Au cours de cette fin de semaine, comme souvent face à la surabondance d’informations, d’analyses et d’entretiens, j’ai été frappé par le simplisme de la réflexion, toutes tendances confondues, tandis que j’apprenais dans le même temps que, « au Danemark, les étrangers condamnés à des peines de prison d’au moins un an seront expulsés » (JDD).
Il y a donc un simplisme nécessaire de l’action, puisque celle-ci choisit, pratique, exclut et tranche. En entreprenant, elle abandonne une part du réel ; en accomplissant, elle en assume l’autre.
À force de dénigrer le « en même temps » sans comprendre que, sur le plan intellectuel et médiatique, il était fondamental, on a inversé les priorités.
Pour l’esprit, le simplisme est une tare. Dans l’action, il doit être une obligation.
La malédiction française consiste à simplifier la pensée et à compliquer l’action.
Le dernier sport national serait-il de dénier au président de la République la moindre qualité ?
Faut-il forcément approuver politiquement les brillantes Marion Maréchal et Sarah Knafo pour prendre acte de leur talent et de leur aptitude incontestables au raisonnement ?
Est-on obligé de rappeler sans cesse qu’Éric Zemmour a été condamné, pour avoir le droit d’applaudir son courage intellectuel et certaines de ses positions ?
Pour mettre en doute Jordan Bardella, faut-il recourir, comme certains le font, à l’accusation d’inculture ou de légèreté intellectuelle ?
Serait-ce indigne de distinguer, au sein de LFI, des sensibilités différentes ?
Suis-je déraisonnable parce que je ne parviens pas à faire porter sur Emmanuel Macron tout l’opprobre du monde ?

Est-il permis de penser que Rachida Dati aurait gagné, dans Le Grand Jury, à parler moins vite et moins longuement afin d’être mieux entendue et plus convaincante ?
Ne serait-on plus du tout républicain en regrettant que le Premier ministre, roi du compromis en faveur des socialistes, n’ait pas poussé plus loin le rapport de force et se soit, en définitive, laissé manipuler ?
Suis-je iconoclaste quand je n’éprouve pas le besoin de porter Donald Trump aux nues ni de le dénigrer absolument ?
Suis-je trop suspicieux lorsque je déteste lire ces critiques culturelles du tout ou rien, parce que j’y vois davantage de clientélisme que de sincérité ?
Suis-je ridicule lorsque, sur le plan sportif, je me moque de la suspension de Daniel Bravo pour « des propos sexistes », alors que, par ailleurs, avec Christophe Josse, il forme un duo de commentateurs calamiteux et que toutes les personnes concernées s’en lavent les mains sur beIN Sports ?
Ce simplisme est insupportable, qui privilégie, chez les personnalités comme dans les faits, seulement ce qui vous plaît et vous sert. Je suis lassé de ces mutilations à foison.
Mais, de grâce, qu’on m’abreuve de simplisme, qu’on nous en inonde, qu’on nous en sature. Du seul, du vrai.
De celui de l’action. Qui tient les promesses du verbe et les met vite en œuvre.
« Il y a donc un simplisme nécessaire de l’action, puisque celle-ci choisit, pratique, exclut et tranche. » (PB)
Hum, mais c’est que je ne suis pas d’accord du tout.
L’action est complexe pour toutes les raisons invoquées concluant, à tort, qu’elle devrait être simpliste.
Pour faire bref, en trois points :
La pensée doit être complexe, en ce qu’elle doit appréhender l’ensemble du problème dans toutes ses composantes, proches et lointaines.
Le but à atteindre doit être unique. On ne court pas deux lièvres à la fois, dit le proverbe. Un seul but, et une volonté pour l’atteindre par tous les moyens.
Et c’est là que l’action peut, et souvent doit, devenir complexe, puisqu’elle doit, par tous les moyens, atteindre ce but unique.
Pour faire simple — et même simpliste, pédagogiquement — un exemple tiré de la nature.
Un cours d’eau, un fleuve :
sa pensée, la nappe phréatique, complexe, souvent indéfinissable dans ses profondeurs ;
son but unique, rejoindre la mer. S’il ne l’atteint pas, il se perd dans l’inutilité des sables du désert ;
le moyen, c’est-à-dire l’action : courir comme un torrent de montagne ou dessiner des méandres en plaine, pour ensuite se transformer en rapides si la pente s’accentue. En un mot, accepter la complexité du terrain en s’adaptant, et avoir un lit correspondant à cette complexité.
L’action se heurte à ce qu’il y a de plus terrible, pour un fleuve comme pour nos politiques : la réalité, à laquelle rien ni personne n’échappe.
La différence, c’est que le fleuve s’adapte, en modifiant son cours sans renoncer à son but, tandis que nos politiques, obsédés par la perspective de durer, nient cette réalité, oublient leur but, en supposant qu’ils en aient eu un, autre que celui de vaines promesses.
Quant à l’unicité du but, elle a été niée elle aussi par l’arrogance du « en même temps », qui annonçait l’échec programmé de la politique macronienne.
@ Robert Marchenoir
« Dans une société normale, il y a beaucoup plus d’entrepreneurs et de salariés du secteur privé, pour lesquels le processus de décision que vous appelez de vos voeux est une seconde nature : on est confronté à une situation par définition complexe, par essence caractérisée par mille faits et incitations contradictoires. La nature même du travail sur un marché libre, stimulé par la concurrence, consiste à les prendre tous en compte, puis à trancher rapidement et clairement. »
C’est tellement juste !
Vous creusez des fondations, un imprévu survient, câble non repéré, etc. C’est la décision immédiate, les délais courent donc ce n’est pas le moment de monter des blancs en neige.
Des décisions de ce type c’est tous les jours, les réunions de chantier c’est au minimum une fois par semaine, sans compter le pilotage et la coordination.
Je partage avec vous, cher hôte, cette envie de simplification. Pour autant, je ne partage pas vraiment l’idée qu’il nous faudrait « obligatoirement » apprécier tel ou tel aspect d’un personnage au prétexte que tout n’est pas détestable.
Par exemple, à part son physique, je ne trouve pas que Marion Maréchal soit particulièrement brillante par ses idées et ses développements.
Sarah Knafo est d’une toute autre trempe, quand bien même je ne partage pas grand-chose avec elle.
J’ai déjà écrit ici qu’il y a bien des encartés au RN qui me paraissent de qualité : Jean-Philippe Tanguy, Laurent Jacobelli et quelques autres, même si je n’en suis pas, loin s’en faut. Il en va de même pour Manuel Bompard, très brillant, même si, là encore, je n’en suis pas.
Ces exemples pour affirmer que je partage votre nuance, mais pas totalement. Il est possible, d’une part, de rejeter en bloc un personnage que l’on trouve pitoyable — c’est le cas, en ce qui me concerne, de notre Kadyrov national, qui tente une fois de plus une saillie liberticide avec l’histoire de la pièce d’identité et d’Internet, du bibendum du Sénat et de quelques autres que je ne trouve pertinents en rien, voire néfastes en tout — et, d’autre part, dans le cadre nécessaire de l’action, de trancher, quand bien même cela ne plaît pas à tout le monde.
Mais attention : il est quand même pas mal de réfléchir avant d’agir.
Je vais digresser un peu, car je lis, au sujet de Morandini, des affirmations que je ne partage pas, et qui ne concernent pas que lui, mais que l’on peut ramener à une considération plus générale sur la prise en compte de la morale.
Il ne faudrait pas, dans le cas de Morandini, faire de la morale et se contenter de ce que dit la justice qui — et c’est juste — n’impose pas qu’on interdise d’antenne ce pédophile avéré. Je ne partage pas cet avis. Ce monsieur affiche des opinions, fait de la morale en permanence, et nous devrions nous affranchir de toute considération de ce type le concernant ?
Il traite de détournements de mineurs, d’agressions sexuelles en s’en scandalisant, alors qu’il est lui-même condamné sur le sujet. Il nous bassine sur les OQTF violeurs, là où il demande à un garçon de 16 ans de se filmer en train de faire une fellation à son frère de 14 ans. Il n’est pas OQTF, lui… il est dans la morale permanente et n’a pas un échantillon sur lui.
Pourquoi devrait-on s’abstenir de se préoccuper de la morale, particulièrement quand elle concerne des personnages publics amenés à prendre des positions morales sur des sujets de société ?
On peut en débattre, mais pour ma part il me semble qu’il n’a plus — à mon sens, il ne l’a d’ailleurs jamais eue — sa place dans des émissions d’information, de désinformation serais-je tenté de dire en ce qui le concerne.
D’une façon plus générale, se développe un peu l’idée, surtout à droite et basée sur la contestation de la morale de gauche, qu’il y en a marre de la morale. Mais que je sache, les volontés de « droitisation » s’appuient précisément sur des considérations morales de ce que devrait être une société. Les lois sont le reflet d’une volonté morale. C’est, si l’on est honnête, une part de ce qui fonde la contestation actuelle : l’idée que les lois ne représentent plus ce que devrait être la morale générale.
La loi n’est pas un objet isolé : elle est le reflet, à un instant T, de la volonté d’une société, de sa philosophie — c’est peut-être un mauvais terme si l’on considère que Boyard, Delogu et quelques autres votent des lois. Cela évolue lentement, parce qu’il est nécessaire, dans ces domaines, de ne pas se précipiter, mais peut-on dire que la morale est absente de la loi ?
Et si la loi ne nous semble pas assez morale, en quoi devrait-on s’interdire de le dire et de penser qu’en tant que citoyen — patron en l’occurrence dans le cas de Morandini — on ne pourrait prendre des décisions relevant de ce que l’on considère moral ?
Ce n’est pas parce que la loi ne le dit pas que l’on devrait s’abstenir de penser qu’il faudrait quand même.
La peine de mort est abolie — tant mieux en ce qui me concerne — et pour autant cette abolition est contestée, souvent sur des motifs moraux, recevables ou contestables, par la morale comme par le pragmatisme.
Il est tout à fait compréhensible d’affirmer que la morale ne peut pas se substituer à la justice, mais elle peut être prise en compte pour décider : rien de choquant à mon sens. D’autant que, dans le cas précis de Morandini, il semble que le point de vue moral soit partagé, assez indifféremment du point de vue idéologique.
Je m’égare, cher hôte.
« À force de dénigrer le « en même temps » sans comprendre que, sur le plan intellectuel et médiatique, il était fondamental, on a inversé les priorités. » (PB)
Il existe une différence énorme entre d’une part le « en même temps » intellectuel, presque philosophique et lié à l’art de la nuance, et de l’autre le « en même temps » macronien qui, à force d’être employé à tout propos et hors de propos, relève de l’escroquerie pure et simple en permettant de dire une chose et son contraire pour tromper le monde, ce qui est une forme de mensonge et de profonde malhonnêteté.
@ Serge HIREL le 2 février 2026
« Il est le seul à pouvoir décider de son sort… et surtout sans se laisser influencer par les vociférations des réseaux dits « sociaux »… auxquelles vous ne manquez pas d’apporter régulièrement votre soutien. Seriez-vous le fantôme de Robespierre ? »
Et pourquoi serait-il le seul à décider de son sort ? Il a un employeur qui peut décider à tout moment de s’en séparer (ainsi qu’il en avait d’ailleurs manifesté l’intention en cas de condamnation définitive de l’animateur).
Je vous ferai juste remarquer que j’ai cité essentiellement des personnalités « phares » de CNews qui ne cautionnent pas la décision de la direction de CNews, à savoir : Sophia Mabrouk (qui est en partance suite à ses propos), mais aussi Pascal Praud, Laurence Ferrari, Philippe de Villiers (le seul, à mon avis, à pouvoir faire plier Vincent Bolloré) et, dernièrement, Marion Maréchal et J.-P. Tanguy.
Pour Morandini, la situation n’est plus tenable. Mieux vaut pour lui démissionner (avec, je le présume, des indemnités substantielles) plutôt que d’être viré (et donc de subir le déshonneur).
Cher Aliocha,
Que voulez-vous dire par la phrase suivante : « La dentelle exige le doigté, disait Céline ».
On pourrait croire une citation extraite du journal de Jeffrey Epstein 🙂
Quatennens- Morandini, même combat, quand les sacrificateurs réclament les clémences du pardon, mais seulement quand il s’agit d’un membre de leur secte.
@ Achille le 1er février
« Je doute que la direction de CNews puisse continuer longtemps à soutenir [J.-M. Morandini] »
La direction de CNews a fait le choix – difficile, courageux, mais normal pour une chaîne qui en fait sa marque et lui doit sa réussite – de respecter la liberté d’expression de J.-M. Morandini, que le tribunal, lui non plus, n’a pas cherché à museler. Aujourd’hui, la balle est dans le camp de l’animateur. Il est le seul à pouvoir décider de son sort… et surtout sans se laisser influencer par les vociférations des réseaux dits « sociaux »… auxquelles vous ne manquez pas d’apporter régulièrement votre soutien. Seriez-vous le fantôme de Robespierre ?
@ Ellen, le 1er février
« Comment est-ce possible de parler ainsi quand on cherche à négocier ? »
Mais Trump ne cherche pas à négocier réellement avec les mollahs ! Il sait, comme tout le monde, qu’il leur est impossible d’accepter ne serait-ce que l’une de ses exigences, sous peine d’effondrement de leur régime. Sa décision est prise depuis longtemps : il va frapper. La seule incertitude réside dans la date de la frappe. Pour l’heure, il cherche…
— d’une part, à prendre le temps de rassurer ses alliés arabes, qui craignent la violence de la réaction désespérée de Téhéran, en amassant des moyens colossaux de défense de leurs territoires. Il doit aussi donner aux dirigeants des pays du Golfe l’assurance que les États-Unis seront sans nuance à leurs côtés si l’Iran devient une poudrière après la chute des mollahs — faute d’un leader politique rassembleur — ou, au contraire, une démocratie, qui pourrait être un exemple à suivre pour certains de leurs… sujets supportant mal leur autorité quasi divine.
— d’autre part, à se donner les moyens d’une guerre-éclair sans troupes au sol, lui assurant non pas la défaite complète et immédiate du régime islamiste, mais la sécurité des soldats et des matériels américains. L’idée est de désorganiser le régime des mollahs au point qu’il soit incapable de faire face à la volonté d’une grande partie de la population de changer de dirigeants. Sur ce point, Trump compte beaucoup sur le savoir-faire des Israéliens en matière de manipulation… Eux partagent cette même envie de chasser au plus vite Khamenei et sa bande.
— enfin, à se placer dans la situation de paraître avoir réellement voulu négocier, afin de ne pas décevoir son électorat MAGA. En majorité, celui-ci n’a pas compris la différence entre l’isolationnisme, qu’il plébiscite mais que les États-Unis ne peuvent pas se permettre sans risquer la récession, et le protectionnisme, que Trump organise et qui, pour être efficace, nécessite parfois des actions extérieures dont l’objectif est de maintenir les adversaires économiques à distance des ressources en matières premières et des marchés.
Cette discordance oblige le président américain à attendre de pouvoir se placer, aux yeux du « peuple MAGA », dans la position de l’offensé dont les mollahs ont refusé la main tendue, afin de réveiller sa fierté nationale et de sonner ensuite l’offensive militaire sans risquer une défaite aux midterms.
Le langage de charretier qu’il emploie est un élément de sa stratégie : il séduit sa base électorale, mais surtout conduit l’Iran à lui répondre sur le même ton et à paraître ainsi de plus en plus belliqueux… Ce qui lui permettra, d’ici peu, de dire que les mollahs ne lui laissent pas d’autre choix que le canon…
La dentelle exige le doigté, disait Céline, et la simplicité du génie ne saurait être confondue avec les simplismes régressifs, qui toujours préfèrent le comment au détriment du pourquoi :
« La globalisation hyperconnectée, la finance et le marketing favorisent la pensée du comment au détriment du pourquoi. Et l’investissement se porte de préférence sur les techniques, le how to do, le calcul, le « gagnant-gagnant », le deal. L’espace psychique, l’expérience intérieure ne sont pas vraiment une « valeur » dans la société en voie vers le transhumanisme et le streaming des images, régression hypnotique et ivresse des affects s’ensuivent.
Les adolescents en particulier sont plus exposés à cette dépersonnalisation. Contrairement à l’enfant qui joue et qui cherche, l’adolescent est un croyant en quête d’idéal, forcément déçu, doublé d’un nihiliste qui détruit et se détruit. Il nous faudra réinventer l’École des parents, former un nouveau « corps enseignant », avec des référents et tuteurs capables d’aider à la reconstruction de la vie personnelle et d’une vie sociale.
Pendant quelques années j’avais déplacé mon séminaire sur « Le besoin de croire » à la Maison des adolescents de l’hôpital Cochin, auprès d’une équipe soignante interdisciplinaire. Souad, appelons-la ainsi, s’était radicalisée en ligne. « Esprit scientifique », elle rejetait les cours de français et de philo, « langues de colonisateurs », se disait féministe, « ne faisait confiance qu’à Allah », et rêvait de djihad. Accueillie sans jugement, elle a mis du temps à s’ouvrir, à jouer, à rire, à se raconter. Puis elle a retiré sa burqa, repris le français, découvert la poésie arabe des soufistes sensuels… Il existe des chemins discrets qui rendent fierté aux identités en souffrance. Un travail de dentelle. »
https://www.pileface.com/sollers/spip.php?article3583
L’action est aussi simple que la patience, sans laquelle on risque sinon de combattre le djihad par lui-même, autant dire lui offrir sa complète victoire.
Il nous reste à apprendre à devenir parents, ce qui demande du temps.
« La malédiction française consiste à simplifier la pensée et à compliquer l’action. » (PB)
Ce qui rend nos prétentions universalistes des plus comiques… Pour penser le tout, combien ne faut-il pas connaître de parties et avoir de capacité de synthèse !
En vérité, plus nous sommes impuissants à penser l’universel, plus nous donnons dans le discours ronflant pour faire semblant, après quoi nos actions sont compliquées et de peu de poids.
Nous croyons pouvoir dicter nos Dix Commandements au monde, alors que nous ferions bien mieux de travailler à maintenir notre liberté.
En France, tout le monde fait semblant d’avoir une idée de la manière de changer le monde ou de la façon d’en abstraire la France ; mais le pays est aussi impuissant à cela que, mettons, le malheureux Japon à se soustraire au harcèlement occidental visant à le forcer à faire du commerce.
On s’exagère ses forces, ou bien on se lance dans la chanson du déclin parce qu’on mythifie le passé. Quand le pays semblait puissant, les Français étaient impuissants — par exemple sous le roi absolu, et sous Napoléon. Moi, franchement, la gloire des dirigeants, ou celle par procuration des gens d’aujourd’hui, indifférents aux malheurs des ancêtres, ce n’est pas mon bol de cervoise.
Et le Général, donc ! qui nous fait oublier que notre pays, vaincu, a été délivré par d’autres.
Bon, la gloriole en souffre certes : on n’a plus de colonies, mais en revanche on est libre — même si, hélas, on préfère user de cette nouvelle dignité pour contrôler les autres plutôt que pour créer. Ce qui fait que les barons de la tech se moquent, justement, en disant qu’ils innovent, que les Chinois copient et que les Européens légifèrent. Et encore ! En vérité, les Chinois se mettent à innover, renouant avec l’époque où ils inventaient la poudre et tant d’autres choses qu’on pourrait en faire un dictionnaire amoureux des techniques chinoises.
Non, chez les Français, le commerce, c’est mal : on se croirait sous l’Ancien Régime. Il faut absolument avoir un office, être fonctionnaire… ou bien leur en vouloir à mort, par l’excès inverse. Pourtant, dès qu’une société est complexe, on y voit des commerçants et des fonctionnaires. Je ne comprends même pas comment certains croient pouvoir s’en passer.
Sans trancher la question de savoir s’il y eut d’abord échange ou pouvoir — ou plus probablement les deux en même temps — ces deux réalités se sont développées et complexifiées dans des sociétés comptant davantage d’individus, rendant leur organisation plus complexe.
Comme un jeu de dominos en croissance ! Voilà. Mais je dirais qu’il faut ôter la complication à la complexité. Ôter délicatement tout ce qui sert essentiellement à la vanité, comme le millefeuille administratif. Car non, nul ne saurait tout contrôler — et, en somme, encore heureux.
Comment est-ce possible de parler ainsi quand on cherche à négocier ?
L’indomptable animal n’a aucune limite depuis qu’il nous a laissés tomber !
👀 📢 de 0:01 à 2:00
https://www.youtube.com/watch?v=cfj9nR_tPE0
P.-S.: une photo de Sarah Knafo accolée à celle de Rachida Dati serait la bienvenue. Juste pour faire notre choix…
Deux questions – simples – qui vont vraiment fâcher : Faut-il oublier Verdun et ses Poilus pour dénigrer Vichy et ses collabos ? Faut-il haïr Pétain pour glorifier de Gaulle ?
Une autre, d’actualité : Pour démontrer sa puissance, faut-il porter des lunettes de soleil ?
Une quatrième : Le chef des armées doit-il se mettre aux abonnés absents pour faire rendre gorge à ceux qui qualifient nos soldats de « terroristes » ?
Encore une : Doit-on oublier que nous devons notre liberté aux Américains pour, quatre-vingts ans plus tard, sur une île glacée mais stratégique, aligner quinze pioupious face à eux ?
La dernière : Faut-il commettre un interminable laïus pour convaincre que Macron, en tous domaines, a desservi et dessert le peuple français, la nation française, l’État français et donc la France ?
La vraie dernière : Faut-il soulever des montagnes pour simplement imiter le bon sens et la décision de Mette Frederiksen ?
Oui, il faut être simpliste, y compris quand il faut prendre certaines décisions délicates.
La fronde commence à prendre de l’ampleur. Maintenant, le maintien de J-M Morandini
est désavoué par le « JDD » et Philippe de Villiers , sans oublier Sonia Mabrouk, Pascal Praud et Laurence Ferrari.
Je doute que la direction de CNews puisse continuer longtemps à soutenir l’animateur. Tant pis s’il faut perdre le titre de « première chaîne d’info de France ». L’honneur passe avant ce genre de colifichet.
« Mais, de grâce, qu’on m’abreuve de simplisme, qu’on nous en inonde, qu’on nous en sature. Du seul, du vrai. » (PB)
Mais du simplisme vous en avez été abreuvé plus que de raison, Philippe Bilger, quand vous étiez invité dans l’émission « L’heure des pros », avec tous ces sachants, ces « Yaka-FauKon » qui nous déballaient doctement leurs solutions pour diriger la France, tirées du livre « Comment gouverner la France pour les Nuls ». 😊
« Comment gouverner la France pour les Nuls »
Fastoche ! Votre gouvernement a trouvé la soluce : 3 500 milliards de dette, records mondiaux de crimes, de narcos, d’invasion migratoire islamiste, etc., etc.
Ma sieste m’attend. Je voulais vous être utile, ne me remerciez pas : c’est de bon cœur, le mien est à l’extrême drouâââte.
C’est très bien vu, en effet. J’ajoute un élément d’explication : si « la malédiction française consiste à compliquer l’action », c’est en raison de l’infection des mentalités par le poids des fonctionnaires et des hommes politiques.
Dans une société normale, il y a beaucoup plus d’entrepreneurs et de salariés du secteur privé, pour lesquels le processus de décision que vous appelez de vos voeux est une seconde nature : on est confronté à une situation par définition complexe, par essence caractérisée par mille faits et incitations contradictoires. La nature même du travail sur un marché libre, stimulé par la concurrence, consiste à les prendre tous en compte, puis à trancher rapidement et clairement.
En France, le prétendu service public, constitué par l’alliance perverse de la fonction publique et du corps politique, est si nombreux qu’il contamine la nation tout entière par son vice principal : l’irresponsabilité.
La rémunération des uns comme des autres étant largement indépendante des résultats (on est politicien à vie malgré les échecs électoraux), le temps n’étant pas compté, le travail inutile justifiant le maintien et l’accroissement des fameux « moyens » (c’est à dire l’argent volé dans la poche du contribuable), il est inévitable que l’action se perde en complications infinies, en détails superfétatoires, en initiatives redondantes, en exceptions aux exceptions aux exceptions.
J’ajouterai que votre maxime n’est pas tout à fait exacte : la malédiction française ne consiste pas uniquement à simplifier la pensée et à compliquer l’action. Elle consiste aussi à compliquer la pensée, de façon ô combien effroyable.
J’entends bien ce que vous dites : c’est à juste titre que vous fustigez le sectarisme, le manichéisme, l’absence de nuance dans la pensée politique, qui, inévitablement, dégradent la qualité de la décision.
Mais ce vice coexiste, hélas, avec une épouvantable complexité de la pensée politique, fonctionnariale et intellectuelle. Le pinaillage à perte de vue, l’incessant « oui mais non », la ratiocination sans but, la cuistrerie détachée des réalités se conjuguent pour produire un flot de paroles et d’écrits inutiles qui obscurcissent le diagnostic comme la décision, tout en creusant la dette.
C’est pour cela qu’une personnalité comme Sarah Knafo, qui est simplement normale, fait figure de divine surprise, de génie tombé du ciel, du seul fait qu’elle parle clairement, pose des diagnostics simples sans se perdre dans les détails, et propose des solutions judicieuses autant que faciles à comprendre.
Il nous en faudrait des wagons comme celle-là. Peut-être le président argentin Javier Milei, qui a fait cloner ses quatre chiens à partir de son premier mastiff mort en 2017, pourrait-il nous donner des tuyaux à cet effet.
C’est lui que Sarah Knafo, Éric Zemmour et Marion Maréchal devraient aller voir pour s’inspirer de son exemple, et non Donald Trump, qui excelle dans le simplisme, le n’importe quoi et, disons-le, la subversion de la démocratie par une marche résolue vers un fascisme kleptocratique.
Tout en discréditant, hélas, pour longtemps, les rares initiatives judicieuses et efficaces qui sont les siennes. Je vous laisse imaginer ce qui va rester, aux États-Unis et dans le monde, de l’idée de réduire presque à zéro les arrivées d’immigrants illégaux, une fois que Trump aura quitté le pouvoir, et dès à présent, alors qu’il a transformé la police de l’immigration en milice à sa botte autorisée à tuer les opposants politiques en toute impunité.
Si j’ai bonne mémoire, c’est bien Paul Valéry qui a écrit :
« Le simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable. »
De là naît une règle d’action : penser complexe, agir simple.
Mais passer d’une compréhension lucide et nuancée d’un réel intrinsèquement complexe à une action vraiment simple et efficace relève de l’exercice le plus difficile qui soit.
Il faut alors réussir plusieurs prouesses simultanées :
distinguer avec rigueur l’essentiel de l’accessoire,
– ne pas confondre coïncidence, corrélation et causalité,
– accepter que toute action réelle soit, par nature, imparfaite et partielle,
– et pourtant la rendre suffisamment claire, communicable et opérationnelle pour qu’elle puisse être exécutée efficacement.
C’est précisément dans cet écart, entre la richesse nécessaire de la pensée et la sobriété impérative de l’action, que se joue la véritable intelligence pratique.
Et plus on attend en tergiversant et plus on devra trancher dans le vif, et plus ce sera douloureux. C’est pourtant simple.