Vive le campisme !

Le campisme serait « une maladie qui interdirait de critiquer son propre camp pour ne pas faire le jeu de l’adversaire » (Le Figaro).

Ce n’est pas une maladie, c’est un honneur.

La difficulté est de ne pas laisser croire un seul instant que l’on prétend s’inscrire dans la lignée de ces personnalités illustres et courageuses qui n’ont pas hésité, en leur temps, à jeter leur pavé dans la mare et à prendre à rebrousse-poil, au nom d’une exigence de vérité poussée à l’extrême, les tenants de leur propre cause.

Jean Birnbaum a écrit un magnifique et très éclairant livre — Le Courage de la nuance — consacré à ces justiciers intransigeants qui, pour n’avoir pas accepté de se taire face aux mensonges, aux exactions et aux malfaisances de leur propre camp, ont connu désaveux, ostracisme et exclusions.

On peut citer, entre autres, parmi ces héros d’une rectitude extrême : George Orwell, socialiste dénonçant le totalitarisme soviétique ; Albert Camus, pourfendant le terrorisme révolutionnaire au nom d’une morale qui refusait de justifier le meurtre et sauvegardait à tout prix l’humain ; Victor Serge, ne cédant rien face au stalinisme, et surtout pas l’honnêteté devant la cruauté de ce réel atroce.

Georges Bernanos est souvent cité comme exemple, puisque, écrivain catholique, il n’a pourtant pas hésité à fustiger les crimes franquistes.

L’actualité a également mis en lumière l’attitude de Diane Richard, qui évoque dans un livre sa rupture avec un féminisme « refusant de défendre les femmes israéliennes après le 7-Octobre ».

Pour ma part, je publierai le 9 avril, aux éditions de l’Archipel, un essai — L’Heure des crocs — dans lequel je mettrai en cause certaines dérives de CNews, sans dissimuler que, conservateur, j’étais pour l’essentiel en accord avec cette chaîne.

Il me semble que, sur un plan général, les dénonciations opérées non par un adversaire mais par un soutien critique ont évidemment plus de force et de pertinence, puisqu’elles ne peuvent être soupçonnées d’hostilité systématique ni de mauvaise foi. Bien au contraire, leur plausibilité est garantie par le lien qui attachait la personne déçue au parti ou au camp concerné.

Cette relation est d’autant plus essentielle, pour éviter tout mauvais procès à la personnalité courageuse et libre qui blâme ce que sa cause a à se reprocher, qu’elle suppose la capacité d’affronter un double opprobre : celui de l’extérieur, qui raille le fait de « cracher dans la soupe », et celui de l’intérieur, qui ostracise le dénonciateur.

Autant je n’aime pas les prises de conscience qui surviennent trop tard, quand le pire a déjà été consommé — comme Roselyne Bachelot, une spécialiste politique du genre, ou lorsque certains stigmatisent Gérard Depardieu ou Jack Lang une fois qu’ils sont défaits, alors qu’ils savaient —, autant je récuse le grief de « cracher dans la soupe » lorsqu’on a participé à son élaboration tout en tentant, autant que possible, d’alerter et de prévenir.

Le campisme est un comportement digne qui ne vise pas à ruiner sa propre cause, mais à permettre à ceux qui la défendent de se ressaisir et de progresser.

La voix critique d’un seul est une chance : l’occasion, pour tous, d’une prise de conscience.

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