Nous avons appris qu’Alain Duhamel (AD), dans un documentaire diffusé le 18 janvier sur France 5, n’aimait pas Marine Le Pen (MLP) et la trouvait « antipathique ». Il ajoutait que ce sentiment était réciproque : leurs deux personnalités ne s’accordaient pas.
Après avoir estimé que l’on accordait trop d’importance à cet épisode dérisoire, je tombe moi-même dans le panneau et aborde ce sujet parce qu’au fond, il rejoint ma quotidienneté, où sans doute ai-je abusé de ces appréciations subjectives.
On pourrait juger AD « antipathique » et pourtant il conviendrait de l’écouter et de le lire. Son apparence d’homme si bien élevé, sûr de lui, cultivé, dissimulant, sous une urbanité de bon aloi, une indéniable fermeté, voire une véritable roideur, est de nature à déplaire à certains. Mais je persiste : il ne faut jamais s’arrêter à ces blocages strictement personnels, car il est des êtres qui méritent que l’on dépasse ces humeurs, et AD en fait partie !
J’ai été étonné que l’analyste politique qu’il est, toujours brillant, même lorsqu’il se trompe, ait révélé sa pensée intime au sujet de MLP. Il aurait pu, et sans doute dû, la taire, car elle n’apporte rigoureusement rien d’utile à l’image que l’on a de lui.
Elle me surprend, en tout cas. Car je pourrais dire mille choses de MLP, sur le plan politique comme sur le plan personnel, mais jamais je ne l’aurais qualifiée « d’antipathique ». Il est vrai que je mets, dans ce rapport à l’autre, dans ce regard que l’on projette sur lui, une substance et des critères qui ne sont pas directement reliés à l’impression immédiate, mais qui coagulent l’estime et ce que je constate par exemple comme courage, résistance, résilience, maîtrise de soi : autant de dispositions qui m’interdiraient radicalement de la décréter « antipathique ».

Il y a des années, si j’avais eu un jugement négatif à l’égard de Ségolène Royal – ce qui n’a jamais été le cas -, je l’aurais amendé, tant son comportement m’avait impressionné dans l’articulation entre vie publique et sphère privée.
Pour aller encore au plus près de ma vérité, j’admets que cette saillie d’AD m’a touché, énervé, déplu, précisément parce que j’ai trop tendance, dans un premier mouvement – qui n’est pas toujours dénué de justesse -, à organiser mon futur relationnel à partir de l’instantanéité d’un présent de quelques secondes ou de quelques minutes, qui m’oriente vers l’envie de poursuivre ou le désir de cesser.
Ce qui pourrait apparaître comme un défaut est en réalité assez commun, mais on a du mal à l’avouer. Dans le lien humain, bien avant l’expression orale et sa pertinence, l’écoute, l’amabilité ou l’esprit, le déclic fondamental tient à cette fulgurance du regard qui, intuitivement, vous détourne d’un visage et d’une personne ou, au contraire, vous en rapproche.
Je sais, pour ma part, que j’éprouve sur-le-champ une authentique désaffection à l’égard des attitudes vaniteuses, des êtres qui se prennent pour une institution et qui, presque sadiquement, cherchent à faire naître chez l’autre un complexe d’infériorité, ainsi que des personnalités persuadées de compter, avant même de l’avoir démontré.
Certes, on a le droit d’évoluer.
Mais je doute qu’AD finisse par trouver MLP sympathique, et réciproquement. Et l’on ne fera jamais de moi un homme accueillant l’autre, quel qu’il soit, à bras ouverts, le cœur et l’esprit béats.
On ne change pas son socle.