François Mitterrand, socialiste, a beaucoup « privatisé » !

Initialement je voulais parler d’autre chose.

De l’érosion de Marine Le Pen dans les sondages par rapport à Jordan Bardella, comme si l’on avait pris acte, de manière anticipée, des possibles conséquences négatives de l’appel qu’elle a interjeté avec d’autres.

De l’union des droites qui fait son chemin, même si d’aucuns, parmi les plus lucides, la jugent inconcevable.

De l’hallali pathétique et indécent autour du président Macron, venant non pas de ceux qui ne l’ont jamais apprécié sur le plan politique – ils sont cohérents – mais plutôt de certains de ses soutiens et fidèles, en particulier de tel ou tel qui, sans lui, n’aurait même pas été dans le débat public d’aujourd’hui.

Emmanuel Macron est ainsi tenu pour responsable et coupable de tout. Peu importe ses prises de position : on ne veut plus de lui sur un mode d’autant plus absurde qu’il cessera d’exercer la présidence dans le courant de l’année 2027.

Cette fureur civique m’a détourné de mon dessein originel, parce qu’elle m’a fait songer, par contraste, à François Mitterrand (FM).

J’ai regardé sur France 2 la mini-série qui lui est consacrée, Mitterrand confidentiel, avec un Denis Podalydès remarquable. Son scénariste, Stéphane Pannetier, s’est attaché surtout – sans négliger pour autant le registre politique, forcément lié par ses incidences sur la sphère intime – aux amours de FM : à sa relation avec son épouse Danielle, à sa liaison durable et intense, faite de hauts et de bas, avec Anne Pingeot, ainsi qu’à la naissance de leur fille Mazarine, pour laquelle il fut un père tendre et attentionné.

La double existence de FM nous est montrée avec honnêteté, sans que soient occultés les problèmes que ce doublon a pu poser aux services de sécurité et aux organes de l’État.

Me souvenant de ce que j’avais pu écrire sur François Mitterrand, je me suis jugé rétrospectivement un peu court dans mon estime pour une personnalité insaisissable redevenue, sur la fin, proche de l’homme de droite de ses débuts.

Comme s’il n’y avait, en réalité, que cette considération pour mesurer à sa juste aune une existence défiant à ce point le bon sens, la normalité et la morale, tout en manifestant, du haut d’un pouvoir suprême exercé souverainement, une indifférence totale à l’égard du sentiment populaire et de la critique médiatique.

Solitaire et impérieux, il cultivait son bon plaisir et sa conception longtemps jouissive et voluptueuse de la vie, le pouvoir constituant l’un des éléments capitaux de cette dilection.

À vrai dire, FM n’a guère eu à faire face à l’opprobre qu’il aurait pu – et dû – subir pour cette scandaleuse privatisation des moyens de l’État au service de sa seule personne et de son entourage proche. Il n’a, en effet, jamais hésité à user de la puissance publique et de ses services pour protéger sa fille Mazarine ou pour supprimer ce qui risquait de faire connaître à tous une vérité destinée à être partagée par très peu.

Une véritable mise en couple réglée et ordonnée avec un cynisme tranquille, une évidence royale et marmoréenne.

Avec l’écriture de magnifiques lettres d’amour, qui devaient sans doute l’occuper de plus en plus, tandis qu’avec un courage admirable il tentait, tant bien que mal, d’assumer ses devoirs d’État.

Ma stupéfaction vient aussi de l’atonie et du silence complaisant de ses amis de gauche, qui tremblaient devant lui et n’ont jamais osé formuler la moindre réserve, encore moins la moindre dénonciation.

À regarder cette mini-série, j’ai été saisi par l’indulgence, voire la compromission, dont la majorité des médias avait fait preuve à l’égard de Mitterrand, sans doute à partir de la certitude qu’il aurait traité par le mépris une autre attitude de leur part, plus responsable, plus démocratique.

Mais, bien sûr, Mitterrand confidentiel ne saurait embrasser la plénitude d’une personnalité capable d’épouser tout et son contraire avec une vigueur intellectuelle, une culture, un art du verbe, une profondeur de pensée, un souci du rassemblement, une passion européenne jamais démentie, un réalisme froid.

Autant de qualités reconnues même par ses adversaires, souvent flattés, au demeurant, par les compliments qu’il leur adressait, à gauche comme à droite. Et qui n’empêchaient pas leur estime, même lorsque ses analyses géopolitiques, calquées sur le monde d’avant, se révélèrent au moins partiellement erronées – notamment sur les conséquences de l’effondrement du mur de Berlin.

FM, ce socialiste brillamment façonné pour ses victoires présidentielles, a pourtant beaucoup « privatisé » : l’État, c’est moi ; l’État à disposition.

Je voudrais simplement que, après tant de complaisance et si peu de lucidité à l’égard des errements de FM, on tente au moins de relativiser les failles et les carences des autres présidents et qu’en particulier on ne perde pas toute raison civique à l’approche de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron.

Il faut savoir être opposant avec élégance.

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