Les géopoliticiens en chambre…

Le titre de ce billet ne me met pas à l’abri de toute critique, même si je n’ai jamais cherché à me faire passer pour ce que je n’étais pas : un spécialiste de la vie internationale.

Je n’ai absolument pas à renier le fond de mon dernier post du 1er mars, intitulé « Qu’on nous permette une minute de joie ! », qui était consacré à la mort d’un certain nombre de massacreurs du peuple iranien sous les bombardements israélo-américains.

Mais depuis ?

Il y a cette prise de conscience intolérable que chacun a ses raisons, ses émotions, sa sensibilité, ses peurs, ses angoisses et ses choix, et qu’il est donc impossible d’obtenir un consensus général, au-delà de l’horreur sanguinaire d’un régime, sur les modalités pour le combattre et sur ce qu’il convient de blâmer ou non…

Il est tellement simple, pour moi qui vis en démocratie et qui n’ai personne de cher en Iran, d’exiger la plus extrême rigueur belliqueuse à l’encontre de ce pays, comme s’il était possible, dans ce mouvement de destruction générale — que l’on peut comprendre sur le plan de la stratégie et de la mise à bas d’un pouvoir hier honni mais si vite reconstitué —, de distinguer les coupables des innocents, les citoyens, les familles et les enfants à sauvegarder à tout prix, des organes créateurs de malfaisance, les héros et les ignobles.

Alors que cette discrimination est inconcevable dans le feu de la guerre et dans cette justice brutale qui ne connaît que les grandes masses…

J’aurai désormais des scrupules à me camper dans une attitude d’adhésion rigide et globale, tout en approuvant absolument cette offensive conjointe du plus puissant et de l’infiniment résistant et courageux, et en dénonçant l’invocation du droit international au bénéfice d’une dictature théocratique qui n’a cessé d’en violer les règles, comme l’a très bien dit François-Xavier Bellamy.

Et alors que, pour tant d’Iraniens qui nous offrent leur intelligence et leur humanité en France, l’Iran est à la fois aujourd’hui une espérance et une angoisse, un désir de libération mais aussi une détestation des bombardements, l’aspiration à un pays libre tout en portant le souci constant et lancinant de ceux qui pourraient mourir et que l’on aime.

Que les véritables géopoliticiens, forts d’un savoir authentique, n’oublient pas cette part du cœur dans leurs analyses, et que la multitude des géopoliticiens en chambre, qui jouissent de la licence d’une irresponsabilité totale, en profitent pour faire honneur à ce qui est devenu trop rare : le suspens de l’esprit face à un arbitrage impossible…

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  1. Serge HIREL

    @ Giuseppe le 7 mars
    « Trump, lui, peut se permettre de recevoir dans un golf une Ursula von der Leyen bien soumise, et Winston, lui, qui en a, ne pourrait pas menacer Victor le soumis au Kremlin ? »

    Je ne vois pas bien le rapport que vous établissez entre ces deux événements qui n’ont aucun point commun, y compris dans leur nature. D’un côté, un compromis commercial, désavantageux pour l’UE, je vous l’accorde. De l’autre, des propos de voyou à l’adresse d’un chef d’État sous prétexte que celui-ci ose tenir tête — tout à fait légalement — à une décision de ses partenaires européens qu’il juge contraire à ses convictions en matière de relations avec la Russie (dont, je vous le rappelle, la Hongrie dépend beaucoup en matière énergétique).

    Je crois que cette bavure verbale de « Winston », qui met en lumière sa véritable personnalité, est un caillou dans votre chaussure, dont vous allez avoir du mal à vous débarrasser…

    Alors… « Winston », chef de guerre admirable… ou chef de bande prêt au crime ?

  2. « Le ton monte. La Commission européenne a déploré vendredi des menaces « inacceptables » du président ukrainien Volodymyr Zelensky envers le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui bloque le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine.
    « Nous espérons qu’une seule personne au sein de l’UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées », avait dit le président ukrainien. »

    Trump lui, peut se permettre de recevoir dans un golf une Ursula von der Leyen bien soumise, et Winston, lui qui en a, ne pourrait pas menacer Victor le soumis au Kremlin ?

    « Nous attendons l’invasion promise de longue date. Les poissons aussi. » (Winston Churchill)

  3. La victoire discrète mais puissante de Winston Volodymyr : les USA viennent de lui demander de venir à leur secours, pour les débarrasser des drones Shahed iraniens. Forcément, des millions de dollars 🤑 : Patriot contre des drones par milliers qui coûtent une poignée de pistaches.

    Alors on fait appel à Winston qui leur échangera leurs Patriot contre une expertise et une puissance de feu ukrainiennes qu’il fournira avec humilité, mais avec ce qu’il faut de revanche, dont les médias font les choux gras à sa place.

    Je suppose qu’il fera ce qu’il faut, Winston, pour leur expliquer que lui attendait des aides distribuées au compte-gouttes, juste pour survivre, mais pas pour mourir.

  4. @ Robert Marchenoir le 5 mars 2026

    J’ai pris intentionnellement le site « croquignolet », en fait c’était pour souligner combien Rachida Dati intéresse beaucoup et fait beaucoup parler d’elle et cela lui fait – que ce soit en bien ou en mal – pas mal de pub.
    Elle sait tout cela, on ne dure pas aussi longtemps qu’elle sans avoir un esprit retors. Elle se fiche de ce qui se dit, elle a toujours regardé sa peau avant sa chemise.

  5. Robert Marchenoir

    @ Giuseppe – le 5 mars 2026

    Le croquignolet site Wikidati que vous indiquez renvoie à cet article du Monde :

    « Aux nombreux habitants de son arrondissement qui, en pleine crise du logement, lui écrivent en espérant décrocher un HLM, Rachida Dati sait prêter une oreille attentive. Elle envoie en effet de très nombreuses lettres appuyant ces demandes à Jacques Baudrier, adjoint (PCF) chargé du logement auprès de la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, et fait savoir aux familles demandeuses qu’elle est intervenue. »

    « Les services du logement de l’Hôtel de ville indiquent que depuis plusieurs semaines ils reçoivent en moyenne cinq courriers par jour de cette nature de la part de Rachida Dati. ‘Elle est l’élue à Paris qui envoie le plus de courriers de soutien, affirme M. Baudrier. C’est tout à fait légal. Mais, dans le même temps, le groupe de Mme Dati s’oppose quasi systématiquement à tous les projets de production de logement social à Paris. C’est un problème de cohérence.’ Dans l’entourage de la candidate à la succession d’Anne Hidalgo, on ne voit pas là de contradiction. »

    Le passage le plus important, dans ce texte, est le suivant : « C’est tout à fait légal ».

    Donc, il est légal que les élus municipaux décident de la création de logements sociaux, et qu’en même temps ils fassent pression pour qu’ils soient attribués à tel ou tel.

    Et personne ne voit le problème. Le Canard Enchaîné fait des gorges chaudes de Rachida Dati. Mais Rachida Dati n’est pas le problème. Dans des institutions pareilles, Mathilde Pimprenelle ou Alphonse de la Tour du Pin auraient fait preuve de comportements tout aussi corrompus.

    Le problème est que personne ne voit le problème. Le problème, c’est l’existence même du logement « social », c’est à dire socialiste. Le problème, c’est la « justice sociale », les « valeurs républicaines », le général de Gaulle « qui lui au moins », etc., etc.

    Vincent Bénard, un ancien haut fonctionnaire de l’Équipement qui présente cette particularité rarissime d’être un libéral militant, a écrit, en 2007, un livre remarquable consacré au logement dit social et à la prétendue crise du logement en France (qui n’est, en réalité, que la conséquence attendue de la nationalisation du logement). Il faut lire Logement : crise publique, remèdes privés, qui est désormais diffusé gratuitement par son auteur, après avoir été publié par un éditeur totalement confidentiel, bien sûr. Vous ne croyez tout de même pas qu’un auteur libéral mettant en danger tant de somptueux fromages « de la République » va trouver l’un des prestigieux éditeurs que le monde entier nous envie pour publier son brûlot…

    On peut déverser tous les tombereaux d’ordure qu’on veut sur Rachida Dati (et d’autres), tant qu’on n’aura pas aboli le socialisme en France, rien ne changera.

    En l’occurrence, la résolution de la « crise du logement » passe par une diminution radicale du nombre des « logements sociaux », et par une libéralisation massive de la construction de logements.

    Parce que si celle-ci est pratiquement interdite (comme c’est le cas), ben… un enfant de douze ans serait capable de comprendre que le logement sera rare et cher.

    Et que des milliers « d’élus de la République » s’en mettront plein les poches en profitant de cette situation qu’ils ont eux-mêmes organisée. À la demande pressante de leurs électeurs.

  6. Tout le monde est bien content de se débarrasser de ces mollahs, et sans doute d’immenses regrets pour la Corée du Nord.
    Tout le reste est arguties et Cie.

    Comment peut-on dire à la fois être heureux de cette intervention et appeler au respect du droit international ? Sans aucun doute une façon de se décaler d’une responsabilité assumée. La lâcheté sous-jacente habituelle. Oui, on va être débarrassé de nuisibles dangereux ; non, ce ne sera pas comme les exemples qui reviennent – pour se disculper et se donner raison – de l’Irak, etc. Bon débarras !

    Et puis celle-ci aussi, à l’heure des votes et de futures élections ; et dire qu’elle a le droit de se présenter et de représenter certains… à mourir de rire :
    https://wikidati.fr/
    « Douze affaires distinctes visent directement Rachida Dati et sont répertoriées dans les médias. Pour chacune d’entre elles, les faits et la chronologie ont été résumés et sourcés précisément. Pour chaque affaire, il est essentiel de rappeler pourquoi ces faits posent problème du point de vue de la loi, mais surtout de l’éthique politique, et pourquoi ils remettent en cause l’honnêteté et le désintéressement de la candidate à la mairie de Paris. »

    Après, on s’étonnera que les électeurs-citoyens crachent sans arrêt sur les politiques :
    « 78 % des Français n’ont pas confiance dans la politique, selon le baromètre Cevipof.
    La nouvelle étude du Cevipof, qui sonde annuellement les Français sur leur rapport à la politique, vient d’être publiée. Le constat est sans appel : la défiance envers la politique et les institutions représentatives n’a jamais été aussi grande. »
    https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/78-des-francais-nont-pas-confiance-en-la-politique-selon-le-barometre-de-cevipof
    À vie il faut les dégager !

  7. Kardaillac

    En géopolitique, tant que vous laissez dans l’ombre les ressorts essentiels de l’action des uns et des autres, le discours des éditocrates n’est que propagande ciblée.
    On connaît les ressorts israéliens, mais les expliquer détruirait le roman qu’on nous vend de force.
    On ignore ceux des États-Unis au Moyen-Orient, sauf à penser que couper les approvisionnements pétroliers de la Chine populaire pour étrangler son économie soit déterminant pour maintenir son confinement. On oublie qu’une politique semblable d’étranglement a motivé l’attaque de Pearl Harbor par le Japon.

  8. Michel Deluré

    Comme chaque fois en pareilles circonstances, les avis ne manquent pas d’être tranchés. Comment pourrait-il en être autrement sur un sujet aussi sensible, aussi grave, aussi angoissant ? Les arguments qui s’affrontent alors, ne sont-ils pas aussi respectables, aussi pertinents, les uns que les autres ?

    Il n’est pas de guerre propre, indolore. Toute guerre est sale, atroce. Tout le monde ne peut que s’accorder sur ce point et c’est pour cela que toute solution autre que la guerre doit toujours être, en priorité, privilégiée.

    La question qu’il convient cependant de se poser n’est-elle pas de savoir si malheureusement il n’est pas parfois indispensable de la faire, si elle a notamment pour but de prévenir un danger qui serait encore plus grave si nous ne la faisions pas ? Mais il est alors nécessaire, pour légitimer cette action, que les objectifs soient clairement définis, sans arrière-pensées et les moyens employés proportionnés à ces objectifs.

  9. @ Patrick EMIN le 4 mars 2026

    Très bonne analyse qui a le mérite de mettre les pieds dans le plat.

    Oui, les élections de mi-mandat s’annoncent compliquées pour le Parti républicain et, au-delà, la crédibilité d’un Marco Rubio ou d’un J. D. Vance pour les prochaines élections présidentielles semble bien entamée. « Make America Great Again » ou « America First » résonnent désormais comme des promesses creuses aux oreilles de nombreux électeurs qui n’en voient pas la couleur. Une guerre violant le droit international (notion à géométrie variable selon qu’on soit ou non dans le camp du Bien), une implication américaine sans l’aval du Congrès, la preuve une fois encore de la soumission totale de l’administration américaine aux intérêts israéliens : ça commence un peu trop à se voir.

  10. Cher Philippe, les géopoliticiens en chambre se montrent bien souvent aussi pertinents, voire bien plus, que leurs homologues estampillés toutologues de plateaux de télévision qui nous bombardent de ce qu’ils ne connaissent pas. Le général trucmuche qui fait du TikTok, le grand reporter spécialiste de l’Iran qui n’y a jamais mis les pieds…
    Le nombre d’âneries que l’on peut entendre et lire sur tous les sujets par des gens qui n’y connaissent rien mais vous demandent de les croire et de les approuver sans exercer le moindre esprit critique est impressionnant.

    Quand, par le plus pur des hasards, vous connaissez personnellement bien un sujet et que vous suivez ce qu’on vous en dit…

  11. Il faut écouter le Majordome Darius qui dramatise l’envoi de quelques projectiles de l’Iran sur les pays voisins, les bases américaines : « ils ont peut-être touché une photocopieuse », dissertait le général Michel Yakovleff, ou encore Hervé Morin, l’ancien ministre, dont une partie de sa famille vivait dans un de ces pays, qui lui expliquait que « c’étaient des piqûres de guêpes ».

    Bien sûr, le mage Darius a intérêt à grossir les faits, faut bien faire trembler les populations, ça excite, ça dévore les infos et ça reste collé devant son image, buvant ses doctes paroles. Un profiteur de guerre à sa façon, un profiteur d’audience, c’est de bonne guerre, comme dirait le défunt Cruchade, la concurrence est féroce.

    Depuis, c’est silence radio tous les jours sur les Ukrainiens, qui reçoivent depuis 4 ans, tous les jours sur le coin de la figure, ce que voudrait faire passer le Majordome pour une attaque stratosphérique. Heureusement, bien que cela ne lui plaise pas, ses interlocuteurs le ramenaient à la réalité de la comparaison et, de fait, à la mesure.

  12. Pour rebondir sur les dictatures et sur la résistance qu’il convient de leur opposer : à ma connaissance, la dernière intervention internationale dans un Etat théocratique est celle que l’Empire d’Autriche, le royaume de Naples et la République française ont déclenché en Italie centrale au printemps 1849. Cette coalition n’était toutefois pas destinée à sauver une population innocente des excès d’un régime dictatorial, mais à ramener au pouvoir un souverain de droit divin, renversé puis exilé par un groupe de courageux démocrates – non sans causer plus de trois mille morts lors de sanglants combats urbains et autres bombardements.
    Je veux parler de la fin de la République romaine de Mazzini et de la restauration de Pie IX par les troupes du général Oudinot, qui permit à un triumvirat de cardinaux quelque peu zélés de condamner à mort des dizaines d’insurgés, et d’en emprisonner plusieurs milliers.
    Somme toute, malgré des phénomènes inattendus comme l’invention des missiles balistiques ou l’élection de Donald Trump, les choses évoluent plutôt favorablement sur la longue durée…

  13. Notre grand donneur de leçons a trouvé la parade pour justifier son insignifiance, sa lâcheté, sa trouille, sa soumission, sa repentance perpétuelle : Trump et Netanyahou ont bafoué le droit international !

    Pauvre France, gouvernée par ce pantin incapable de virer des OQTF et des squatteurs et qui se réfugie comme un péteux derrière ces excuses minables : droits de l’homme, État de droit, Défenseur des droits… Quelle pitié, quelle honte ! Nous sommes ridiculisés aux yeux du monde entier par ce grande gueule et petits bras qui donne en permanence des leçons de morale à ceux qui mettent les mains dans le cambouis et qui se moquent totalement de ces institutions gangrenées par cette idéologie gauchiste droit-de-l’hommiste favorable aux criminels terroristes assassins.

    Un grand bravo à ces deux héros qui n’hésitent pas à envoyer paître ces ordures associatives complices du droit du crime islamiste terroriste international, et honte totale à notre freluquet qui a encore loupé une belle occasion de se taire et, par le fait, se rend complice de ces assassins.

  14. Julien WEINZAEPFLEN

    Si on me le permet, je vais faire mon travail de géopoliticien en chambre en joignant tel que je l’ai écrit et posté sur mon blog, le contenu d’un billet rédigé le 28 février et intitulé « Trump ou la folie américaine » et je soumets ce travail, non pas parce qu’il doit y avoir des géopoliticiens en chambre comme il y a soixante millions de sélectionneurs de l’équipe de France (l’enjeu n’est pas le même), mais parce que si l’on ne veut pas que la politique soit l’art d’empêcher les gens de s’occuper de ce qui les regarde, alors il faut convenir que le travail d’un citoyen est de déchiffrer le moment historique que sa société et lui traversent pour éventuellement l’aider à résister aux actes tyranniques dont ce moment est gros.
    https://etudestorrentielles.blogspot.com/2026/02/trump-ou-la-folie-americaine.html

  15. Un billet plein d’humanisme ou d’humanité ?
    C’est la question que je me suis posée après l’avoir lu.

    L’humanisme : je déteste le suffixe « isme ».
    Il idéologise tout ce qu’il touche, et, l’idéologisant, il transforme le réel ou, pire, il le nie.
    C’est d’ailleurs la fonction de l’idéologie : faire en sorte de créer un réel conforme à l’illusion de la pensée, en contraignant le réel à n’exister qu’au filtre de l’idéologie.

    On voit apparaître cette idéologie humaniste dans les déclarations de ceux qui sont partisans de négociations éternelles au nom du droit international. Le Premier ministre espagnol en est l’emblématique idéologue dans cette affaire.
    Qui dira un jour les crimes que l’on a provoqués au nom du droit sous toutes ses formes ? Ils sont au moins aussi nombreux que ceux qui ont été faits dans le déni du droit.

    L’humanité : c’est autre chose, c’est prendre conscience de la nature humaine et des souffrances individuelles que la guerre provoque ; la novlangue a inventé une formule détestable : les dégâts collatéraux. Faisant de la souffrance individuelle un sous-ensemble secondaire de la guerre, laquelle forme un tout insécable, si je puis dire.

    Alors oui, il faut de l’humanité dans l’analyse de la situation, en sachant que ce n’est pas l’humanité qui résoudra le problème, mais que l’humanité peut résoudre certaines douleurs individuelles, et ce petit quelque chose est toujours bon à prendre pour celui qui en bénéficie.

    Mais une guerre ne saurait être humaniste, elle est totale ou elle ne l’est pas.
    Action et méditation transcendantale ne vont pas de pair.

    La guerre qui a été déclarée par les mollahs il y a plus de quarante ans, quand ils ont dit avoir pour objectif la destruction du petit et du grand Satan, est entrée dans sa phase ultime.
    Et l’ultime risque est de durer plus que prévu ; là est la vraie question.

  16. Patrick EMIN

    Le Bien est le Mal

    Il existe, dans la grammaire géopolitique contemporaine, une cartographie du Bien et du Mal d’une simplicité désarmante — presque enfantine, si elle n’était pas si lourde de conséquences.

    Le Bien, dans cette cosmologie binaire, porte un visage précis : américain, de préférence blanc, idéalement anglo-saxon. On y associe, par extension naturelle, l’Occident européen, l’Australie, et bien sûr Israël — dont le statut de puissance du Bien semble garanti non par ses actes, mais par la souffrance historique qu’il a endurée, comme si le statut d’ancienne victime garantissait le nouveau statut de blanc comme neige. Raisonnement primaire, certes, mais d’une efficacité rhétorique redoutable.

    En face, le Mal se décline en deux registres. Le Mal ordinaire regroupe ceux dont « la tête ne nous revient pas » — Chinois, Russes, peuples du Sud, pays arabes, sauf naturellement ceux dont le pétrole justifie une amitié circonstanciée, ou dont les plages méritent qu’on y passe ses vacances. Et puis il y a le Mal absolu, l’islamisme radical, invention relativement récente — apparue, rappelons-le, à la fin des années 1970 en Afghanistan, en réaction précisément à l’ingérence soviétique, puis nourri, ironiquement, par les erreurs stratégiques des forces du Bien elles-mêmes.

    Au cœur de cette géographie morale se trouve le conflit du Moyen-Orient, que l’on désigne pudiquement comme un « conflit entre deux États », alors que chacun sait qu’il n’en est rien. À l’origine : l’attribution, en 1948, d’une terre promise à un peuple meurtri — une terre qui appartenait à d’autres. Voilà l’origine de tout, même si l’origine n’est pas la cause.

    Car si l’Iran et ses alliés ont pris les armes, ce n’est pas contre Washington, mais contre ce qu’ils perçoivent, non sans arguments, comme une puissance colonisatrice. La colonisation, dans l’histoire récente de l’humanité, a rarement suscité un soutien sincère — sauf lorsqu’elle s’exerce avec la bénédiction d’une grande puissance disposant d’un droit de veto. Les Nations unies ont voté, encore et encore, des résolutions condamnant l’expansionnisme israélien. Elles ont été systématiquement neutralisées par le veto américain, dont les motivations réelles demeurent, à ce jour, singulièrement peu transparentes.

    Faute de pouvoir rivaliser militairement avec des arsenaux financés par les États-Unis, les résistances ont puisé dans une autre forme de puissance : la foi. Une foi qui peut, comme l’histoire le démontre, déplacer des montagnes — et faire déchanter les empires. Les Soviétiques l’ont appris en Afghanistan. Les Américains également, avant de répéter l’erreur. Il semble décidément que les forces autoproclamées du Bien peinent à résoudre les équations que le Mal leur soumet.

    Monsieur Trump, en déchirant l’accord nucléaire iranien, a refermé la dernière porte diplomatique. On récolte aujourd’hui ce que cette décision a semé : une escalade militaire qui est certes militaire, mais nullement une solution. Israël, qui pratique l’art de l’élimination ciblée depuis 1948, devrait pourtant savoir mieux que quiconque qu’on ne résout pas une idée en assassinant ses porteurs. Les États-Unis, eux, ont éliminé Ben Laden — et l’islamisme a resurgi, hydre implacable, sous d’autres visages.

    Nous sommes donc là, à regarder des milliers de tonnes de bombes s’apprêter à tomber sur la population civile iranienne, sans que rien n’indique qu’un gouvernement démocratique émergera des décombres — l’Afghanistan nous ayant fourni, sur ce point, une leçon d’une clarté cruelle. Sans que rien n’indique non plus que les États-Unis tireront le moindre bénéfice stratégique ou énergétique de cette aventure. Et pendant ce temps, Israël envahit à nouveau le Liban-Sud, comme si le cycle était condamné à se répéter indéfiniment.

    Il y a, dans tous ces conflits, un dénominateur commun que tout le monde connaît et que peu osent nommer aussi directement : Israël. Et tant que Washington maintiendra ce soutien inconditionnel à un État pratiquant ouvertement la colonisation, rien ne changera.

    À moins, peut-être, que les élections de mi-mandat américaines ne marquent un tournant. Il semble que même la base électorale la plus fervente de Monsieur Trump commence à s’interroger : ce soutien coûteux bénéficie-t-il réellement aux États-Unis ? La réponse a toujours été non — et cette évidence met peut-être, enfin, du temps à s’imposer.

    C’est là, dans cette lassitude qui monte, que réside le seul motif raisonnable d’optimisme.

  17. « Que les véritables géopoliticiens, forts d’un savoir authentique, n’oublient pas cette part du cœur dans leurs analyses, et que la multitude des géopoliticiens en chambre, qui jouissent de la licence d’une irresponsabilité totale, en profitent pour faire honneur à ce qui est devenu trop rare : le suspens de l’esprit face à un arbitrage impossible… » (PB)

    Un « géopoliticien », ou plutôt un géopolitologue désigne un expert qui analyse les rapports de force entre États, territoires, ressources, populations et acteurs non étatiques. Son travail combine souvent :
    Géographie politique
    Relations internationales
    Stratégie et sécurité
    Économie politique
    Sociologie et histoire

    Tous les géopolitologues sont des spécialistes des relations internationales, mais tous les spécialistes des relations internationales ne sont pas géopolitologues : la géopolitique met l’accent sur l’espace, les territoires et les enjeux de puissance.

    Qui dit enjeux de puissance dit aussi rapports de force, certes, mais ne confondons pas ces spécialistes qui sont d’abord des analystes avec certains fauteurs de guerre sans scrupules qui ont parfois tendance à recouvrir une rapacité au service d’intérêts bassement matériels, des oripeaux de la défense de la liberté et des droits humains, comme certains conflits l’ont montré…

  18. @ sylvain

    Ah mais oui, bien sûr : même Jordy guiliguili, entre deux comptines et trois caprices, finit par reconnaître que notre Giuseppe-Tarzan a un peu plus de vécu que lui. Il faut bien le reconnaître, c’est quand même un peu étroit d’esprit, notre Tarzounet, un peu juste aussi pour faire la croix de fer.

    Quand il sera au pouvoir, il appliquera mes conseils ? Normal : quand on a l’expérience d’un bébé chanteur, on prend toutes les astuces disponibles pour éviter de se perdre dans la jungle politique. Je pourrais lui apprendre comment survivre avec un mouchoir, un couteau, une corde.

    Et puis, entre nous… si Tarzan doit lui apprendre à grimper aux branches, c’est peut-être parce qu’il n’a pas encore les épaules pour tenir la cabane tout seul.

    Je me moque, mais je l’adore, Jordy Barboteuse. Au fond, je lui rends un fieffé service : un petit coaching jungle pour Jordy, ça ne peut que l’aider à ne pas se perdre dans les lianes du pouvoir. Et puis, dans les palombières, ainsi il pourra élargir sa vision et son champ de tir, parce que jusqu’à présent le youpala, c’est un peu juste pour monter aux arbres. Mais quelle poilade, Jordy Tarzounet ! Notre petit Tarzounet, biberon de la politique nouvelle, ma leste coiffeuse raffole de lui.

  19. Guerre en Iran et menaces envers l’Europe, plus encore envers la France. L’Iran met en garde les pays européens contre toute implication dans la guerre en Iran. Emmanuel Macron, qui se plaint de ne pas avoir été prévenu par Trump ni impliqué, est en train de se rattraper en nous annonçant qu’il est prêt à partir à l’offensive contre l’Iran pour protéger les pays du Golfe, ses amis. Ces barbares de mollahs terroristes ne vont pas nous louper. En France, les assassins islamistes attendent seulement leur feu vert pour massacrer ces koufars d’Occidentaux.

    En attendant, et face au danger grandissant qui nous guette, que fait-on des djihadistes qui doivent être libérés de prison dans quelques jours ou semaines, et de ceux qui se sont échappés par milliers des camps gardés en Syrie et en Libye ?

    1. « Que fait on des djihadistes ? »

      Ben rien, au contraire on va leur dérouler le tapis rouge (sang), une bonne aubaine et une véritable armée de tueurs pour continuer le plan diabolique macronien de destruction de la race française, de sa culture, de sa religion, de ses mœurs.
      Vous vous réveillez ? Préparez-vous à des lendemains de cérémonies funèbres, de défilés de bisounours, marches blanches fleuries ; en outre, les LFI sont en manque d’électeurs, ça tombe bien.

  20. Donald Trump a un peu tendance à se prendre pour Clint Eastwood dans le film Pour une poignée de dollars de Sergio Leone.
    Combattre les méchants mollahs, sans trop se préoccuper du droit international, et donc éviter les innombrables palabres qui, de toute façon, n’aboutissent jamais, c’est sa méthode, résolument « pragmatique », car il nous a montré qu’il n’avait pas pour habitude de faire dans la subtilité.

    Bon, ça ne plaît pas beaucoup dans le petit monde feutré des experts en géopolitique, mais ça peut marcher. C’est ce qu’on appelle la loi du plus fort. Et le plus fort, c’est lui. Difficile de le contester.

    En fait, ce qui l’intéresse, ce sont surtout les dollars à grapiller en Iran. Ce pays vend l’essentiel de son pétrole à la Chine et à l’Inde, ce qui a tendance à l’agacer.
    Que le peuple iranien puisse profiter de ses manœuvres guerrières, pourquoi pas, mais à vrai dire il s’en fiche un peu.

    Reste à connaître la suite des événements, car il semble que les dirigeants de l’Iran n’ont pas dit leur dernier mot, ainsi qu’ils l’ont montré par les bombardements meurtriers sur Israël ces deux derniers jours.

    Donald Trump nous affirme que c’est juste une question de trois ou quatre semaines et que tout sera réglé.
    C’est également ce qu’il nous avait dit pour les conflits russo-ukrainien et israélo-palestinien. Or ceux-ci continuent à faire chaque jour des dizaines de morts.
    Apparemment, ce n’est pas si facile que ça de vouloir régenter le monde, même quand on est à la tête de la première puissance militaire mondiale.

  21. « Yakafocon… yakafocon… yakafocon… »

    Celui qui fonderait le parti des Yakafocons dans c’pays aurait toutes les chances de se retrouver président en 2027, 2032 et ad vitam aeternam.

    Les gauchisses, ho hisse, ne sont pas de notre planète… ils sont de Mars, la planète où tout le monde il est gentil avec tout le monde.

    Ici, sur la planète Terre, c’est la guerre, tout le monde il est méchant.

    Il y a des guerres de religions, des guerres ethniques, sa mèèère, et les plus nombreuses : les guerres écounoumiques qui enclenchent les deux premières.

    Pas de place pour les Yakafocons… il faut du pragmatisme, à la chinoise ou à l’américaine, pas de mous du genou qui ne savent que planter des choux à la mode de chez nous.

    Pour survivre sur la planète Terre, il faut bouffer les autres.

    Je le sais : c’est abominable, c’est horrible, c’est tout ce qu’on ne veut pas, mais c’est comme ça ; bouffer du gauchiste, c’est une torture pire que la gégène en Algérie.

    D’autant qu’en 200 ans, le nombre d’êtres humains a doublé… qu’il doublera encore dans 200 ans, et peut-être moins.

    Il sera alors temps de partir vers la planète des gauchisses, celle où les petits hommes écolos rigolos sont verts et gentils, et les z’amours roses arc-en-ciel tous mignons mignons, et quitter cette Terre polluée par les méchants fachos nazis d’extrême droite.

    À vous les studios.

  22. Emmanuel Macron nous dit qu’il veut participer à la protection des pays où nous sommes implantés et voisins de l’Iran. Comme toujours, des paroles aux actes, il y a loin de la coupe aux armes. Aujourd’hui, qu’en est-il ? Une brise de mots.

    Il y a un moment où la géopolitique ne se joue plus dans les salons feutrés ni dans les colloques où l’on disserte sans jamais trancher. Face à l’Iran, ce moment est venu depuis longtemps. Pendant que Téhéran multiplie les provocations, arme ses relais régionaux et teste la patience occidentale, l’Europe continue de se réfugier dans une prudence qui ressemble de plus en plus à de l’impuissance.

    On « condamne fermement », on « appelle au calme », on « s’inquiète ». Et pendant ce temps, les rapports de force se construisent ailleurs. L’Europe de misère dans toute sa splendeur. Et pendant ce temps, les Iraniens meurent sous la menace de criminels.

    On peut aimer ou détester Donald Trump, mais il faut reconnaître une chose : lui, au moins, a agi. Il a pris des décisions rapides, parfois brutales, mais qui avaient le mérite d’envoyer un message clair. La dissuasion ne fonctionne que si elle est crédible, et la crédibilité ne se construit pas avec des communiqués de presse. Elle se construit avec des actes. Washington l’a compris, l’Europe pas encore.

    Le résultat est visible : les États-Unis dictent le tempo, l’Iran ajuste sa stratégie en fonction d’eux, et l’Europe… compte les points depuis la touche. On se veut puissance normative, mais on oublie qu’une norme sans capacité d’action n’est qu’un vœu pieux. À force d’hésiter, de temporiser, de chercher le consensus parfait, on finit par ne plus peser sur rien.

    Il ne s’agit pas de glorifier l’unilatéralisme américain ni de souhaiter l’escalade. Il s’agit de constater que, dans un monde où les rapports de force structurent la réalité, l’inaction est un choix — et souvent le pire. Face à l’Iran, il fallait agir. Pas forcément comme Trump, mais agir tout de même. L’Europe a préféré l’ambiguïté. Elle en paie aujourd’hui le prix : celui de l’insignifiance stratégique.

    Oui, je sais, Macron ne peut décider seul. Mais nous avons des engagements défensifs : il faut les respecter pour être respectables, et ne pas dériver à perte de vue.

  23. « J’aurai désormais des scrupules à me camper dans une attitude d’adhésion rigide et globale, tout en approuvant absolument cette offensive conjointe du plus puissant et de l’infiniment résistant et courageux, et en dénonçant l’invocation du droit international au bénéfice d’une dictature théocratique qui n’a cessé d’en violer les règles, comme l’a très bien dit François-Xavier Bellamy. » (PB)

    Cela, c’est du « en même temps » : c’est bon pour la dialectique, c’est tellement facile, du Villepin dans le texte. La décision, et rien d’autre : on n’est pas en train de choisir des couleurs de tapisserie.

    Il y aura des morts, ils sont déjà par milliers. Pour toutes ces batailles qui invoquent le droit international et le reste, on voit bien qu’ils ne sont pas en première ligne. Ils dansent de joie en Iran sous les bombes et la mort. Alors les effets de manche et les spécialistes du droit international — qui se trompent plus souvent qu’à leur tour — n’ont qu’à prendre les armes et monter au feu. Risquer leur peau tous les jours, alors que, sur place, on attend la liberté par tous les pores de la peau.

    Tu parles de spécialistes ! Ces débatteurs de plateaux TV, comme l’autre, Anne Nivat, « reporter de guerre », qui me saoule… J’en ai assez d’entendre ce type de position. Trump et Netanyahu ont été remerciés, surtout par ceux qui souffrent, qui subissent les exactions. Tout le reste est littérature. Ils ont mis leur puissance au service de l’action et non de la parole, comme tous ces analystes gonfleurs d’hélices : ils ont agi, et c’est l’essentiel.

    1. DU GRAND GIUSEPPE ! Même Jordy guiliguili le reconnaît et appliquera les conseils de notre Tarzan des palombières quand il sera au pouvoir.

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