Brigitte Macron : ombres et lumières…

L’exigence de parité, que pour ma part je juge absurde dans son extrémisme, quel que soit le sexe dominant, n’empêche pas d’éprouver un malaise lorsqu’on s’attache, même avec une totale délicatesse et en toute bonne foi, à écrire sur l’épouse du président de la République.

En l’occurrence, à la suite du portrait remarquable que lui a consacré Pauline Delassus dans La Tribune Dimanche.

Revenir sur les péripéties singulières et précoces qui ont permis l’amour du couple présidentiel n’aurait plus aucun sens, de même qu’il serait nauséabond de seulement évoquer les ignobles polémiques dont Brigitte Macron a été victime et qu’elle continue de subir.

Ce qui frappe d’abord dans ses propos, c’est une liberté de ton absolue, ainsi que le contraste éclatant et en partie douloureux qu’elle décrit entre sa première vie — « une vie normale, des enfants, un job, des hauts et des bas, comme tout le monde… » — et son existence d’épouse de président — « dix années passées si vite, tellement intenses, j’ai vu la noirceur du monde, la bêtise, la méchanceté ».

Elle ne cherche pas à apitoyer. D’ailleurs, si jamais elle en avait eu envie, on aurait pu lui rétorquer qu’elle n’avait pas été pour rien dans la conquête de l’Élysée par Emmanuel Macron et qu’elle était suffisamment lucide pour ne pas croire seulement à un chemin semé de roses…

L’analyse que cette journaliste consacre à la personnalité de Brigitte Macron sort de l’ordinaire, en ce qu’elle n’hésite pas à évoquer, avec objectivité, des éléments et des critiques la concernant, émanant de citoyens dénués de toute malignité perverse.

Lorsque Pauline Delassus lui prête une dilection pour les « bad boys », elle n’a sans doute pas tort et, sur ce point, Emmanuel Macron n’est pas en reste.
Cette fascination est difficilement supportable, et rien n’exaspère davantage le commun des Français que cette forme de mythification de figures douteuses et transgressives par les élites, à commencer par le chef de l’État et son épouse.

Sur le plan amical, il est clair que Brigitte Macron se souciait comme d’une guigne de tomber dans des choix erratiques, en tout cas mal compris, et qu’il était prévisible que les privilèges octroyés à une Mimi Marchand auraient tôt ou tard des conséquences fâcheuses.

Dans le registre politique, même si Brigitte Macron s’en est beaucoup défendue, elle a inspiré le choix de certains ministres, et ses préférences comme son influence n’ont pas toujours été des plus heureuses. Il ne suffisait pas qu’elle éprouvât de l’empathie pour tel ou telle pour que, d’emblée, la compétence ministérielle fût tenue pour acquise.

Lorsque, avant Gabriel Attal — trop fugitif, mais excellent ministre de l’Éducation nationale réparant les dégâts —, elle avait suggéré la nomination catastrophique de Pap Ndiaye, elle avait, ce faisant, nui à l’école, qui lui tient pourtant tant à cœur, ainsi qu’au peuple français.

Cette propension à mal conseiller a été portée à son comble lorsque, pour l’avoir vu au théâtre, elle a glissé à son époux, jamais en retard d’une provocation ou d’une incongruité, le nom d’Éric Dupond-Moretti pour la place Vendôme. Cela révélait pour le moins, de sa part, une indifférence totale à l’égard des critères techniques — avocat, il détestait la magistrature ! — et démocratiques.

Dans ce registre également, une similitude réunit le couple. Emmanuel Macron n’a pas été le premier président à opérer des choix discutables, mais il est devenu maître, pour le pire, dans l’art de se tromper à coup sûr. De loin, il a été le plus mauvais DRH de la politique nationale, n’ayant jamais privilégié la compétence ou les succès, mais l’attraction qu’il éprouvait ou l’inconditionnalité qu’on lui offrait.

Derrière ces erreurs, il y a probablement l’autarcie amoureuse d’un couple qui, se stimulant l’un l’autre, a cru avoir raison contre les intuitions les plus élémentaires du peuple français.

Entre ombres et lumières, sincérité et fidélité — elle n’a jamais dévié d’un pouce dans la défense argumentée du président —, intelligence et émotion, Brigitte Macron se sera construit une place à part dans l’espace public et dans l’imaginaire national.

Ce n’est pas rien au regard de l’Histoire.

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