Boualem Sansal immortel : il le vaut bien…

Même si je n’ai rencontré Boualem Sansal (BS) que durant deux jours, à l’occasion d’un colloque organisé par Arnaud Benedetti et La Revue parlementaire, il me semble l’avoir connu depuis toujours. Mes échanges avec lui ont été empreints d’une telle densité, d’intelligence et de profondeur amplifiées par son extrême courtoisie et sa grande gentillesse, que j’ai davantage appris sur lui et par lui « que si j’avais – eu – mille ans », pour m’abriter derrière le génial Baudelaire.

On devinera alors aisément pourquoi son élection royale à l’Académie française a comblé l’admirateur et le lecteur que je suis. Mais, au fond, bien davantage encore.

À ceux qui pourraient mégoter en regrettant que ce ne soit pas l’écrivain – ou pas seulement – qui ait été couronné, mais le militant de la cause française et le prisonnier intrépide, je répliquerais qu’il s’agit au contraire d’une formidable chance pour l’Académie française : celle de sortir un peu des livres pour entrer dans les vertus, de fuir les hommages abstraits et les considérations sans risque, afin de se consacrer à une personnalité d’une absolue plénitude morale et intellectuelle.

BS va projeter dans l’Académie française, où j’ai un ami cher, cette rareté qu’est un authentique héroïsme littéraire. C’est une chose de se répandre médiatiquement, dans des émissions cultivant un entre-soi de luxe ; c’en est une autre de prendre les mots au tragique, d’avoir risqué sa peau et sa vie, de n’être pas seulement un dialecticien de salon ou en chambre, mais une lumière face à laquelle l’ensemble des talents et des réputations devraient s’incliner.

Le corps et sa résistance de BS ont été mis à l’épreuve, pas seulement ses concepts.

L’Académie française, en l’accueillant triomphalement, s’honore elle-même, regagne, si besoin était, l’estime de beaucoup de ceux qui, par ignorance ou par sarcasme, la moquaient, et va donner à ses combats les plus légitimes pour la défense de la langue française une ampleur inégalée.

Parce que BS leur fera comprendre que ce n’est pas qu’une affaire de mots.

Article précédent

Il est chevalier et il le mérite !

Voir les Commentaires (14)
  1. Achille, mais où est le problème à être à droite de la droite française, en défendant notre pays comme le font Philippe de Villiers et son frère, le général Pierre de Villiers, contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur ?
    Auriez-vous préféré que BS soit à gauche, ou à l’extrême islamo-gauchiste, proche de LFI ? Ou de LR, qui se cherche toujours sans jamais trouver la bonne sortie pour s’imposer intelligemment ?
    Réfléchissez une seconde…

    1. Vous n’imaginiez pas un gamelard opportuniste…
      Il ne faut pas se fier à la rumeur : tel est grand, tel est beau, tel est bon…
      Prenez Pascal Praud, un avorton doublé d’un imbécile, porté aux nues par de sordides manipulateurs…

      Alors, si vous m’en croyez, revenez à l’essentiel !
      Érasme nous a décrit la Folie, et elle est belle à voir…
      Brueghel, dans Les Douze Péchés, nous décille ; il vous suffit de raisonner librement…
      https://historia-arte.com/obras/doce-proverbios

    2. hameau dans les nuages

      Allons bon, voilà autre chose… Le respect des cultures, qu’elles soient berbère, kabyle ou française, cela ne va pas non plus ?

  2. Je prends le pari que, dans moins de dix-huit mois, Ségolène Royal va candidater à l’Académie française. Peut-être que, si elle y entre — ce qui n’est pas du domaine de l’impossible, vu le nivellement par le bas de la société française —, elle fera entrer le mot bravitude dans le dictionnaire.
    Cette femme est une calamité. Mais comme elle est de gôche, on ne dira rien et on continuera à la subventionner.

    1. Avant que la coupole du quai Conti ne s’effondre de honte en apercevant l’habit vert orné de symboles islamiques de l’ex-Impératrice des manchots et son cimeterre marchandé au marché aux puces d’Alger, il faut que la Commission du Dictionnaire de l’Académie prenne le temps d’étudier ces deux définitions :

      Bravitude : attitude de la femme politique qui, pour séduire successivement deux électorats opposés, fait le grand écart en se déguisant d’abord en Marianne amoureuse des conscrits, puis en se transformant en Fatima, fille soumise de harem…

      Décrépitude : état de la femme politique qui s’adonne à la bravitude…

  3. Mary Preud'homme

    Une élection éminemment politique, en même temps que discutable, eu égard à l’âge de ce nouvel immortel, soupçonné d’avoir triché sur son âge réel (par coquetterie, nous dit-on), à moins que ce ne soit pour être dans les clous — et censé avoir moins de 75 ans — au moment où il aurait postulé au fauteuil de J.-D. Bredin, devenu vacant en septembre 2021 ?

  4. « L’Académie française, en l’accueillant triomphalement, s’honore elle-même […] et va donner à ses combats les plus légitimes pour la défense de la langue française une ampleur inégalée. » (PB)

    Monsieur Sansal est effectivement devenu pleinement Français par sa confrontation avec notre si belle langue, qu’il a faite sienne. Comme je l’ai souvent écrit ici, on est Français d’abord par l’esprit, par le mode de pensée qui répond à la logique de notre langue, et aussi par la culture acquise à la lecture de nos écrivains depuis des siècles. Y compris par la lecture de La Princesse de Clèves, n’en déplaise à monsieur Sarkozy… En un mot, il a fait sienne la culture française, y compris ses principes constitutionnels fondamentaux.

    L’on peut comparer son attitude face au pouvoir en place à Alger à celle de madame Royal à Alger, qui accepte de s’exprimer en français derrière un pupitre aux mentions en arabe et en anglais, le français ayant été exclu par la législation algérienne !

    La notice que lui réserve Wikipédia est fort instructive sur l’évolution mouvante de ses idées. Elle exprimait, en 2007, « sa nostalgie du service militaire », prônait la mise en place de « lieux d’encadrement à dimension militaire », faisait part de son souhait que tous les Français disposent d’un drapeau de la France chez eux, ou soulignait son attachement à La Marseillaise ; ce qui lui avait valu de dures critiques de l’extrême gauche et des écologistes. Elle en est venue, en 2026, à adopter les éléments de langage de cette même frange politique. En clair, un discours de « l’anti-France », notamment cultivé par les caciques du pouvoir algérien, en premier lieu par monsieur Tebboune…

    Monsieur Sansal serait en mesure de réconcilier l’Algérie et la France, ce qui n’est certainement pas le cas de madame Royal, qui a bu le calice jusqu’à la lie pour se faire bien voir du régime algérien.

  5. « Boualem Sansal immortel : il le vaut bien… » (PB)

    Et pendant ce temps-là, la Pintade du Poitou, qui arrive toujours à trouver un employeur, va se vautrer vers un régime rigoriste religieusement, qui doit bien rigoler de voir cette représentante d’on ne sait pas de quoi, qui raconte aussi n’importe quoi.
    Elle s’en rend compte, mais sa soif d’exister encore un peu, sa soif de paraître importante — alors que plus personne ne veut d’elle — la fait dévisser dans des abîmes de bêtise crasse, pourvu que l’on parle d’elle.
    C’est affligeant, à l’image de ce qu’elle est. Elle se pense encore influente ; on peut se demander comment personne, encore, ne lui ait fait comprendre qu’elle n’est plus rien et qu’en plus elle ne sert plus à rien.

  6. Xavier NEBOUT

    Marchons-nous sur la tête ?

    Le héros du jour est un ancien haut fonctionnaire algérien venu en France à 54 ans, et qui a été naturalisé français à 76 ans dans l’espoir que sa nouvelle nationalité lui permettrait de revoir sa patrie sans être inquiété par le pouvoir algérien.

    Quant à l’Académie, payée par le contribuable pour établir un dictionnaire qui ne vaut d’ailleurs pas grand-chose, faute d’approfondir les étymologies, voilà qu’elle devient une maison de retraite du « bon plaisir » de la République.

    Nous avons un grand historien qui devrait être à l’Académie, mais comme il a le grand défaut de dire la vérité, c’est à celle de New York qu’il siège. Il s’agit de Bernard Plouvier, un Français qu’il est interdit de connaître en France. https://www.decitre.fr/auteur/20035482/plouvier+dr+bernard

    1. D’accord avec vous. Normalement il y a le Conseil économique et social pour garer les mérites de la République. En plus ça paye bien.

  7. hameau dans les nuages

    Je suis bien d’accord avec vous. BS et AA ne sont pas devenus de simples Français de papier. Reste l’énorme majorité, notamment parmi les nouveaux arrivants, qui viennent avec l’appui d’associations subventionnées pour profiter des avantages sociaux.
    C’est ainsi que se profile le « grand remplacement », nourri par une haine de la France entretenue par des sbires comme Mélenchon, qui lui aussi aurait dû rester au Maroc, puisque, à l’entendre, c’était le paradis :
    https://image.over-blog.com/6NFn0mUfcoUYlVFTGATKAR0FWIw=/filters:no_upscale()/image%2F0672679%2F20260130%2Fob_b9d0fc_nique-la-france-2.jfif

  8. À part Régis Debray et lui, je ne sais pas s’il existe d’autres académiciens ayant connu la prison. Je ne parle pas de l’enfermement dans un camp de prisonniers, mais des geôles d’une dictature, du type de celle expérimentée par Boualem Sansal.

    De plus, la comparaison avec Debray paraît audacieuse, puisqu’il a pris fait et cause pour Che Guevara, un révolutionnaire qui a assassiné et torturé nombre de ses opposants, comme cela a été avéré par la suite.

    BS a risqué sa peau non pas dans un contexte révolutionnaire ou guerrier, mais en tant qu’écrivain portant haut la littérature de langue française, et puni pour avoir dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas sur son pays d’origine.

    Pour terminer sur une note beaucoup plus amère, j’ai eu honte du comportement de Ségolène Royal, se vautrant dans l’abjection en se montrant à Alger avec Tebboune et sa clique.

    Il faudrait peut-être leur signaler que la « madone de Poitou-Charentes » ne représente plus qu’elle-même — ce qui est déjà insupportable !

  9. Je n’ai pas lu de livres de Boualem Sansal, mais je tâcherai de combler rapidement cette lacune.

    Il est clair que le fait d’avoir passé un an dans les geôles du président Abdelmadjid Tebboune a favorisé son élection, mais qu’importe. Il mérite bien d’entrer à l’Académie française, n’en déplaise au pouvoir algérien en place.

    À noter qu’en ce moment, Ségolène Royal est en Algérie, où elle s’est entretenue avec le président Tebboune. Elle lui a demandé l’autorisation de rencontrer le journaliste Christophe Gleizes, détenu depuis un an et demi.

    Réussira-t-elle à obtenir la libération de celui-ci ?
    Voilà qui lui permettrait de retrouver une aura bien ternie depuis quelques années.
    Mais je doute que cela favorise un rapprochement entre l’Algérie et la France…

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *