Les temps de crise ont du bon !

La comédie du pouvoir ne s’arrête jamais. Quand le président de la République est au sommet de sa popularité, on devine avec quelle intensité elle se joue et combien les courtisans doivent se multiplier avec leurs courbettes et leurs révérences.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est au plus bas, comme aucun de ses prédécesseurs. Il va partir dans quelques mois et tout ce qu’il propose pour éviter un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est immédiatement rejeté. Par exemple, une union qui serait allée de Raphaël Glucksmann à David Lisnard.

Malgré cette situation calamiteuse pour lui, il doit exister, à l’Élysée, le charme un peu trouble des fins de partie, une immense lassitude, le sentiment exaltant d’avoir des fidèles qui forment le dernier carré et, probablement, beaucoup d’ironie à l’égard de ceux qui prétendent lui succéder et dont on a constaté à quel point il les estimait peu, pour la plupart.

Les livres sur lui et les portraits se multiplient : une sorte d’homme-objet sur lequel toutes les attentions et les analyses se penchent, comme s’il était déjà inerte, presque plus là.

Les temps de crise ont du bon.

On s’imagine d’abord que le président est médiocre puisqu’il a échoué et que c’est bien fait pour lui qui prenait alliés et adversaires de haut. Il n’est personne, dans la surabondance des ambitieux qui aspirent à 2027, qui ne s’imagine meilleur que lui. Ses défauts ne seront jamais les leurs et, quant à ses qualités et à son intelligence, elles sont très relatives et, en leur for intérieur, chacun est sûr de les dépasser.

Cette multitude qui se croit destinée au piédestal suprême, alors que la cause paraît malheureusement entendue pour le second tour, a tout de même envie de faire un tour de piste, même si beaucoup ne sont pas « des options », comme le président, répondant à Françoise Degois, l’a dit de « Villiers et Villepin ». Est-ce du narcissisme personnel ou le désir, un zeste plus noble, de se mettre si peu que ce soit dans l’Histoire de notre pays ?

En considérant l’agitation et la frénésie qui accompagnent ces derniers mois, on est bien obligé de se dire que la crise profonde qui nous angoisse, dans le présent et pour le futur, est salutaire pour un grand nombre de personnalités qui, sur tous les plans, se sentent pousser des ailes.

« Levez-vous vite, orages désirés ! », selon Chateaubriand, ou, plus prosaïquement, comme la situation va encore se dégrader, l’avenir aura forcément besoin de moi !

Les sauveurs se proposent à foison alors qu’on ne leur a rien demandé. Pour redresser notre pays en partie ou totalement. Ils s’annoncent, se glorifient par avance, cherchent à nous persuader qu’avec eux, la nation sortira du gouffre. C’est l’avantage de ces périodes sombres que de susciter, par contraste, l’irruption de personnalités qui, avant même d’avoir démontré quoi que ce soit, sont convaincues d’avoir un destin. Comme si se présenter était déjà un exploit et l’assurance d’être digne de la fonction présidentielle, le signe éclatant d’une force de caractère !

Face à cette profusion de prétendants convaincus d’être indispensables, avec une arrogance dont les intéressés ne se rendent même plus compte, on trouve paradoxalement presque reposant de voir un Édouard Philippe, qui nous avait promis un programme « massif » mais décline peu à peu ; ou un François Baroin, aux antipodes de ces aveuglements, tant il mesure l’immensité du défi qu’il aurait à relever s’il décidait de se présenter. Un excellent critère de sélection : garder les modestes et les lucides, exclure les autres !

Charles de Gaulle et Emmanuel Macron ont fait beaucoup de mal. Le premier a fait croire à n’importe quel solitaire qu’il aurait ses chances, tandis que le second a instillé dans la classe politique l’idée que n’importe qui d’audacieux et de disruptif ferait l’affaire pour 2027.

Quand on questionne deux excellents auteurs qui ont écrit sur « La méthode de Gaulle », en leur demandant ce qu’il faudrait retenir de 1958 pour aujourd’hui, ils répondent : « Volonté, rapidité et courage » (Le Figaro Magazine).

Étrangement, beaucoup jettent l’éponge pour 2027 !

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Emmanuel Macron par Françoise Degois...

Voir les Commentaires (2)
  1. BELIN Martine

    Tout d’abord cher Maître, je suis très heureuse de vous retrouver au hasard de LinkedIn tant je trouvais que vous manquiez sur certaine chaîne de télévision où j’appréciais votre modération, votre esprit et votre grande intelligence.

    À vous lire aujourd’hui, je ne suis pas étonnée de votre propos. Hormis votre presque bienveillance à l’égard de M. Macron que je ne parviens pas à comprendre car il a sacrifié beaucoup de notre pays pour satisfaire ses ambitions européennes (c’est mon avis depuis longtemps, bien avant que tout le monde en parle). À noter que s’il y parvient, c’est qu’un miracle se sera produit.

    Mais revenons aux candidats déclarés, la liste est tellement longue que c’est une parfaite démonstration qu’ils ne pourront jamais s’entendre. Personnellement, et toujours à mon avis, un seul pourra peut-être poser des bases de remise à flot. Mais sans une majorité absolue à l’Assemblée nationale et en cinq ans, que fera-t-il de mieux ? Des coupes budgétaires, des suppressions de postes divers dans les services publics, un aménagement du train de vie du gouvernement ? Et à l’international, comment prendre les bonnes décisions avec une situation géopolitique qui peut changer du jour au lendemain !

    Franchement, initié ou pas, il sera bien difficile au futur Président de passer des mots aux actions. La tâche sera ÉNORME.

    Prenez mon commentaire comme un ressenti à un instant T de ma vie de vieille dame de 79 années révolues qui n’a jamais trouvé les choses aussi dures, humainement parlant.
    Merci de m’avoir lue.
    Très respectueusement à vous.

  2. Marc Ghinsberg

    Cher Philippe,

    Votre billet décrit avec justesse et ironie le théâtre des ambitions qui s’éveille dès que le pouvoir chancelle. Mais l’analyse psychologique des candidats a ses limites. Elle nous dit beaucoup sur les hommes et peu sur ce qu’ils proposent vraiment au pays. Or, la France n’a plus le luxe de se contenter de portraits psychologiques ou de jugements sur le style. Le second tour potentiel Le Pen-Mélenchon, la dette, la désindustrialisation, l’immigration, le pouvoir d’achat et l’état de l’école imposent désormais de passer à autre chose.

    Il serait temps d’analyser, de comparer et de critiquer les programmes. Non pas de façon vague (« plus de sécurité », « plus de justice sociale »), mais en confrontant les mesures concrètes : coût, faisabilité, effets attendus, et surtout capacité réelle à redresser le pays plutôt qu’à le gérer dans le déclin. Qui propose quoi sur les retraites, l’immigration, la fiscalité, l’énergie, la justice, la fonction publique ? Quelles sont les différences de fond entre les candidats qui se présentent comme « raisonnables » et ceux qui sont présentés comme « extrêmes » ? Où sont les vrais choix, et où sont les faux-semblants ?

    La modestie et la lucidité que vous saluez sont des qualités précieuses. Mais elles ne suffisent pas si elles s’accompagnent de programmes flous, de promesses non chiffrées ou de refus d’affronter les sujets qui fâchent. Inversement, une ambition forte n’est pas en soi un défaut si elle est adossée à un projet crédible et cohérent.

    Les temps de crise ont peut-être « du bon » pour révéler les tempéraments. Ils devraient surtout servir à départager les projets. Sans cela, on risque de continuer à commenter la comédie du pouvoir pendant que le pays, lui, continue de s’enfoncer.

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