Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Justice : on ne trompe pas les Français…

Il faut cesser de fuir dans les abstractions pour préférer sanctionner, si cela s’avère nécessaire, une part infime de la magistrature plutôt que de projeter l’opprobre sur le corps tout entier, en prenant garde à ne pas tomber dans une dérive que le peuple abhorre.

Contre les faux-semblants…

Le fatalisme paresseux n’est pas non plus dénué d’un certain impact pour justifier l’inactivité. Le « on ne peut rien faire » a son utilité pour tous les créateurs de faux-semblants. Paraissant emprunter une forme de modestie, cet aveu de prétendue impuissance est décisif dans un monde qui offre trop aisément des prétextes pour ne rien accomplir, tant le réseau de contraintes, d’interdictions et de réglementations, ainsi que la faiblesse de notre souveraineté, sont impressionnants. Et pourtant, malgré ce maquis, le courage, l’énergie, la volonté, l’intelligence, la lucidité ont de quoi se frayer un chemin .

De quelques évidences : Lyhanna…

Si nous ne traduisons pas dans les faits les leçons que nous enseigne la tragédie, tellement évitable, de la si jeune Lyhanna, ainsi que celles que nous aurions déjà dû apprendre auparavant, le futur sera pavé des mêmes horreurs. Les structures et les moyens ont leur importance, mais sans des politiques – fi de l’irresponsabilité illimitée ! – et des magistrats à la hauteur dans notre démocratie, nous aurons des indignations à répétition, mais jamais un authentique redressement.

Qui peut donner des leçons de responsabilité ?

Dans notre démocratie, il est patent que, trop souvent, personne n’est jamais coupable, que les structures, le système et les abstractions sont seuls responsables. Il faudrait que cela change. Il y a les sanctions disciplinaires. Sans éthique personnelle, elles risquent fort de se faire attendre.

Pourquoi l’extrême gauche ne sait-elle plus dialoguer ?

Persuadée, à tort, d’avoir une chance de conquérir le pouvoir avec Jean-Luc Mélenchon, l’extrême gauche s’est abandonnée à la seule domination de ce dernier en se privant dorénavant de toute réflexion sur l’essence du pouvoir, ses limites, ses impasses, ses dangers et sa possibilité révolutionnaire en régime démocratique.

Lyhanna : assez des inspections qui ne servent à rien…

L’immense problème de ces inspections est qu’elles donnent une impression de sévérité alors qu’elles se bornent souvent à commenter, sur le plan procédural, ce qui s’est déroulé. Et c’est tout. Contrairement à ce qu’on va entendre, ce n’est pas un problème de moyens. L’insuffisance de ceux-ci ne doit pas empêcher le traitement urgent, rapide et efficace de ce qui est confié aux parquets. L’affaire tragique de Lyhanna n’est pas le symptôme d’un fiasco général de la Justice, mais celui d’un possible et terrifiant dysfonctionnement ponctuel.

Le centre, oui, si c’est Bruno Retailleau…

À la suite des violences, des dégradations et des pillages survenus dans la région parisienne, ainsi que des désordres constatés dans toute la France, qui ont plus que terni la joie sportive suscitée par un PSG doublement victorieux en Ligue des champions, il fallait tout de même un certain culot ministériel pour oser déclarer que « la situation avait été sous contrôle ». Laurent Nuñez a eu cette audace.

Il n’y a pas que ça !

Il faut arrêter avec ce complexe de supériorité commode, souvent justifié par rien, prendre la mesure d’aujourd’hui, admirer le passé quand il le mérite et se projeter dans un futur que le volontarisme individuel et collectif ne rendra pas nécessairement déprimant.

Les Français sont-ils faciles à duper ?

Le citoyen dans l’orbite de LFI, peu attiré par le vote socialiste ou écologiste, pourra-t-il se laisser persuader par une si piètre démonstration d’opportunisme ? Sera-t-il dupé alors que la manipulation sera à ce point ostensible que les coutures apparaîtront comme sur un costume mal fini ? Que pensera-t-il de cette politique à l’ancienne où, pour plaire et engranger encore davantage d’adhésions, le candidat, sans en avoir honte, répudie ce qui constituait sa vérité et lui correspondait authentiquement, afin d’offrir une image fabriquée et mensongère ?

Voués au centrisme ?

Cette exclusion quasiment inéluctable des extrêmes aura vraisemblablement pour conséquence, dans le champ démocratique, la domination d’un centrisme qui, quoi qu’on pense de son faible impact sur l’avenir du pays, ne nous laissera pas le choix. Il ne se limitera pas à Édouard Philippe ou à Gabriel Attal, qui tenteront de donner de nouvelles couleurs au macronisme dont ils auront été, au bout du compte, des propagandistes peu reconnaissants.