Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’avant un procès criminel, en premier ressort ou en appel, j’éprouve un sentiment de malaise, une impression d’indécence.
Dans certaines affaires, une sorte de mythification médiatique de l’accusé s’installe, dès le prononcé de la sanction. Comme si ce dernier méritait un quelconque respect au prétexte de son incarcération durable. Et si, de surcroît, on lui fait écrire un livre sur lui-même, son parcours et ses crimes, il est assuré d’obtenir de la publicité, de la lumière, au lieu de l’opprobre. Dans ce domaine, la déontologie des journalistes pèse peu face au désir obscène de satisfaire la curiosité et le voyeurisme du public.
La mort de Delphine Jubillar a engendré d’autres turpitudes.
La stratégie des deux avocats (père et fils) de Cédric Jubillar n’a pas produit les effets qu’ils en attendaient.
Il est clair, en tout cas, que lors du procès en appel prévu au premier semestre 2027, ils ne tireront pas nécessairement profit de l’étrange retard, manifestement tactique, mis par leur client à passer aux aveux – à cause, selon lui, de la justice qui ne l’aurait pas bien traité ni compris – puis à indiquer l’endroit où se trouvait le corps de sa victime.

Il est peu probable que l’on rende grâce à Cédric Jubillar d’une sincérité qu’il aurait pu manifester dès l’origine et qu’il n’a pas eue pour des motifs peu convaincants.
En définitive, de ce prétendu coup de théâtre judiciaire demeurent le constat d’une manipulation et, probablement, l’espérance déçue de ses deux conseils. Cette comédie, loin de favoriser la transparence, a contribué à épaissir encore l’atmosphère délétère qui entoure cette tragédie criminelle et n’a pas rendu justice à Delphine Jubillar.
Mais la dignité qui lui était due a été encore davantage bafouée par l’entretien que son « amant de Montauban », Donat-Jean, a accordé au journaliste Ronan Folgoas, dans Le Parisien.
Comment cet homme, que l’on dit effondré, a-t-il pu accepter un tel exercice médiatique, fait de révélations inutiles et de supputations dangereuses, alors que, n’ayant évidemment pas été présent lors de la nuit fatale, il ne pouvait se livrer qu’à des hypothèses et à des affirmations fragiles ? Que pouvait-il savoir de ce qui s’est réellement passé, de la dispute au sein du couple Jubillar ? Comment pouvait-il être si certain que Delphine Jubillar, d’un caractère adorable avec lui, n’avait pas montré un tout autre visage face à son mari, qu’elle n’avait pas eu les propos blessants que l’accusé prétend avoir entendus ?
Même si l’on comprend bien l’intérêt qu’avait Cédric Jubillar à raconter son histoire selon une version présentant la victime sous un jour agressif, il n’est pas inconcevable que, dans le feu de l’affrontement, Delphine Jubillar se soit éloignée de l’image d’Épinal brossée par son amant. Celui-ci aurait dû refuser ce narcissisme médiatique et réserver son témoignage à la cour d’assises d’appel.
Si, après l’horreur et les calculs, venaient le silence, la dignité, l’attente et, ensuite, l’arrêt de la cour d’assises, alors justice serait faite.
La dignité voudrait qu’on appelle la victime Delphine Aussaguel !
Jubillar l’a jetée au fumier, toute la reconstruction de l’histoire à son bénéfice se fracassera sur ce geste qui perce les intentions intimes de l’assassin.
@ Serge HIREL le 26 juillet 2026
« Quant à la photo du truand… Il fut un temps où l’on enseignait, dans les bonnes écoles de journalisme, qu’un tel document, qui, d’ailleurs, n’apporte jamais aucune information permettant de se forger une opinion à son propos — n’en déplaise à votre racisme habituel —, n’avait pas à figurer dans les colonnes d’un journal, le risque étant d’apporter au malfrat une notoriété pour le moins malvenue. »
Peut-être vous souvenez-vous des affaires Guy Georges et Thierry Paulin dont la diffusion des portraits-robots aurait, semble-t-il, été retardée pour ne pas « stigmatiser » les personnes qui auraient pu leur ressembler, ce qui a pu empêcher certaines de leurs victimes de se méfier.
@ Ellen le 26 juillet 2026
« Aux États-Unis, comme dans certains autres pays, ce serait la peine de mort. »
Heureux et veinards USA ! Chez nous, il existe une peine de mort inversée : protégés par notre État de droit criminel, de nombreux multirécidivistes continuent, en toute impunité, à pratiquer la peine de mort sur des innocents.
@ Robert Marchenoir le 26 juillet 2026
Pourquoi n’arrivez-vous pas à vous concentrer sur le sujet du jour présenté par notre hôte ? Vous vous dispersez à chaque fois.
Vu la longueur et l’épaisseur de vos commentaires, façon méli-mélo à n’en plus finir, on n’a pas intérêt à préparer en même temps une béchamel sans risque de la faire cramer.
Pourquoi parlez-vous d’Elon Musk et de tout ce tintouin obscur, alors qu’il ne s’agit précisément que de Jubillar ?
Ne vous fâchez pas, j’essaie juste de vous rendre service pour donner envie aux lecteurs de vous suivre.
Il y a ceux qui parlent de l’affaire elle-même. Indécents ? Peut-être.
Je suis, pour ma part, curieux, cher hôte, de votre réflexion sur le sujet de la préventive.
Est-il normal d’avoir collé en prison Cédric Jubillar avant son procès ?
Je ne retiens pas la réponse qui dirait que, puisqu’après son procès et sa peine de prison il a avoué, cela se justifiait. On pourra, à cette constatation d’après procès, opposer des contre-exemples tels que, c’en est un parmi d’autres, l’affaire Patrick Dils.
Est-ce qu’il vous semble normal, en l’absence de preuves formelles, d’enfermer quelqu’un préalablement à tout procès ?
Sans contredire ce que je viens d’écrire, « l’argutie juridique » parlant de présumé innocent est-elle juste une manière de dire que l’on n’est pas condamné tant qu’il n’y a pas eu de procès ?
Si l’on me filme en train de vous buter — c’est une image, je n’en ai pas le moindre commencement d’envie —, on me réputera présumé innocent avant ma condamnation.
Ça fait un peu blague, non ?
J’ai parfois le sentiment que l’on s’autorise un peu tout, que la justice peut donner libre cours à beaucoup, trop ?, d’interprétations.
Ce sont des questions.
@ Robert Marchenoir le 26 juillet
« Le JDD, dissimule le nom du héros de son article (…) »
Encore une fois, vous faites la preuve de votre méconnaissance des us et coutumes des journalistes professionnels en matière de déontologie. Indiquer précisément le nom de ce taulard nuirait à son épouse, qui le porte désormais. Celle-ci n’a rien à voir avec les crimes de son mari et n’a donc pas à subir l’opprobre, y compris en raison de sa décision de convoler en justes noces avec lui, la loi l’y autorisant. On peut regretter que la loi permette cela, mais la loi est la loi… Elle peut être modifiée… sans effet rétroactif.
Vous remarquerez, par ailleurs, que dans le texte en polonais que vous avez déniché sur Internet, son auteur cite la compagne de « Guy B. » sans, lui non plus, indiquer son nom. « Manon B. », écrit-il, en respectant ainsi son anonymat, qui n’a pas à être dévoilé.
En ce domaine, vous êtes, semble-t-il, très mal placé pour apporter une critique, vous qui évitez à tout prix de dévoiler la moindre parcelle de votre identité…
Quant à la photo du truand… Il fut un temps où l’on enseignait, dans les bonnes écoles de journalisme, qu’un tel document, qui, d’ailleurs, n’apporte jamais aucune information permettant de se forger une opinion à son propos — n’en déplaise à votre racisme habituel —, n’avait pas à figurer dans les colonnes d’un journal, le risque étant d’apporter au malfrat une notoriété pour le moins malvenue.
Avec la télévision, qui ne vit que d’images, les temps ont changé et certains médias écrits ont oublié cette règle. Il est heureux que le JDD la respecte… Il est dommage que CNews passe son temps à montrer encore Jubillar, alors qu’il est passé, de son plein gré, du statut de « victime » à celui d’auteur présumé d’un crime.
D’autre part, même un journal aux mains du « milliardaire d’extrême droite Bolloré », comme le JDD, dissimule le nom du héros de son article, « Guy B., surnommé Mareko ». Pourquoi n’avons-nous pas droit au nom de famille du monsieur, qui est pourtant majeur, et qui est condamné à 28 ans de prison pour des actes abominables ? Parce qu’il s’appelle Boakaye.
Pourquoi n’avons-nous pas droit à sa photo ? Parce qu’il est noir.
Il faut aller chercher un tweet d’un Polonais installé à Paris et écrivant en polonais sur le réseau X (enfin, à ce qu’il semble) pour connaître le fin fond de l’histoire :
https://x.com/delestoile/status/2081083128190554148
Heureusement qu’on a le « néo-nazi » Elon Musk pour faire le travail que les Français ne veulent pas faire.
@ Giuseppe – le 26 juillet 2026
Le féminisme est allé trop loin. Les hommes doivent reprendre le pouvoir :
« Vendin-le-Vieil : une figure du clan Yoda veut se marier avec son enquêtrice de personnalité »
« Incarcéré à Vendin-le-Vieil pour séquestration et actes de torture sur des guetteurs, Guy B., alias « Mareko », a fait part de sa volonté d’épouser son enquêtrice de personnalité issue de l’association Espérer 95. »
« Fin 2025, il a été condamné en appel à 28 ans de réclusion criminelle pour « séquestration et actes de torture et de barbarie » sur des guetteurs qu’il recrutait. Cela ne l’a pas empêché de commanditer des exécutions depuis sa cellule à la prison d’Aix-Luynes. »
https://www.lejdd.fr/Societe/vendin-le-vieil-une-figure-du-clan-yoda-veut-se-marier-avec-son-enquetrice-de-personnalite-179796
Résidant dans ce département, outre les divers reportages télévisés et émissions sur les chaînes d’information, on a aussi ce que rapportent La Dépêche du Midi ou France 3 locale. Comme toujours, cette multiplicité d’informations sature le lecteur ou le téléspectateur.
Comme vous l’exprimez, Monsieur Bilger, on est là dans une forme d’indécence, et la victime mérite effectivement que l’on respecte sa dignité, ne serait-ce que pour ses enfants et sa famille.
Je considère que ses nouveaux avocats ont pensé trouver une solution, avec ces aveux, pour qu’en appel la peine de Cédric Jubillar soit allégée. Mais je crains qu’ils n’aient fait un mauvais calcul.
Certes, M. Jubillar a conduit les juges d’instruction et les enquêteurs au lieu où il avait caché le corps. Cette révélation tardive aurait pu effectivement jouer en faveur de l’accusé. Cependant, il semblerait que les enquêteurs n’aient mis au jour que deux os longs, que le laboratoire de la gendarmerie nationale a confirmés comme appartenant à Delphine Jubillar. Le reste des ossements a soit été répandu sur le terrain, d’où la crainte de l’agriculteur de voir son terrain complètement retourné, soit été dissous par l’acidité du terreau dans lequel le corps est resté pendant toutes ces années.
Il me semble toutefois que, devant une cour d’assises, le jury n’appréciera guère que le corps qui sera remis à la famille de Delphine Jubillar se résume à quelques rares ossements. On imagine aisément que les enfants souffriront à jamais, non seulement de la disparition de leur mère, mais aussi de devoir se recueillir devant une tombe dans laquelle on aura inhumé si peu de restes, dans un cercueil quasi vide.
Par ailleurs, selon un article récent de La Dépêche du Midi, il semblerait que le téléphone de M. Jubillar ait borné autour de ce même terrain une dizaine de jours avant la disparition de son épouse. Dès lors, les défenseurs des enfants et de la famille devraient agir sur la qualification des faits (meurtre, voire assassinat) pour que la peine encourue soit au minimum la même qu’en première instance.
Carlos (Ilich Ramírez Sánchez) est un terroriste responsable de nombreux attentats, ayant causé de graves pertes humaines.
Carlos lui-même s’est marié en prison, et même à deux reprises :
Magdalena Kopp – militante allemande du FPLP, arrêtée en France en 1982.
Carlos l’a épousée avant son incarcération, mais leur relation est centrale dans son histoire : il a mené plusieurs attentats pour exiger sa libération.
Isabelle Coutant‑Peyre – avocate française, connue pour avoir défendu plusieurs figures controversées.
Elle a épousé Carlos en prison en 2001, alors qu’il purgeait déjà une peine de perpétuité.
Et puis il y a l’autre, Nordahl Lelandais, et des compagnes me semble-t-il ; et tant d’autres aussi en prison… Qu’est-ce qui peut les motiver? Je n’en sais rien mais il faut sans doute avoir un côté un peu « cinglé » !
Un côté un peu cinglé ? Il faut être cinglé pour tenir le coup dans ce monde de cinglés ; d’ailleurs, le pire cinglé qui sévit chez nous actuellement est président, et pas que d’un côté. Il y a de la marge pour arriver à son niveau ; tout n’est pas perdu.
@ Achille le 26 juillet 2026
« Encore une histoire de cocu qui tourne mal »
Vous n’y êtes pas du tout. Saviez-vous que le couple Jubillar était déjà en instance de divorce ?
Dans un couple, quand plus rien ne va et que les disputes s’enchaînent, parfois avec violence, chacun a le droit de rompre pour reprendre sa propre vie en main.
Le traumatisme et le chagrin immenses que subissent et subiront à jamais les deux jeunes enfants, aujourd’hui âgés de 12 ans pour le garçon et de 7 ans pour la fillette, victimes collatérales privées de leur mère, assassinée par leur père il y a six ans, sont à prendre très sérieusement en compte.
Protéger ces enfants avec infiniment de douceur, en les accompagnant de près grâce à des professionnels, afin d’éviter que d’autres malheurs ne viennent s’ajouter aux premiers, serait le souhait de toute mère aimante, pour que Delphine repose en paix, dans la dignité absolue qui lui est due.
Aucune excuse, aucun pardon pour l’assassin calculateur Jubillar. Prison à vie !
Aux États-Unis, comme dans certains autres pays, ce serait la peine de mort.
Le livre du criminel médiatique est en effet un cas classique. Un autre est celui de la femme libre qui s’amourache du criminel emprisonné. Plus ses actes sont horribles, plus cela suscite certaines vocations, apparemment. Jusqu’au mariage, parfois. Il y a des exemples célèbres.
« À voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse. »
Alfred de Vigny
Encore une histoire de cocu qui tourne mal.
Mais les Français ont toujours été friands de ce genre de situation, même, et surtout, s’ils ont eu à connaître ce genre de désagrément.
Georges Feydeau, au temps de la Belle Époque, a su en tirer toutes les scènes tragi-comiques de ses vaudevilles, qui ont connu un beau succès.
Peut-être moins aujourd’hui, car l’humour n’est plus vraiment le même qu’au temps de nos arrière-grand-mères.
Désormais, tout passe par les médias et les réseaux sociaux.
Il faut savoir entretenir le voyeurisme malsain des lecteurs et des abonnés, quitte, pour cela, à aller jusqu’au sordide. C’est bon pour l’audience.
Et puis, lorsqu’on est un petit « monsieur Tout-le-Monde » qui ne fera jamais la une des médias, avoir un article qui vous est consacré dans un quotidien comme Le Parisien, qui n’est pas avare de ce genre de témoignages pour le moins insipides et déplacés, il ne faut surtout pas hésiter.
C’est juste pitoyable !
Pour moi, la dignité due à Madame Jubillar serait que son assassin soit enfermé le plus longtemps possible. Il l’a réifiée au maximum en la tuant, par le traitement de son corps et par sa manière de l’évoquer. L’honorer, c’est faire de cet individu un rappel que l’on ne traite pas les innocents comme des choses. Lui l’est, d’une certaine manière : il sert d’exemple. Et il ne mérite rien de plus.
La photographie rend, d’autre part, une certaine justice à la victime. Cette personne a eu le crime d’être trop vivante aux yeux de quelqu’un qui l’a mise sous l’éteignoir jusqu’à la tuer. Mais des gens qui s’en prennent aux autres parce qu’ils sont trop vivants, c’est d’un commun…
De même qu’il est beau de célébrer la vie, faisons-le aussi pour la liberté :
Certes, comme on aime un ami
Je t’aime, vie énigmatique –
Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,
Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.
Je t’aime avec toute ta cruauté,
Et si tu dois m’anéantir,
Je m’arracherai de tes bras
Comme on s’arrache au sein d’un ami.
De toutes mes forces je t’étreins !
Que tes flammes me dévorent,
Dans le feu du combat, permets-moi
De sonder plus loin ton mystère.
Être, penser durant des millénaires !
Enserre-moi dans tes deux bras :
Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir –
Eh bien, il te reste tes tourments.
Lou Andreas-Salomé
Les morts ne parlent pas. Alors, tout est bon pour salir encore davantage la victime assassinée, en pensant d’abord à sa meilleure ligne de défense.