Quand le crime est une statistique…

Loin de moi l’idée de chercher une quelconque vérité dans des propos attribués à Staline ; néanmoins, une formule qu’on lui prête — sans certitude quant à son authenticité — affirme qu’un mort relève de la tragédie, tandis que des milliers ne seraient plus qu’une statistique.

Sur le plan criminel, cette observation cynique peut trouver une traduction épouvantable. Un certain Samir T. avait tué une septuagénaire de 468 coups de couteau à Toulouse, le 1er janvier 2011. Il avait été déclaré pénalement irresponsable et était sorti de l’hôpital après quatorze années d’internement.

Il a été mis en examen, le 11 décembre 2025, avec trois autres hommes, pour un viol sur personne vulnérable, au début du mois (Sud Ouest).

Cette brève relation du parcours de Samir T. permet de mettre en lumière trois problèmes qui ne sont pas forcément compris par tous.

Le premier concerne l’irresponsabilité pénale du meurtrier, qui a porté un nombre hallucinant de coups de couteau : 468. Pour ma part, comme avocat général à la cour d’assises de Paris, je n’ai connu qu’une seule procédure comparable : une prostituée ayant tué son proxénète de 28 coups de couteau, celui-ci refusant de la laisser échapper à sa dépendance et à sa servitude. J’avais requis son acquittement et j’avais été suivi par le jury. J’avais soutenu que le nombre même de coups révélait une intention homicide à ce point éclatée et diluée qu’elle finissait, en quelque sorte, par disparaître.

Crazy with a straitjacket in a Psychiatric

S’agissant du crime de Samir T. et de son irresponsabilité pénale, il a donné lieu à un échange passionnant et contradictoire, le 22 décembre, sur le plateau des Vraies Voix, à Sud Radio, entre Philippe David, qui dénonçait cette mise hors de cause psychiatrique, et moi-même, qui la validais. Sans me pousser du col, l’analyse psychologique à elle seule, ajoutée à la surabondance de violence, montrait qu’une telle frénésie faisait sortir son auteur de la criminalité ordinaire — caractérisée par un lien clair et identifiable entre le criminel et sa victime — pour la faire entrer dans le registre de la folie, où celle-ci disparaît en quelque sorte symboliquement, ne confrontant plus l’auteur qu’à lui-même et à son délire. Celui-ci le pousse alors, dans un aveuglement sans mesure ni limite, à dépasser l’atroce normalité qui rend la plupart des crimes odieusement logiques.

Les 468 coups de couteau révélaient, en effet, une furie déconnectée du réel, un abandon statistique au dérèglement de soi, comme si l’être avait déserté la raison pour entrer dans le territoire glaçant d’une cruauté qui ne jouissait que d’elle-même.

Cette personne aurait-elle dû sortir de son internement au bout de quatorze ans ? Ne nous dissimulons pas derrière une lucidité rétrospective que viendrait faussement éclairer le viol récent. Je ne doute pas qu’au moment où la décision de mettre fin à son hospitalisation a été prise, l’arbitrage entre le risque d’une telle libération et la conviction que la société n’en serait pas victime ait été pesé. Si Samir T. est condamné, cette seconde branche de l’alternative apparaîtra pour ce qu’elle était : une pure illusion et un humanisme dévastateur.

Enfin, on peut relever que l’irresponsabilité pénale constatée en janvier 2011 pourrait être apparemment compatible avec une responsabilité pénale, au moins relative, en décembre 2025. Les ombres qui, sur le plan criminel, obscurcissent parfois totalement un individu sont susceptibles de se dissiper. On n’est pas nécessairement criminel et fou à vie.

Pour le meilleur comme pour le tragique.

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  1. @ Robert Marchenoir

    1) En général, je lis les commentaires des commentateurs, à condition qu’ils soient concis, éclairants et non frappés de politiquement correct. Je ne doute pas que les vôtres soient pertinents, mais ils sont le plus souvent trop longs et, donc, je ne les lis que très rarement (d’ailleurs, Philippe Bilger réitère chaque année le vœu — pieux — de réponses moins longues). Vous comprenez à présent pourquoi.

    2) C’est donc à l’aune de l’ignorance de vos positions qu’après avoir un peu hésité, j’ai réagi. À tort, je l’admets volontiers. Il faut reconnaître que, dans l’absolu et dans ces conditions particulières, votre formulation pouvait prêter à confusion. Sinon, elle ne m’aurait en rien gêné.

    3) J’attendais, non un billet, mais au moins un JOYEUX NOËL de la part de Philippe Bilger, à un tournant de notre Histoire où ceux qui veulent détruire notre civilisation poussent leur avantage en s’attaquant à un moment-clé de nos traditions. Réaffirmer haut et fort notre attachement à la civilisation judéo-chrétienne est, comme le rappelle « le Z » dans son excellent livre, un devoir pour tous ceux qui ont encore le courage de résister. D’ailleurs, le fort courant conservateur qui va s’exprimer en 2026 et 2027 sera une réaction directe à cette volonté de nous faire disparaître.

    4) Je vous rejoins sur notre propension à nous soumettre au vocabulaire de gauche, notamment lorsqu’il a pour objectif pervers de nous faire avaler des changements irréversibles. Je pense notamment à « migrants », voire « exilés », quand il ne s’agit que de clandestins et d’illégaux, donc de délinquants qui doivent être traités comme tels. Je pense encore aux « quartiers populaires », qui ne sont que des cités passées sous la coupe de l’islamisme. Je pense enfin à l’insupportable « celles et ceux », qui est à présent une quasi-obligation pour tout le monde.
    Cela n’est pas le cas pour « invisibiliser », qui, comme « camarade », est un mot judicieux et porteur de sens, et qui n’a pas vocation à être l’apanage de qui que ce soit.

    Le cinquième point sera bref et tardif : Joyeux Noël à vous.

  2. Je viens d’écouter le débat qui, dans « Les Vraies voix », a opposé notre hôte et Philippe David sur — pour faire court — l’irresponsabilité mentale. Je suis resté sur ma faim. La séquence est trop courte et le ton de cette émission trop « batailleur » pour que les arguments des uns et des autres soient suffisamment et sereinement développés, afin que l’auditeur puisse en tirer une réflexion personnelle.

    Ce sujet, qui très souvent est au cœur de l’actualité — compte tenu du nombre d’affaires criminelles dans lesquelles sont impliqués des « déséquilibrés », ou déclarés tels —, aurait mérité, et mérite encore, d’être approfondi, même si jamais on ne parviendra à identifier la solution idéale. De fait, cette question du sort à réserver à un criminel présentant de possibles troubles mentaux — non-lieu ou procès, internement à vie ou pour une durée qui reste à déterminer — oppose la protection de la société au respect de la liberté de chacun, « normal » ou non. Elle est au cœur de notre État de droit, certains n’hésitant pas à voir, en tout opposant, un malade mental à enfermer…

    Ce choix est d’autant plus complexe qu’il doit intervenir le plus vite possible après les faits. En arriver à l’acquittement pour cause mentale en cour d’assises, c’est aussi, quelque part, reconnaître que l’ensemble de la procédure — garde à vue et instruction — n’est pas allé, ou n’a pas pu aller, jusqu’au bout de sa mission. L’autre obstacle de taille est qu’il repose sur des experts psychiatres qui, dans la plupart des cas, se contredisent, parfois eux-mêmes au fil du temps… Le juge, très souvent — trop souvent —, doit prendre une décision en ne disposant pour tout conseil préalable que de sa propre et seule opinion, en tentant de ne pas être influencé, ni par l’émotion des victimes et de leurs proches, ni par la pression des médias, le verdict des réseaux dits « sociaux » et l’avis de l’opinion publique, laquelle, la plupart du temps, réclame plus vengeance que justice.

    Sans connaître sur le bout des doigts les détails des affaires citées par les deux Philippe, il est difficile de prendre parti pour l’un ou l’autre, tant la sauvagerie extrême des forfaits qu’ils décrivent les conduit à tirer des conclusions opposées sur l’état de santé mentale des criminels concernés.

    Cette différence de points de vue n’est pas rare. La meurtrière de Lola, qui, aux yeux du grand public, a commis un « crime de folle », a été jugée responsable de ses actes et condamnée à perpétuité, alors que l’assassin de deux infirmières en 2004 à Pau — l’une d’elles avait été décapitée — a bénéficié des dispositions de l’article 122-1 du Code pénal et a été placé en HP, sous la responsabilité de médecins psychiatres. Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 24 juillet 2022, il serait jugé en cour d’assises, le fait qu’il avait fumé une quinzaine de joints avant de commettre ses crimes le privant obligatoirement d’un non-lieu pour cause d’abolition de son discernement…

    Quand cette irresponsabilité totale est reconnue, reste à déterminer comment traiter le « fou » pour que la société soit protégée de ses possibles récidives. Et là encore, les questions sont multiples. Aujourd’hui, un tel individu est confié, sous contrainte, au corps médical, qui le soigne selon ses protocoles et décide de la date à laquelle, le considérant guéri, il mettra fin à son séjour en HP. Dès lors, la justice n’a plus de prise sur lui, le préfet étant seul habilité à interroger — avec précaution — une telle décision. D’évidence, il y a là un trou dans la raquette, les psychiatres n’ayant juridiquement aucune compétence en ce qui concerne les moyens à mettre en œuvre pour assurer la protection de la société, le meilleur étant le maintien in aeternam en HP de tels malades.

    Un pas dans le bon sens a été accompli avec les articles du Code pénal qui régissent le retour à la société des criminels dont le discernement a été « altéré » au moment de leurs actes. Ceux-là sont aptes à être jugés et condamnés, mais peuvent aussi faire l’objet d’un suivi médico-judiciaire pendant leur incarcération et après, pour une durée fixée par le tribunal. La justice conserve donc un droit de regard sur eux, la médecine ne pouvant pas les « libérer » sans l’accord du juge de l’application des peines.

    Peut-être faudrait-il en arriver à une même règle pour les « déséquilibrés » qui, leur discernement étant aboli à l’instant de leur crime, ne doivent pas être jugés… On pourrait même imaginer que ce contrôle judiciaire soit à vie. Mais le problème que poserait la mise en œuvre de cette proposition est de taille, puisque cette solution entraînerait l’incursion du judiciaire dans le champ de l’exécutif, tutelle des services de santé…

    Quant aux experts psychiatres et à leurs querelles pendant l’instruction et à la barre, il est grand temps d’y mettre fin, par respect pour les parties civiles, qui n’ont pas à supporter leurs animosités, et pour la bonne administration de la justice qui, déjà mal aimée, donne l’impression au grand public qu’elle est responsable de ces instants de mauvais théâtre de boulevard.

    Peut-être la Chancellerie pourrait-elle, sur des critères précis — diplômes et compétences —, dresser une liste d’experts, pas nécessairement de « grands experts », dans laquelle le juge d’instruction puiserait, par tirage au sort, ceux à qui il confierait les enquêtes sur l’état mental de ses « clients », le tirage au sort évitant la course aux célébrités… La défense, elle, conserverait naturellement le droit de faire appel à qui bon lui semble…

    Bref, il n’existe pas de solution parfaite… sauf à attendre des magistrats sagesse, prudence et… discernement.

  3. Robert Marchenoir

    @ Florestan68 – le 26 décembre 2025

    Pour être complet et dans un souci de vérité, je précise que je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur le reproche que vous faites à Philippe Bilger de n’avoir pas consacré un billet à Noël. Il me semble qu’il parle de ce qui l’inspire quand ça lui passe par la tête (tout comme ses commentateurs, d’ailleurs), et que c’est fort bien ainsi. S’il n’avait rien de particulièrement original à dire à ce sujet, eh bien les médias se sont largement occupés à nous tartiner leurs marronniers habituels.

    Cela ne change rien au caractère fort regrettable du malentendu qui nous a opposés, et qui est désormais dissipé, je l’espère.

  4. « Loin de moi l’idée de chercher une quelconque vérité dans des propos attribués à Staline ; néanmoins, une formule qu’on lui prête — sans certitude quant à son authenticité — affirme qu’un mort relève de la tragédie, tandis que des milliers ne seraient plus qu’une statistique. » (PB)

    Quant à Disraeli, il affirmait :
    « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge ordinaire, le parjure et les statistiques. »

    Et il faut bien reconnaître que, dans la France actuelle, le mensonge par les statistiques est devenu le sport préféré de certains démographes officiels de mauvaise foi, et parfois même du ministère de l’Intérieur, depuis que les mouvements migratoires ont fait exploser celles de la délinquance et de la criminalité.

    Le procédé le plus fréquent permettant de faire dire tout et n’importe quoi aux statistiques consiste à partir de chiffres relativement exacts dans leur comptage, puis à en fausser la signification par la manière dont ils sont classés sur le plan administratif.

    Ainsi, en dissociant les homicides « réussis » de ceux relevant des « coups et blessures » susceptibles d’entraîner la mort — mais évitée grâce à l’efficacité des moyens de secours actuels —, on fait artificiellement baisser le risque d’homicide.

    De même, en naturalisant en masse de nouveaux arrivants, comme on baptiserait une armée de païens à la lance à incendie, on fait artificiellement augmenter le nombre de crimes commis par des « Français », tout en diminuant mécaniquement celui des crimes attribués à des étrangers…

    Et c’est ainsi que nous en arrivons au nombre incalculable de « déséquilibrés » peuplant la rubrique des faits divers depuis ces dernières années, décrits comme tels aux journalistes par les forces de l’ordre avant tout examen psychiatrique sérieux, sur la base de certains comportements « signés » relevés dans de nombreuses agressions similaires.

    Ensuite, sur le plan judiciaire, les choses se compliquent, et l’on comprend très vite, sans entrer dans tous les détails, que les magistrats — en principe indépendants — sont toutefois contraints, en vertu d’une bien-pensance officielle non dite et encore moins écrite, d’écarter l’hypothèse pourtant probable d’une motivation raciste des crimes. Cela même lorsque celle-ci est reconnue par les mis en cause eux-mêmes ou qu’elle est patente pour quiconque, sans connaître les arcanes du dossier, dispose d’un minimum de bonne foi et d’une expérience concrète de la vie dans la nouvelle société française qui nous a été imposée malgré nous.

    Dès lors, si l’on s’acharne à ignorer, par exemple, l’hypothèse d’un racisme anti-blanc ou anti-français en dépit des évidences, face à certains crimes abusivement qualifiés de « gratuits », il ne reste plus, après un coup de baguette magique, qu’à faire basculer l’affaire dans le camp des experts (?) en psychiatrie. Et puis, abracadabra, la France que l’on aurait pu croire victime d’une incompatibilité culturelle de plus n’est soudain plus confrontée qu’à un nouveau problème de santé publique d’ordre psychiatrique…

    Et là encore, une fois de plus, nous sommes contraints de poser la question :
    « À qui la faute ? »

  5. Robert Marchenoir

    @ Florestan68 – le 26 décembre 2025
    « Cher Monsieur,
    Je n’ai pas pour habitude de commenter les commentaires des commentateurs, mais je fais ici une exception. Ce blog est un lieu d’échange fondé sur le respect de chacun. Que vous ne partagiez pas mon point de vue est tout à fait légitime, et je comprends que mes propos puissent choquer certaines âmes sensibles. En revanche, me traiter de « gros facho » constitue une insulte caractérisée qui n’a strictement rien à faire ici. Je vous remercie par avance de bien vouloir garder dorénavant pour vous ce genre de propos déplacés et méprisants. »

    Alors là, si je m’attendais à une chose pareille… Votre réaction est aussi amusante qu’atterrante. Loin d’être méprisant, loin d’être une critique de vos propos, mon commentaire était non seulement un éloge du vôtre, mais un hommage aux positions que vous défendez régulièrement ici. Et que je ne me suis jamais donné la peine de commenter jusqu’à présent, justement parce que, pour l’essentiel, je les partage.

    J’ignore qui vous êtes, mais vous me paraissez quelqu’un de lettré et de plutôt sage. Aussi je ne me serais jamais douté qu’à l’instar de tant de jeunes écervelés pullulant désormais, hélas, sur les réseaux sociaux, vous soyez aussi inaccessible à l’humour.

    Quand je vous qualifie de gros facho et de réac patenté, il s’agit, bien évidemment, d’ironie. C’est une façon de déplorer que vos positions, quoiqu’éminemment raisonnables, sont de celles qui valent l’insulte de « fasciste » si généreusement attribuée par la gauche.

    C’est naturellement une façon de dire que, moi aussi, je suis un « gros facho » dans cette acception. C’est une antiphrase. Un peu comme certains Noirs américains se qualifient eux-mêmes de « nigger », revendiquant l’appellation utilisée contre eux par malveillance.

    Vous n’êtes naturellement pas obligé de lire les commentaires d’autrui, mais enfin, ne serait-ce que par hasard, j’avais pensé que vous auriez pu le faire suffisamment par le passé pour que mes positions personnelles, explicitées au fil des années, vous aient évité cette interprétation radicalement opposée à mes intentions.

    Comme vous n’avez rien dit sur le fond de mon commentaire (si l’on peut trouver une telle substance dans une intervention de quatre lignes, volontairement superficielle pour une fois, qui avait pour seule ambition d’amuser), je précise que ma colère devant votre emploi du verbe invisibiliser était, également, feinte ou pour le moins exagérée. Évidemment.

    Il s’agissait simplement de manifester un certain amusement face à quelqu’un qui approuve régulièrement Éric Zemmour, mais qui, de façon aussi exceptionnelle qu’inattendue, emploie un terme du jargon inventé par l’extrême gauche.

    Je ne peux que vous encourager à discerner les différents niveaux possibles d’un discours, les différents types d’expression couramment employés en littérature, afin de ne pas prendre des vessies pour des lanternes et d’éviter de vous mettre inutilement la rate au court-bouillon.

    En espérant ne pas être accusé, cette fois-ci, d’insulter les énurésiques, les marchands de lampes à pétrole ou les cuisiniers.

  6. @ Florestan68
    le 25 décembre 2025

    « Joyeux Noël à vous ! »

    Merci d’avoir gratifié Philippe Bilger d’un « Joyeux Noël ! », auquel nous nous associons et que nous vous retournons également, puisque nous sommes encore dans la période de Noël, et non dans celle de l’un de ces horribles « Bonnes fêtes ! » inventés par des margoulins uniquement préoccupés de lucre…

  7. Le simple fait qu’une personne ait pu basculer momentanément dans un état de folie devrait constituer un indicateur sérieux pour la justice dès lors qu’il s’agit d’une folie meurtrière. Dans ce domaine, la morale et la justice ne peuvent se satisfaire de formules relevant du tout ou rien, telles que « guéri » (ou pas). On peut estimer que la société doit courir le risque de laisser circuler librement des individus dangereux, mais il faut alors énoncer clairement ce principe et se demander jusqu’à quel point il est acceptable, au lieu de s’abriter derrière des diagnostics médicaux unilatéraux et incertains, érigés en pronostics.

    Seule une petite proportion de fous tue. Et il s’agit toujours nécessairement de quelque chose d’épisodique, car personne ne tue vingt-quatre heures sur vingt-quatre : la plupart du temps, des barrières comportementales efficaces se mettent en place, même chez le fou aux penchants meurtriers, jusqu’au moment où ces barrières sautent lors d’une « décompensation ».

    Un épisode de ce type témoigne forcément d’une structure non seulement particulière, mais aussi fragile, et indique qu’une décompensation peut se reproduire chez cette même personne, avec une probabilité peut-être relativement faible dans le meilleur des cas, mais en tout état de cause beaucoup plus élevée que dans la moyenne de la population.

    Une structure mentale, une fois en place, ne change pas à l’âge adulte. Seule l’éventualité de la décompensation pose donc question. Le terme de « guérison » me paraît peu convaincant. Reste alors la question de la justice.

  8. @ Robert Marchenoir

    Cher Monsieur,

    Je n’ai pas pour habitude de commenter les commentaires des commentateurs, mais je fais ici une exception. Ce blog est un lieu d’échange fondé sur le respect de chacun. Que vous ne partagiez pas mon point de vue est tout à fait légitime, et je comprends que mes propos puissent choquer certaines âmes sensibles. En revanche, me traiter de « gros facho » constitue une insulte caractérisée qui n’a strictement rien à faire ici.
    Je vous remercie par avance de bien vouloir garder dorénavant pour vous ce genre de propos déplacés et méprisants.

  9. Que des actes puissent être considérés comme relevant de la folie, oui pourquoi pas. Quelle est la limite de la « normalité » ?
    Ce monsieur, fou selon le jugement, n’aurait jamais du être remis en liberté. On peut supposer d’un être « normal » la capacité de s’amender, puisqu’ayant conscience lorsqu’il les commet de l’anormalité de ses actes.
    D’un fou … d’autant que notre société ne s’intéresse qu’à la marge à ces fameux fous. On teste sur eux une palanquée de médicaments, on n’a pas de réelles solutions de rétablissement dans les normes de la société.
    Nous manquons de simplicité. Fou, d’accord. Il faudra se pencher quand même sur les limites qui définissent le passage à la folie. Récupérable ? Non. On enferme à vie.

  10. La question de l’irresponsabilité pénale, ou plus précisément celle de l’abolition du discernement au moment d’un crime, est une question très délicate, et Philippe Bilger est plus qualifié que nous pour l’évoquer. Il me paraît évident que l’on peut être « fou » lorsqu’on commet un crime et cesser de l’être quelque temps après. On n’est pas « fou » à vie, et vient un moment où celui qui a été déclaré pénalement irresponsable doit quitter l’institution psychiatrique. Souvenons-nous des débats provoqués par l’affaire Louis Althusser. Les difficultés viennent de la possibilité de considérer que la guérison est définitive ou, du moins, qu’il n’existe plus aucun danger de réitération d’un acte criminel. La décision ne peut incomber qu’à un collège de spécialistes ayant accompagné l’auteur des faits.

  11. Robert Marchenoir

    @ Achille – le 25 décembre 2025
    « Désormais, il ne faut plus utiliser le terme de « fou », car cela pourrait choquer les associations humanitaires. »

    Tûtafé. Ne dites pas fou, dites : personne en situation passagère de précarité mentale.
    ______

    @ Florestan68 – le 25 décembre 2025
    « Seriez-vous, vous aussi, victime de cette dictature des enragés de la laïcité qui consiste à invisibiliser cette fête ? »

    Rhâââ ! Pas ça, pas vous ! Un gros facho avec des certificats de réaquitude aussi impeccables que les vôtres ne peut pas utiliser le mot invisibiliser. Il est réservé aux gauchistes à cheveux rouges déconstructrices du patriarcat occidental.
    ______

    J’aime à rappeler cette mignonne anecdote : pendant la seconde guerre de Tchétchénie, un officier russe avait capturé une jeune fille avant de la ramener dans sa tente, de la violer et de la tuer.

    Les autorités n’ont pu faire autrement que de traduire le… comment dit-on, déjà ?… suspect en justice. Il fut reconnu coupable du viol comme du meurtre. Les juges, complètement indépendants, déclarèrent le malheureux coupable. Cependant, ils ajoutèrent qu’il était fou.

    Une profonde maîtrise du droit leur permit, toutefois, de constater que sa folie avait débuté juste avant le viol, et s’était terminée juste après le meurtre. En conséquence de quoi, il fut condamné à une peine symbolique (une quinzaine de jours de vacances dans un hôpital psychiatrique, si je me souviens bien), mais il fut mis à la retraite en conservant le bénéfice de sa pension militaire. Chose qui n’aurait pas été possible s’il avait été jugé fou permanent.

    1. Patrice Charoulet

      Ce n’est pas la première fois ici que vous montrez que vous avez peu d’attirance pour les femmes « à cheveux rouges ». Je partage votre aversion.
      J’y ajoute les femmes aux cheveux verts, bleus, roses ou violets. J’y ajoute aussi les femmes aux ongles noirs, bleus, verts, bruns ou multicolores.

  12. Cher Philippe,

    Votre dilemme sur la folie traitable (maladie soignée, libération risquée ?) renvoie à Foucault : un biopouvoir médicalisant le crime pour exclure les « anormaux ». Que pensez-vous d’une réforme juridique avec probation (GPS et IA anti-récidive) ? D’une charte victimaire pour humaniser les libérations (cf Arendt) ? Pour éviter un scepticisme humaniste dévastateur, pourquoi ne pas créer un observatoire narratif des « ombres » criminelles ?

  13. En réponse à votre titre, je dirais que les statistiques sont comme les bikinis : elles en montrent beaucoup, mais cachent l’essentiel. Dans le même ordre d’idées, il n’est pas nécessaire de manger le plat entier pour voir s’il est trop salé.

    Le double quinquennat de Macron est un catalogue complet de statistiques — sauf celles d’ordre ethnique et celles liées à la population de descendance immigrée (dont je fais partie).

    En attendant, le pays va moins bien et les gens se sentent de plus en plus privés de liberté. Et ce n’est pas une question de pouvoir d’achat, car Macron a, sur ce point, plutôt bien défendu ce dernier. Et cela, ce n’est pas statistique, mais bien réel.

    La personne criminelle à laquelle faisait référence Achille peut toujours trouver sa place dans un équarrissage pour sa reconversion.

  14. Cher Philippe Bilger,

    Ce n’est pas le criminel qui devrait être considéré comme pénalement irresponsable, mais bien ceux qui ont inventé ce concept totalement délirant, au nom d’une logique progressiste suicidaire qui consiste à se pousser du col pour ne pas passer pour un régime moyenâgeux.

    Aujourd’hui, il suffit d’avoir un comportement criminel hors norme, d’être sous l’emprise de quelque stupéfiant ou d’être victime d’une « bouffée délirante » pour être absous de ses crimes.

    Les belles âmes progressistes nous ont bourré le cerveau de ces inepties qui engendrent la délinquance : le fou est à l’asile ; ceux qui sont en liberté doivent être considérés comme pleinement responsables de leurs actes et en payer le prix fort.

    Si je partage votre avis sur la prostituée — dans le cas où elle n’aurait vraiment pas eu d’autre choix que celui d’éliminer son proxénète (qu’importe ici le nombre de coups de couteau) —, je ne partage absolument pas celui concernant l’auteur des 468 coups de couteau. Trop facile de passer pour un fou ! En eût-il donné un seul que cela n’aurait rien changé à l’affaire. Les proches de la victime peuvent se sentir abandonnés par une justice qui se moque de la victime comme d’une guigne : son obsession maladive est de trouver des explications — et donc des excuses — au criminel, histoire, là encore, de montrer à quel point notre société est évoluée et civilisée, et combien cette institution est en pointe dans ce domaine.

    Le terrible paradoxe, c’est que ce type de préoccupation perverse conduit directement à l’ensauvagement de notre société. Les assassins, invités et incités à continuer leur mortelle randonnée, en sont morts de rire, et les futures victimes n’ont que leurs yeux pour pleurer face à ce délire complet.

    Ajoutons que notre justice est conçue pour un peuple civilisé et éduqué. Or les nouvelles populations, issues de pays dits attardés, où l’on ignore — à juste titre — ce genre de fatras progressiste, où l’on ne se préoccupe pas du « profil psychologique, social, affectif, familial » du criminel, où l’on juge les faits et uniquement les faits, où l’on se soucie d’abord d’épargner les futures victimes, où les sanctions tombent dru et sont réellement dissuasives, où les conditions de détention ne donnent guère envie de séjourner en prison, se gondolent en voyant nos juges les traiter avec bienveillance et trouver à leurs agissements toutes les excuses du monde.

    Je ne saurais jamais assez répéter que notre justice laxiste et progressiste est la cause essentielle de la délinquance qui gangrène ce pays.

    Le jour où on la simplifiera à l’extrême, avec des peines forfaitaires dissuasives — exclusivement accomplies en camps de travail — et avec un principe simple : qui sème le vent récolte la tempête, la délinquance s’effondrera pour le plus grand bien-être de tous.

    Joyeux Noël à vous !
    (Vous ne postez étonnamment aucun message sur ce qui représente pourtant l’un des moments phares de l’année pour notre civilisation, celui où l’on a conscience de partager le même destin. Seriez-vous, vous aussi, victime de cette dictature des enragés de la laïcité qui consiste à invisibiliser cette fête ?)

  15. Philippe DAVID

    Merci, cher ami, d’avoir relaté notre échange viril mais correct dans Les Vraies Voix.
    Amitiés et joyeux Noël.

    Philippe

  16. Michel Deluré

    « On n’est pas forcément criminel et fou à vie. » (PB)

    Mais rien ne permet, hélas, d’affirmer à l’inverse que l’on puisse être définitivement guéri de sa folie, surtout lorsqu’elle a conduit à la commission d’un crime aussi abominable, au point de ne plus présenter le moindre risque pour la société.

    La société est déjà suffisamment exposée dans son quotidien pour qu’il soit légitime de se poser la question de savoir s’il est raisonnable d’augmenter encore ce risque en remettant en liberté un être qui, à un tel degré de folie — appartenant certes au passé —, a pu commettre un acte aussi glaçant, aussi horrifiant.

    La société, lorsque les circonstances l’exigent, ne doit-elle pas elle-même bénéficier du doute — en l’occurrence de l’absence totale de certitudes quant à la guérison de la personne internée à la suite d’un tel homicide — au même titre qu’un prévenu ordinaire bénéficie de la présomption d’innocence en l’absence de preuves établissant sa culpabilité ?

    Qu’un tel individu sorte de ce que vous appelez « la criminalité ordinaire », n’est-ce pas précisément ce qui le rend encore plus dangereux ?

  17. Curieux billet qui parle de mort violente et implicitement de la possession d’un individu par le Mal absolu, le jour où on célèbre la naissance de celui qui a vaincu la mort et le Mal par sa résurrection… Si on y croit évidemment !

    Je ne sais pas quoi dire.
    « Silence, silence, silence dans l’azur !
    Chaque atome de silence.
    Est la chance d’un fruit mûr ! »
    (p.c.c : Paul Valéry)

  18. « Loin de moi l’idée de chercher une quelconque vérité dans des propos attribués à Staline ; néanmoins, une formule qu’on lui prête — sans certitude quant à son authenticité — affirme qu’un mort relève de la tragédie, tandis que des milliers ne seraient plus qu’une statistique. » (PB)

    Quand on dresse la liste des victimes (femmes, enfants, personnes âgées) de prédateurs sexuels et de déséquilibrés (*) — liste qui ne cesse de s’étendre année après année —, il est clair que nous sommes entrés dans le domaine des statistiques.

    Je ne suis pas psychiatre, mais enfin j’ai du mal à imaginer qu’un individu ayant donné 468 coups de couteau à une septuagénaire soit en mesure — même après un traitement approprié de plusieurs années — de reprendre une vie « normale » dans la société. Il est évident qu’il s’agit d’un malade irrécupérable et qui, en liberté, présente un danger redoutable pour son entourage.

    (*) Désormais, il ne faut plus utiliser le terme de « fou », car cela pourrait choquer les associations humanitaires. Certaines pourraient même porter plainte !

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