Pour être un ami, Bruno Retailleau (BR) est et a une personnalité qui n’a jamais entravé ma liberté sur le plan politique. J’ai toujours pu lui dire ce que je pensais et, précisément parce que j’attends et j’espère beaucoup de lui, comme tant d’autres à droite, ma sincérité, malgré une adhésion forte, ne s’est jamais embarrassée de prudences excessives.
Je vais rappeler les grandes lignes de la carrière de BR afin de montrer que ses ambitions présidentielles sont plausibles et qu’il serait temps qu’il les exprimât de manière explicite.
Partout où il est passé, il a excellé.
À la présidence du Conseil général de la Vendée, de 2010 à 2015.
Comme député, de 1994 à 1997.
Comme sénateur de la Vendée, de 2004 à 2024.
Il devient président du groupe UMP au Sénat à partir d’octobre 2014, fonction à laquelle il est réélu en 2017, 2020 et 2023.
Après avoir quitté le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers en avril 2010, à la suite d’un désaccord politique, il adhère à l’UMP en février 2012.
En janvier 2009, Philippe de Villiers s’oppose à la nomination de BR comme secrétaire d’État à l’Éducation numérique dans le gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.
Il est élu président du Conseil régional des Pays de la Loire le 18 décembre 2015. Il démissionne en octobre 2017 pour conserver son mandat de sénateur.
Il coordonne la campagne de François Fillon pour l’élection présidentielle de 2017, marquée par l’éblouissante prestation de son candidat lors de la primaire, puis par des suites calamiteuses qui ne tiennent pas qu’au seul Parquet national financier.
Il se présente une première fois à la présidence du parti Les Républicains, mais il est battu au second tour par Éric Ciotti, dont on sait comment celui-ci s’est ensuite singularisé, tant par son rapprochement avec le RN que par la création de l’UDP.
Le 21 septembre 2024, BR est nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Michel Barnier, puis reconduit comme ministre d’État dans celui de François Bayrou, avant de quitter, le 5 octobre 2025, le gouvernement de Sébastien Lecornu au bout de quatorze heures. Non pour des motifs politiciens, mais en raison de ce qu’il a estimé être une déloyauté du Premier ministre.
Comment se fait-il qu’avec un tel parcours de compétence, de rigueur, de sincérité et d’intégrité, BR en soit encore à devoir se justifier d’être ce qu’il est ? Pour schématiser : un conservateur intelligent et catholique, attaché à la liberté économique, à l’autorité de l’État, au courage – partout, y compris dans les relations diplomatiques lorsque la France est bafouée – et à certaines valeurs civilisationnelles.

Comment expliquer qu’un tel profil soit encore en butte à la condescendance moqueuse, voire à des contestations de mauvais aloi ? Pour la première, il y eut Philippe de Villiers ; pour les secondes, plus récemment, Xavier Bertrand.
BR, à l’évidence, est trop gentil. Tellement préoccupé, à juste titre, par la volonté de redonner du fond à une droite dont beaucoup rêvent avec lui, qu’il semble parfois oublier qu’un chef est aussi quelqu’un qui sait taper du poing sur la table . En imposant l’obéissance.
Sa victoire éclatante contre Laurent Wauquiez, le 18 mai 2025 – ce dernier ne recueillant qu’un quart des suffrages des quelque 120 000 adhérents – à la tête de LR, paraît l’avoir davantage intimidé que stimulé. Comme s’il doutait de sa légitimité à en tirer des conséquences radicales, tant sur le plan de la vie interne des Républicains que sur le plan des débats à l’Assemblée nationale…
Je ne suis pas sûr que la bagatelle de cinquante experts, « secrétaires thématiques », au sein du parti, va changer la donne ; je crains la confusion plus que la rupture ! (Le Figaro)
Avec cette gentillesse dont je le crédite, ne serait-il pas trop enclin à privilégier la paix des relations plutôt que la dureté des rapports, malgré l’apparence qu’il peut donner ?
N’aurait-il pas dû couper court, dès le départ, à la fronde ostensible et parfois sournoise de Laurent Wauquiez, ainsi qu’au scandale de personnalités de son propre camp – ministres violant ses injonctions, députés piétinant ouvertement la ligne politique qu’il avait arrêtée et qu’ils étaient tenus de suivre ?
Cet antagonisme constitue une honte politique pour LR. Si Laurent Wauquiez en est l’initiateur et le responsable, BR, d’une certaine manière, a laissé faire, sans doute tétanisé par la radicalité de la seule solution efficace : la mise à l’écart, hors du parti, de Laurent Wauquiez.
Peut-on continuer longtemps ainsi, avec une opposition intestine dans un groupe dont l’unité ferait précisément la force ?
BR aurait dû pousser plus loin l’audace. Alors qu’Éric Ciotti a longtemps entretenu l’idée d’un prétendu candidat naturel pour 2027 en la personne de Laurent Wauquiez, BR, fort de son triomphe de mai 2025, n’aurait-il pas dû se revendiquer, de manière légitime et plausible, comme le candidat naturel – institutionnellement parlant – de la droite pour 2027 ?
Nul doute que ses rivaux de bonne foi l’auraient accepté. Quant aux autres, ils en auraient pris acte, à leurs risques et périls, s’ils avaient persisté à renâcler et à faire perdre à la droite l’avancée majeure qu’aurait représentée une candidature unique, forte et consensuelle.
BR a eu des convictions, du courage, de la constance, de la rigueur, de l’honnêteté tout au long de sa carrière, depuis que la politique l’a saisi dans son univers à la fois sombre et magnifique.
Qu’il n’hésite pas à faire place nette autour de lui et, si j’ose cette comparaison iconoclaste, un peu de la méthode de Mélenchon intimidant LFI lui ferait du bien ! Chef de parti, c’est se donner tous les moyens d’être le chef, surtout lorsqu’on a été plébiscité.
Le temps presse, Bruno Retailleau.