Emmanuel Macron n’a pas tout faux…

C’est un billet risqué puisque nuancer, si peu que ce soit, l’opprobre déversé sur le président de la République garantit un flot d’injures à votre encontre.

Qui lisait, ce dimanche 27 septembre, en couverture du JDNews : « Macron sourd à la colère – Caisses vides, impopularité record, hausse des prix… Le président rattrapé par son bilan » ne pouvait qu’être saisi d’effroi et d’indignation. Face à un tel passif et à une telle culpabilité, assénés avec tant de vigueur !

Alors que même cet hebdomadaire sait que c’est faux, qu’Emmanuel Macron n’est pas « sourd à la colère », quel que soit le désaccord que l’on puisse avoir avec les solutions qu’il propose.

On ne lui sait gré de rien.

Parce qu’il commet une erreur sur le Hamas, qui a été terriblement nocif et présent en Cisjordanie, contrairement à ce qu’il a affirmé, on n’hésite pas à moquer tout ce qu’il tente sur le plan international.

Dialoguer avec Donald Trump pour tenter de le mettre dans la bonne voie, alors que « les errements de ce dernier sont devenus un facteur majeur de déstabilisation des relations internationales », selon la lucide observation de Jean-Pierre Filiu. Continuer à soutenir l’Ukraine en s’efforçant de mobiliser les inquiets ou les tièdes en faveur du président Zelensky et de sa lutte contre l’envahisseur, et alerter sur le cynisme et la dictature de Poutine. Empêcher que les Houthis aggravent, contre l’Arabie saoudite, la pénurie et la cherté des carburants. Et la Constitution ne lui imposait pas de demander l’accord de l’Assemblée nationale : Jean-Luc Mélenchon a mal lu l’article 35 !

Il serait absurde de prétendre que toutes ces démarches méritent des éloges et qu’elles vont aboutir. On connaît bien l’état de la France et son influence réelle, mais peu importe. Cela ne justifie pas l’allégresse avec laquelle beaucoup versent dans une forme d’extrémisme, aussi bien dans la pensée – il n’accomplit rien, il fait tout mal – que dans l’expression – il est nul !

Sur le plan intérieur, comment, de bonne foi, ose-t-on alléguer que, lors de son récent entretien avec Caroline Roux et Gilles Bouleau, il est demeuré « sourd à la colère », alors qu’il a seulement fait valoir que les circonstances internationales pesaient lourdement et qu’elles ne dépendaient pas de notre pays ?

Une écoute attentive des échanges, sauf à préjuger qu’Emmanuel Macron aurait toujours tort et serait par principe coupable, faisait apparaître un président cherchant à argumenter et à convaincre, notamment sur l’ampleur du déficit, dû en partie au « quoi qu’il en coûte », dont il a rappelé que tous les responsables politiques l’avaient alors approuvé.

Pour le futur budget, Emmanuel Macron voudrait, à juste titre, qu’on accélérât, mais le Premier ministre « temporise ». Qui s’en soucie ? Qui en créditera le président, depuis cette funeste dissolution qui ne cesse d’engendrer ses effets délétères ?

Qu’on discute ses points de vue, qu’on doute des actions qu’il mène et qu’il exaspère au plus haut point beaucoup de ses concitoyens constituent des données dont, à l’évidence, il tient compte et qui ne favorisent pas ses entreprises : cela va de soi. Mais plus choquante encore est cette propension, chez certains, à souhaiter la faute et à presque se réjouir de ses efforts non couronnés de succès. Comme s’il ne représentait pas la France, pour quelques mois encore, jusqu’au bout de son second mandat.

Il a droit à une justice et à une équité immédiates. Au lieu d’attendre qu’elles lui adviennent, comme c’est la règle avec tous les présidents, après leur départ.

Il est d’ailleurs étonnant que ceux qui jugent si sévèrement cette présidence ne songent guère à la comparer par avance à celles qui lui succéderont. Est-on si sûr de gagner au change ?

Il me semble qu’une interrogation fondamentale mérite d’être formulée sur cette monarchie républicaine qui donne beaucoup de pouvoirs, en majesté et en solitude, au président de la République, et sur la réalité du traitement qui lui est quotidiennement infligé. D’un côté, un impérium démocratique ; de l’autre, une totale banalisation, et souvent une dérision, de la fonction et de celui qui l’incarne.

Pour ma part, je n’ai pas besoin de le maltraiter civiquement pour me féliciter de son départ.

Sans déborder d’illusions.

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Le pape : Paris gagné...

Voir les Commentaires (3)
  1. Marc Ghinsberg

    Il faut un certain courage pour écrire ce billet. Dans un paysage où le Macron bashing tient lieu de ligne éditoriale, et où la bollosphère en a fait un exercice quotidien, sans mesure ni scrupule, vous rappelez une évidence devenue presque subversive : on peut combattre un président sans le traîner dans la boue, et le juger sans l’avoir condamné d’avance.

    J’ajouterai une observation que l’on se garde bien de faire. Cette « monarchie républicaine » dont vous évoquez la majesté et la solitude n’est monarchique que tant que le monarque dispose d’une majorité. Sans majorité à l’Assemblée, même relative, le président devient un souverain sans royaume. Il nomme un Premier ministre suspendu à une coalition introuvable, propose un budget que d’autres défont, et son autorité se réduit à ce que les oppositions veulent bien lui concéder. On lui reproche tout parce qu’on lui prête tout. Et on lui prête tout parce qu’on a oublié de relire la Constitution.

    Quant à cette dissolution que vous qualifiez de funeste, encore faudrait-il en établir la paternité. LR avait annoncé qu’il ne voterait pas le budget à l’automne, ce qui condamnait le gouvernement à la censure. Le président a préféré anticiper une chute programmée plutôt que de la subir. On peut discuter le moment, la méthode, le pari. On ne peut pas faire comme si l’incendie était tombé du ciel. Ceux qui avaient frotté l’allumette sont aujourd’hui les premiers à crier au pyromane.

    Et voilà que l’histoire bégaie. Certains annoncent déjà qu’ils censureront le gouvernement, à quelques mois de la présidentielle. Pour quel bénéfice ? Il n’y a aucune majorité de rechange, et aucune perspective sinon le chaos. Sans budget, sans gouvernement, sous le regard de marchés qui n’attendent qu’un prétexte, c’est une crise financière qu’on prépare. Le successeur d’Emmanuel Macron héritera d’un pays ingouvernable et d’une dette hors de contrôle, il sera condamné dès le premier jour à l’impuissance. Singulière stratégie que de saboter la maison dont on brigue les clés.

    Il faut donc soutenir le président jusqu’à la présidentielle, non par adhésion, mais par responsabilité. Et il faut juger les candidats sur l’attitude qu’ils adopteront d’ici là. Il y aura ceux qui auront placé l’intérêt du pays au-dessus de leur intérêt de campagne, et ceux qui auront misé sur le pire pour mieux régner sur les décombres. Responsabilité ou politique du pire : cet automne en dira plus long que tous les programmes.

    On reconnaîtra les futurs présidents à ceci : ils n’auront pas attendu d’être élus pour se conduire en hommes d’État.

  2. « Est-on si sûr de gagner au change ? » (PB)

    C’est certain, vu les futurs candidats qui s’annoncent, qu’il est permis d’en douter.
    On voit là que la Ve République, cette monarchie républicaine comme vous la qualifiez fort justement, peut vraiment poser problème.

  3. Après BHL, le pape, et maintenant Macron ?
    Vous n’êtes pas raisonnable, notre hôte, les fauves vont nous faire une indigestion et encore nous en mettre partout…

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