Scènes de la vie conjugale…

C’est le titre d’un grand et profond film d’Ingmar Bergman mais c’est surtout ce que vivent beaucoup de Français.

J’ai toujours été passionné par les biographies, non seulement pour les moments officiels et les événements publics qu’elles relatent, mais en raison de la relation des épisodes privés où la psychologie des couples se révèle, où les caractères, confrontés aux bonheurs ou aux aléas de l’existence, se montrent dans leur vérité.

Compte tenu de la propension de plus en plus nette du législateur à se mêler de notre vie familiale ou intime, je n’ai pas l’impression, avec ce billet, de tomber dans un voyeurisme indécent mais bien plutôt de tenter d’analyser les richesses ou les possibles incommodités de la quotidienneté amoureuse.

La fessée aux enfants a été interdite et l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la suppression du devoir conjugal.

Ce que l’on peut évidemment redouter, c’est le développement excessif de cette intrusion dans un univers qui, par principe, devrait demeurer à l’abri des regards et des curiosités indiscrètes.

Dans le même temps, se passionner pour la politique, comme je le fais, conduit à entrer de plain-pied dans des séquences conjugales qui, non seulement nous éclairent, mais se révèlent même indispensables à la compréhension intime de couples historiques ou mythiques. Cherchez l’homme, cherchez la femme, cherchez la nature de leur relation : autant d’injonctions qui permettent de poser, le plus souvent sur l’homme exposé à la lumière publique, un regard différent et, je le crois, décisif.

Il y a mille exemples qui démontrent la part incomparable que tient l’épouse ou la compagne aux côtés de l’homme de pouvoir, dans un sens largement entendu, les influences qu’elle exerce sur lui, le soutien indéfectible ou non qu’elle lui apporte, les conseils qu’elle donne, la discrétion dont elle use ; de multiples configurations qui, toutes, établissent qu’on ne gouverne pas seul, qu’on ne préside pas seul, qu’on ne décide pas seul, qu’on ne choisit pas seul ou qu’on ne domine pas seul.

Ce n’est pas pour rien qu’on a admiré Ségolène Royal en 2007 quand, soutenue par ses enfants, elle a surmonté avec beaucoup de classe la fin de sa vie amoureuse avec François Hollande.

Faut-il rappeler Nicolas Sarkozy dont les affres conjugales ont profondément assombri la joie de sa victoire éclatante de 2007 et qui depuis plusieurs années a trouvé auprès de son épouse Carla un soutien absolu ?

Peut-on imaginer une Brigitte Macron trahissant son époux quand il est traité honteusement et qu’il résiste comme il peut ?

Un Charles de Gaulle aurait-il pu accomplir un destin hors du commun sans l’adhésion entière de son épouse ?

Je suis persuadé que Bruno Retailleau tient beaucoup à l’avis de son épouse infiniment discrète mais certainement très influente.

Laurent Wauquiez a souvent évoqué le rôle capital de son épouse.

Cette solidarité conjugale, dans le grave et l’important, pourrait paraître évidente mais je connais des couples où le mari ou l’épouse n’ont qu’une envie : venir systématiquement défendre la cause de l’adversaire et contraindre celui ou celle qui doit se battre à le faire seul. Pourquoi ? Les causes sont multiples : il ne faut jamais omettre, dans le lot, l’étrange besoin de se distinguer et, au pire, de s’opposer jusqu’à trahir…

Les scènes de la vie conjugale ne me paraissent jamais inutiles, car, dès lors qu’elles sont exposées sans vulgarité ni atteinte au consentement, elles offrent au citoyen une image certes accessoire, mais nullement insignifiante, de la plénitude d’une personnalité.

L’idée d’une frontière étanche entre vie publique et existence privée n’a guère de sens : certains fragments de la seconde touchent de si près la première qu’ils méritent d’être connus.

J’aime que la politique nous fasse aussi entrer dans les coulisses de la scène.

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Il faut être simpliste...

Voir les Commentaires (4)
  1. Cher Philippe, en l’espèce, si la notion de devoir conjugal était inscrite dans la loi, c’est bien là qu’il s’agissait d’une intrusion caractérisée dans la vie privée. En quoi une épouse devait-elle céder à l’obligation de se faire tringler lorsque son époux avait le zandoli qui frétille ? J’vous l’demande.

    En matière d’intrusion dans la vie privée, je vois venir gros comme une maison la suite de ce que Kadyrov, l’inutile toxique, cherche à imposer, soi-disant, pour les enfants. L’État prétendrait contrôler l’identité de ceux qui accèdent aux réseaux sociaux au prétexte de leur protection. Une volonté liberticide de plus.

    Il est évident que la finalité est de contraindre quiconque accède au Net à s’identifier, non pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un enfant, mais pour le contrôler plus facilement et savoir ce qu’il fait. Car si vous demandez à un enfant de présenter son identité pour vous assurer qu’il en est un, vous serez nécessairement obligé de demander à l’adulte de présenter la sienne pour certifier qu’il n’en est pas un.

    Comme le dit très justement François Sureau, l’État n’est jamais neutre : il a des intérêts. Et la possibilité de savoir aisément ce que fait son petit peuple, sans avoir à investir dans une algorithmie complexe, est une aubaine. Ce monsieur est toxique, totalitaire, manipulateur.

    Un Trump qui se cache. Pour lui, un opposant est un ennemi. Il est temps qu’il parte. Le malheur est que la suivante ou le suivant chaussera ses patins et continuera dans la même voie.

    Ah, au fait, j’ai entendu dire que Morandini aurait protesté auprès de la SNCF contre la classe Optimum, pour la simple raison que si l’on interdit les enfants en première classe, il serait alors obligé de voyager en seconde. Je ne suis pas sûr de cette information, elle reste à vérifier.

  2. hameau dans les nuages

    « J’aime que la politique nous fasse aussi entrer dans les coulisses de la scène. » (PB)

    Oui, en ce moment, à propos du couple présidentiel, cela me rappelle la fameuse émission Au théâtre ce soir, même si les décors ne sont pas signés Roger Harth ni les costumes Donald Cardwell, mais s’avèrent bien plus coûteux. 🙂

    L’amant dans le placard, les portes qui claquent, une gentille gaudriole…

    Soupirs…

  3. « Une frontière étanche, hermétique entre vie publique et existence privée n’a pas de sens : il y a des fragments de la seconde qui touchent de si près la première qu’ils doivent être connus. » (PB)

    Nous pouvons le constater en ce moment avec Léa Salamé, dont le seul tort est d’avoir pour compagnon Raphaël Glucksmann et qui, pour cela, a été auditionnée par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public qui commence sérieusement à ressembler à un tribunal de l’époque stalinienne.

    Comment peut-on se permettre de porter atteinte à l’intégrité intellectuelle et professionnelle d’une journaliste au point de la contraindre à quitter son poste de présentatrice du JT dans le cas où son compagnon serait à une élection ? Ce qu’elle fera, ainsi qu’elle l’a annoncé.
    Je pense que sa réponse a été claire !

  4. « La fessée aux enfants a été interdite… »

    Le divin Marquis aurait fait remarquer, malicieusement, qu’elle n’était pas interdite aux femmes.

    https://www.librairie-intranquille.fr/livre/1903984-l-art-de-la-fessee-milo-manara-glenat-bd

    « l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité contre le devoir conjugal. »

    J’ai toujours considéré l’expression « devoir conjugal » comme un oxymore incongru. Pourquoi se marier si c’est pour vivre en colocation, je vous le demande ?

    Après, le mariage ou la vie en couple relèvent du mystère le plus mystérieux. Carl Gustav Jung disait que le mariage était une union à quatre. En plus de l’union de l’homme et de la femme, il y avait celle de l’anima de l’homme avec l’animus de la femme. C’est dire la complexité de la chose.

    J’ai toujours eu tendance à évaluer un homme à travers son épouse ou sa compagne, et pas seulement à cause de la remarque de Jung, mais parce que supporter un autre en permanence implique nécessairement certains accords inconscients. On peut donc découvrir l’un à travers sa compagne.

    Pour le reste, je suis farouchement opposé à l’intrusion étatique dans les salons, les chambres à coucher ou n’importe quelle pièce de la maison, y compris la cuisine. Je cuisine trop bien : je ne voudrais pas qu’on m’impose une parité culinaire avec ma femme. 😉

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