Le Syndicat des avocats de France (SAF) a dénoncé, dans un communiqué, les consignes adressées par la Chancellerie aux présidents et aux procureurs de tribunaux, visant à concentrer sur une seule journée l’audiencement des affaires devant les cours criminelles départementales, dans le cadre d’un « plan national de soutien à l’audiencement criminel ».
Il n’est personne, peu ou prou attentif à la réalité judiciaire, qui ne soit légitimement inquiet du risque de retards et de dysfonctionnements en matière criminelle, engendrés par des délais qui ne pourraient plus être respectés, avec des conséquences infiniment préjudiciables, notamment des mises en liberté obligatoires, humainement et socialement dangereuses.
Cette donnée fondamentale, à laquelle le garde des Sceaux, alerté par certains procureurs généraux, ne pouvait demeurer indifférent, a imposé ces instructions qui, dans l’urgence, tenteront sinon de résorber, du moins d’atténuer l’ampleur d’un passif indiscuté.
Comme il est habituel à gauche et à l’extrême gauche, le grief formulé tient à la fois d’une opposition politique – c’est Gérald Darmanin qui est le ministre concerné ! – et de la mise en cause d’une prétendue logique gestionnaire qui aurait inspiré ce communiqué. Comme si, face à des situations de crise gravissimes, on avait d’autre choix que d’user de cette méthode quantitative dont j’ai d’ailleurs toujours pensé qu’elle n’était pas contradictoire avec la qualité. Ce n’est pas la durée du regard porté sur une affaire qui compte, mais son intelligence et sa finesse…

Je suis tout particulièrement déçu, sans aucune surprise il est vrai, par l’attitude du SAF, parce que je n’ai jamais cessé de considérer, dans ma vie judiciaire comme dans celle du citoyen plus observateur qu’acteur, qu’il représentait une incarnation, dénuée de toute médiocrité, stimulante, engagée et sans concession, de la contestation politique et judiciaire, notamment sur le plan pénal.
Je me suis parfois trouvé face à lui, mais aussi lié à lui par des complicités et des amitiés nées d’une authentique estime. Plus largement, dans le débat intellectuel et médiatique, j’ai toujours davantage regretté l’absence, fût-elle contradictoire, de la gauche et de l’extrême gauche sur les plateaux que je ne me suis réjoui du confort paresseux d’une pensée unique.
Suis-je naïf d’avoir attendu du SAF qu’il accepte le constat d’une réalité préoccupante et la nécessité d’y remédier, plutôt que de s’abriter derrière une idéologie qui, sous couvert d’arguties, occulte l’essentiel : le service et l’intérêt du citoyen ?
Sans le moindre sadisme à l’encontre de tous ceux – magistrats et avocats – qui auront à assumer ces journées chargées, elles ne constitueront pas, au regard de mon expérience passée, une épreuve insurmontable. Il me semble même que cette unité de temps conférera aux débats une intensité et une gravité que leur dispersion sur deux jours, voire davantage, finit souvent par affaiblir. Ce qui se déroulera donc en une seule journée ne sera pas, si aucune mauvaise volonté n’intervient, un défi impossible à relever mais, bien au contraire, une opportunité pour la justice criminelle.
Comment ne pas me rappeler ces moments où, à Bobigny, on me demandait le matin de remplacer, comme avocat général, un collègue malade ou indisponible jusqu’à l’issue, le soir, parfois tard dans la nuit, du délibéré criminel ? J’acceptais toujours avec enthousiasme, certain de vivre alors une expérience de justice unique à tous points de vue, les jurés étant encore de la partie.
Je ne comprends pas le SAF qui préfère s’en tenir à ce qui le rend ordinaire à gauche et à l’extrême gauche, plutôt que d’oser une politique et une défense de rupture.