Les géopoliticiens en chambre…

Le titre de ce billet ne me met pas à l’abri de toute critique, même si je n’ai jamais cherché à me faire passer pour ce que je n’étais pas : un spécialiste de la vie internationale.

Je n’ai absolument pas à renier le fond de mon dernier post du 1er mars, intitulé « Qu’on nous permette une minute de joie ! », qui était consacré à la mort d’un certain nombre de massacreurs du peuple iranien sous les bombardements israélo-américains.

Mais depuis ?

Il y a cette prise de conscience intolérable que chacun a ses raisons, ses émotions, sa sensibilité, ses peurs, ses angoisses et ses choix, et qu’il est donc impossible d’obtenir un consensus général, au-delà de l’horreur sanguinaire d’un régime, sur les modalités pour le combattre et sur ce qu’il convient de blâmer ou non…

Il est tellement simple, pour moi qui vis en démocratie et qui n’ai personne de cher en Iran, d’exiger la plus extrême rigueur belliqueuse à l’encontre de ce pays, comme s’il était possible, dans ce mouvement de destruction générale — que l’on peut comprendre sur le plan de la stratégie et de la mise à bas d’un pouvoir hier honni mais si vite reconstitué —, de distinguer les coupables des innocents, les citoyens, les familles et les enfants à sauvegarder à tout prix, des organes créateurs de malfaisance, les héros et les ignobles.

Alors que cette discrimination est inconcevable dans le feu de la guerre et dans cette justice brutale qui ne connaît que les grandes masses…

J’aurai désormais des scrupules à me camper dans une attitude d’adhésion rigide et globale, tout en approuvant absolument cette offensive conjointe du plus puissant et de l’infiniment résistant et courageux, et en dénonçant l’invocation du droit international au bénéfice d’une dictature théocratique qui n’a cessé d’en violer les règles, comme l’a très bien dit François-Xavier Bellamy.

Et alors que, pour tant d’Iraniens qui nous offrent leur intelligence et leur humanité en France, l’Iran est à la fois aujourd’hui une espérance et une angoisse, un désir de libération mais aussi une détestation des bombardements, l’aspiration à un pays libre tout en portant le souci constant et lancinant de ceux qui pourraient mourir et que l’on aime.

Que les véritables géopoliticiens, forts d’un savoir authentique, n’oublient pas cette part du cœur dans leurs analyses, et que la multitude des géopoliticiens en chambre, qui jouissent de la licence d’une irresponsabilité totale, en profitent pour faire honneur à ce qui est devenu trop rare : le suspens de l’esprit face à un arbitrage impossible…

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Qu'on nous permette une minute de joie !

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  1. « J’aurai désormais des scrupules à me camper dans une attitude d’adhésion rigide et globale, tout en approuvant absolument cette offensive conjointe du plus puissant et de l’infiniment résistant et courageux, et en dénonçant l’invocation du droit international au bénéfice d’une dictature théocratique qui n’a cessé d’en violer les règles, comme l’a très bien dit François-Xavier Bellamy. » (PB)

    Cela, c’est du « en même temps » : c’est bon pour la dialectique, c’est tellement facile, du Villepin dans le texte. La décision, et rien d’autre : on n’est pas en train de choisir des couleurs de tapisserie.

    Il y aura des morts, ils sont déjà par milliers. Pour toutes ces batailles qui invoquent le droit international et le reste, on voit bien qu’ils ne sont pas en première ligne. Ils dansent de joie en Iran sous les bombes et la mort. Alors les effets de manche et les spécialistes du droit international — qui se trompent plus souvent qu’à leur tour — n’ont qu’à prendre les armes et monter au feu. Risquer leur peau tous les jours, alors que, sur place, on attend la liberté par tous les pores de la peau.

    Tu parles de spécialistes ! Ces débatteurs de plateaux TV, comme l’autre, Anne Nivat, « reporter de guerre », qui me saoule… J’en ai assez d’entendre ce type de position. Trump et Netanyahu ont été remerciés, surtout par ceux qui souffrent, qui subissent les exactions. Tout le reste est littérature. Ils ont mis leur puissance au service de l’action et non de la parole, comme tous ces analystes gonfleurs d’hélices : ils ont agi, et c’est l’essentiel.

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