L’éclipse, le sport, c’est tout comme lien ?

Il y a des moments forts, dans notre vie nationale, où une forme d’unanimisme se développe. Ils sont rares et tiennent à des événements naturels ou à des manifestations sportives.

Pour les premiers, il y a eu l’éclipse, qui a engendré d’immenses rassemblements et comme une communion face à un miracle astronomique dont le prochain aura lieu en 2081.

Pour le sport, il y a eu les Jeux olympiques récemment, la déception à la fois amère et pourtant fière de la dernière Coupe du monde et, actuellement, les championnats d’Europe de natation et d’athlétisme, qui suscitent un très vif intérêt des Français. Il tient davantage au caractère et au talent exceptionnels de certains nageurs, par exemple Léon Marchand, qu’à un engouement pour le championnat lui-même.

Mais peu importe. Il ne faut jamais se moquer de ces consensus d’un jour ou de quelques jours, aussi secondaires qu’ils puissent apparaître dans une France et un monde où l’on aimerait d’autres liens, d’autres opportunités pour se réjouir ou s’exalter.

Notre classe politique devrait être beaucoup plus attentive à ce phénomène, qui démontre qu’elle n’a plus rien pour enchanter le futur ou enthousiasmer le présent, seulement parfois remise en grâce par les quelques lumières éblouissantes de notre passé historique.

Cette morosité n’est pas la même que celle qui démobilise beaucoup de citoyens sur le plan de l’implication démocratique, parce qu’aucun programme ne convient véritablement et que nul n’est imaginé comme un sauveur. Cette désaffection pourrait exister ; mais, en même temps, l’univers républicain, la pureté de ce qu’il représente, le contraste avec les dictatures mériteraient, pour notre nation trop éclatée, d’être approuvés de façon si majoritaire qu’ils devraient faire office d’unité et de lien.

Mais, à l’évidence, ce n’est pas le cas. Les affrontements incessants qui annoncent la campagne présidentielle officielle relèvent plutôt de joutes politiciennes que du souci non partisan de placer le destin de la France au-dessus de tout et de créer ainsi une harmonie démocratique.

Je pourrais généraliser ces observations en les appliquant à tout ce qui, au fil des siècles, a créé les fabuleux accords et consensus de notre Histoire, quand des personnalités, des phares, des héros, quel que soit le registre, étaient plus forts que notre penchant pour la discorde.

Cette époque est révolue. Nous avons eu l’éclipse, nous avons le sport, mais désormais notre mythologie a son tiroir vide.

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