Victimes de la justice…

Le garde des Sceaux a décidé de créer, au sein de son ministère, une direction des victimes. On s’étonne qu’une telle initiative n’ait pas été prise avant lui. Il est vrai que Gérald Darmanin, comme ministre de la Justice, est l’auteur d’un certain nombre de « premières » et d’abord de celle-ci, fondamentale : il identifie les maux et il agit…

Mon titre ne renvoie pas à cette mise en cause permanente de l’institution judiciaire au nom de cette double politisation contradictoire : celle de la gauche et de l’extrême gauche, pour lesquelles, en matière pénale, la société est plus coupable que le délinquant, et celle de la droite et de l’extrême droite, qui, trop souvent, conjuguent ignorance et parti pris.

Quand j’évoque « des victimes de la justice », je songe à toutes celles qui, dans l’attente, dans le découragement souvent, dans le désespoir parfois, sont persuadées qu’on a oublié leur affaire, leur dossier, leur procédure, puisque depuis des mois, voire des années, elles n’ont jamais reçu la moindre information à leur sujet, de quelque manière que ce soit, de la part des services judiciaires.

J’ai toujours pensé que cet état de fait était une honte et, chaque fois que j’ai été en charge d’une responsabilité, j’ai veillé prioritairement à respecter, ou à faire respecter, cette exigence. Celle-ci constitue le premier devoir de la justice.

L’ignorance absolue dans laquelle, le plus souvent, le citoyen est plongé constitue la plaie fondamentale d’un service public qui est de moins en moins un service voué au public.

Quand on évoque « l’insupportable attente des victimes » (Le Parisien), on a raison. J’ai été scandalisé que les excellentes dispositions projetées par le ministre fassent l’objet d’un recours de la part d’un syndicalisme judiciaire réunissant l’USM et le Syndicat de la magistrature (SM), au motif que des moyens manqueraient, comme si cette considération pouvait l’emporter sur le caractère infiniment positif de cette avancée en faveur des victimes.

Sincèrement en accord avec les solutions d’urgence, très pragmatiques, que prévoit Gérald Darmanin, je ne peux m’empêcher, face aux défis que constituent la lenteur et le silence de l’institution, l’engorgement des procédures — 6 000 dossiers en souffrance — et le risque de libération d’accusés faute de pouvoir être jugés dans les délais, d’imaginer qu’il pourrait toujours exister des solutions.

Que celles-ci, plutôt que d’être soumises à l’état de droit actuel, seraient fondées à lui imposer leur urgence.

Il me semble qu’on ne devrait pas hésiter à adapter, voire à transformer l’outil, pour le plus grand bien de la finalité à atteindre.

La Justice est trop frileuse face aux attaques indécentes, voire indignes, qui lui sont adressées. En revanche, elle doit s’estimer gravement coupable lorsque des victimes l’interpellent et lui demandent : « Qu’as-tu fait de nous ? »

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