Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

François Hollande ne sait que comprendre !

Les agriculteurs excités n’exigent pas de François Hollande qu’il entende et comprenne « leur colère » mais qu’il la prévienne, la rende inutile. Ils ne manquent pas d’un psychologue mais d’un battant. On est loin du compte.

Les migrants sont trop forts !

Qui osera soutenir que les migrants ne sont pas sacrés et que nos concitoyens n’ont aucun complexe à avoir ? Qui osera reprocher à l’Etat de préférer, à la pureté dévastatrice d’Antigone, la rude patience, l’inlassable pragmatisme et la vigoureuse conciliation de ce qu’on doit avec ce qu’on peut de Créon ?

Le cinéma : la vulgarité contre la litote !

Je sais bien que la litote est aujourd’hui une figure de style quasiment méprisée. Notre monde aime les grosses caisses mais heureusement l’élégance, la grâce et le talent savent en général nous sortir des coulisses nauséabondes pour nous honorer sur la scène.

Si François Hollande ne se représentait pas ?

Si François Hollande ne se représentait pas, nous aurions enfin du neuf dans la politique française. Tout cela ne manquerait pas d’allure. Mais je doute que le président ait envie de nous prouver que son absence serait un bienfait pour notre vie démocratique.

Rire avec Proust et Céline !

La littérature n’est pas ennuyeuse. La fraternité des grands écrivains avec nous est totale, absolue : l’universel qu’ils portent et qu’ils transmettent est souvent mouillé de larmes et d’émotion mais aussi empli de rires. Qu’ils soient éclats ou délicieuses ironies intimes. Voilà, c’est fait. Je suis libre, libéré. Au suivant !

Soljenitsyne nous surestime !

Alexandre Soljenitsyne nous surestime, nous rêve. Il nous voudrait comme lui alors que nous sommes comme nous seulement et que petitement nous nous contentons de nos petites oeuvres. On a les archipels qu’on peut.

L’éloquence, mais pour dire quoi ?

Ce n’est pas pour rien qu’en introduction à mes formations, je martèle ce double précepte : la parole est une chance – non pas la vide mais la pleine selon Lacan – et je parle donc j’existe. Alors l’éloquence soit, mais pour dire quoi, pour être qui ?