À voir se succéder les plateaux médiatiques consacrés aux manifestations lycéennes, notamment à celle du 6 octobre qui, paraît-il, s’est bien passée, on pourrait presque sourire si le sujet n’était aussi sérieux. On oscille, en effet, entre flagornerie progressiste à gauche et jeunisme louangeur à droite. On attend encore un peu de vérité : du soutien, si l’on veut, mais de la contradiction, si l’on a du courage.
Plutôt que d’approfondir le caractère surréaliste de certains dialogues, mon intention est de battre en brèche, à partir de deux exemples précis, la perversion du vocabulaire et l’abus du terme de « proportionnalité » lorsqu’il est question des violences, notamment dans la bouche du ministre de l’Intérieur, plus préoccupé de complaire que de résister.
La conséquence de ces confusions, même entretenues avec la meilleure volonté du monde, est de laisser croire à une similitude entre les forces de l’ordre et leurs agresseurs, comme l’a très bien dénoncé Linda Kebbab récemment sur BFMTV. Comme s’il s’agissait de deux groupes rivaux dont l’un ne serait pas plus légitime que l’autre.
De la même manière que, dans l’enseignement, pour que celui-ci soit bienfaisant et constructif, il faut un maître et un élève, il est fondamental, en matière de sécurité, de rappeler que la police n’a pas pour finalité, dans l’accomplissement de ses missions difficiles et parfois mortelles, la violence, mais qu’elle détient le monopole de la force légitime. Ce qui la distingue radicalement de ceux qui s’en prennent à elle.
On sait, par ailleurs, qu’elle est l’un des corps les plus contrôlés et qu’il est normal que la justice condamne les rares fonctionnaires de police convaincus d’avoir fait un usage illégal de cette force.
Le second sujet, véritablement devenu un poncif, est celui de la proportionnalité. Il n’est pas un professionnel du maintien de l’ordre, pas un magistrat confronté à des procédures relevant d’une possible légitime défense au bénéfice de citoyens ou de familles attaqués à leur domicile, qui ne nous assène l’exigence de proportionnalité.

Celle-ci est née de la jurisprudence et, à l’examen, elle apparaît absurde ou, en tout cas, impraticable.
Elle impliquerait que, de la part de tous les agresseurs, il existât en quelque sorte une limite qu’ils se fixeraient à eux-mêmes, alors qu’il est facile de comprendre que l’énorme pouvoir de toutes les malfaisances réside précisément dans la possibilité de s’abandonner à des violences illimitées. Dès lors, la mesure et la proportionnalité exigées de ceux qui en sont victimes et n’ont pour seul souci que de se défendre deviennent parfaitement théoriques.
Cet impératif de proportionnalité est, par ailleurs, absolument déconnecté de la réalité des agressions, où qu’elles se déroulent. Il impliquerait que, confronté à la peur, à l’effroi et à l’urgence de l’action, le policier, souvent harcelé toute une journée, s’arrêtât, faussement serein et tranquille, pour s’interroger : « Vais-je trop loin ou non ? »
Un tel comportement est impossible dans le feu – dans tous les sens du terme – de l’action. Il est encore plus choquant, voire immoral, de l’exiger du citoyen qui, seul ou avec sa famille, se trouve confronté à une intrusion traumatisante dans son havre de paix et auquel on prétendrait imposer une lucidité et des limites presque surnaturelles dans de telles circonstances dramatiques.
Le comble est que ce type de procédures risque de se multiplier et que l’on pourrait voir des parquets, bien ou mal intentionnés, plaquer sur des réalités tragiques et dépourvues de la moindre ambiguïté l’abstraction froide et désincarnée d’une jurisprudence et d’une réprobation « en chambre ».
S’il est permis, sur une telle problématique, de faire preuve d’un peu d’ironie, on pourrait transposer la célèbre formule d’Alphonse Karr : « Supprimons donc la peine de mort, mais que messieurs les assassins commencent. » Ne pourrait-on en dire autant de la proportionnalité et exiger de tous les agresseurs qu’ils donnent l’exemple ?
« Proportionnalité : que les agresseurs commencent… »
On ne saurait mieux dire.
Ras le bol de la pourriture délinquante. Aucune pitié ni aucune compassion à avoir envers elle.