On nous répète que nous ne sommes pas encore en campagne présidentielle. Aussi bien Dominique de Villepin qu’Édouard Philippe le disent.
Pourtant, nous y sommes. On attend et on espère 2027. On veut changer d’air et d’ère. On sait que le second tour opposera le RN, quel que soit son candidat, à un adversaire aujourd’hui indéterminé.
L’extrême gauche fait semblant de croire que Jean-Luc Mélenchon sera son unique représentant, parce qu’il serait le meilleur, alors qu’il serait implacablement écrasé par Jordan Bardella. Édouard Philippe ne souhaite pas concourir dans le cadre d’une primaire. Bruno Retailleau sera-t-il choisi et légitimé par les militants des Républicains ?
Dans ce flou, pour qui avait décidé de ne pas donner sa voix au RN, ni au premier ni au second tour, pas davantage qu’à Jean-Luc Mélenchon de l’autre côté, on avait cru percevoir une lumière, une sortie de l’hésitation, comme une issue de crise, avec un récent sondage qui, dans tous les cas de figure, qualifiait Édouard Philippe pour le second tour et le donnait vainqueur de la joute finale. C’était une nouvelle de première importance, susceptible d’intéresser au plus haut point un grand nombre de citoyens.
Il a suffi de quelques jours pour, non pas dissiper l’enthousiasme — il n’y en avait pas eu —, mais pour perdre quelques illusions. Il y a longtemps, on nous avait promis, de la part d’Édouard Philippe, un programme « massif ». Ce qu’il a annoncé, à l’exception de l’annulation de l’accord de 1968 avec l’Algérie — mesure quasiment consensuelle à droite et au centre —, ne brille ni par la vigueur ni par l’audace.
C’est en demi-teinte, une sorte de modération s’arrêtant au milieu du gué : un “en même temps” sur l’immigration, une limitation du regroupement familial. À force de ne plus vouloir donner l’impression de se situer dans le registre d’Alain Juppé, il paraît s’être inspiré plus que jamais d’une mesure, d’une prudence qui font craindre, le moment venu, une impuissance.
Comme si la France mourait à petit feu, alors même qu’elle perd ses forces et sa puissance avec intensité. Déjà, ce que ce sondage avait de rassurant a rejoint l’ordinaire des prévisions, avant les prochaines enquêtes d’opinion…

Dominique de Villepin était l’invité du Grand Jury le 29 mars. Incorrigible, demeurant lui-même, avec une stature et une langue d’autant plus impressionnantes qu’elles ne s’accompagnaient d’aucun élément concret, il proposait analyses, commentaires, dénonciations, injonctions, avertissements, mises en garde, prophéties, avec un talent certain.
Mais sans que la vulgarité du moindre processus opératoire vienne polluer l’abstraction de l’ensemble de ces considérations.
Avec Dominique de Villepin, nous sommes délicieusement, malgré le caractère somptueusement dramatique de ses propos, à l’abri du réel. Tout ce qui passe par son esprit et sa bouche devient désincarné.
Recherche désespérément mode d’action !
Face à ces deux candidats, l’un ayant un projet au ralenti, l’autre se préservant de tout contact impur, j’en reviens au président des Républicains, qui est conscient de l’obligation de faire émerger une droite de rupture, sans que le centre vienne, dans une alliance préjudiciable, ruiner ce que la première saurait inventer de radical et de décisif.
Bruno Retailleau est aujourd’hui le seul à vouloir opposer au RN une radicalité crédible et, face à LFI, une résistance absolue, avec la lucidité de juger LFI plus dangereuse que le RN. David Lisnard, déterminé mais engagé ailleurs, défend d’ailleurs une ligne proche de la sienne.
Il est capital de ne plus combattre le RN par l’opprobre moral qui n’a plus lieu d’être mais par une compétence sans faille, une contradiction politique, une vision de la France et du monde s’inscrivant à la fois dans un registre pragmatique et épique. Et une totale intégrité.
Notre pays pourra alors être de retour.