Je ne comprends pas le Syndicat des avocats de France…

Le Syndicat des avocats de France (SAF) a dénoncé, dans un communiqué, les consignes adressées par la Chancellerie aux présidents et aux procureurs de tribunaux, visant à concentrer sur une seule journée l’audiencement des affaires devant les cours criminelles départementales, dans le cadre d’un « plan national de soutien à l’audiencement criminel ».

Il n’est personne, peu ou prou attentif à la réalité judiciaire, qui ne soit légitimement inquiet du risque de retards et de dysfonctionnements en matière criminelle, engendrés par des délais qui ne pourraient plus être respectés, avec des conséquences infiniment préjudiciables, notamment des mises en liberté obligatoires, humainement et socialement dangereuses.

Cette donnée fondamentale, à laquelle le garde des Sceaux, alerté par certains procureurs généraux, ne pouvait demeurer indifférent, a imposé ces instructions qui, dans l’urgence, tenteront sinon de résorber, du moins d’atténuer l’ampleur d’un passif indiscuté.

Comme il est habituel à gauche et à l’extrême gauche, le grief formulé tient à la fois d’une opposition politique – c’est Gérald Darmanin qui est le ministre concerné ! – et de la mise en cause d’une prétendue logique gestionnaire qui aurait inspiré ce communiqué. Comme si, face à des situations de crise gravissimes, on avait d’autre choix que d’user de cette méthode quantitative dont j’ai d’ailleurs toujours pensé qu’elle n’était pas contradictoire avec la qualité. Ce n’est pas la durée du regard porté sur une affaire qui compte, mais son intelligence et sa finesse…

Je suis tout particulièrement déçu, sans aucune surprise il est vrai, par l’attitude du SAF, parce que je n’ai jamais cessé de considérer, dans ma vie judiciaire comme dans celle du citoyen plus observateur qu’acteur, qu’il représentait une incarnation, dénuée de toute médiocrité, stimulante, engagée et sans concession, de la contestation politique et judiciaire, notamment sur le plan pénal.

Je me suis parfois trouvé face à lui, mais aussi lié à lui par des complicités et des amitiés nées d’une authentique estime. Plus largement, dans le débat intellectuel et médiatique, j’ai toujours davantage regretté l’absence, fût-elle contradictoire, de la gauche et de l’extrême gauche sur les plateaux que je ne me suis réjoui du confort paresseux d’une pensée unique.

Suis-je naïf d’avoir attendu du SAF qu’il accepte le constat d’une réalité préoccupante et la nécessité d’y remédier, plutôt que de s’abriter derrière une idéologie qui, sous couvert d’arguties, occulte l’essentiel : le service et l’intérêt du citoyen ?

Sans le moindre sadisme à l’encontre de tous ceux – magistrats et avocats – qui auront à assumer ces journées chargées, elles ne constitueront pas, au regard de mon expérience passée, une épreuve insurmontable. Il me semble même que cette unité de temps conférera aux débats une intensité et une gravité que leur dispersion sur deux jours, voire davantage, finit souvent par affaiblir. Ce qui se déroulera donc en une seule journée ne sera pas, si aucune mauvaise volonté n’intervient, un défi impossible à relever mais, bien au contraire, une opportunité pour la justice criminelle.

Comment ne pas me rappeler ces moments où, à Bobigny, on me demandait le matin de remplacer, comme avocat général, un collègue malade ou indisponible jusqu’à l’issue, le soir, parfois tard dans la nuit, du délibéré criminel ? J’acceptais toujours avec enthousiasme, certain de vivre alors une expérience de justice unique à tous points de vue, les jurés étant encore de la partie.

Je ne comprends pas le SAF qui préfère s’en tenir à ce qui le rend ordinaire à gauche et à l’extrême gauche, plutôt que d’oser une politique et une défense de rupture.

Article précédent

Le fascisme à tout bout de champ...

Article suivant

Je suis perdu...

Voir les Commentaires (14)
  1. Patrice Charoulet

    Sur France Culture un matin, Guillaume Erner a invité une spécialiste de science poltique qui parle de sa thèse. L’entretien dure sept à huit minutes. On entend vingt fois « en fait », vingt fois « effectivement », vingt fois « voilà » et, sans arrêt, « euh ». Les gens qui osent parler à la radio devraient s’enregistrer, s’autocritiquer, pour être meilleurs la fois d’après.

  2. Serge HIREL

    @ sylvain le 12 mars
    « Votre corporation paysanne n’en a rien à cirer de votre maréchal (…) »

    Ne pas confondre « corporation » et « coordination »… D’un côté, le paysan priant de l’Angelus de Millet, de l’autre, le manifestant vociférant de « Rural »…

  3. Serge HIREL

    @ Achille le 12 mars

    On vous dit « syndicat professionnel »… Vous répondez « syndicat de copropriété »… Si, dans un texte sur la police, il est question de la situation des commissaires, évoquerez-vous dans votre commentaire celui des commissaires-priseurs ? En fait, comme d’hab’, vous utilisez la technique du pas de côté pour éviter d’avoir à admettre que votre interlocuteur vous a mis en difficulté…

    Quant aux « corporations » d’aujourd’hui, qui désignent des entités regroupant l’ensemble des professionnels exerçant un même métier — elles n’ont plus aucune existence légale —, elles n’ont rien à voir non plus avec la « Corporation paysanne ». Celle-ci était une organisation politique créée par l’État français en décembre 1940 pour organiser le monde agricole selon les principes du catholicisme social, très en vogue à l’époque au sein de ceux qui, dans les premières décennies du siècle, avaient combattu la laïcité, idéologie foncièrement de gauche et anticléricale.

    Le corporatisme était l’un des « outils » de la « Révolution nationale » et visait à éradiquer le marxisme, déjà bien implanté dans le monde du travail. Comme il l’était en politique avec le PC (sans F), aux ordres de Staline. Une autre mesure phare du programme du gouvernement de Vichy a été l’interdiction des syndicats, et donc de la CGT, courroie de transmission du PC (ce qui est encore vrai aujourd’hui). Cette interdiction a été effective dès la promulgation de la Charte du travail (novembre 1940).

  4. « Il n’est personne, peu ou prou attentif à la réalité judiciaire, qui ne soit légitimement inquiet du risque de retards et de dysfonctionnements en matière criminelle, engendrés par des délais qui ne pourraient plus être respectés, avec des conséquences infiniment préjudiciables, notamment des mises en liberté obligatoires, humainement et socialement dangereuses. » (PB)

    Qu’on permette au béotien que je suis en matière judiciaire de faire quelques suggestions d’ordre général pour « fluidifier » le fonctionnement de la machine judiciaire.

    Par exemple, pourquoi ne pas faire appel à un cabinet de conseil spécialisé afin qu’il se livre à un audit du circuit administratif actionné à l’occasion d’une affaire, avec les circuits entre les divers intervenants impliqués, les échanges de pièces, les redondances, les tâches inutiles, les retards cumulés, etc., pour proposer des circuits plus courts, plus souples, en bref plus efficaces et moins chronophages ?

    D’autre part, les divers acteurs du système judiciaire se rendent-ils compte qu’une part importante de leur activité pourrait dès maintenant, pour au moins une partie, être confiée à une des intelligences artificielles de dernière génération, qui pour certaines sont chacune capables de produire une IA encore plus performante qu’elle-même en un temps record, en attendant de dépasser le niveau d’une intelligence humaine ?

    Alors par exemple, pourquoi, à l’occasion d’une affaire complexe, ne pas leur confier la tâche de balayer l’intégralité du droit et de la jurisprudence en vigueur pour préparer une note de synthèse permettant aux magistrats concernés d’aller rapidement droit à l’essentiel ?

    Et bien entendu, tout cela afin de travailler mieux, plus vite, avec moins de personnel et donc pour moins cher.

  5. @ Serge HIREL le 11 mars 2026

    L’ordre, la corporation, le syndicat, la cellule politique, je sais faire la différence, rassurez-vous.
    Concernant les syndicats, on trouve même des syndicats de copropriétaires et des syndicats des eaux et forêts qui n’ont qu’un lointain rapport avec la politique.
    Ce qui n’est pas toujours le cas des corporations.
    Je pourrais citer la corporation paysanne mise en place par la volonté du Maréchal en 1940. 🙂

    1. @ Achille le 12 mars 2026 (@ Serge HIREL le 11 mars 2026)
      « Je pourrais citer la corporation paysanne mise en place par la volonté du Maréchal en 1940 »

      C’est la meilleure de la journée, celle-là ! Je suis mort de rire. Votre corporation paysanne n’en a rien à cirer de votre maréchal ; la majorité ne connaît pas ce gugusse des années 40 et s’en tamponne le coquillard, à un point que vous ne pouvez imaginer. Aujourd’hui, ils sont confrontés à des problèmes qui sont à des années-lumière de vos années quarante.
      Ils connaissent un seul maréchal : celui de leur village, le maréchal-ferrant, forgeron de leur jeunesse, et basta.
      Y a des moments comme ça où je me dis que le trafic narco a encore beaucoup de beaux jours devant lui.

      1. @ sylvain le 12 mars 2026
        « Ils connaissent un seul maréchal : celui de leur village, le maréchal-ferrant, forgeron de leur jeunesse, et basta. »

        Cela fait bien longtemps qu’il n’y a plus de maréchal-ferrant dans les villages.
        Maintenant, les agriculteurs ont des tracteurs qui coûtent 150 000 €, voire plus, avec climatisation, chaîne hi-fi, GPS et tout le tintouin.
        Et puis vous oubliez la petite Marion au nom prédestiné ! 😊

  6. Serge HIREL

    Après la lecture du billet de Philippe et celle du communiqué du syndicat des avocats rouges, qui pratique la détestable écriture « inclusive », je me suis étonné que son alter ego dans la magistrature, le SM, autre habitué des Fêtes de l’Humanité, n’ait pas lui aussi pondu un pamphlet contre la circulaire de Gérald Darmanin qui apporte une solution de bon sens à l’engorgement des cours criminelles.
    Erreur de ma part ! Les juges rouges ont bien sûr fustigé le ministre, en développant la même rhétorique gauchiste que leurs « camarades » du barreau :
    https://www.syndicat-magistrature.fr/notre-action/justice-penale/justice-criminelle/communiqu%C3%A9-de-presse-pour-le-8-mars-le-ministre-des-victimes-fait-du-viol-un-sous-crime/

    Pour ne pas perdre de temps, oublions le réflexe gaucho-pavlovien qui conduit immanquablement ces deux syndicats, politisés à outrance, à s’opposer au garde des Sceaux dès qu’il ose se montrer attentif à la situation délicate de la justice et aux pratiques professionnelles, trop souvent critiquables, de certains de ses membres, qu’ils soient magistrats ou avocats… N’en déplaise à ceux-ci, c’est pourtant, au quotidien, son principal devoir, son action débouchant sur des réformes tant structurelles que juridiques,
    En fait, la vraie question en ce domaine est de savoir si notre démocratie peut accepter encore longtemps la politisation des travaux de la justice en raison de la présence dans ses rangs de personnages motivés, non par le respect absolu du droit, mais par leurs convictions idéologiques ? En clair, ne faudrait-il pas, pour le moins, interdire la syndicalisation des magistrats ?
    Quant à la circulaire de Gérald Darmanin sur l’audiencement des cours criminelles, elle respire tout simplement le bon sens… On remarquera par ailleurs que le SAF ne lui fait pas le reproche d’être illégale, le ministre en s’adressant aux procureurs ne franchissant pas le mur sacré de l’indépendance de la justice.

    Qui ne s’est pas étonné, voire offusqué, que le procès d’un criminel passé aux aveux et/ou accablé par des preuves irréfutables, occupe une cour d’assises pendant deux ou trois jours, alors que des dizaines de dossiers pouvant être audiencés attendent leur tour, au risque d’une remise en liberté du ou des auteur(s), indécente vis-à-vis de la ou des victime(s) ? Comment celles-ci peuvent-elles admettre que, faute de procès dans un délai raisonnable, ils restent « présumés innocents » alors que l’enquête judiciaire a confirmé leur implication et a conduit le juge d’instruction à les renvoyer aux assises ou devant une cour criminelle ?

    L’argument du procès « bâclé », voire « expéditif », ne tient pas la route. Et notre hôte le démonte avec brio, fort de son passé d’avocat général. Ayant été, voici longtemps, juré d’assises dans quatre procès de grands-pères ayant avoué avoir violé leur petite-fille ou leur petit-fils – des heures insupportables, inoubliables -, j’ai mémoire de témoins qui ne servaient à rien, en particulier leurs épouses. Toutes quatre ont juré n’avoir rien su ni rien vu venir… et n’étaient là que pour dire leur dégoût de l’accusé alors que, si elles n’étaient pas juridiquement complices, elles étaient, pour une large part, responsables de leurs crimes, en raison de leur attitude conjugale.
    Ces quatre procès ont duré chacun un jour et demi, pour des délibérés d’une heure en moyenne… Que de temps perdu, d’effets de manche inutiles, d’incidents d’audience absurdes, alors que les accusés eux-mêmes voulaient être punis. Il me semble que la seule limite de temps à prendre en compte dans de tels procès est celui qu’il faut donner à la victime pour se sentir comprise, reconnue, aidée, pour qu’elle puisse sortir de la salle d’audience avec la certitude que, si elle reste à tout jamais victime, elle est enfin prête à reprendre le cours interrompu de sa vie. Philippe a parfaitement raison d’écrire que ce sentiment ne naît pas grâce à la durée des audiences et que c’est la qualité des débats qui le fait émerger.

    Bien sûr, quelle que soit la nature du crime, et en particulier en matière de viol – « la parole d’une femme vaut toujours vérité » n’est pas un argument recevable -, il ne s’agit pas de négliger l’attitude de ceux des accusés qui clament leur innocence et/ou contre lesquels le ministère public n’apporte qu’un faisceau de preuves dont aucune n’est décisive. Dans ces cas, qui sont loin d’être majoritaires, il faut que la justice continue à prendre le temps qu’il faut pour que l’oralité fasse son œuvre, d’autant plus que la victime elle-même doit être préparée à un éventuel acquittement…

    Il me parait même souhaitable que ces procès soient confiés systématiquement aux cours d’assises pour que, par la présence d’un jury populaire, tant la qualité des audiences que la justesse du verdict soient validées par une opinion publique, toujours prête, via les réseaux dits « sociaux », à douter de la pertinence du travail des magistrats professionnels, à dénigrer leurs décisions, à voir du complotisme là où il n’y a qu’application du droit (cf les multiples débats autour des condamnations de Sarkozy).

    En revanche, il est inutile, pour régler le sort d’un « présumé innocent » que tout accuse, y compris ses aveux, de passer deux ou trois heures à éplucher son CV, de remonter aux fessées de papa et au manque de câlins de maman pour expliquer ses crimes, voire l’en excuser, et de laisser à son avocat la possibilité de pinailler à propos d’un élément de l’enquête sans importance, voire de multiplier les recours dans le seul but retarder le verdict. Pour la quasi-totalité de ces criminels, une journée d’audience est largement suffisante, voire moins pour les multirécidivistes, dont les avocats expliqueront que la prison est responsable de leur rechute…

    Reste un dernier argument du SM et du SAF qui ne me paraît pas possible de ne pas flinguer. « Darmanin fait du viol un sous-crime », s’émeuvent-ils, les juges rouges dénonçant précisément des propos tenus par le ministre devant le Sénat le 19 février. En réalité, la création de cours spécialisées dans les crimes sexuels, qu’il s’agisse de cours criminelles ou, mieux, de cours ad hoc, serait en réalité un pas de plus dans la reconnaissance, ô combien tardive, que le viol est un crime à nul autre pareil.

    Un crime qui exige des enquêtes difficiles, qui débouche sur des procès que, pour la plupart, les victimes redoutent, et qui doit être puni à sa juste dimension. N’est-il pas de bon sens que ces affaires soient confiées le plus possible à des magistrats spécialisés, comme elles le sont de plus en plus, pendant l’enquête, à des policiers très formés ? Conduire patiemment un violeur aux aveux, écouter une victime sans jamais la brusquer, reconstituer pas-à-pas les circonstances d’un viol n’ont rien à voir avec les méthodes à mettre en œuvre pour qu’une petite frappe ou un gangster de haut vol finissent par se mettre à table face aux policiers ou devant un juge d’instruction. Transposer cela lors du procès ne serait-il pas un progrès en matière de qualité du jugement d’une affaire sexuelle ?

    Mais le SM, pour accomplir la mission qu’il s’est donnée de mettre à bas la justice telle qu’elle est conçue dans notre République, est prêt à dire tout et n’importe quoi, pourvu qu’il s’agisse de troubler l’ordre établi, et de s’en prendre à un ministre qui n’est pas à ses ordres… C’est le moins que l’on puisse affirmer en ce qui concerne Darmanin.

  7. @ Achille le 11 mars 2026

    C’est évident, il suffit de l’observer dans toutes les entreprises. « Beefsteakistes » disait un ingénieur de ma connaissance, et il avait sans aucun doute raison.

  8. Michel Deluré

    Hélas, il n’y a rien là de nouveau et de surprenant s’agissant du syndicalisme en France. Trop souvent aveugle sur le réel, privilégiant les acquis même lorsque ceux-ci, à l’évidence, condamnent l’avenir, plus organe d’obstruction que force constructive.

  9. Pour résumer la situation, le syndicat des avocats (SAP) ne se distingue pas vraiment de celui des magistrats (SM) et finalement de n’importe quel autre syndicat.
    Tout est une histoire de corporatisme : défendre les intérêts et avantages acquis de sa profession. Qu’importe si cela peut pénaliser le bon fonctionnement du système.
    Une fois qu’on a compris cela, plus rien ne peut nous étonner. ☹️

    1. Serge HIREL

      @ Achille le 11 mars

      Vous mélangez quatre degrés de représentation des professionnels exerçant un même métier ou évoluant dans un même secteur du monde du travail :
      – L’ordre, qui regroupe les membres d’une profession libérale dite « encadrée » (médecins, pharmaciens, architectes, notaires, avocats…). Il est leur interlocuteur auprès des pouvoirs publics. Il est rare que des éclats de voix surviennent lors de leurs discussions, bien que, depuis quelque temps, certains d’entre eux, médecins et pharmaciens notamment, s’adonnent à la grève…

      – La corporation, qui, auparavant, tenait lieu d’instance de discussion avec le patron, mais qui, aujourd’hui, n’est plus que l’expression, pas même juridique, d’une solidarité professionnelle faisant fi des inimitiés politiques et autres, parfois plus personnelles. On parle de « corporation » des magistrats, des journalistes, des ouvriers du Livre, des dockers… mais l’expression, au-delà de son caractère désuet, se veut systématiquement péjorative…

      – Le syndicat, dont l’objectif unique est la défense des intérêts professionnels de leurs membres (conditions de travail, salaires…), la loi lui offrant aussi un droit de regard – un droit de regard, rien de plus – sur la conduite de l’entreprise ou de l’administration dans laquelle il évolue. Exemples plus ou moins pertinents : le CFDT, FO, la CFTC… ces « syndicats » défendant aussi un point de vue politique précis sur le monde du travail, sans pour autant servir ni de porte-parole ni de bras armé à un parti politique.

      – La cellule politique, toujours masquée sous le nom de « syndicat », mais dont l’unique but est de promouvoir une idéologie – essentiellement de gauche – au sein de la profession dans laquelle elle s’est immiscée en prétendant en défendre les membres et leurs revendications. Le SM et le SAF sont d’excellents exemples, mais il en existe bien d’autres : tous les « syndicats » de journalistes sans exception, la quasi-totalité des « syndicats » d’enseignants, les diverses branches de Sud Solidaires et, bien sûr, les multiples « syndicats » de la « centrale » CGT, laquelle, depuis sa création, n’est que la courroie de transmission dans le monde du travail d’un parti politique, le PC. Le PC sans F parce qu’il ne mérite pas l’honneur d’être « français ».

      La réalité est donc assez loin de votre rancœur à l’encontre d’un « corporatisme » qui n’a aucun impact sur le climat social inquiétant qui rend la France encore plus vulnérable. Adressez donc plutôt vos flèches aux « cellules politiques »… et au gouvernement qui, comme les précédents depuis au moins 1981, les considère comme des interlocuteurs représentatifs des salariés et des fonctionnaires.

  10. Xavier NEBOUT

    Et si on commençait par se demander pourquoi la justice criminelle est encombrée ?

    La justice – étymologiquement « œuvre de Dieu » – était jadis rendue par des prêtres dont on a gardé la robe, et le prêtre parlant pour son client disait quelle était sa vérité : non une construction intellectuelle destinée à le disculper, mais quel était en lui ce qui l’avait porté à commettre son crime.

    Auparavant, il avait dû « parler », avouer sa faute. La peur de l’enfer et l’espoir du pardon, le fût-ce sur l’échafaud, furent suffisants au temps de la spiritualité, et puis on dut recourir à la force et à la « question ».

    Pour les besoins de la guerre, qui on ne sait pourquoi seraient supérieurs à ceux de la paix, on eut recours à la baignoire, la gégène, mais aussi à la scopolamine et autres sérums de vérité.

    Alors la question se pose de savoir pourquoi on préfère aujourd’hui monopoliser x policiers et x magistrats sur x mois ou années pour résoudre une énigme policière, sans même parfois y arriver faute d’aveux, au lieu de procéder à une injection de scopolamine, ne serait-ce que sous surveillance médicale.

    Il n’y a à cela qu’une réponse : là où le pouvoir est détenu par des pègres ou des ramassis de fripouilles intellectuelles inhérentes à la démocratie – démagocratie – ou par des dictatures pourries, c’est-à-dire aujourd’hui sur la quasi-totalité de la planète, la vérité doit être distillée. Comment les Epsteins pourraient-ils vivre si les clients se mettaient à dire la vérité au moindre interrogatoire ? Et vous ne voyez pas que des historiens demanderaient à être interrogés au sujet de l’histoire de l’Europe entre 1914 et 1945 sous scopolamine ? Et pourquoi pas au sujet de la guerre en Iran, tant que vous y êtes ? Notre civilisation étant devenue l’empire du mensonge, la vérité en est l’ennemie.

    Alors on bavasse le mensonge pieux en robe de prêtre devant des juges justiciers de la « société » ou en mal de maternité, avec une dite « justice » qui se féminise, on pond des fatras de lois, et il faudra de plus en plus de magistrats pour se débrouiller avec le foutoir général.

  11. Je pense que le SAF veut favoriser les gens que les avocats défendent, fût-ce au détriment de la société. Je pointe une attitude qui ne les favorise pas, et est donc altruiste, ce qui n’est pas si mal ; on ne parle pas de gagner de plus gros honoraires… Cependant, cette générosité est, comme souvent, incivique, exactement comme ceux qui veulent nous gratifier de toujours plus d’immigrés musulmans, sans vouloir admettre le danger qu’ils constituent pour notre liberté. Le fait que là où leur religion règne, il n’y ait pas de liberté, le fait que trop d’immigrés musulmans nous rendent le mal pour le bien ? Ils s’en moquent totalement, ayant fait leur petite bonne action irresponsable.

    On a justement dénoncé ceux qui préfèrent une injustice à un désordre ; il faut à présent tout autant condamner ceux qui préfèrent se regarder jouer les sauveurs au détriment de leurs concitoyens plutôt que d’être responsables.
    Toujours, les gens s’identifient à quelque chose — État, entreprise, ordre, humanitaire, écologie ou que sais-je encore — et sacrifient la liberté à leur manie.

    La liberté, qu’on se le dise, n’est pas quelque feu éternel et surnaturel… Il faut veiller sur elle comme ceux qui ne savent pas l’allumer veillent sur le feu.
    On me dira qu’on sait rallumer la liberté ? Je répondrai que c’est une objection bien faible… Vivre sans feu apporte froid et ténèbres, mais n’est pas dégradant ; mais subsister sans liberté est dégradant. Ensuite, le feu ne résiste pas à ce qu’on l’allume. Tandis que tous les tyrans empêchent de leur mieux la liberté de s’épanouir parmi nous. Et c’est ce qu’ils réussissent le mieux, et on peut le dire, parfaitement.

    Ce n’est pas un peuple en armes qui a délivré la France, mais les Alliés ; pas les Russes qui ont pris d’assaut le pouvoir soviétique, mais la confrontation avec l’Occident qui l’a laissé épuisé et permis l’éclatement du plus désastreux des empires qui fut jamais. Mais le désastre de l’Est tend à se reconstituer, et avec un Trump et compagnie, on voit bien que les héros du Nouveau Monde ne sont plus ce qu’ils étaient. Les peuples et leurs printemps ? Balayés par tous les hivers.

    Alors quand, par la grâce des Alliés, et non par le mérite de nos ancêtres, on est libre, on a le devoir de maintenir cette liberté en prenant les mesures qui s’imposent face à toutes les menaces.
    On parle toujours de veiller aux générations futures, et on ne fait rien pour leur transmettre la liberté, ce qui est, comme dit l’autre, le bien suprême et ce qui permet de jouir de tous les autres. Distrait par le décor — c’est le cas de le dire — par l’environnement, on ne voit pas les signes précurseurs de notre servitude.

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *