Bernard-Henri Lévy : un monde à part…

Dans ses Mémoires provisoires, Bernard-Henri Lévy (BHL) rapporte le conseil que lui donne un jour l’un de ses amis au parcours totalement atypique, Jean-Baptiste Descroix-Vernier : continuer « journaux et magazines et ne pas arrêter la télévision », tout en sachant que « les vrais relais sont ce que lui a créé, et certains blogueurs… qui sont devenus de vrais leaders d’opinion… ». Cet hommage aux blogueurs est d’autant plus appréciable que les médias classiques qui les pillent ne les citent jamais.

Face aux immenses – à tous points de vue – Mémoires provisoires écrits par BHL et publiés le 1er octobre, je veux rédiger un billet le plus sincère possible, avec la conviction cependant que, devant une matière aussi riche et diverse, mon analyse sera nécessairement partielle, et aussi frustrante. D’autant plus que l’auteur, je le sais, tiendra pour un honneur que l’on fasse de bonne foi la part des lumières et des ombres dans un ouvrage qui interdit toute approche sommaire ou manichéenne, de sa personnalité comme de tout ce qu’il a vécu d’infiniment, et parfois tragiquement, contrasté.

De la même manière que BHL a structuré ses Mémoires en quarante-huit séquences plus ou moins longues, je vais m’attacher à présenter une série de regards sur l’ensemble de ces pages.

Contrairement à ce que pouvait laisser craindre un préambule annonçant moins une introspection qu’une destinée « dans les remous de l’époque », BHL est très présent dans le livre, soit directement, soit par effraction dans des histoires et des relations qui ne le concernent apparemment pas mais le révèlent cependant. Il aurait été dommage que, pour fuir l’autobiographie classique, on ait été privé de ce qui pouvait, plus intimement, nous passionner chez lui. Heureusement, ce n’est pas le cas, même si, à l’exception de quelques allusions, il se garde bien de nous faire entrer dans son jardin secret.

Le style du livre est constamment éblouissant. C’est l’une des forces incontestables de l’écrivain BHL. On est parfois tenté de ne pas appréhender avec une lucidité suffisante le fond de sa pensée parce que la forme offre un décor et produit un enchantement qui risquent de nous détourner de l’essentiel. La surprise est de le voir tellement à l’aise dans la narration, la restitution et le détail des faits.

Ce qui domine dans cet inventaire des épisodes fondamentaux d’une vie, c’est l’alliance d’une intelligence extrême, d’un esprit rompu à la complexité comme à la limpidité et d’une faculté de compréhension qui semble trouver son bonheur à s’exercer sans cesse. S’y ajoute une sensibilité vive, n’hésitant pas à frôler parfois la sensiblerie. Et la présence constante d’un cœur complétant plus souvent qu’à son tour la sécheresse des concepts et l’aridité stimulante des idées.

Qu’il restitue des scènes de guerre ou relate les épisodes périlleux et romanesques dont il est lui-même acteur, je n’ai aucune raison de douter de la réalité des faits, pas plus que de la vérité de l’homme qui s’y révèle : un aventurier épris de justice et de morale internationale, qui se sent en fraternité avec des peuples ou des minorités dont la sauvegarde lui importe.

Probablement certains, comme d’habitude, tourneront-ils en dérision ce qu’ils dénonceront comme un spectacle, une représentation. Ce sera injuste, parce que la réalité qu’il affronte avec d’autres est tragique et qu’il ne la fuit jamais. Pourtant, même à mon regard bien disposé, se révèle parfois, au milieu de tous ces dispositifs de souffrance et de mort, quelque chose qui vient de l’auteur, tel un Fabrice del Dongo du riche : comme une allégresse sombre, une joie indicible à se trouver suprêmement inconfortable et menacé, solitaire mais entouré.

Même ces remarquables Mémoires provisoires pâtissent d’un écueil qui relève de la loi du genre. Leur auteur nous offre un certain nombre de portraits, nous communique avec allégresse – BHL aime aimer, admirer, se réjouir des proximités qu’il célèbre – ses dilections, et toutes n’ont pas le même degré de sentiment et d’intensité. Il est normal qu’elles fassent partie de ces Mémoires, mais sont-elles obligatoirement les nôtres ?

Même si l’on connaît un peu les personnalités qui le comblent, nous avons parfois du mal, par indifférence ou éloignement du milieu où elles gravitent, à partager le même enthousiasme que lui. Par exemple pour Jean-Paul Enthoven, qui a droit à plusieurs pages d’authentique fraternité. Elles sont belles, mais nous demeurons forcément dans les marges parce que son lien avec BHL est unique et que, par ailleurs, nous ne sommes pas forcés d’avoir les mêmes sympathies ou antipathies que lui – sur ce dernier point, il n’est pas méchant et s’économise.

L’écrivain n’est pas coupable de cette divergence, qui relève de ses amitiés – il y a tant de cercles autour de lui, les uns plus intimes que les autres – et de ses complicités, mais le lecteur demeure à l’extérieur de celles-ci ; et il ne peut d’ailleurs que le regretter. Tellement il fait bon être l’ami de BHL !

On comprend alors pourquoi on retrouve avec plaisir, dans les chapitres suivants, cet extraordinaire espace d’universalité et d’intelligence, riche de finesse, d’analyses et de découvertes, où BHL narre, raconte, décrit, passe du factuel au conceptuel, du lien personnel à une lumière pour tous, et n’égare jamais son lecteur, qu’il tient par l’esprit et par le style.

Les philosophes qu’il évoque composent une famille très diverse par leur pensée, leur vision du monde et de la religion. Le lecteur en ressort doublement conquis : par la fluidité narrative et la précision du trait, mais aussi par la richesse intellectuelle qui se déploie au fil de ces entretiens et de ces rencontres. Les visages décrits restent inoubliables dans notre mémoire, avec leur aura, leurs convictions, leurs contradictions : Louis Althusser, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Benny Lévy enseignant de la première heure et capital, Emmanuel Lévinas, Jean-Paul Sartre, par allusions, et d’autres encore.

Cette capacité à sortir de soi – contre tous les reproches de narcissisme – séduit particulièrement lorsque BHL raconte les figures politiques (François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky), artistiques (Alain Delon, Pasolini), littéraires (Alberto Moravia, Romain Gary, Michel Tournier, Albert Cohen et le si complice Philippe Sollers) et philosophiques. Non pas juge, mais éveilleur, témoin, parfois vigie, souvent protecteur. Une sensibilité et une curiosité internationale toujours en alerte. Un regard critique, ironique, bienveillant, réservé, mais jamais dégradant. Nous avons aussi bien des anecdotes que des idées à nous mettre sous l’esprit !

Avant d’évoquer ce « monde à part » qui est mon titre, je pourrais esquisser un reproche au sujet de cette matière lourde, profonde et nourrissante, qui laisse trop peu de place à la dérision sur soi-même. Encore celle-ci n’est-elle pas absente. Et l’ironie parfois, comme un caillou drôle dans sa chaussure noble !

Et il suffit, par ailleurs, de songer au précédent livre de BHL pour se convaincre qu’il est plus doué que beaucoup d’autres pour ne pas toujours se prendre au tragique et pour savoir se moquer de lui-même.

D’où me vient ce sentiment que, tout confondu – ombres et lumières, fureurs et tranquillités, difficultés et solutions, sort du monde et vie familiale et personnelle -, le monde de BHL est à part ? Parce qu’en réalité il n’est pas de crise qu’il ne parvienne à résoudre, guère de sollicitation à laquelle il ne réponde favorablement. Pas de drame, de douleur ou de tragédie, où que ce soit, dans son cercle familial ou hors de celui-ci, auxquels il ne puisse faire face. Il y parvient grâce à son formidable réseau amical, politique, médiatique et culturel, ainsi qu’à l’ensemble de ses moyens, considérables, mis à la disposition de ceux qu’il a élus. Son père qu’il a admiré, sa fille Justine, tous ceux venus frapper à la porte de son coeur ont bénéficié de son incroyable énergie pour consoler, aider, réparer, recoudre. Il a fait bon usage de lui-même et de ce dont le destin l’avait comblé.

C’est un monde à part qui pourrait susciter envie, jalousie et comme la pulsion révolutionnaire d’une égalité absolue. Tant de chances et de dons, c’est trop pour un seul homme !

Il faut résister à ces humeurs médiocres, et d’abord grâce à BHL lui-même qui, jamais, dans ces pages dont la sincérité, douce ou âpre, est la caractéristique essentielle, ne joue la comédie du regret : celle du privilégié s’apitoyant hypocritement sur autrui. Il ne cède pas non plus à une feinte mauvaise conscience qui le conduirait à déplorer des bienfaits dont, au quotidien, il profite.

Ces Mémoires provisoires se terminent par un hommage vibrant et convaincu à Olivier Nora : ils sont le premier livre de sa nouvelle maison d’édition, Olivier Nora Éditions. Cette solidarité à la fois littéraire et symbolique est révélatrice du caractère, et du comportement en général, de BHL. S’il n’est pas homme à s’effacer, comme la générosité et la fidélité lui sont plus voluptueuses que tout autre sentiment !

L’auteur peut agacer, surprendre ; on peut regretter ses choix, ses orientations, le jalouser, l’envier, se moquer de ses aventures « malruciennes », le vouloir plus Camus que Sartre, douter de la qualité du cinéaste, condamner parfois son intolérance, ses foudres intellectuelles, ne pas être fasciné par l’univers qui est à sa dévotion et auquel il rend la pareille. Rêver d’un autre qui ne serait plus lui !

Pour ma part, tout cela m’importe peu.

Je n’ai fait qu’écrire ce que ce livre m’a dicté, en y mêlant sans doute malgré moi quelque chose du BHL que je connais un peu.

Dans ces Mémoires provisoires, il y a une odeur de durée, de vérité, d’humanité, de fragilité et de grandeur ; oui, comme un parfum d’éternité.

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Voir les Commentaires (26)
  1. Patrice Charoulet

    Il y a des gens tellement sots ou tellement désoeuvrés qu’ils acceptent de dépenser 20 euros pour lire un roman (peut-être) écrit par l’IA. C’est un succès de librairie !

  2. Patrice Charoulet

    @ Metsys

    De temps en temps, je me plais à dire mes auteurs français préférés. La Fontaine est toujours premier depuis un demi-siècle. Ce qui n’a rien qui puisse étonner. Mais mon deuxième auteur français préféré est La Bruyère, ce qui peut surprendre.
    Nous sommes ici au moins deux à apprécier cet écrivain comme il le mérite.

    Cela dit, vous êtes un peu cruel pour BHL en le comparant au personnage du grand La Bruyère.

    Je ne ferai pas partie de la meute qui vient de se déchaîner contre lui sur ce blog. Il y a bien pire que BHL ! Sur un seul point, par exemple, l’affaire libyenne. BHL avait raison d’abominer Kadhafi, mais qui pouvait se vanter de prédire ce qui arriverait après Kadhafi ?

  3. « Dans ces Mémoires provisoires, il y a une odeur de durée, de vérité, d’humanité, de fragilité et de grandeur ; oui, comme un parfum d’éternité.«  (PB)

    Impressionnante conclusion d’un billet débordant d’éloges. Quand le Boss aime, il ne fait pas dans le détail !

    S’il est question d’éternité, il faut conseiller à BHL de changer son titre pour :
    « Mémoires d’outre-tombe 2.0 ».

    À flatteur, flatteur et demi, je suis persuadé que BHL tomberait dans ce piège de vanité. Dépasser Chateaubriand, qui écrivait à la plume d’oie, le rêve probable de cet individu que j’ai toujours considéré comme un imposteur. Certains épisodes de sa vie, qu’il voulait d’aventures, sont dignes des comiques du cinéma muet.

    Un seul regret : qu’il ne le soit pas… muet.

  4. Notre hôte offre ici un morceau de choix pour le repas des fauves.
    Merci à BHL de rappeler d’où viennent, sans forcément décrire où ils vont, ceux à qui il reste un peu d’humanité.
    Les fauves, quant à eux, n’ont d’autre destin que de s’entredévorer.
    La vie est un choix qu’il s’agit d’assumer.

  5. @ sylvain le 26 septembre 2026

    Teddy Riner n’a fait qu’exprimer son opinion, ce qui est son droit le plus strict. Cela ne signifie pas qu’il a un « QI de bulot ». Il a le mérite de faire honneur à la France par son palmarès prestigieux.
    À noter que Léon Marchand – un grand champion, lui aussi – a refusé de donner son opinion politique, ce qui n’a pas empêché des QI de bulot (des vrais, ceux-là) de l’insulter copieusement sur les réseaux sociaux.
    Pas facile d’être un champion de nos jours.

  6. @ Achille le 25 septembre 2026
    « Personnellement, je ne le trouve pas aussi détestable que ça, mais il semble que je sois le seul »

    Il n’est pas détestable, il ne fait de mal à personne (sauf à mes zygomatiques), il ridiculise le monde littéraire, c’est tout. C’est un Tartuffe, un Tartarin, un guignol, Charlot, charlatan, Pied Nickelé, au choix. Il nous fait rire, c’est un très bon comédien, réalisateur, metteur en scène, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

    Détestable ? Non, ce n’est pas comme un Teddy Riner, par exemple, un « littéraire » au QI de bulot qui a tout fait dernièrement pour se faire détester.

  7. Si Philippe Bilger avait l’intention de donner aux habitués de son blog une image sympathique de BHL, il semble que ce soit raté. C’est même carrément un flop.
    Personnellement, je ne le trouve pas aussi détestable que ça, mais il semble que je sois le seul.
    Pas de quoi se formaliser, toutefois. Cela peut arriver aux meilleurs d’entre nous ! 😊

  8. À la lecture de cet incroyable panégyrique, agrémenté de quelques pointes de douces critiques qui permettent de mieux faire digérer la plâtrée, de la rendre encore plus sincère qu’elle ne l’est, une idée s’est soudain imposée à mon mauvais esprit : Abracadabra ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Comment n’y a-t-on pas pensé depuis des lustres, nous, pauvres Français, qui cherchons avec l’énergie du désespoir le candidat idéal à la présidence de la République ! Le voici, l’homme parfait, le guide idéal, le chef suprême !

    BHL président ! BHL président ! BHL… dont les états de service nous assurent qu’il saurait, en quelques semaines, faire mieux que Macron et Hollande réunis… pour conduire le pays à un désastre dont l’ampleur donnerait aux bilans de ces deux-là un parfum de réussite.

    BHL est un imposteur. Très vite, l’Histoire l’oubliera, comme elle a toujours oublié ce type d’individus fats d’eux-mêmes, beaux parleurs et faux acteurs d’une société qui préfère le bon sens à l’aventure, la discrétion à l’exhibition, le réel au paraître, bref, la sagesse au risque, tout en se laissant trop souvent attirer par de tels miroirs aux alouettes.

  9. Malheureusement, on ne saura jamais ce que La Bruyère aurait pensé du sujet de ce billet.
    On se contentera donc de Cydias…

    « Cydias est bel esprit, c’est sa profession ; il a une enseigne, un atelier, des ouvrages de commande et des compagnons qui travaillent sous lui. Il a un ami qui n’a point d’autre fonction sur la terre que de le promettre longtemps à un certain monde, et de le présenter enfin dans les maisons comme homme rare et d’une exquise conversation ; et là, ainsi que le musicien chante et que le joueur de luth touche son luth devant les personnes à qui il a été promis, Cydias, après avoir toussé, relevé sa manchette, étendu la main et ouvert les doigts, débite gravement ses pensées quintessenciées et ses raisonnements sophistiqués.
    Cydias s’égale à Lucien et à Sénèque, se met au-dessus de Platon, de Virgile et de Théocrite ; et son flatteur a soin de le confirmer tous les matins dans cette opinion. C’est, en un mot, un composé du pédant et du précieux, fait pour être admiré de la bourgeoisie et de la province, en qui néanmoins on n’aperçoit rien de grand que l’opinion qu’il a de lui-même ».

  10. @ hameau dans les nuages
    « BHL me fait penser au BHV de mon enfance. Pour détourner le célèbre slogan de la Samaritaine : « On trouve tout au BHV. » »

    Ce n’est pas très gentil pour le BHV. Ce magasin, tout comme la Samaritaine d’ailleurs, avait un rayon outillage extraordinaire qui faisait la joie aussi bien des professionnels que des amateurs chevronnés.

    Quant à Bernard-Henri Lévy, apôtre du cosmopolitisme (pas celui des Lumières, celui qui dit : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, “franchouillard” ou cocardier, nous est étranger, voire odieux »), il a théorisé dans son œuvre la haine de la France de toujours. Mélenchon n’a rien inventé, il ne fait que suivre.

    À rejeter radicalement, ce genre de personnages infects.

  11. Marc Ghinsberg

    Portrait ou idéal ?

    Vous promettiez de faire la part des lumières et des ombres, mais les ombres n’ont fait que passer. Chaque réserve est balayée dès la phrase suivante : la sensiblerie est rachetée par le cœur, le spectacle absous par le tragique, et l’autodérision, absente de ce livre, est retrouvée dans le précédent. Quant à la liste finale des griefs, elle n’est dressée que pour être déclarée sans importance. Votre recension ressemble à une plaidoirie.

    C’est dommage car ce « monde à part », où le réseau et la fortune viennent à bout de toute crise, comme vous le relevez, est un vrai sujet : un magistère intellectuel adossé à des moyens dont nul autre ne dispose. Mais vous le décrivez, puis vous renvoyez toute objection à l’envie et à la jalousie. On ne répond plus au critique, on le psychanalyse.

    Vous saluez un aventurier épris de justice et de morale internationale, sans jamais vous demander si ses combats furent justes, ni surtout ce qu’ils ont produit. La sincérité de l’engagement tient lieu de bilan. De la Bosnie à l’Ukraine, l’histoire a donné raison à certaines de ses causes. D’autres appellent au moins un examen. L’intervention libyenne de 2011, que BHL revendique d’avoir inspirée, a-t-elle sauvé Benghazi ou livré le pays au chaos ? Les deux thèses se défendent, et aucune n’est évoquée.

    Quant à l’aveu que vous connaissez « un peu » BHL, placé en tête, il aurait fait lire autrement, placé à la fin, il oblige à relire. Et à la relecture, une question se pose. À mon tour de faire de la psychanalyse. Cet écrivain éblouissant, ce justicier sans robe, écouté des puissants, entouré d’amis et relayé par les blogueurs : est-ce tout à fait un portrait, ou un peu un idéal ? Vous dites avoir mêlé à votre lecture le BHL que vous connaissez. Peut-être y avez-vous mêlé aussi un peu de vous-même. Cela expliquerait l’indulgence : on est rarement sévère avec son idéal.

  12. @ Giuseppe le 25 septembre 2026
    « Mise en scène et narcissisme : ses reportages en zone de guerre (Ukraine, Syrie, Libye) sont souvent perçus comme des exercices d’auto-promotion, où sa posture (chemise blanche ouverte, cheveux au vent) prend le dessus sur la réalité des conflits documentés. Il faut avoir vu ses photos maquillées et montées, tout à sa gloriole, qui ont fait rire toute la planète ».

    Giuseppe apporte de l’eau à mon moulin, en effet.
    Je ne retrouve plus cette vidéo (bêtisier peut-être) où l’on peut voir notre « Tartarin » faire un reportage sous la mitraille, fumées et bruits de balles en fond sonore, suant, soufflant, derrière un mur ; tout aurait été crédible jusqu’au moment où, par malheur pour lui, la caméra a fait un écart, volontaire ou pas, vers deux soldats à quelques pas qui discutaient tranquillement debout, clope au bec, nullement gênés par la pluie de balles qui s’abattait sur le « théâtre d’opération ». Heureusement, sa chemise immaculée a été sauvée in extremis.

    Quelle poilade ! Je pense que le caméraman a dû être viré avec pertes et fracas.

    À mon humble avis, l’amidon de ses cols de chemise a dû lui monter au cerveau, je ne vois pas d’autres explications.

  13. Botul-Henri Lévy.
    Tout est dit. Il ne va pas sur le terrain, contrairement à ce que je lis, il le fait préparer, preneur de son, caméra… Terrains sans danger, comme à Sarajevo où il a réduit le champ de l’image afin qu’on ne puisse pas voir que, derrière lui, ça se baladait tranquille. J’avais un très très proche, présent lors de sa venue. Il était craintif et tremblotant et a occasionné une énorme gêne pour les hommes de terrain. Il n’a jamais vu une scène de guerre de près. Je me souviens avoir entendu le général Jean Cot le remettre à sa place comme le morveux agressif qu’il est.

    Il a le toupet, alors qu’il est fort riche, de faire financer par avance sur recettes le navet tout droit sorti de son crâne de moineau. Intelligent… brillant… non, courageux, mille fois non.

    Au bourrier.

  14. Comme je ne vais pas user de mes redites sur ce personnage, alors je me la fais un peu facile :

    Superficialité philosophique d’un enfumeur de première classe ; dès les années 1970, des penseurs comme Gilles Deleuze ou Pierre Bourdieu ont critiqué la « Nouvelle Philosophie », dont il est le visage, l’accusant de vider les concepts de leur substance au profit d’un marketing médiatique.

    Approximations et canulars où il se fait prendre en permanence : sa crédibilité académique a été lourdement entachée par des erreurs factuelles célèbres. L’épisode le plus marquant reste sa citation rigoureuse, dans son ouvrage De la guerre en philosophie, du philosophe Jean-Baptiste Botul, qui était en réalité un personnage fictif inventé par un journaliste du Canard enchaîné. Le Volatile a fait marrer toute la France des intellectuels et des lecteurs.
    Un gonfleur d’hélices dans toute sa splendeur, Botul un jour, Botul toujours.

    Son activisme de terrain, notamment son rôle d’influenceur politique majeur lors de l’intervention militaire en Libye en 2011, lui vaut de lourdes critiques au vu des conséquences chaotiques à long terme dans la région. Mise en scène et narcissisme : ses reportages en zone de guerre (Ukraine, Syrie, Libye) sont souvent perçus comme des exercices d’auto-promotion, où sa posture (chemise blanche ouverte, cheveux au vent) prend le dessus sur la réalité des conflits documentés. Il faut avoir vu ses photos maquillées et montées, tout à sa gloriole, qui ont fait rire toute la planète.

    Et puis il suffit de constater ses échecs de librairie et autres parutions : le public a compris que ce philosophe de bazar n’était rien d’autre que dans la vanité, la boursouflure de lui-même. Heureusement héritier d’une grande fortune, il a les moyens de ses ambitions minuscules ; il pourra toujours publier à compte d’auteur quand il sera complètement oublié de la vie mondaine et de salon qu’il sait entretenir pour exister et faire vivre un personnage de papier mâché.

  15. hameau dans les nuages

    Sinistre faux-cul des beaux quartiers, menteur et tricheur. BHL me fait penser au BHV de mon enfance. Pour détourner le célèbre slogan de la Samaritaine : « On trouve tout au BHV. »

    Une pensée pour Noël Godin, disparu il y a peu…

  16. La littérature professionnelle de notre marchand de bois philosophe en dit plus sur l’homme que ses mémoires.
    Posez-vous sur le mur de la digue à la mer, les jambes ballantes au-dessus des galets, et ouvrez un ouvrage philosophique de BHL ; à la page 20, il vous tombe des mains. Personne ne le ramassera, la marée l’emportera.
    L’Être et le Néant de Sartre tient en pogne plus longtemps !

  17. Cher Philippe Bilger,

    En vous lisant célébrer les Mémoires provisoires de Bernard-Henri Lévy, un sentiment d’incompréhension domine. Comment l’ancien magistrat que vous êtes — l’homme du doute méthodique, de la pesée rigoureuse des faits et du refus de l’esbroufe — peut-il à ce point déposer les armes face au vernis littéraire et à la séduction des réseaux ?

    Votre billet est un chef-d’œuvre de bienveillance sélective. Vous prétendez faire la part des ombres et des lumières, mais vous n’offrez à vos lecteurs qu’une illumination aveuglante.

    Vous concédez vous-même le piège : « la forme offre un décor et produit un enchantement qui risquent de nous détourner de l’essentiel. » Mais au lieu de vous en extraire avec la lucidité qui vous caractérise habituellement, vous vous y abandonnez tout entier. Saluer le style « éblouissant » de BHL ou sa « capacité à sortir de soi » sans jamais questionner la rigueur de sa pensée, c’est valider la victoire de la cosmétique sur le fond. L’épisode de l’affaire Botul — où il cita un philosophe fictif sans avoir vérifié ses sources — n’était pas une simple distraction, mais le révélateur d’une méthode fondée sur l’esbroufe.

    Vous évoquez chez lui une « joie indicible à se trouver suprêmement inconfortable et menacé, solitaire mais entouré », le comparant à un « Fabrice del Dongo du riche ». Cette poétisation du tourisme de guerre est problématique. BHL ne vit pas dans le roman de Stendhal : ses croisades morales et son prosélytisme interventionniste ont eu des conséquences dramatiques bien réelles — la Libye contemporaine, fragmentée et livrée aux milices, en est le témoin tragique. Admirer la « posture héroïque » d’un homme qui rentre dans ses salons parisiens sans jamais avoir à rendre de comptes sur les décombres qu’il laisse derrière lui relève d’une étrange cécité.

    Vous reconnaissez que BHL évolue dans un « monde à part », puissant et protégé, doté de moyens considérables et d’un réseau amical et médiatique tentaculaire. Mais là où un esprit critique verrait le monopole d’une parole surreprésentée et l’incarnation d’un entre-soi aristocratique, vous n’y voyez que « générosité, fidélité et volupté ». Vous demandez au lecteur de « résister à ces humeurs médiocres » que seraient la jalousie ou le ressentiment. Ce n’est ni de la jalousie ni du ressentiment : c’est une exigence démocratique de justice intellectuelle face à une parole qui s’impose partout sans jamais être sanctionnée par les faits.

    S’émerveiller qu’il fasse « bon être l’ami de BHL » est une confidence touchante pour une chronique mondaine, mais bien pauvre pour une analyse politique et philosophique.

    En qualifiant cet ouvrage de « parfum d’éternité », vous ne saluez pas un grand livre d’histoire ou de pensée : vous signez l’acte d’abdication de la critique face au spectacle.

  18. Cet homme est aussi l’auteur de L’Idéologie française, ouvrage on ne peut plus francophobe. De plus, c’est le genre de bonhomme qui prône la guerre pour les autres sans jamais y participer lui-même. Et je ne parle même pas de ses positions sur d’autres sujets.

  19. « Tellement il fait bon être l’ami de BHL ! »

    Tout est dit !
    Il fait bon…
    Ne trouvez-vous pas, M. Bilger, que l’ami qui vous ferait cet effet porte en lui et dépose en vous une sorte de molécule chimique du genre « fentanyl » ?
    Ce n’est pas conforme au désir d’amitié que de rechercher, comme un chat, où se lover, Love, Love, Love, cœur, cœur, cœur…

    « L’auteur peut agacer, surprendre ; on peut regretter ses choix, ses orientations, le jalouser, l’envier, se moquer de ses aventures « malruciennes », le vouloir plus Camus que Sartre, douter de la qualité du cinéaste, condamner parfois son intolérance, ses foudres intellectuelles, ne pas être fasciné par l’univers qui est à sa dévotion et auquel il rend la pareille. Rêver d’un autre qui ne serait plus lui ! »

    Camus ou Sartre ne sont certes ni suffisants ni utiles…
    Malraux était une ordure…
    Il n’existe aucun doute sur l’absence de qualité de réalisateur de BHL.

    Mais, mais, mais, on aime qui on veut, on porte aux nues qui on aime, on cristallise et habille de mille lumières l’aimé, et à la fin on se mouche bruyamment !

    Il me peine de ne pas être plus aimable, mais c’est par amitié.

    Mémoires provisoires : ce titre dit combien la vanité a rempli cette baudruche, car des hauts faits n’existent pas, et ce qu’il reste de temps ne laisse pas beaucoup de place au futur héros, pathétique vieillard, infatué et si peu attentif au monde…

    Ce qui est provisoire, c’est l’homme, et c’est heureux…

    Triste guignol provisoire !

  20. Philippe en « pilleur de tombes », il n’a pas avalé les remarques de la veille et se venge en remettant une couche avec ce guignol pédant, méprisant et sa morgue d’être supérieur.

  21. BHL n’est pas un mauvais philosophe, il est même plutôt un bon écrivain. Mais il a un côté agaçant à vouloir jouer les chevaliers blancs défenseurs des peuples opprimés.
    Certes, à la différence de beaucoup de penseurs bon teint, il n’hésite pas à aller sur le terrain des opérations et ne se limite pas à jouer les indignés sur les plateaux télé climatisés.

    Après avoir lu le billet de notre hôte, je ne doute pas que son dernier livre soit bon. Peut-être même l’achèterai-je à l’occasion, mais pour l’instant j’ai déjà pas mal de livres en attente, alors j’attends un petit peu.

    J’ai lu voici déjà quelques dizaines d’années son livre dont le titre, « Ce grand cadavre à la renverse », est inspiré d’une réflexion de J.-P. Sartre dénonçant déjà le progressisme contemporain qui nous éloigne tous les jours un peu plus de nos belles traditions françaises transmises par nos aïeux.
    Il semble que cette réflexion soit parfaitement d’actualité, ce qui peut expliquer que le RN soit en tête dans les sondages et même aux portes du pouvoir.
    Mais nous sommes encore à sept mois de l’échéance et rien n’est joué.

  22. Cet éloge de l’imposture me navre. Je suis certain que Philippe Bilger est sincère dans son admiration ; c’est ce qui me déconcerte.

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