Depuis plusieurs années, l’obstination avec laquelle les politiques choisissent des avocats qui les conseillent très mal est saisissante. C’est si fréquent qu’on pourrait presque en faire une règle.
Cela ne concerne d’ailleurs pas seulement les politiques, mais toutes les personnalités exposées à la lumière médiatique, quel que soit leur domaine d’activité, lorsqu’elles sont soupçonnées ou poursuivies en justice.
La cause essentielle des multiples fiascos qui en résultent vient du fait que l’exigence de vérité n’est pas la priorité que l’avocat fait valoir auprès de son client et que celui-ci est rarement tenté d’aller dans le sens d’une authentique sincérité.
Pourtant, sur le plan judiciaire, cette attitude serait non seulement la plus morale, mais aussi la plus efficace. Il y a probablement, dans le domaine politique et dans la sphère artistique ou culturelle, quelques mis en cause dont la bonne foi ne devrait pas être suspectée ni la franchise déniée. Mais, pour la plupart – est-il besoin de citer des noms ? Ils ont fait, font ou feront l’actualité -, l’opinion publique, ou en tout cas le monde qui les concerne et s’intéresse à leurs activités, n’a pas le moindre doute sur le caractère absurde ou mensonger de leurs dénégations renouvelées.
Un tel comportement est aberrant et a des conséquences dévastatrices, médiatiquement et judiciairement.
Ce que l’avocat ne comprend pas, c’est que convaincre, par une persuasion argumentée, son client de dire intégralement la vérité est le moyen décisif de vider les polémiques de leur substance et les procès de leur redoutable impact. Ne pas hésiter à dire la vérité enlève à la controverse tout futur, bloque les attaques annexes et crédite ceux qui usent de cette transparence d’une forme de moralité, malgré leurs transgressions initiales.

Certes, il y a des clients rétifs. Par exemple, qui peut imaginer qu’un Nicolas Sarkozy ou, dans un autre registre, un Gérard Depardieu ou un Patrick Bruel, soient prêts à accepter sans réagir une stratégie de défense radicalement différente ? Mais il semble que, pour le premier en tout cas, la démonstration de l’utilité judiciaire de la sincérité et de la vérité, avec la répudiation de tactiques de défense absurdes et délétères, pourrait battre en brèche ce réflexe immédiat de contester à tout prix, comme s’il s’agissait d’une mécanique irrésistible, alors qu’il est gravement préjudiciable à la justice comme à son intérêt personnel.
Un avocat ne fait pas ce qu’il veut, mais seulement ce qu’il peut. Au moins a-t-on le droit d’espérer qu’il soit suffisamment honnête, intelligent et sensible pour ne pas omettre cet impératif capital de vérité auprès de son client. On a le droit de ne pas être sûr que cette éthique soit toujours respectée, alors qu’elle distingue, à l’évidence, le conseil de qualité du mauvais.
L’incompréhension est totale au sujet de la stratégie adoptée par Jordan Bardella. Je l’ai déjà écrit dans un billet. La vérité immédiate, accompagnée de plusieurs arguments à faire valoir et de la dénonciation du caractère cyniquement opportun des révélations de Mediapart, aurait dû être son seul critère. Il a fait l’inverse. Quel avocat a eu le bon sens de le mettre en garde ? De lui apprendre que rien n’est pire que de nier l’évidence pour être ensuite, contraint et forcé sous la pression des faits et des vérifications, obligé de l’admettre ?
En matière criminelle, Cédric Jubillar a creusé avec entêtement son propre désastre en s’enfermant dans cette posture, selon une temporalité catastrophique.
Contrairement à ce qu’on prétend trop souvent pour donner tout son prix, croit-on, au débat judiciaire, la vérité est sans doute le plus court chemin pour faire coïncider la reconnaissance de sa culpabilité avec l’obtention du jugement le plus indulgent possible, la franchise devenant un auxiliaire fondamental de la défense.
Croire qu’un avocat répugnerait à exhorter son client à dire la vérité, au motif que son rôle s’en trouverait réduit et que son talent aurait moins l’occasion de se déployer, serait offensant pour ceux qui continuent à honorer le barreau.
Ce billet a l’ambition de faire réfléchir ceux qui nient par réflexe et ceux qui plaident par docilité. Les uns comme les autres gagneraient à mesurer la force incomparable de la vérité. Il ne faut jamais hésiter à la dire, en toutes circonstances. Surtout lorsque le mensonge, loin de vous sauver, compromet vos chances et ruine votre honneur.
Moi, ce qui me choque dans cette affaire, c’est que des policiers ou des gendarmes saluent un condamné de droit commun. C’est intolérable, quand bien même le délinquant est un ancien président de la République. La bonne conduite consistait à lui tourner le dos. Un régime nationaliste n’aurait pas toléré cette infamie.