Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

ENM : un vrai corporatisme va remplacer l’autre !

Nommer un avocat à la tête de l’ENM est autant une machine de guerre que si on recrutait des magistrats pour diriger les écoles de formation du Barreau, qui d’ailleurs ne l’accepterait pas. Ce qui serait impossible pour lui devrait-il être imposé à la magistrature ?

Médias de gauche : un pléonasme ?

Tentons, grâce à une opération de salubrité intellectuelle et de déontologie exemplaire, d’enlever, dans l’espace médiatique, tout le confort de préjugés et de poncifs de gauche, cet infra langage qui colore, imprègne, gangrène et dénature. Le résultat serait catastrophique : on ferait trop de malheureux ! Parce que médias de gauche est un pléonasme et qu’on ne change pas une équipe qui perd.

Ai-je mauvais esprit ?

Derrière ces demandes d’avis, cette multiplication de saisine des services d’inspection, il y a comme une tranquillité politique : l’assurance que rien ne sera dévastateur et que même si quelques critiques sont formulées, elles ne porteront pas atteinte à un équilibre général. Imaginons que le CSM ait dit le contraire sur le PNF, l’enquête et François Fillon : quel maelstrom ! Ai-je mauvais esprit ?

Darius Rochebin : miracle ou évidence ?

Je n’ai pas été déçu par le comportement tant vanté de Darius Rochebin mais je l’ai analysé comme la perfection, en tout cas l’excellence d’un journalisme classique fondé sur quelques vertus à la fois basiques et essentielles : une attitude polie et bienveillante de sa part qui manifestait que celui qui allait interroger ne se prendrait pas pour plus important que la personne face à lui ; des questions courtes, sans roideur, comme emplies d’un doute qui allait donner toutes ses chances à la liberté et à la sincérité d’autrui ; aucune impasse n’étant faite sur les points controversés qui étaient abordés avec la même sérénité, ce qui écartait tout risque de conflit ; une intelligence d’autant plus vive qu’elle ne s’affichait pas ostensiblement et rencontrait l’intimité de l’autre grâce à un langage de qualité, sans la moindre vulgarité ; une écoute sans impatience ; parfois une interruption pour relancer ; toujours ce regard grave ou pacifiquement ironique…

Contre Bruno Retailleau, l’ambition de perdre…

Ainsi, c’est seulement au mois d’avril 2021 que LR se penchera sur le choix de son candidat pour l’échéance présidentielle de 2022. Ce calendrier est suicidaire qui après nous avoir fait attendre la décision de François Baroin, ce qui a gelé trop longtemps toute opposition vigoureuse et intelligente, va encore la retarder dans l’espoir de le faire changer d’avis.

Jean-Louis Bianco est-il « lâche » ?

Quand Jean-Louis Bianco ne consent pas à s’opposer à Eric Zemmour, il donne un mauvais exemple et n’offre pas une belle image de soi. Quand on est si sûr de soi, de son humanisme et de ses pensées souvent étrangement accommodantes, on accepte de venir les faire passer au crible d’EZ ! Ce que j’écris sur JLB s’appliquerait parfaitement à Jean-Michel Aphatie : je ne détesterais pas voir ce dernier dire, mais face à EZ, ce qu’il pense de lui.

Pourtant le garde des Sceaux n’avait pas si mal commencé…

Un garde des Sceaux doit-il affirmer que nous avons tort ou nous faire entendre raison par une empathie et une action qui, au lieu d’aggraver le hiatus entre le citoyen et les gouvernants, rassurent et rapprochent ? Est-ce l’avocat qui est trop vite revenu ou le formidable talent du bretteur, qui n’est plus à une erreur près, dont le président a besoin pour rendre ou porter des coups qui n’ont qu’un seul tort : d’un ministre on attend une politique, des actes, pas des violences verbales peu appropriées à l’encontre de ceux qui contestent le pouvoir au service duquel il s’est mis il y a peu de temps.

Ainsi le président nous autorise « séparatisme » !

Thèmes en or pour un président cultivé – la République, sujet noble s’il en est – et doué pour les constats qui ont ce grand avantage et l’extrême faiblesse, grâce à la magie du verbe, de n’être pas obligatoirement validés par la puissance de l’action.