Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Qu’allez-vous faire si… ?

Bruno Retailleau et Gabriel Attal — et je pourrais y inclure tous les candidats appartenant globalement à cette mouvance politique et persuadés de pouvoir faire cavalier seul — pourront-ils faire autrement que d’appeler à voter, par responsabilité et souci de sauvegarde démocratique, pour Édouard Philippe si celui-ci est toujours, au moment clé, en meilleure position que les autres ?

À la recherche des mots justes…

On ne se préoccupe jamais de la justesse de l’expression, du mot juste. Parce que cette recherche, cette volonté de vérité induiraient nécessairement un contrôle de soi, un appel à ce qu’on a de meilleur, la quête d’un vocabulaire riche et précis, la considération d’autrui, qu’il s’agirait d’approuver ou de contredire avec le langage le plus adapté possible au thème traité et à la nature du dialogue.

Lumières sur Vincent Bolloré…

La personnalité de Vincent Bolloré — homme de plaisir, homme de pouvoir, père aimant, écartelé entre la volupté d’une puissance jamais vraiment entravée et la hantise de n’être pas à la hauteur du seul jugement qui lui importera vraiment — exerce une fascination tout à fait compréhensible. Il mène son existence, sur tous les plans, comme il l’entend, mais il devrait réfléchir à ce paradoxe qui tranche avec la vision qu’il aurait voulu donner de lui et qu’on aurait aimé pouvoir conserver : celle d’un homme libre, courageux, juste, capable d’apprécier autrui au-delà de ses préjugés, singulier au sein même des privilégiés de la vie et de la fortune.

Défense de François Hollande : désespérée ?

Quelle que soit l’appréciation portée sur le futur que François Hollande s’est construit, notamment comme député, rien de vulgaire ni de grossier n’est jamais sorti de sa bouche ni n’a surgi de ses comportements, attitudes, oppositions ou adhésions. Il n’a jamais rendu son présent indigne du président qu’il avait été et, pour ma part, quoique totalement désintéressé en l’occurrence, je n’ai pu qu’applaudir sa lutte quasiment constante et argumentée contre Jean-Luc Mélenchon et le venin démocratique risquant d’être instillé par celui-ci dans les veines de la France.

Une leçon de l’AfD ?

Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en État de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance.

La féminité, une offense ?

Dans cet univers où est récusée l’essentialisation des sexes, où l’on dénie qu’il puisse exister des natures féminine et masculine, où l’on affirme que tout serait un problème de culture et d’éducation, qu’il y aurait, dans l’espace humain, pratiquement pour tout, interchangeabilité entre l’un et l’une, il est facile de mesurer à quel point ces visions réactionnaires, au moins pour les deux premières, révulsent le progressisme qui interdit qu’on s’interroge, avec nostalgie pour certains, sur le possible retour d’un passé et de comportements obligatoirement à honnir.

Qu’est-ce qui distingue les candidats ?

C’est au dernier étage de la fusée politique que l’on sort enfin du convenu et de l’ordinaire : celui où se révèle une véritable vocation présidentielle. C’est une appréhension à la fois technique et psychologique, une évaluation humaine de la personnalité, une prise en compte de son passé et de son présent, une perception de son courage et de son caractère qui, enfin, seront les critères décisifs pour trancher. La volonté, donc, de faire, d’accomplir ce qu’on s’est engagé à mettre en œuvre. Dans l’existence même la plus normale qui soit, la certitude que cet être porté au sommet républicain saura ouvrir dans sa vie une parenthèse exceptionnelle.

Un tragique décalage…

À supposer que la prise de conscience de cette invasion subtile ou ostensible, de ces intrusions grossissant à vue d’œil, soit enfin à la hauteur, qu’oppose-t-on à cette menace sur le plan national ? Certes, ce n’est qu’un débat parmi d’autres. Il y en aura de multiples, mais pour peu qu’ils soient à la même aune, on peut, on doit craindre un terrifiant décalage entre la fureur du monde et nos dialogues républicains.

La liberté se mérite…

Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé. À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.