Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Jean-Luc Mélenchon n’en ferait qu’une bouchée…

Ce n’est pas à dire que Raphaël Glucksmann n’aurait pas certains atouts face à l’épouvantail Mélenchon mais si je confirme avoir peur pour lui, c’est que je mesure à quel point ses vertus pourraient être précisément son handicap. Il n’empêche que dans un univers politique qui me permet l’objectivité de la distance, je salue, par avance, la victime de qualité que sera Raphaël Glucksmann face au bourreau Mélenchon.

Pascal Praud : nos débats réactifs…

L’union des gauches, qui revient périodiquement quand elles sont véritablement menacées dans leur identité et leur idéologie, lorsque sur le plan électoral elles sont inquiètes et prêtes alors à occulter tout ce qui les sépare, même profondément, est perçue comme une évidence alors que l’union des droites, de la droite conservatrice avec la droite extrême, est stigmatisée par principe.

L’Aventure des films : un colossal et épuisant travail…

En lisant Olivier Rajchman, j’ai abandonné l’approche superficielle que j’avais du cinéma. J’ai maintenant conscience qu’il s’agit, dans tous les cas, d’un travail colossal et très éprouvant pour les nerfs. Tous ceux qui participent à l’élaboration du film passent par des phases de désespoir, avant d’en être très rarement satisfaits ! Je n’imaginais pas les épreuves, la minutie, le perfectionnisme, l’ampleur et la fatigue des tâches qui conduisent, dans le meilleur des cas, au sublime, ou au moins imparfait possible. La collaboration constante et infiniment créatrice entre le producteur, le ou les scénaristes et le réalisateur est impressionnante parfois de solidarité, souvent d’antagonismes surmontés, d’écoute, de tolérance, d’échanges puissants et sans concession, d’abandons puis de reprises, de pessimisme amendé par un optimisme que le travail fourni fait surgir.

L’esprit français : Causeur avant l’heure…

Je rattache l’esprit français à ce qui m’a toujours passionné sur le plan culturel au fil des siècles. Les expressions, les saillies, les traits, les paradoxes que des personnalités brillantes distillaient à foison, soit parce que la société leur permettait une oisiveté créatrice en bons mots, soit en raison d’une intelligence et d’une vivacité d’esprit qui sur tous les terrains – notamment la vie politique et les débats parlementaires – les faisaient remarquer. Il me semble que cette notion a quasiment disparu dans sa pureté, remplacée par des prestations fondées sur des synthèses entre le verbe, l’observation, l’imitation, la gestuelle, les mouvements et les mimiques. Il y a des artistes absolument remarquables dans ce domaine .

Hello, Dolly…

Dolly Parton se veut la représentante du peuple américain, des gens simples et modestes, et elle demeure fidèle, par une éthique chevillée au coeur, à sa volonté d’être des leurs. Sans ostentation ni idéologie. Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’une immense générosité pour des oeuvres caritatives et en aidant des programmes de recherche, notamment pour le coronavirus. J’avoue mon admiration, au-delà de la chanteuse dont je connaissais certains tubes, à l’égard de cette femme dont la modestie et la classe représentent tout ce que j’aime.

Accepter ou non, telle est la question…

Il est clair que dans notre monde actuel, le point de vue de Racine a largement gagné et qu’il est grossier de s’émouvoir, voire de s’indigner du hiatus entre la réalité d’une personnalité et de ce qu’on aurait pu espérer d’elle. Aujourd’hui l’acceptation d’un être, avec ses ombres et ses lumières, ses moments de grâce mais ses îlots de platitude et de monotonie, est devenue la règle. Cette propension à légitimer ce qui est, conduit d’ailleurs notre époque à accepter la banalisation, dans tous les domaines, comme une évidence. On préfère le partage indifférencié d’une humanité sans éclat à l’inégalité résultant de la supériorité de quelques-uns et à l’admiration que cette dernière devrait susciter.

Il faut sauver les diplomates !

la guerre, depuis l’invasion de l’Ukraine et l’action violemment et prétendument pacificatrice de Donald Trump, n’est pas loin d’être devenue non seulement la continuation de la politique par d’autres moyens, selon Clausewitz, mais plus encore le mode quasiment banal de règlement des conflits. Comme si les phases préparatoires que l’Histoire a connues étaient frappées d’obsolescence au profit, d’emblée, d’attitudes belliqueuses. J’ai conscience que rien ne se serait pire, pour un univers totalement dérégulé, que cette adhésion mécanique à ce débridement d’hostilité internationale quand il conviendrait au contraire de ne pas rejeter, sur ces incendies fiers de leur cruelle spontanéité, la maîtrise d’intelligences et de réflexions capables de voir plus loin que le bout de leur fureur.

Pourtant Gabriel Attal a raison !

On aboutit à ce paradoxe d’une société qui se dégrade, d’abord avec une jeunesse qui n’a plus rien à voir avec celle de 1945, mais avec une stabilité législative qui ne cesse, jour après jour, de démontrer son inefficacité. Les mineurs changent mais les principes les concernant demeurent. Non parce qu’ils seraient opératoires mais en raison d’une adhésion systématique à une vision dépassée.

On n’est pas encore assez bas…

On est loin du pire, partout et sur tous les plans. On en est encore à ne pas voir le réel ou, le considérant, à masquer ce qu’il a d’odieux. On a encore besoin d’une existence peu ou prou teintée de rose. On a des pudeurs de chaisière quand un grand ministre de l’Intérieur qualifie de « barbares » les agresseurs et les tueurs et qu’il aspire à « une France des honnêtes gens ». Si les choses continuent à tourner mal, si un jour il devient impossible de ne pas être saisi par notre désastre, quand la démocratie ne pourra plus apparaître comme un mantra consolant de tout, il faudra bien arbitrer. Laisser la France mourir à petit feu dans les règles, avec un État de droit impeccable, un président normal, un humanisme breveté, un aveuglement progressiste ; ou imaginer de nouvelles pratiques politiques.