Quelle que soit ma passion pour la solitude – qui n’est pas contradictoire avec la passion conjugale ni avec le bonheur familial -, en dehors de quelques instants de provocation, j’ai toujours su qu’on ne marchait jamais seul, qu’on ne pensait jamais seul, que les autres étaient un horizon indépassable pour toute existence et qu’on aurait beau faire ou dire, la vie resterait en permanence, dans les drames comme dans les allégresses, le vivier à partir duquel nous nous construisons jour après jour.
Pourquoi ne marche-t-on jamais seul ? Pourquoi cette interrogation est-elle au cœur de notre destinée, à la fois singulière et collective ?
J’avoue, depuis quelque temps, une honorable addiction. Elle me conduit à m’enivrer sans mesure des chants, des hymnes, des chœurs qui mêlent amateurs et professionnels, citoyens et artistes, des publics variés portés par un même élan, dans une ferveur collective qui me donne des frissons d’enthousiasme et de joie.
J’écoute, lorsque je regarde un match de Lens à domicile, tous les spectateurs chanter Les Corons de Pierre Bachelet.
Je me suis gorgé, ému et exalté, de HaBayta, ce magnifique morceau israélien, autant pour sa musique que pour ses paroles et la qualité de l’interprétation vocale, bouleversante à la fois de tristesse et d’espérance quant à la délivrance des otages encore retenus par le Hamas.
Je ne peux pas me défaire du splendide You’ll Never Walk Alone, devenu l’hymne mythique des supporters du club de Liverpool. Je l’écoute sans aucune modération.
J’aimerais identifier ce qui, d’une certaine manière, me fait basculer dans un autre monde où le Bilger quotidien s’efface heureusement pour laisser place à un auditeur comblé, emporté par une houle puissante et chaleureuse, en communion avec cette immense voix collective qui, un instant, semble constituer un remède à tout. En rendant dérisoires nos affrontements politiciens et médiatiques, nos bisbilles sans élan ni allure, notre gravité surjouée et nos colères de grandes personnes.

En effet, il y a dans You’ll Never Walk Alone, dont le texte volontairement simple s’unit à une musique inoubliable, une puissance particulière : lorsqu’il est entonné par la foule, il devient une invitation à participer, faisant fi de toutes les timidités. Il rassemble dans une certitude qui n’est pas loin de faire croire que l’avenir pourra ressembler aux paroles de cette merveille d’optimisme et de volonté.
Cette chanson a été créée par un duo d’exception qui a révolutionné la comédie musicale américaine : Rodgers, le compositeur, et Hammerstein, le parolier. Ils l’avaient écrite pour Carousel.
Elle a été popularisée par Gerry and the Pacemakers, puis reprise par les plus grands – d’Elvis Presley aux Beatles, de Renée Fleming ou Barbra Streisand à Frank Sinatra – et, plus récemment, lors de la commémoration des attentats du 13 novembre, Jesse Hughes (Eagles of Death Metal), accompagné du Chœur du 13, en a donné une prestation collective bouleversante.
Une œuvre tellement indéracinable qu’il est impossible de la dégrader ou de la souiller. Elle est offerte à tous et nul ne peut se l’approprier. Elle parle à chacun d’entre nous.
Elle relève de ces mélodies qui me font retomber en enfance. Je songe à ma mère qui, rentrant épuisée de son travail, n’avait besoin que de la musique du Pont de la rivière Kwaï pour se remettre en forme. Quant à moi, lorsque la mélancolie me guette, je me remobilise avec Sarà perché ti amo.
Il y a dans ces hymnes, quels que soient leur genre ou leur origine, des points communs : leur accessibilité, leur simplicité, le fait qu’ils soient profondément emplis d’espérance ; cette envie qu’ils suscitent « d’en être », de mêler notre voix à celle de tous les autres ; cette manière qu’ils ont de nous emporter, de nous élever bien au-delà de nous-mêmes.
Non, nous ne marcherons jamais seuls.
La sensibilité dans le domaine médical est tellement variée. Quelque part, Victor Hugo éreinte la musique alors qu’il est le plus grand de nos poètes. Comment ne pas comprendre l’enthousiasme de PB pour ce qui le touche, lui ? Heureusement pour le patrimoine mondial.
« j’ai toujours su qu’on ne marchait jamais seul » (PB)
Ah, c’est que la marche que vous pratiquez est la marche de compagnie, consistant à marcher avec un groupe où le bavardage est l’activité principale, ce qui n’est pas plus mal, mais qui n’est pas la forme achevée de la marche. Mais c’est très bien pour ceux qui pratiquent cette marche, s’ils aiment ça.
Mais la marche, la vraie marche, est différente ; elle peut avoir deux aspects.
Le premier est celui de la marche en solitaire, marche vécue comme une ascèse, qui porte le corps à ses limites et permet au cerveau de se débarrasser des idées fixes. 😉
Cette marche ascétique a été celle d’auteurs qui en ont décrit les bienfaits.
Par exemple, Sylvain Tesson, pour se régénérer après un accident de la vie dans lequel son corps avait été brisé, est parti du Sud-Est de la France pour atteindre le Nord-Ouest, périple qu’il a décrit dans son livre Sur les chemins noirs, dont on a fait un film.
Ou encore Jacques Lacarrière, faisant l’inverse, traversant la France du Nord-Est pour descendre vers le Sud-Ouest, décrit son parcours dans son livre Chemin faisant.
Sans aller aussi loin, la marche en montagne, qui dure plusieurs heures, est aussi une ascèse ; elle se fait de préférence en solitaire ou en couple, mais un couple qui se connaît. Un couple dont les dialogues ne portent que sur l’essentiel : le paysage, le rayon de soleil au milieu de la forêt, le chevreuil qui déboîte ou les fleurs des prairies. Bref, un couple qui fonctionne relativement en télépathie. Ça existe !
Et il y a une autre façon de marcher, toujours en solitaire : c’est la marche-évasion, la marche poétique par laquelle on s’échappe du réel pour se plonger complètement dans la nature, pour fusionner avec elle.
C’est Arthur Rimbaud qui a décrit, de la plus belle façon qui soit, cette manière de marcher en solitaire, avec son poème Sensation.
Un diamant bleu de la poésie française, à mon avis le plus beau poème de notre langue.
Tout est dit en huit vers seulement : le bonheur dans la nature, exprimé avec sobriété :
« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme. »
J’ai gravé ce poème sur mon bâton de marche, un bâton de houx que j’ai choisi, coupé, ferré et patiné moi-même.
Là-haut, au nord, les matins ont une pudeur particulière : ils s’ouvrent lentement, dans un silence que seule l’haleine du vent traverse. On y marche à pas mesurés, comme dans un sanctuaire où le souvenir tient lieu de religion. Dans ces plaines sans emphase, dans ces villages que l’hiver polit, des hommes ont vécu, peinant sous la terre, respirant le souffle lourd du monde enfoui.
Leur vie, c’était l’assommoir du fond, celui des zincs à l’ivresse destructrice, celui aussi de la roche qui cogne.
Dans les maisons de briques alignées comme les strophes d’un poème, les femmes attendaient en lavant la buée sur les vitres. La lessive chauffait, les enfants jouaient entre les terrils, silhouettes de montagnes artificielles dressées contre le ciel gris.
Ici, le cœur bat plus lentement, mais il bat plus fort.
Ce n’est pas un hasard si Pierre Bachelet y trouva la matière d’un chant devenu plus qu’une chanson : une respiration collective.
Les corons, ce sont des images simples — le cartable mouillé par la pluie, les yeux bleus d’un père revenu de la mine, la kermesse avec le portrait de Jaurès, ce verre de vin « diamant rose posé sur fond de silicose ». Mais l’émotion naît précisément de ce dépouillement.
Lorsque les supporters de Lens se lèvent pour entonner cette chanson comme on se lève à l’église pour un cantique, le stade devient la nef d’une cathédrale populaire. Les voix s’unissent, se superposent, se portent : « Au nord c’étaient les corons ». Elles ne célèbrent pas seulement une équipe : elles ressuscitent une généalogie, un pays, un monde englouti, perdu à jamais — celui des hommes noyés dans l’ombre.
On retrouve la même nostalgie de la séparation cruelle dans la chanson d’amour perdu de Jeanette, Porque Te Vas :
https://www.youtube.com/watch?v=TjUhXbGdLYo
« Aujourd’hui à ma fenêtre le soleil brille, et mon coeur
S’attriste en contemplant la ville,
Parce que tu pars.
Comme chaque nuit je me suis éveillée pensant à toi
Et sur ma montre j’ai vu défiler toutes les heures
Parce que tu pars.
Toutes les promesses de mon amour s’en iront avec toi.
Tu m’oublieras, tu m’oublieras.
Près de la gare je pleurerai comme une enfant,
Parce que tu pars.
Sous la pénombre d’un lampadaire
S’endormiront toutes les choses
Qui restaient à dire, s’endormiront.
Près des aiguilles d’un réveil attendront
Toutes les heures qui restaient à vivre, elles attendront
Toutes les promesses de mon amour s’en iront avec toi.
Tu m’oublieras, tu m’oublieras
Près de la gare je pleurerai comme une enfant,
Parce que tu pars. »
Eh bien, moi, je suis le MOINS supporter de France. Ni en tribune ni sur mon canapé : je n’ai aucune envie de voir du foot ou du rugby. Le Football Club de Dieppe ? Rien à cirer. L’équipe de France ? Rien à cirer. Quant aux hymnes dans les stades… Même si on me payait, je n’irais pas voir ça.
Condamné à vivre en société, l’homme est inéluctablement dépendant des autres. C’est bien pour cela que le plus difficile pour lui est d’être seul et que, s’il lui arrive de parvenir à cet état de totale solitude, cela ne peut se concevoir que temporairement.
Encore faut-il qu’il habite alors cette solitude par quelques activités de l’esprit. La solitude offre cette disponibilité du corps et de l’esprit pour se mettre, par exemple, pleinement à l’écoute de la musique : la respirer, ressentir les frissons qu’elle peut provoquer, éprouver les sentiments qu’elle peut susciter.
Mais, à persister dans l’état de solitude, l’homme commence, comme l’affirmait Kant, « à s’exprimer en disant je ; il met partout au premier plan, dès qu’il en a la possibilité, son cher moi, et l’égoïsme progresse irrésistiblement ».
La solitude est donc, pour être bénéfique, cette respiration indispensable qu’il faut savoir reprendre à intervalles réguliers, mais à laquelle on ne saurait en permanence aspirer.
Il y a environ 350 enregistrements de cette chanson par presque autant d’artistes, dont notre Richard Clayderman national. Mais les Beatles, non !
Les hymnes britanniques, autre chose que la braillarde Marseillaise
Flowers of Scotland – Land of my Fathers
Rien de plus fort que d’être dans l’enceinte du stade et de chanter, sans forcément d’accompagnement forçant le tempo.
La fascination et le plaisir qu’exerce cet unisson en font fatalement un levier de manipulation des foules. Donc, ne pas en abuser : les stades ont servi à autre chose que de regarder du sport.
Sur le fond, un peu de concorde républicaine [au sens étymologique] n’est jamais à dédaigner, surtout en opposition avec la furie de clivages qu’on nous assène.
Dans les moments forts, il y aussi Don’t look back in anger d’Oasis – pas vraiment bien capté ici : https://www.youtube.com/watch?v=qycwy3PTR5o
Une âme sensible résistera difficilement aux émotions captieuses de la musique.
Ce billet, cher Philippe Bilger, fait remonter à ma mémoire un souvenir que j’avais oublié et une volonté. Le premier se rapporte au début de ma vie. La seconde se rapportera à la fin de celle-ci.
Il y a environ trente-cinq ans, les stades de football ne disposaient que de peu d’airs entraînants qui permissent au public d’encourager leur équipe. Je suis à l’origine de l’un d’eux, qui continue aujourd’hui encore de résonner dans les stades européens. Ainsi, à l’époque, l’équipe de Strasbourg n’en disposait d’aucun. Comme j’avais accès à la sonorisation du stade, je décidai d’en importer un. Je choisis une chanson des Village People, reprise récemment avec succès par le groupe anglais Pet Shop Boys. J’adaptai les paroles pour en faire un refrain de supporteurs. Marchenoir sera content : la chanson s’appelait Go West ! La mayonnaise prit. Les supporteurs de la ville voisine allemande, Karlsruhe, la reprirent alors. Puis elle se diffusa dans les autres stades allemands, avant de s’envoler vers l’Angleterre pour revenir plus tard en France. Entre-temps, j’avais délaissé mon intérêt pour le football. Il me semble que le PSG la reprend aujourd’hui encore.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je remarquai tardivement que les clubs de rugby reprenaient tous, les uns après les autres, ma chanson préférée lorsque j’avais six ans : Les yeux d’Émilie, qui rappelle, avec nostalgie, l’enthousiasme bienheureux d’une période de vie définitivement révolue.
J’ai déjà décidé de mes obsèques. La marche de Robert de Bruce — dont le mythe fait remonter l’origine à l’entrée victorieuse de Jeanne d’Arc dans Orléans — accompagnera l’entrée de mon cercueil dans l’église. J’ai choisi une version beaucoup plus intimiste que celle que l’on connaît : une version interprétée à l’orgue et à la trompette, la trompette, dans ses éclats finaux, évoquant l’élan de l’âme montant au ciel, et l’air rappelant le service que je tentai de remplir durant ma vie.
https://www.youtube.com/watch?v=qQ0VKYjvZ5M
La sortie de mon cercueil se fera sur une adaptation de l’hymne israélite (je ne suis pas à une contradiction près !) à la foi catholique, dont le but est de mettre dans le cœur de l’assistance de l’espérance.
https://www.youtube.com/watch?v=9P5okj6M_zc
Le milieu de la cérémonie sera ponctué par un poème de Sainte Thérèse à Jeanne d’Arc, qui me paraît la chose la plus juste et la plus belle qui ait été écrite sur la patronne secondaire de la France. Il ne s’agit pas d’un hymne, mais d’un murmure éthéré de l’âme.
https://www.youtube.com/watch?v=yRAYAjqlzaE&t=1s
Je n’ai pas encore fait le choix du drapeau qui couvrira mon cercueil. J’ai déjà exclu celui de la République, que j’ai, à mesure que je vieillis, de plus en plus en aversion. J’hésite entre celui de mes armes personnelles et celui, bleu à la croix blanche, tel qu’il flottait au XVIIIᵉ siècle dans les mers d’Amérique.
Comme il ne faut pas manquer d’humour et de dérision dans les choses tristes, l’assistance, au cours de mes obsèques, sera limitée — avec Dieu et le curé — à une poignée de personnes. Je ne veux, auprès de ma dépouille pour son dernier transport, que ceux qui m’ont aimé sincèrement, fidèlement, indéfectiblement.
Je me souviens d’une autre chose qui me fit à l’époque beaucoup rire. Cela survint lors d’une émission radiophonique avec Jean Raspail. Le journaliste voulut se moquer de l’écrivain en diffusant l’hymne de l’Araucanie et de la Patagonie. Jean Raspail se dressa au garde-à-vous et intima au journaliste l’ordre d’en faire autant. Celui-ci, étonné, s’exécuta avec respect.
https://www.youtube.com/watch?v=KUXT50Un-wM
Aux obsèques de l’écrivain, le drapeau du royaume de ses rêves couvrait son cercueil. Le prince Jean se tenait à côté.
Pauvre fou ! Étaler votre vie intime ? Robert Marchenoir va vous sauter dessus comme la misère sur les pauvres ! 🙂
Pour ma part, ce sera un mélange entre la magnifique chanson Immortels de Bashung :
https://www.youtube.com/watch?v=E5rIb1t6Ukw
et ce chant entraînant du XIIᵉ siècle qui emmenait les pèlerins vers Compostelle, puisque je suis sur le Chemin :
https://www.youtube.com/watch?v=2YSCgKsvUeA
Tout cela en espérant que mon chemin sur terre soit encore long. J’ai encore tellement de bois à faire… 🙂
Je ne révèle que ce que je veux bien révéler, tout en prenant soin de demeurer insaisissable.
Sur ce blog, Marchenoir sait, au fond, que je suis son meilleur ennemi. J’ai vécu plus libéralement que lui ne l’a jamais osé. Je connais, tout comme lui, l’arrière-fond métaphysique du libéralisme. J’en ai percé les fins dernières et j’en suis revenu. Lorsque je l’évoque, je ne le limite pas à ses fins économiques, qui ne sont qu’une de ses déclinaisons pratiques. J’englobe l’aspect moral, qui est de loin le plus important, ainsi que le considéraient ses fondateurs. Adam Smith n’a-t-il pas publié une Théorie des sentiments moraux ?
La Révolution française est d’essence profondément libérale, et mère de toutes les révolutions ultérieures, dont les révolutions bolchévique et chinoise, ses filles. Toutefois, la Révolution française n’a rien de spontané, et son inspiration profonde est à chercher du côté des hérésies ayant cours en Écosse et en Angleterre il y a trois ou quatre siècles. Elle est avant tout une révolte de l’homme contre Dieu, une sorte de reproduction de la chute originelle dans le jardin d’Éden.
Ce n’est pas pour rien que la République s’attela, avec une férocité inouïe tout au long de sa courte histoire — et maintenant encore — à déraciner du cœur du peuple français son ancienne foi. Ce n’est pas pour rien que l’Amérique voit probablement en nous son premier ennemi et entreprend tout pour faire disparaître de la surface de la terre notre originalité. Elle y parvient, pour l’heure, avec succès.
Marchenoir est comme ces philosophes du XVIIIᵉ siècle qui voulaient tout détruire afin de reconstruire un homme nouveau dans une société nouvelle. Là où Marchenoir se trompe, c’est qu’on ne peut être à la fois libéral et conservateur : les deux sont antinomiques. Un woke zadiste sera toujours plus libéral que lui ! La querelle est ancienne chez les libéraux. Toutefois, l’on ne peut être véritablement libéral que radicalement, à la manière d’Emmanuel Macron, et non à demi, à la manière de Marchenoir.
Les gens ne le voient pas. Mais Emmanuel Macron est un archétype parfait. Il est, plus qu’aucun autre, au degré le plus quintessencié qu’il soit possible d’atteindre, le continuateur de la révolution mystique commencée deux siècles plus tôt. Parviendra-t-il à la parachever ? Nous le saurons avec certitude lorsque tout aura été détruit et qu’il sera enfin question de rebâtir un monde nouveau sur les ruines fumantes du précédent.
Révolution : quel titre génial et inspiré. Tout y était annoncé en un seul mot.
Le libéral place la raison — que j’appelle la raison ratiocinante — à la cime la plus haute de l’intelligence humaine. Toutefois, il n’en évoquera jamais la raison profonde. Le but est de faire déchoir toutes les autorités afin que la sienne domine sur toutes. Une fois cela accompli, la raison est délaissée, n’ayant plus aucune utilité.
C’est pourquoi discernez toujours, dans le zadiste ou le communiste, le rejeton bâtard d’Adam Smith.
Quand enfin la raison aura fait chuter toutes les idoles, il ne restera plus que l’Unique et sa Propriété, c’est-à-dire le dernier des hommes.
Ben moi, pendant l’orifice religieux, j’ai prévu, en l’honneur des partisans résistants de dernière minute, le très célèbre chant d’André Dassary, au top du hit-parade pétainiste : “Maréchal, nous voilà”, que tout le monde sifflotait jour et nuit avec un zèle admirable… jusqu’au jour de la Libération où, comme par enchantement, il a disparu des médias et des ondes. Pourquoi ? Allez savoir.
Depuis, je me suis fait un devoir de le réhabiliter : il est tellement patriote. Je l’écoute en boucle, entre deux morceaux de Wagner.
« J’ai déjà décidé de mes obsèques. La marche de Robert de Bruce — dont le mythe fait remonter l’origine à l’entrée victorieuse de Jeanne d’Arc dans Orléans — accompagnera l’entrée de mon cercueil dans l’église. »
Le défunt peut également choisir une chanson, lors de la crémation.
Je vous suggère « Allumer le feu » de Johnny Hallyday. Il paraît que c’est l’une des chansons les plus demandées, avec « Le Paradis blanc » de Michel Berger.
Cher Philippe,
Vous avez magnifiquement raison : on ne marche jamais seul. Les voix des autres nous portent, les hymnes nous soulèvent, la foule nous fait plus grands que nous-mêmes.
Et pourtant, au milieu de ces milliers de pas qui battent à l’unisson, il arrive qu’on perçoive le bruit très léger d’un seul pas : le nôtre. Un pas qui ne s’éloigne pas, mais qui se pose simplement un peu autrement. Ce pas-là n’est pas solitaire et arrogant ; c’est l’instant où l’on redevient pleinement soi, juste le temps de vérifier que le chant commun est bien ce que l’on pense et ce que l’on ressent.
Paradoxe tendre : c’est précisément en s’autorisant cet écart d’une demi-seconde qu’on revient ensuite plus près des autres que jamais, en leur apportant une note vraie qu’ils n’avaient pas encore entendue dans leur propre chœur.
Je crois que la communion la plus profonde n’est jamais la fusion totale ; c’est l’accord parfait entre des voix qui restent distinctes.
Vous qui cherchez toujours la justice et la justesse, ne trouvez-vous pas que c’est là, dans ce léger retrait consenti, que l’hymne devient enfin pleinement humain ?
Avec toute mon affection admirative,
Xavier
Il y en a un qui marche seul, très, très seul, sous l’œil goguenard des leaders du monde entier et de leurs peuples : c’est notre freluquet de l’Élysée.
Tel le furet du bois, mesdames, il est passé par ici, il repassera par là ; il brasse du vent, il débite des logorrhées incompréhensibles, il se voit empereur du monde… Il finira dans les fosses septiques de l’Histoire.
Autrement dit, au cœur de la foule :
Les Muses se sont réunies sur le mont Hélicon pour soutenir celui qui s’élève vers la vérité en se fondant dans la musique. Mais il y a la Pastorale de Beethoven dirigée par Karajan et non par d’autres, comme il y a le Rorate caeli desuper chanté par certains et pas par d’autres.
En ce premier jour de l’Avent, nous pouvons écouter, allongés, les mains jointes, ceux qui ont emprunté la voie de la contemplation menant à Dieu — la lumière de l’extase.
https://www.youtube.com/watch?v=-EjHCYLukRY
« Mais il y a la Pastorale de Beethoven dirigée par Karajan et non par d’autres… »
Certes grand connaisseur et interprète de Beethoven, Karajan ne saurait pour autant éclipser totalement certains autres prestigieux interprètes, et notamment Wilhelm Furtwängler, qui a apporté une autre dimension tant à la Pastorale qu’aux autres symphonies de Beethoven.
« J’avoue, depuis quelque temps, une honorable addiction. Elle me conduit à m’enivrer sans mesure des chants, des hymnes, des chœurs qui mêlent amateurs et professionnels, citoyens et artistes, des publics variés portés par un même élan, dans une ferveur collective qui me donne des frissons d’enthousiasme et de joie. » (PB)
Dans ce cas je vous invite à écouter Les Chœurs de l’Armée rouge .
Certes il y a sans doute quelques espions dans le groupe, mais quand on les écoute, ça vous prend aux tripes.
Écoutez les chœurs de l’armée islamiste : eux, ils vous étripent carrément. C’est pas mal non plus.
« Quelle que soit ma passion pour la solitude… »
Ne nous affolons pas, vous n’en n’êtes pas… encore ?… au stade de Carl Gustav Jung :
« La solitude est pour moi une source de guérison qui rend ma vie digne d’être vécue. Parler est souvent un tourment pour moi, c’est pourquoi j’ai besoin de plusieurs jours de silence pour me remettre de la futilité des mots. »
Il m’arrive quelquefois d’en être là. 😉
Alors pour me secouer et me remettre en forme, une seule solution : le violon de Bach, mais pas n’importe lequel. Celui-là, et de préférence avec cette interprète qui m’enflamme littéralement dès le prélude… au point que j’en ai fait l’indicatif de mes appels téléphoniques 😉
https://www.youtube.com/watch?v=Pr_gK9fzwSo&list=RDPr_gK9fzwSo&start_radio=1
« You’ll Never Walk Alone »
Je suis choriste et musicienne amateur et à ce titre peux témoigner qu’ils et elles sont nombreux à nous demander d’interpréter ce chant de footeux lors de leur mariage.
Comme si la nature de l’événement et la communion entre les protagonistes pouvaient s’assimiler à l’ambiance d’un soir de match…
Ce qui ne préjuge en rien de la qualité de cet hymne et de sa vertu à rassembler !
Par esprit de contradiction…
Jean-Jacques Goldman, Je marche seul
https://www.youtube.com/watch?v=5AS0wPLnAhY