Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Apologie d’un président qui ne pourra pas changer…

Mais je pose cette question et c’est la raison pour laquelle je défends Emmanuel Macron : que pourrait-il donc faire contre lui-même ? Il ne changera pas et on ne le changera pas. Il y a des causes impossibles à gagner. On n’est plus dans la politique.

Etrange, étranger partout ?

Cependant, sans qu’il faille y voir la moindre hiérarchie qualitative mais peut-être seulement cette certitude que sans gêne il n’y a pas de vérité possible, de soi ou des pensées qu’on propose, je ne me plains pas de me deviner souvent étrange, étranger, trop souvent. C’est une rançon que je vais continuer à payer. Si c’est à ce prix que doit s’évaluer ma liberté d’expression.

Gérald Darmanin n’est pas Nicolas Sarkozy…

Difficile de nier que Gérald Darmanin se déplace beaucoup, va partout où il considère que sa présence est nécessaire (ou qu’il l’imagine), son activité est inlassable, il occupe l’espace national, va à Mayotte puis revient, se prépare à des débats parlementaires de haute volée. Je ne peux pas ignorer qu’il y a dans cette frénésie et cette agitation productives beaucoup du Sarkozy d’hier.

LR : il faut que tout le monde ait sa chance…

Il est fondamental qu’au mois de novembre tout le monde ait sa chance. LR ne peut plus se permettre de promouvoir un sommet discutable quand une base entreprenante, avec des élans de rénovation et des convictions claires,, piaffe.

Fresnes : du pénitentiaire ou du ludique ?

À supposer que la réinsertion de la plupart soit possible, il faut mettre en avant tout ce qui pourra la favoriser : école, formation, culture, activités professionnelles. Et évidemment éliminer tout ce qui n’a aucun rapport avec elle et confortera le détenu dans la conviction que ce qu’il a accompli est bénin. À l’évidence le kart, la piscine et le tir à l’arc sont des superfluités choquantes.

Changer l’État de droit pour protéger les Français…

Changer une loi après l’autre sera un coup d’épée dans l’eau de la sécurité. Mais consentir structurellement à révolutionner notre état de droit sera décisif. Certes nous n’aurons plus le confort irresponsable de nous dire, face aux scandales, aux retards et à l’irritation des justiciables : ce n’est pas notre faute puisque nous respectons l’état de droit ! Ce dernier ne sera plus une excuse mais une aide.

Emmanuel Macron de nuit…

Certes on pourrait, au contraire, espérer un président tranquillement ordinaire, heureusement normal mais ce serait déplaire à Emmanuel Macron qui se moque d’être aimé mais poursuit avec constance ce double objectif : surprendre et faire ce qu’il veut car tel est son bon plaisir. La nuit est un fabuleux banc d’essai.

Non, pas une vie de tous les jours !

J’avoue avoir été frappé en plein coeur quand Antoine Blondin, écrivant sur Roger Nimier, l’ami, le frère avec lequel, durant treize ans, il a été en complicité constante, lui reconnaissait « l’art de ne pas faire de la vie quotidienne une vie de tous les jours ». C’est tout à fait cela, cette envie qui tenaille non pas forcément d’un exotisme superficiel mais d’une existence vous offrant un mouvement perpétuel à partir du plus simple, une révolution constante fondée sur la métamorphose de l’ordinaire en aventure intime.

L’Histoire à la tête du client…

L’Histoire à la tête du client n’est pas celle qui me touche et me convainc. Je préfère une plénitude qui ramasse et rassemble tout, au risque de choquer les conformismes, à une sélection délétère et hémiplégique qui ne nous apprend rien mais se pose en directeur de conscience.

À la recherche d’Eric Zemmour…

J’aimerais me glisser une seconde dans la peau d’Eric Zemmour pour connaître sa réponse à toutes mes interrogations. Il détesterait mon apitoiement sur lui mais pourtant je ne peux m’empêcher d’éprouver une sorte de mélancolie face à tant d’illusions perdues, à tant de maladresses évitables, à tant de talent gâché et à tant de vérités condamnées par leur extrémisme stérile.