Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Qu’est-ce qui distingue les candidats ?

C’est au dernier étage de la fusée politique que l’on sort enfin du convenu et de l’ordinaire : celui où se révèle une véritable vocation présidentielle. C’est une appréhension à la fois technique et psychologique, une évaluation humaine de la personnalité, une prise en compte de son passé et de son présent, une perception de son courage et de son caractère qui, enfin, seront les critères décisifs pour trancher. La volonté, donc, de faire, d’accomplir ce qu’on s’est engagé à mettre en œuvre. Dans l’existence même la plus normale qui soit, la certitude que cet être porté au sommet républicain saura ouvrir dans sa vie une parenthèse exceptionnelle.

Un tragique décalage…

À supposer que la prise de conscience de cette invasion subtile ou ostensible, de ces intrusions grossissant à vue d’œil, soit enfin à la hauteur, qu’oppose-t-on à cette menace sur le plan national ? Certes, ce n’est qu’un débat parmi d’autres. Il y en aura de multiples, mais pour peu qu’ils soient à la même aune, on peut, on doit craindre un terrifiant décalage entre la fureur du monde et nos dialogues républicains.

La liberté se mérite…

Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé. À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.

Avant la pièce, les coulisses me plaisent !

Il reste sans doute des coulisses obscures, mais, dans quelque temps, tout s’éclaircira et nous entrerons dans cette zone intermédiaire où tous les acteurs seront connus sans que la pièce ait encore commencé. J’ai du mal à accepter la dérision à l’égard de ces péripéties préparatoires, de ces coulisses purement politiciennes mais tellement révélatrices. J’ai besoin d’elles pour mieux comprendre et apprécier le grand moment démocratique qui va advenir à leur suite.

Premier débat présidentiel : le « vide » était plein !

Le débat m’a passionné, le heurt des personnalités nous a beaucoup appris et en général, dans la forme et la courtoisie au moins apparente, la qualité et la tenue ont été au rendez-vous. Il me semble également que la langue de bois n’a pas été dominante et qu’aucun des candidats, dans des genres différents, n’a fait preuve d’hypocrisie face à ce public dont les préférences étaient clairement affichées.

Une haine « antiflics » qui est nouvelle…

Je suis persuadé qu’une victoire régalienne et démocratique est possible, à condition d’avoir des ministres courageux jusqu’au bout, de lever les obstacles qui, sans motif constitutionnel pertinent, entravent les réformes nécessaires et de cesser de travestir l’échec relatif en triomphe et le laisser-aller en vertu républicaine.

Crépol : des avocats à récuser…

L’étrange comportement judiciaire du parquet de Valence, qui, en l’occurrence, s’oppose obstinément à la position des juges sur ce plan, ne laisse pas de surprendre. Comme s’il convenait à toute force de ne pas donner le moindre grain à moudre à ceux qui ont toujours affirmé que le racisme anti-Blancs existait, ce qui semble, sinon établi, du moins plus que vraisemblable au regard de plusieurs auditions liées à cette affaire criminelle. On a évidemment tout à fait le droit, au nom de la défense, de discuter le caractère incontestable ou non de cette circonstance aggravante, mais venir plaider une récusation des juges sur ce point dépasse l’entendement. Comme s’ils l’avaient inventée de toutes pièces et retenue arbitrairement comme un élément à charge.

Un autre Thierry Lévy…

On ne sentait pas chez Thierry Lévy, aussi bien sur le plan judiciaire que dans les instants familiers, la possible rigidité d’un esprit, d’une philosophie et d’une pratique, mais seulement une fabuleuse intelligence et une profondeur qui mêlaient une écoute intense à la compréhension d’autrui et à une aptitude indépassable à ne jamais tomber dans la vulgarité, pour le rire comme pour la gravité. On me pardonnera de garder en mémoire cette parole magnifique qui jamais ne trahissait l’exigence, la justesse du vocabulaire, la force, la vigueur et l’originalité de l’idée. C’est un peu un autre Thierry Lévy que le mien que Marie-Laure de Decker a mis en lumière, mais j’ai la faiblesse de considérer qu’aucun n’est de trop…

Édouard Philippe, naturellement candidat mais pas candidat naturel !

Celui qui, depuis le début, bloque ce processus de la primaire est Édouard Philippe. Il ne pourra empêcher ceux qui aspirent au retour d’une droite vigoureuse et fidèle à ses engagements de regretter qu’on prétende leur imposer Édouard Philippe au motif qu’il serait, paraît-il, le seul à pouvoir vaincre le RN. Il n’y aurait rien de mieux qu’une primaire pour susciter un choc de confiance. Celui qui surgirait victorieux de cette compétition parfaitement démocratique dans son essence aurait une légitimité, un soutien sans faille, l’aval du peuple de droite.