On va soutenir que c’est normal, que notre président a totalement démérité… Pourtant, il me semble qu’on a dépassé ce que la démocratie, même la plus tolérante, se doit d’accepter quand une bande de voyous, a hurlé, au passage du président quittant Trappes, cette cité tragiquement meurtrie : « Nique ta mère, Macron ! » (Facebook)
Cela n’affecterait-il que le pouvoir dans son expression officielle que ce serait déjà un scandale. Comme si beaucoup n’étaient plus capables de maîtriser leur verbe collectif en lui permettant de retrouver une légitimité, une crédibilité. Pour être assurés d’être écoutés, sinon entendus.
Mais il y a une tradition nationale qui interdit la moindre complaisance avec les autorités et impose une contestation en toutes circonstances, un réflexe dont on ne veut à aucun prix se débarrasser. Comme s’il nous faisait honneur alors qu’il devrait nous faire honte. Rien n’est plus ridicule que ces opposants compulsifs qui, même si quelque chose de bien était accompli, continueraient, dans une mécanique folle, à vociférer sans savoir pourquoi.
Le pire est que ce poison a gangrené l’ensemble du pays, et notamment ses activités politiques, sociales et médiatiques.
Il y a des délires qui versent dans le maximalisme, dans l’annonce de manifestations avant que celle en cours ne soit terminée, dans l’inversion des responsabilités, dans une fureur se nourrissant elle-même et réclamant des solutions que même le temps long ne parviendrait pas à trouver.
Le jeunisme, cette peur panique d’être en retard d’une démagogie, ne cesse de frapper. Les lycéens et les étudiants sont sanctifiés par principe et on s’obstine à ne pas voir que leurs revendications, en apparence concrètes, ne sont que la formulation d’un mal de vivre avec « un vague des passions et des concepts » contre lequel on ne peut rien.
Jean-Luc Mélenchon est fier de nous menacer de défilés et de violences à répétition si le pouvoir « ne cède pas ». C’est-à-dire s’efface totalement.
Il est vrai que des extrémistes clament encore leur indignation et réclament qu’Emmanuel Macron parte avant l’heure, alors que déjà ses possibilités d’action sont moribondes et que certains citoyens s’en félicitent plus qu’ils ne le regrettent.
Dans quel monde vit-on pour que le pouvoir soit déclaré responsable des violences et des dévastations du 17 octobre quand, pour avoir il est vrai été maladroit, il a eu affaire à des brutes, des incendiaires et des pillards ?
Dans quel climat respire-t-on pour que le 24 octobre apparaisse comme un succès, même relatif, alors qu’on sait déjà que l’avenir sera très angoissant ? Deux échéances au moins verront des forces coalisées se dresser contre un pouvoir qui ne sait plus sur quel pied danser, et contre ceux qui protègent nos personnes et nos biens, les titulaires de la force légitime.
Quelle étrange manière, dans certains médias, de parler de « camp retranché » (Le Monde) à propos du congrès du RN du 24 octobre, comme si ce parti n’avait pas été contraint de se retrancher face à une multitude d’opposants qui, pourtant, n’avaient que le mot de démocratie à la bouche, mais considéraient que la favorite pour accéder au second tour de 2027 n’y avait pas droit. Sans comprendre qu’ils lui donnaient ainsi du grain à moudre et alimentaient à foison l’exigence d’ordre…
Entendre Olivier Faure dans Le Grand Jury du 25 octobre ne pouvait que laisser stupéfait ou, pire, effondré. Quelle haine sournoise, élégante et complice dans cette manière de justifier les slogans abjects du 24 octobre, comme pour ne pas paraître dépassé par l’ignominie collective !
Cette hostilité – un euphémisme – a trouvé sa cible, au-delà d’Emmanuel Macron, en tous ceux qui, désespérément, cherchent à apaiser, qu’ils soient opposants ou non, car il y a une manière intelligente et mesurée d’exprimer sa colère.
Tout particulièrement à l’encontre de Raphaël Glucksmann qui, encore à Amiens, a dû subir et payer la rançon de son entêtement à ne pas ériger la morale et la politique en foire d’empoigne.
Cette France-là, dont le seul carburant est aujourd’hui la haine, est en partie la conséquence d’une pratique présidentielle qui a multiplié les fautes, sans être véritablement sourde aux attentes des Français, mais en demeurant constamment décalée par rapport à elles. Le résultat est qu’il n’est plus absurde de prévoir la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle de 2027, malgré le large écart qui les sépare. Si le second l’emportait, la haine serait au pouvoir. Avec la première, dominerait une impossibilité tragique de rassemblement. Ce n’est pas la même chose.
Marine Le Pen se pose effectivement, de manière anticipée, comme la présidente et, en tout cas, comme celle qui, dans un pays qui a perdu ses marques et ses repères, parce que la haine et l’invective lui ont fait oublier ce qu’étaient la pensée et la politesse républicaine, se contente d’engranger ce que le réel, en permanence, lui apporte.
Il aurait été facile, mais fastidieux, de poursuivre cette litanie qui démontre, dans la France elle-même et d’où qu’on l’observe, la domination de la haine et le refus absolu de mettre à bas les frontières partisanes, tandis que les convictions sont étouffées par les instincts et les humeurs.
L’obsession de la concorde ne serait pas, pour 2027, le plus médiocre des impératifs.