Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Quand les médias se regardent le nombril…

Le jour où tous les éditorialistes seront libres et brillants, il n’y aura plus de perles rares, d’éblouissantes exceptions. On a encore du temps devant nous pour cela. Quand les médias se regardent le nombril, une belle opportunité d’examen critique !

Ah, si Emmanuel Macron était Georges Pompidou…

Ah, si Emmanuel Macron était Georges Pompidou, il aurait réfléchi en intégrant le fait que 60% des Français ont besoin de leur voiture pour une quotidienneté laborieuse et il se serait interrogé sur ce point capital, et son Premier ministre avec lui : une politique n’est-elle glorieuse que si elle est punitive, que si elle divise, que si elle propose un futur pour les privilégiés, inconcevable pour les modestes, en ne se colletant pas d’abord à l’insupportable et lancinante charge du présent pour tant de gens ?

Omnipotence de l’accusation ou de la défense ?

Je ne prétends pas être cynique mais réaliste. Dès lors qu’un projet de loi, dans le registre pénal, n’a pas le loisir de peser comme sur un trébuchet la dose de liberté et l’exigence de de sûreté, de concéder une stricte égalité à l’une et à l’autre, puisqu’il faut choisir et arbitrer pour déterminer la meilleure procédure possible, je préfère pour nous, pour la communauté nationale, pour tous les citoyens, l’omnipotence de l’accusation à celle de la défense.

Selon Castaner, ça va castagner !

Cette autorité qui n’a au fond que des ratés et se réveille le temps d’une fronde, d’une jacquerie qui sortent des chemins démocratiques battus est insupportable. On la préférerait plus modeste mais constante.

Le verbe macronien : entre pathos et trivialité ?

Surtout j’attache la plus grande importance à la dénonciation du « pathos ornemental ». Je prends ce risque pour moi. Le goût de la belle langue, la dilection pour une parole forte vraie et intense, à la fois chargée d’émotion et si possible d’intelligence peuvent en effet parfois frôler l’enflure, voire y tomber. Rien de plus bienfaisant que d’être mis en garde, par l’entremise présidentielle même injustement critiquée, pour les virtualités négatives qui pourraient surgir de ma passion du verbe.

Augustin Trébuchon : si loin et si près…

Je ne connais pas son visage mais je sais que du profond des âges il donne une leçon. Le tragique, l’horreur, la mémoire, le respect devraient peser si lourd, à cause du passé, qu’ils devraient nous faire oublier nous-mêmes aujourd’hui. Je vais essayer d’être à la hauteur de cet immense exemple mais dans un fil des jours tranquille.

Le peuple, tout contre le président !

On demandait à Sacha Guitry s’il était « contre les femmes », il répondait « oui, tout contre ». Je ne peux pas me retenir : aujourd’hui, le peuple est tout contre le président. Pour l’agonir ou l’applaudir. Il est trop près. S’autoriser à traiter un président de la République « d’escroc » est une déchéance citoyenne. Pire encore, le contraindre à une écoute et à une tolérance sans lesquelles il serait encore plus vilipendé médiatiquement, est un désastre démocratique.

PMA : on a le droit d’hésiter…

Sur la PMA, oui, on a le droit d’hésiter mais, sans me défausser, le combat capital a déjà eu lieu. Il y a des billets qui rendent impatient leur rédacteur : il attend la pensée des autres.