Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Marcel Proust au détail…

Je pourrais, pour expliquer mon enthousiasme sans nuance pour son oeuvre géniale, rappeler ce qu’il écrivait sur Tolstoï et sur Balzac. Le premier était un maître qui changeait l’existence de son lecteur et le second un grand frère qu’on aimait malgré (ou à cause de) ses défauts. Cette distinction est pertinente sur le plan de la littérature et Proust a été à l’évidence, pour moi, un maître qui a projeté sur ma vie une lumière décisive. Comme s’il était un éclaireur offrant son impressionnante lucidité à tous ceux qui le liront et pourraient ainsi presque se dispenser de connaître ce que, grâce à lui, ils savaient déjà. Mais on ne doit jamais faire l’économie de ce que le hasard des jours et les aléas d’une destinée vont vous apprendre.

Jamais trop de passions !

Une passion, d’une certaine manière, quelle qu’elle soit, est d’abord une formidable opportunité de s’intéresser à autre chose qu’à soi : durant un temps court ou long, toute une vie parfois, le monde, avec divers visages, dans plusieurs de ses représentations, avec le génie humain, les inoubliables musiques, les films les plus réussis, les livres des maîtres, vous sollicite et vous fait heureusement vous perdre de vue, retomber en enfance ou approfondir votre maturité.

Ramdam à l’Assemblée nationale…

À l’Assemblée nationale, le ramdam c’est la vie, le pluralisme, la politique, la démocratie. Les rappels à l’ordre, ce devrait être réservé à l’école où d’ailleurs il y en a de moins en moins. Une France qui confond tout.

La police à VEAUX-l’eau…

Le ministre de l’Intérieur a déclaré que sa réforme de départementalisation de la police était « courageuse, indispensable et difficile ». Elle n’est pas « courageuse » mais absurde. Et, si elle est « difficile », cela tient au fait qu’elle n’est pas « indispensable ».

Emmanuel Macron ou la boursouflure du moi…

Ainsi on peut demeurer Secrétaire général et ministre dans ces conditions sans que rien ni personne frémisse ! Pourtant, des tréfonds de la société, monte cette aigre et douloureuse interrogation : s’ils ne sont pas exemplaires, pourquoi devrais-je l’être ?

Les Iraniennes sont seules !

Tragiquement les Iraniennes sont seules ! Qu’on ne vienne pas, avec une ironie saumâtre et en se gratifiant d’une solidarité qui ne coûte rien, en plus enfoncer un autre couteau symbolique dans leur plaie !

Emmanuel Macron : son autorité ou la nôtre ?

Comme pour la menace de dissolution, on a l’impression d’un président capricieux qui confond sa susceptibilité offensée avec l’intérêt de la France, avec l’équité et l’impartialité d’un pouvoir respecté parce que respectable.

Le président est plus coupable que celui qu’il a nommé !

Un ministre renvoyé devant la CJR pour prise illégale d’intérêts – et qui sera en position de nommer le prochain procureur général près la Cour de cassation, un comble ! – est bien suffisant, pas besoin d’une personnalité irréprochable ! Tout cela est profondément navrant. On se moque du peuple français et le pouvoir s’amuse, goguenard.

« Halte au feu » mais pas aux femmes…

La libération de la parole que MeToo a permise doit-elle imposer qu’avant toute investigation, on présume sincères toutes les dénonciations ? que toutes les passivités apparentes soient jugées telles des résistances implicites, que le terme passe-partout d' »emprise » soit la clé qui autorise, sans le moindre doute, la stigmatisation politique, médiatique, culturelle et humaine de tous ceux qui ont été ciblés ? que la prescription, qui interdit toute action publique, soit traitée non plus comme un des éléments centraux d’un Etat de droit civilisé mais comme une mauvaise manière de la part de ceux qui en bénéficient ?

Pourquoi tant de haine dans notre démocratie ?

Ce n’est pas forcer le trait que de soutenir qu’il y a une dérive angoissante qui nous fait passer de l’hostilité, même la plus affirmée, à la haine, cette détestation paroxystique de l’autre au point qu’on perçoit que l’opprobre ne concerne pas ce qu’il pense mais ce qu’il est.