Au secours d’Amina…

Ce billet prend pour point de départ le cas d’Amina, étudiante à Bordeaux, qui doit payer 60 000 euros d’amendes car depuis 2003, des inconnus se font passer pour elle dans les transports et, faute de titres, commettent de multiples infractions. Elle n’a cessé de plaider sa bonne foi, mais sans résultat à ce jour (Le Parisien).

Il se rapporte plus largement à toutes les victimes d’usurpation d’identité qui, comme Amina, ne parviennent pas à démontrer leur innocence et se trouvent soumises à un harcèlement pénal constant, se conjuguant le plus souvent avec l’incompréhension et la faible réactivité du maquis administratif.

J’évoque souvent ici le jour où, dans ma carrière judiciaire, en 1998, j’ai été nommé chef de la section du droit bancaire et de la fraude informatique au parquet de Paris. Outre l’efficacité et la rapidité de l’action de mon équipe, j’ai privilégié les réponses aux courriers des citoyens (pas seulement à ceux des avocats) et, précisément, la volonté de prendre les devants pour soustraire les victimes d’usurpation d’identité aux interminables et parfois insolubles tracas financiers et autres dont elles ne parvenaient pas à se dépêtrer.

J’avais mis en œuvre, grâce à un secrétariat exceptionnel, un système très simple : dès réception d’une plainte pour vol de documents d’identité, de chéquiers ou de cartes bancaires, un certain nombre de formulaires étaient aussitôt remplis afin d’alerter les services publics, les administrations et, lorsque c’était possible, les organismes bancaires, pour éviter que la victime ne soit prise pour la coupable des malversations commises à cause de cette usurpation.

Cette manière de donner aux procureurs non pas seulement une mission de pure et légitime répression mais de véritable assistance juridique, sociale et humaine m’est toujours apparue comme une exemplaire définition du rôle du ministère public : ministère donc au service du public…

On peut imaginer à quel point cette démarche menée durant un an a concrètement allégé le quotidien d’un grand nombre de plaignants. Que les parquets soient surchargés ou non ne change rien à l’affaire : il faudrait poursuivre un tel processus de sauvegarde. Ce n’est pas Amina qui soutiendra le contraire.

J’ose espérer qu’on n’inscrira pas ce billet dans le registre d’une exclusive technique judiciaire, alors que je le voudrais empli d’un humanisme qui la dépasse de très loin.

J’ai envie d’y associer des initiatives dont le mérite n’était pas de répondre trop tard aux défis lancés par des désastres consommés, mais de tenter des mesures et des opérations préventives dont l’effet n’était pas seulement symbolique. Quand le procureur général Pierre Truche invitait le parquet de Paris à régler, en quelque sorte d’autorité, les procédures d’instruction vieilles de plus de deux ans, il permettait ainsi une avancée considérable. L’institution judiciaire n’était plus à la traîne, impuissante, mais devant, volontariste et déterminée.

Aujourd’hui, à cause du syndicalisme, elle déplore, voire gémit, au lieu de se battre avec pour seul objectif : satisfaire le citoyen.

Et donc Amina, qu’il faut secourir.

Article précédent

Nicolas Sarkozy : l'apparente sérénité de l'appel...

Article suivant

Retailleau - Lisnard : quel gâchis !

Voir les Commentaires (13)
  1. Et c’est ainsi que le nouveau sans-culotte se nomme Xavier Nebout ; ou, comme l’a montré Proust, le noble lui aussi devient un veau, remplacé par le bourgeois, puis par le fonctionnaire, au fil des révolutions qui ne changent rien à la domination d’une caste sur l’autre.

    « La libération prend avant tout la forme d’une purification des “idoles immondes” (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leurs yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse. L’affranchissement des idoles libère d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité. »
    https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2026/documents/20260328-principato-dimonaco-messa.html

  2. Xavier NEBOUT

    Savez-vous quelle est la rémunération d’un Trésorier-payeur général ? Jusqu’à 250 000 euros par an. Logement de fonction ou indemnité compensatrice, évidemment. Vous ne voudriez tout de même pas qu’il loge sous les ponts ? Et pourquoi pas qu’il déjeune à la cantine ?
    Pourquoi me demandez-vous à quoi il sert ? Vous voulez m’envoyer en prison ou quoi ?

    1. hameau dans les nuages

      Mais monsieur Xavier Nebout, c’est la misère malgré leurs rémunérations ! Vous ne vous rendez pas compte !
      850 euros pour ce meuble de cuisine, heureusement payable en trois fois 🙂
      https://www.galerieslafayette.com/p/buffet+de+campagne+en+bois+patine+beige+gilbert+n+729-+produit+chine-debongout/2013151604344/60?epik=dj0yJnU9RUJVWDBRTE9pMDF2UXVHOFlUaE5VWE90RTJsVHpabU0mcD0wJm49dTRKMXN6aUc0Y1dSOXpJYS1MdHhpUSZ0PUFBQUFBR25IbWNz

      Et près de 1 000 euros pour une table en formica avec ses quatre chaises.
      Vous ne voudriez pas non plus qu’ils aillent à la soupe populaire, avec vos remarques de mauvais goût ?

  3. Xavier NEBOUT

    Si on ne supprime jamais rien dans la fonction publique, c’est que suppression rime avec suppression de poste, et surtout avec suppression de chef de service.
    Que devient en effet le bien-aimé frère, payé à se pavaner et travailler là où il veut et quand il veut, si on supprime son service ? Soudain réduit à un « simple » fonctionnaire ? Vous n’y pensez pas !

    Devant une commission parlementaire relative à l’audiovisuel, Vincent Bolloré déclarait récemment qu’il y avait en France 85 ou 90 % des gens qui se débattaient dans les difficultés, et une caste pour qui tout allait toujours bien, qui faisait la fête et n’aimait pas qu’on la mette en cause.
    De qui d’autre pouvait-il parler, sinon des fonctionnaires et de la pègre des hauts fonctionnaires ? Et cette pègre est-elle seulement plus consciente que les pontes des mafias de la drogue d’être une pègre ?

    Je vis et empoisonne le monde avec « traitements », indemnités et primes diverses et avariées, appartement de fonction, chauffeur, restaurant à discrétion, etc. : quoi de plus naturel ? Nous parlons de la noblesse de la République ! Ceux qui voudraient la mettre en cause sont des fascistes !

    Justement, fascistes : si les Français savaient tout du train de vie de la « caste », les gilets jaunes pourraient bien revenir mille fois plus nombreux pour mettre leur tête au bout d’une pique.

  4. Serge HIREL

    Le nombre d’arnaques de même type que celle dont est victime (depuis deux ans) la jeune étudiante de Bordeaux s’accroît d’année en année… et la justice n’est pas armée pour faire face à ce phénomène, non seulement pour démasquer et punir les auteurs de ces escroqueries, mais surtout pour protéger les victimes des tracas et des préjudices qu’elles provoquent. S’ajoutant au laxisme, essentiellement idéologique, d’un trop grand nombre de magistrats, cette carence n’est pas pour rien dans la piètre opinion qu’une majorité de Français exprime à son détriment.

    Or, s’il est permis de lui demander des comptes quant à certaines décisions trop volontairement indulgentes – le Code pénal, qui devrait être sa seule boussole, étant, malgré quelques imperfections à corriger, suffisamment sévère en matière répressive -, la justice n’est pas entièrement responsable de son manque de réactivité – disons-le, de son inefficacité – dans la lutte contre les multiples facettes de l’usurpation d’identité et la protection – totale et rapide – de ceux qui subissent ce mal, désormais étroitement lié au numérique et à ses failles. Une lutte qui exige d’énormes moyens en hommes, en matériels et en temps…

    L’initiative qu’avait prise Philippe voici près de trente ans, lorsqu’il a dirigé la section du droit bancaire du parquet de Paris, est bien sûr à saluer, mais, dans les conditions de travail actuelles des magistrats et compte tenu du développement de la délinquance en ce domaine, elle serait aujourd’hui probablement impossible à mettre en place. Et croire que ce surcroît d’attention accordée aux victimes de délits bancaires pourrait être étendu à toutes relève de l’utopie. La justice, dans l’état dans lequel elle est, est incapable de répondre à cette demande, pourtant très forte de celles-ci… et de l’ensemble des Français, chacun d’eux sachant qu’il risque d’en être une un jour ou l’autre.

    C’est vers les instances politiques – exécutif et législatif – qu’il convient d’accumuler les critiques… Ce sont elles qui ont fait et font la loi, elles seules qui peuvent la réformer, elles qui détiennent les cordons de la bourse, qui ont la mainmise sur une institution, certes indépendante, mais dont elles déterminent les moyens et les objectifs… Et le bilan de ces quinze dernières années – il faut le dire et le répéter – est catastrophique au plan général… et inexistant en matière d’aide aux victimes, ne serait-ce qu’en ce qui concerne le respect qui leur est dû… Il est inutile de rappeler les noms des gardes des Sceaux qui ont choisi de réserver leurs égards aux délinquants et aux criminels et d’ignorer les victimes…

    La réforme de fond en comble de l’appareil judiciaire doit être au cœur de la prochaine campagne présidentielle… Et la priorité doit être de poser un regard nouveau et bienveillant sur la victime, de la mettre au centre des préoccupations de tous les magistrats, qu’il s’agisse d’une simple amende routière contestée ou d’une affaire à fort retentissement médiatique. Pour que la justice française retrouve son rang et la considération des Français, elle doit avant tout se fixer comme but de rattraper en cinq ans son retard sur celle de l’Allemagne, en termes d’effectifs et de moyens, notamment numériques.

    Elle devra aussi innover… et peut-être accepter que ses traditions ne restent plus figées, identiques à celles qui lui permettaient de bien fonctionner dans un ancien monde totalement révolu, en particulier en matière de recrutement, de formation et de procédure.

    Peut-on imaginer, par exemple, que les affaires d’usurpation d’identité, qui, aujourd’hui, encombrent par milliers les tribunaux et sont traitées dans les mêmes conditions et par les mêmes magistrats que des manquements plus graves, relèvent d’un corps de fonctionnaires spécialisés qui, tout en étant sous l’autorité des parquets, auraient un statut particulier, leur permettant d’être à la fois patron de l’enquête et médiateur social ? Des fonctionnaires dont le premier souci serait de protéger, d’accompagner la victime avant même de courir après l’escroc.

    Cette proposition peut paraître révolutionnaire… Mais elle est surtout pragmatique : face à cette montagne de plaintes, la justice ne pourra pas s’en sortir en n’utilisant que ses méthodes actuelles et en faisant appel à ses personnels traditionnels, même si ceux-ci sont drastiquement renforcés.

    Après tout, nous sommes depuis longtemps habitués à payer les amendes routières dressées par des fonctionnaires de police, simplement placés sous l’autorité d’un supérieur ayant statut d’officier de police judiciaire… et de les contester – rarement – auprès du procureur de la République.

    Pourquoi serait-il déraisonnable de concevoir une pratique elle aussi, en quelque sorte, « extrajudiciaire » pour ce type de délinquance, qui n’est tout de même pas d’une même gravité et d’une même complexité que, par exemple, le financement présumé illicite d’une campagne présidentielle… ou d’un parti politique ?

  5. Michel Deluré

    @ Robert Marchenoir 27/03/2026
    « L’administration française est frappée de ce fléau consistant à ce qu’on ne supprime jamais rien. »

    Il arrive bien que l’administration supprime, mais plus souvent, hélas, ce qui est utile que ce qui est inutile !

    1. hameau dans les nuages

      Non seulement l’administration ne supprime rien mais, on le voit en agriculture, le nombre d’agriculteurs s’effondre et le nombre de fonctionnaires dédiés augmente. Un peu comme les tiques sur un animal malade. J’ai lâché la rampe voyant la catastrophe arriver. Retraité, il m’arrive d’en voir encore longeant le ruisseau traversant ma parcelle de 2 ha dite « de subsistance » afin de voir si je n’avais pas traité les berges. « Ils » me proposent même des aides publiques, constatant que j’avance en âge pour son entretien. Aides que je refuse car qui dit aides dit nouveaux contrôles par de nouvelles personnes, souvent « de la ville », bien formatées et nous prenant pour des gueux.

      Tout cela va se terminer extrêmement mal. Pas besoin des Russes, leitmotiv de Robert Marchenoir.
      À propos, Marchenoir ! Vous saviez que la dose d’ARN messager était différente selon les lots de vaccins ? Une loterie. Je n’ai jamais joué aux jeux de hasard…

  6. La réponse publique est vraiment faible et participe de l’encrassement général de l’administration tsariste de notre pays. Il y a aussi une surprotection des délinquants dans des procédures redondantes qui se confondent avec des rites.
    Je ne crois pas qu’une bureaucratie soit réparable. Elle doit être décapée à l’acide.

    1. Décapée, seulement ? Décapitée plutôt !
      Quant à l’acide : dans le conduit où jamais le soleil ne luit, ça dégage les bronches !

  7. Robert Marchenoir

    Faut-il comprendre que ce dispositif a disparu après votre départ ? L’administration française est frappée de ce fléau consistant à ce qu’on ne supprime jamais rien. Une fois créé, un organisme, une mesure survivent éternellement. Comment se fait-il que lorsqu’il s’agit d’une méthode bienvenue, elle disparaisse sitôt que son auteur a le dos tourné ?

  8. Le cas le plus critique de ce genre d’usurpation et sans doute celui des plaques d‘immatriculation.
    D’autant qu’il faut impérativement payer l’amende que vous recevez à la maison et seulement, ensuite, faire les démarches pour prouver votre innocence. Et quand on connaît la lenteur de « l’administration » c’est vraiment la galère !

    1. Serge HIREL

      La Macronie dans toute sa splendeur ! Elle constate, observe, critique des carences dont elle ne s’est pas préoccupée depuis neuf ans…

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *