De ce que la France vit et subit. Des angoisses suscitées par la journée du 24 octobre, après le désastre de celle du 17.
On n’en peut plus des forces de l’ordre agressées, limitées dans leur riposte, face à des voyous sans frein dans leurs violences et leurs pillages. Avec cette terrifiante possibilité que des commerçants en viennent à défendre eux-mêmes leur personne et leurs biens, face à une police ne se donnant pas le droit de tirer, même dans les jambes, comme le suggérait le général de Gaulle à une certaine époque. Des citoyens contraints de se barricader ou de s’armer : telle est l’alternative qui risque de leur être laissée.
On n’en peut plus de cette distinction de plus en plus floue entre de faux lycéens ou étudiants ne cherchant qu’à en découdre et des black blocs venus de partout.
On n’en peut plus de ces associations lycéennes de gauche et d’extrême gauche qui prétendent imposer l’exclusion de l’UNI et adoptent une posture de rejet de toute concertation pour dépasser, dans la surenchère, les syndicats classiques. Mais reçues par le président qui veut reprendre la main !
On n’en peut plus de ce pouvoir qui nous parle d’État de droit quand on attend tout simplement un État qui exerce son autorité.
On n’en peut plus de ce Jean-Luc Mélenchon qui attise le feu puis, hypocrite, joue les modérateurs.
On n’en peut plus de cette droite qui, à quelques mois des échéances présidentielles, n’est pas fichue d’organiser une primaire ou d’aller vers l’union de ces deux remarquables incarnations que sont Bruno Retailleau et David Lisnard, laissant les deux candidats macronistes tenter désespérément de faire oublier qu’ils ont servi le président et, dans le cas d’Édouard Philippe, qu’il a contribué à sa débâcle.

On n’en peut plus de cette gauche et de cette extrême gauche qui réclament le respect du droit de manifester, mais s’empressent d’aller à Orléans pour dénoncer, paraît-il, « le fascisme, le racisme et l’antisémitisme » du Rassemblement national, à l’occasion de son congrès et du lancement de sa campagne présidentielle.
La bêtise absolue de cette agitation militante, menée notamment par des responsables politiques, aura une double conséquence : révéler l’hostilité de ces forces socialistes, écologistes et extrémistes au fonctionnement normal de la démocratie et, par leur incohérence même, contribuer à renforcer le RN, dont les intentions de vote avoisinent déjà les 40 %.
Il ne faut pas oublier, dans cette volonté d’empêcher par avance le déroulement serein du jeu républicain, la présence permanente de Sophie Binet, auprès de laquelle ses prédécesseurs à la CGT apparaissent comme des syndicalistes pragmatiques – et pas seulement politisés.
On n’en peut plus de cette démocratie qui proteste avant d’écouter, qui veut la justice pour ses amis et l’opprobre pour ses adversaires, qui prêche la violence mais s’étonne qu’elle fasse mal, qui affirme que la police « tue » et ne la défend jamais.
On n’en peut plus de voir la France moquée comme si elle n’était plus rien, perdre tout crédit et renoncer à ce qu’elle aurait pu conserver de raison et d’influence dans une géopolitique dominée, de concert, par un erratique et un cynique.
On n’en peut plus d’attendre impatiemment 2027 tout en redoutant son issue, avec la perspective d’un second tour qui opposerait les ambitions révolutionnaires de LFI et de ses alliés aux bouleversements sociaux, économiques et culturels que pourrait entraîner l’arrivée au pouvoir du RN.
On n’en peut plus, tout simplement, d’être Français en se souvenant de ce qu’on a été.