Défense des ploucs…

Didier Maïsto, lorsqu’il présidait Sud Radio jusqu’en 2020, avait écrit un texte étincelant, très lu et admiré, pour défendre la France « des clopes et de la bière », moquée par Benjamin Griveaux.

Même si nous avons quitté la période intense où les Gilets jaunes ont à la fois fait espérer et désespérer notre pays, rien, aujourd’hui, n’a véritablement changé. Il y a toujours ce clivage grossier entre les élites et le peuple, entre ceux, comme l’aurait dit Michel Onfray, qui détiennent le pouvoir et la multitude sur laquelle il pèse.

Un entretien, dans Politique Magazine, avec Diane de Bourguesdon, qui vient de publier Les indésirables – Prolophobie, a remis en lumière cette division que l’auteure définit ainsi : « on peut pratiquer ostensiblement le racisme social ».

Cette « défense des ploucs » court le risque de tomber dans une forme de démagogie qui, derrière une apparente absence de mépris, conforte pourtant la condescendance avec laquelle la France d’en haut se penche sur la France d’en bas, en maintenant cette impalpable frontière qui distingue les humbles, les modestes, souvent abandonnés, des privilégiés.

L’invocation répétée d’un peuple supposé homogène tient trop souvent lieu de réflexion à la pensée conservatrice : elle se borne à dénoncer indistinctement les élites et, par effet de contraste, à idéaliser ceux qu’elles sont censées dominer.

Pour échapper à ce qui pourrait n’être qu’un simulacre – un hommage superficiel dénué d’authenticité -, la seule solution est de comprendre que cette France majoritaire des « honnêtes gens » n’a pas seulement à être valorisée, remise sans détour au cœur du débat démocratique, mais saluée, célébrée comme une chance presque ultime de sortir le pays d’une situation infernale, où ceux qui croyaient savoir ont failli, tandis que la masse des autres n’a jamais été ni consultée ni respectée.

Si la défense des ploucs n’est jamais que l’attitude d’une dame patronnesse républicaine, elle n’aura pas le moindre effet.

En revanche, si, en élargissant le sens de « ploucs », elle consiste, face à la pompe et aux grandeurs, à favoriser l’unité de la nation en mêlant ses ombres multiples à ses lumières, alors elle pourra la sauver.

Du racisme comme de tant d’autres dangers.

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