Jean-Luc Mélenchon joue-t-il seulement à faire peur ?

On a pu penser, il y a quelque temps, que Jean-Luc Mélenchon avait troqué, à sa manière et pour d’exclusives raisons tactiques, l’habit du loup pour celui de l’agneau. Il avait changé de ton et s’était métamorphosé en débatteur brillant, mais à peu près courtois. Qu’on se souvienne du premier débat médiatique réunissant tous les candidats sur LCI !

Était-ce seulement une illusion ? Tout démontre, ces derniers jours, que JLM, sur la forme comme sur le fond, est reparti sur le même mode provocateur qu’auparavant, avec une telle intensité et dans tant de domaines qu’il est permis de s’interroger : n’a-t-il pas d’autre visée que de nous faire peur, en intégrant à ses propos les risques de violence et de désordre que beaucoup de citoyens décèlent ?

La contestation qu’il inspire et favorise dans les lycées — Bally Bagayoko n’est pas en reste — n’a rien d’habituel : elle ose des formules scandaleuses ( répression, sauvagerie et racisme), elle incite aux violences urbaines, comme l’a dénoncé le ministre de l’Intérieur. Son souci n’est pas de répondre aux mille maux des collèges et des lycées, mais de faire d’eux des poudrières.

Sur tous les thèmes qui agitent le débat public, son obsession, devenue un réflexe, est de pousser les feux au maximum afin qu’on ne puisse plus examiner lucidement les difficultés et le réel, à réformer éventuellement, mais que l’on soit seulement plongé dans l’effervescence, la brutalité de la pensée, la menace par le verbe, une incandescence de tous les instants. Il faut tristement accepter ce constat pour la France : au bord du gouffre, des irresponsables désirent l’y jeter.

On ne fera pas croire que l’intelligence cynique et dominatrice de JLM le détourne de la catastrophe qu’il met en œuvre, ni que sa vision des choses n’intègre pas le fait que tout ce qu’il dit et accomplit constitue un moyen implacable d’être battu, même si, apparemment, Édouard Philippe est sur une pente descendante au regard d’une possible présence au second tour.

Aussi arrogant que puisse apparaître le comportement de JLM — son talent ne justifie pas tout —, il n’ignore pas qu’une partie de certaines banlieues et une part de la jeunesse ne suffiront pas à le placer sur le pavois suprême. D’autant qu’il nourrit sans cesse des forces centrifuges qui semblent l’éloigner de la conquête du pouvoir, comme si son objectif n’était plus de l’exercer, mais de le rendre inutilisable pour le successeur d’Emmanuel Macron.

Sinon, comment comprendre ces évolutions suicidaires qui le conduisent, assisté par Clémence Guetté, sur un mode de plus en plus choquant, à fustiger l’Ukraine, à souhaiter qu’on la prive des moyens de se défendre et, en définitive, à retrouver sa nature profonde : cette inclination à apprécier et à cultiver les dictateurs, en l’occurrence Poutine, par une sorte de similitude perverse avec son propre tempérament ?

Quelle que soit la haute opinion qu’il a de lui-même et l’idolâtrie de la Cour qui le flatte, il ne peut être aveugle à cette donnée : un second tour, aujourd’hui, le verrait écrasé par Marine Le Pen, créditée de 69 %, même s’il pourrait toujours compter sur Mediapart pour lancer des boules puantes d’ancienne date, vraies ou fausses, contre ses adversaires…

JLM, s’il n’a d’autre dessein que de « bordéliser » notre pays pour, après 2027, se poser en restaurateur d’un climat dégradé par la violence, le désordre et un incivisme sauvage qu’il aurait lui-même contribué à créer, poursuit une étrange stratégie : dilapider ses infimes chances d’être élu.

Le titre de mon billet n’est ni un paradoxe ni une interrogation dénuée de sens. Dans l’excellent Crépuscule des princes, de Jérémy Marot et Pauline Théveniaud, Xavier Bertrand, comme souvent plus lucide sur les dérives d’autrui que sur son propre avenir, considère lui aussi que JLM ne veut pas être élu mais, une fois le successeur connu, obtenir un « brevet républicain » par ses entreprises de prétendu pacificateur.

JLM joue à nous faire peur. Encore faudrait-il ne pas lui donner le plaisir de gagner à ce jeu.

Article précédent

Emmanuel Macron n'a pas tout faux...

Ecrire un commentaire

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *