Au sujet du voile, Jean-François Copé s’est fait semoncer parce qu’il avait répondu « trop tard » à une question sur sa possible interdiction (RTL).
Si sa franchise pessimiste est louable, elle est infiniment déprimante sur le plan politique. Il n’est pas le premier à affirmer ainsi, avec une sorte d’évidence, face à ce problème comme à beaucoup d’autres, qu’on n’y peut plus rien, que tout est consommé et que le déclin est irréversible. Comme si les politiques eux-mêmes prenaient acte de leur impuissance et cherchaient à persuader les citoyens qu’être lucides sur l’échec valait presque autant qu’être efficaces dans et par l’action.
On peut soutenir, sans forcer le trait, que les « trop tard », les « à quoi bon », les « cela a déjà été tenté », les « c’est peine perdue », les « ce ne sera jamais voté », les « la politique ne sera jamais morale » constituent le discours de base d’une démocratie qui doute d’elle-même, qui n’a plus confiance en ses forces et préfère se déliter, à petit feu ou à grandes eaux, plutôt que de réagir en affirmant que tout est encore possible si et quand on le veut.
Récemment, lisant en couverture du JDNews, sous une photo du président de la République, « La République des copains », j’ai naturellement placé ce thème – dont on peut admettre qu’il a connu, avec Emmanuel Macron, une concrétisation tactique très fortement accrue – sous le signe d’une dérive républicaine dénoncée depuis longtemps. Mais avec cette justification perverse : « Tous les présidents ont pratiqué de la sorte ».

Et alors ?
Nous avons là un parfait exemple, si j’ose dire, d’une plaie présidentielle qui paraît fatale alors qu’elle ne l’est pas. On comprend pourquoi Emmanuel Macron a intensifié cette frénésie de nominations, mais pourquoi appréhender cette dérive, en raison du pouvoir qu’elle confère à tout président, comme un élément irremplaçable de notre vie politique ? Est-il utopique de concevoir une personnalité, une morale, une pratique tellement soucieuses d’exemplarité qu’elles ne récompenseraient plus l’échec, suffisamment lucides pour ne pas décourager le mérite en promouvant les médiocres, assez honnêtes pour refuser tout clientélisme en ne favorisant pas, pour le petit milieu de la Cour et des affidés, des lots de consolation à forte tonalité somptuaire ?
Je ne vois aucune raison, sinon notre penchant à accepter l’hypertrophie régalienne tout en feignant de la combattre, de considérer comme immuable cette « République des copains », qui n’est que l’expression des limites de notre démocratie. Qu’on ne se méprenne pas : nommer et honorer ne sont pas une mince affaire. Revenir sur cette déliquescence ne serait pas sans incidence pour regagner l’estime publique. Car, pour beaucoup, il ne suffit pas d’être respecté, encore faut-il que des incompétents ne le soient pas aussi !
Pour paraphraser Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint »…
Je ne voudrais pas que ce fût la France.