égoïsme et leur lamentable faiblesse morale.

    Que s’est-il passé ? Pourquoi la peur tient-elle lieu d’arbitre ? Est-ce que la peur est le guide ?

    Si la solitude de la mort, si la solitude de la vie, n’ont plus pour remède que la pharmacopée, il faudra très bientôt une loi pour nous tuer à la naissance.

    Voilà comment ne pas souffrir de vivre, ne pas vivre, ne pas être, ne pas penser, ou consommer, oui, consommer encore, toujours plus, consommer !

    La Loi ne doit pas entrer dans le silence de la mort.
    Ce silence mortel est là !
    Le médecin ne doit pas nuire, il doit soulager, soulager et cela il le sait, il le connaît et il le fait.

    Où sont donc passées les souffrances du monde ? Elles sont assises à votre table et vous les sentez bien vous pousser du coude, sans que cela ne vous empêche de manger, de boire, de rire et d’appeler au secours… La Loi est dure, et le coeur des hommes est tendre, cette histoire finira mal…

  52. revnonausujai

    Quel problème éthique ?
    Il s’agit tout simplement d’éliminer, à moindres frais, les vieux, les malades, les handicapés, bref tous ceux dont un pouvoir aux abois croit qu’ils sont la cause unique du déficit de la Sécu !
    Ça me rappelle un certain régime d’outre-Rhin, le délire comptable ayant remplacé le délire racial !

  53. Je comprends qu’on veuille aider à se suicider ceux qui ne peuvent pas le faire tout seuls. Le problème est que cela semble suggérer cette voie aux personnes en fin de vie, exercer sur elles une pression.
    Il n’en irait pas de même si des guides du suicide et des instruments de cette option se trouvaient légalement accessibles avant que les gens soient en fin de vie. Et, d’autre part, cela donnerait cette issue à tous ceux qui n’en ont pas. Savoir la dignité pour tous : être emprisonné dans une vie qui ne vous convient pas ne me semble pas digne. Or, si les gens pouvaient changer, ils le feraient, mais, incapables de le faire, il ne leur reste souvent que la mort.

    Pour recourir au suicide, faut-il qu’ils prennent le risque de finir handicapés ou reclus en hôpital psychiatrique ? Faut-il payer l’aspiration à plus de liberté en perdant le peu qui vous reste ? Pousser les gens à tomber dans une ironie tragique est horrible.

    On promeut à juste titre des libertés secondaires : de commerce, de religion, que sais-je encore ? Mais, avant de savoir ce qu’on veut faire de sa vie, il y a la question de savoir si l’on veut vivre ou non.
    La question, si l’on voit un esclave, n’est pas de lui demander ce qu’il voudrait faire de sa liberté, ni de lui dire, finement, comme certains pour qui la liberté n’est rien, que, par exemple, il pourrait faire du commerce pour son propriétaire ou s’imaginer libre parce qu’en plus de celui dont il porte la marque sur la peau, il appartient aussi à son dieu, mais de le libérer.

    De même, la question, pour un homme libre, est de savoir s’il veut vivre ou non, bien en amont de celle de savoir pourquoi. À ceux qui veulent vivre, on ne demande jamais pourquoi ; la question n’est donc pas celle du sens de la vie, en fait, mais elle est posée comme un indice de maladie chez celui qui tourne le dos à la vie.

    Bien sûr, certains se tuent par impulsion ; on ne peut guère parler de philosophie dans leur cas…

    Mais hélas, je sais quelqu’un qu’on veut mettre en maison de retraite ou dans une sorte de foyer pour dingues à cause d’une tentative irréfléchie de suicide. Je devrais prendre des notes quand il me téléphone… Et je crains qu’il ne cède à la pression sociale.
    Il serait plus respectueux de sa liberté et plus protecteur de lui proposer de travailler sur sa maîtrise de soi, mais cela ne se fait bien sûr pas. Qu’on lui fasse remarquer qu’il a fait sa TS quand sa situation s’améliorait, et que c’est un signe de destructivité, mais nada. À ce qu’il dit, on l’infantilise, ainsi que les autres, quand il faudrait, à mon avis, inciter ceux qui le peuvent à un comportement plus adulte.

    Vivant assez loin, je n’ai pas à franchir les portes de l’établissement psychiatrique, et c’est moi qui me tape la corvée de lui dire que, s’il veut raccrocher le téléphone chaque fois que je dis la moindre chose qui lui déplaît, pourquoi pas ?

    Mais que s’en abstenir, tenter de jouer aux dames ou aux échecs, ou de dessiner comme exercice de concentration, ne pourrait pas faire de mal, bien au contraire. Et que, si on a des cauchemars, on peut prendre sa revanche en écrivant les rêves qu’on aurait voulu avoir. Et cela aux dépens de rien, puisqu’il ne parvient plus à lire, mais s’en vient à envier la prison où il y a la télé quand je lui fais remarquer qu’avec un encellulement qui n’est pas individuel, le viol y est fréquent et qu’il pourra s’acheter une télévision de retour chez lui.

    Bref, du bon effet d’être en hôpital psychiatrique, vraiment ! Il me demande pourquoi ci ou pourquoi ça au téléphone sans me laisser le temps de répondre. Je lui dis que c’est, je pense, parce qu’il n’arrive plus à lire, activité apaisante où l’on découvre quelques questions et réponses en prime, mais où l’on cisèle aussi quelques « pourquoi » quand c’est possible.

    Chaque fois que je lui trouve une bonne nouvelle — légalement, il ne sera pas si facile de l’enfermer, mais qu’il serait mieux de réveiller le juriste familial —, chaque fois que je lui dis de faire quelque chose, il me dit que cela ne concerne pas les morts.
    C’est le problème du suicide, en fait : parfois, au lieu de servir à se libérer, il est l’espace chimérique qui permet d’écarter le réel et l’effort, comme la religion, à mon avis. C’est d’ailleurs tout le problème de ce qui est extérieur, espace qui dégage des perspectives où le regard se perd en ruminations dont il ne reste que l’amertume du néant.

    Bien sûr, d’un côté, il faut le ménager ; d’un autre, pour faire face aux menaces d’enfermement comme pour reprendre sa vie, il vaudrait mieux qu’il se comprenne davantage. Le dosage est bien sûr délicat.

    Hélas, comme il ne peut parler en confiance à des gens le poussant à l’enfermement et que, de toute façon, il tente souvent de faire bon effet, ou bien que tout le monde fuit ses considérations, il faut que cela tombe sur moi. Comme il m’a aidé à débrouiller quelque affaire à une époque, c’est en somme assez juste.

    Mais cela me donne l’occasion de voir, certes à distance, quelques problèmes du traitement des suicides, notamment qu’on ne fait rien pour traiter l’impulsivité donnant lieu à des passages à l’acte dans des cas où le suicide était loin de s’imposer, ainsi que les cauchemars, qu’il devrait traiter par un autre moyen avant d’en arriver là.

    Je ne parlerais pas de ce cas s’il n’était symptomatique. Si on veut diminuer le nombre de suicides, la bonne voie n’est pas d’enfermer les gens, mais de rendre leur vie plus libre, en l’occurrence en leur proposant de travailler sur les problèmes que j’ai évoqués. De même, on parle, on parle du suicide de quelques enfants, car cela frappe, mais, à mon avis, combattre le harcèlement scolaire en amont serait plus profitable.

    On ne traite pas les causes, on enferme, et, quand on finit par avoir de la compassion pour certains, comme les personnes en fin de vie, cela peut se retourner contre elles, car on leur désigne le suicide qu’on écarte pour les autres.

    À mon avis, aider les gens intelligemment, de sorte qu’un suicide accessible à tous, sauf aux enfants, soit bien moins désirable, serait une piste sur laquelle on devrait réfléchir.

    Se tuer pour ne plus être esclave est noble ; abolir l’esclavage aussi. Mais si on avait permis à certains esclaves de se tuer pour se donner bonne conscience sans abolir l’esclavage, cela n’aurait été qu’un progrès marginal et un formidable appel au suicide.

    J’en dirais autant du suicide en fin de vie. Certes, pourquoi ne pas aider ceux qui le veulent ? Mais pas comme exception à un suicide honni, et pas sans tenter de régler les problèmes en amont : mauvais traitement de la souffrance en médecine, harcèlement et que sais-je encore.

    Chaque problème est lié aux autres, de même qu’on ne peut changer une partie d’un texte sans s’inquiéter de la résonance sur les autres et parfois les modifier aussi. De même, dès qu’on a le malheur d’être responsable d’une chose, on a tendance à l’être aussi d’autres, si on y réfléchit bien.

    Et c’est ainsi qu’est heureux, dans son jardin, celui qui prend le frais sans s’occuper de rien d’autre que de prendre le frais et de la végétation taillée par les ombres de la nuit.

  54. La vie vaut-elle encore d’être vécue lorsque l’on est dans un état de dépendance totale, incapable de prendre la moindre décision, totalement déconnecté du monde qui nous entoure, assujetti à des soins palliatifs qui n’ont pour effet que de prolonger une existence qui n’a plus de sens ?
    En ce qui me concerne, je ne veux surtout pas de ce traitement qui n’est rien d’autre qu’un acharnement thérapeutique reposant sur ces concepts moraux ou religieux totalement archaïques.

    Notre vie nous appartient ainsi que le souligne cet article de Marianne. Ce n’est pas aux médecins et encore moins aux politiques de décider de notre choix personnel de quitter ce monde dans la dignité.

  55. Antoine MARQUET

    TO BE OR NOT TO BE
    Le sommeil d’Hamlet et l’illusion du progrès : Méditation sur l’humain jetable

    Dans son célèbre monologue, Hamlet suspend son geste face au vertige de l’existence : « Être ou ne pas être ». Le prince de Danemark savait que le trépas n’est pas une solution technique, mais l’entrée dans un sommeil inconnu qui engage la responsabilité de l’âme. En s’apprêtant à voter définitivement la loi autorisant le suicide assisté et l’euthanasie, notre société prétend résoudre l’énigme de la souffrance par un protocole d’administration létale. C’est le dernier acte d’une triste pantomime contemporaine, où la dignité est confondue avec l’utilité. Un simulacre de progrès qui cache, en réalité, une faillite éthique majeure.

    Cette transition marque une rupture métaphysique. En 1981, la France abolissait la peine de mort, posant le principe absolu qu’aucune autorité ne pouvait disposer de la vie d’un homme. Quarante-cinq ans plus tard, cette digue s’effondre. Le pouvoir actuel rétablit paradoxalement une maîtrise technique de la mort par l’institution médicale. Nous assistons à l’aboutissement d’une lente érosion des valeurs fondamentales, de glissements sémantiques et de reniements successifs.

    Simone Veil concevait l’avortement comme une réponse ultime à une détresse tragique, vision aujourd’hui altérée. Les promoteurs du PACS juraient l’exclusion du mariage entre personnes de même sexe, ouvrant pourtant la voie à sa création. La GPA subit le même processus d’accoutumance dans les esprits. Ceux qui en ont les moyens et le désir louent des ventres à l’étranger, sûrs qu’ils sont que les juges ne pourront pas laisser des enfants sans patrie. L’éthique n’évolue plus, elle glisse au gré des opportunités politiques.

    Au cœur de cette rupture se joue le destin de la médecine. En transformant le médecin ou l’infirmier en dispensateur de mort, la loi brise le serment millénaire d’Hippocrate. Le soignant n’est plus celui qui guérit ou soulage, mais celui qui devient l’exécuteur des hautes oeuvres.

    Certes, le législateur a tenté de s’acheter une conscience en adoptant la loi du 26 mai 2026 sur les soins palliatifs, gravant dans le marbre le principe d’un accompagnement précoce et d’un soutien aux proches. Mais l’introduction simultanée de l’aide active à mourir vide cette promesse de sa substance spirituelle. La sédation profonde de la loi Claeys-Leonetti permettait au soignant d’éteindre la souffrance pour laisser s’éteindre la vie ; l’euthanasie, elle, exige un geste positif qui supprime le vivant. Pour le personnel médical, la clause de conscience devient l’ultime rempart contre une mission qui trahit l’essence même de leur vocation : soigner.

    Nous touchons ici au paradoxe moral de notre siècle. Notre époque sacralise la matière inerte : il faut réparer, recycler, économiser les vêtements et les objets pour préserver notre environnement. Mais par une inversion tragique, l’humain souffrant échappe à cette exigence de soin. Dès lors qu’il n’est plus productif, dès qu’il subit la dégradation de la maladie, il est perçu comme un objet périmé, un produit de consommation que l’on peut écarter. Le corps médical, garant historique de la protection des plus faibles, se voit confier la gestion de cette obsolescence.

    En refusant d’habiter le temps de la vulnérabilité, notre civilisation transforme le lit de mort en comptoir d’élimination. Pensons au sommeil de Hamlet et rappelons-nous qu’un être humain ne se recycle pas, ne se jette pas : il s’accompagne, et les soignants sont les gardiens de cette humanité, non les techniciens du trépas.

  56. Marc Ghinsberg

    Cher Philippe, je respecte votre position sur la fin de vie, mais j’aurais aimé que vous accordiez un peu plus de considération à ceux qui, comme moi, sont favorables à l’actuel projet de loi. Votre billet me semble reposer sur plusieurs raccourcis contestables.

    L’accélération du vote n’est pas un coup de force : elle vient après une convention citoyenne, plusieurs années de débats et de lectures parlementaires. Vouloir conclure, avant la fin du mandat, un chantier promis en campagne relève de la responsabilité politique, non du cynisme.

    Dire « on ne leur a rien demandé » me paraît une formule inexacte. La société encadre déjà la fin de vie depuis la loi Leonetti. Ce texte ne donne pas à l’État le pouvoir de décider qui doit mourir : il reconnaît à des personnes lucides, en phase avancée d’une maladie incurable et confrontées à une souffrance réfractaire, le droit de choisir. Le leur refuser, c’est décider à leur place qu’elles doivent continuer à souffrir.

    Sur la dignité, Houellebecq et vous inversez les termes. Pour beaucoup de patients, l’indignité n’est pas de mourir mais de subir une agonie prolongée malgré les soins. La dignité peut aussi résider dans l’exercice de sa liberté jusqu’au bout, plutôt que dans sa confiscation au nom d’une conception abstraite de la vie. Et les pays qui ont légalisé des dispositifs comparables n’ont pas basculé dans le nihilisme que vous redoutez.

    Philippe Juvin a raison d’alerter sur l’accès insuffisant aux soins palliatifs. Mais ce constat appelle un investissement massif dans les palliatifs, pas le refus d’une option ultime pour ceux que les soins ne suffisent plus à soulager, les deux ne s’opposent pas, ils devraient avancer ensemble.

    Enfin, lier cette loi à l’affaire Nahel ou à une supposée minimisation de la délinquance affaiblit votre propos : c’est un débat bioéthique autonome, qui mérite d’être discuté pour lui-même.

    Ce projet n’ouvre pas la porte à une euthanasie de masse. Il propose une réponse encadrée à des situations où la médecine ne peut plus guérir et où la souffrance devient insoutenable, et plus de 80 % des Français y sont aujourd’hui favorables. Refuser ce choix au nom d’un principe absolu de préservation de la vie, c’est imposer sa propre conception de la dignité à ceux qui en défendent une autre.

    Cette loi ne supprimera pas la souffrance. Elle permettra, dans les cas les plus difficiles, de ne pas la prolonger contre la volonté du patient. C’est une avancée de liberté et de responsabilité, pas un déclin civilisationnel.

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