Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Si j’étais policier…

Je m’opposerais à tous les donneurs de leçons. Aux vertus qu’on exige de nous, connaîtrait-on beaucoup de politiques, de magistrats et d’avocats dignes d’être policiers ? Je sais que parmi nous il n’y a pas que des « aigles » et qu’il est dangereux de donner du pouvoir à des médiocres. Mais là aussi qu’attend-on ? Comme dans la magistrature qui a aussi ses incompréhensibles protections, nous avons nos « brebis galeuses ». Il faut s’en débarrasser. Rien cependant n’autorise qui que ce soit à se poser en face de nous comme modèle éthique. La fonction de policier est une charge, un honneur, parfois une souffrance. Auxiliaire de tranquillité publique et de démocratie, comme les magistrats et les avocats sont auxiliaires de justice. Rien de plus, rien de moins. Si j’étais policier…

Plus convenable que l’UMP, tu meurs !

Demain, quand Frédéric Mitterrand se rendra en visite ici ou là, faudra-t-il, pour plaire à l’UMP et pour ne pas encourir ses foudres éthiques, crier d’une seule voix : nous sommes tous des homosexuels ! Puisqu’apparemment déclarer qu’on ne l’est pas est blessant pour qui l’est ! Jean-Marc Ayrault a bien fait de se taire et de laisser dire.

Une Justice d’éloignement

Que les députés ne s’y trompent pas: continuer ce mouvement subtil de dégradation de ce qui constitue le coeur de la justice – la chaleur et la vie, les psychologies, les sensibilités, le dialogue, l’écoute, la recherche acharnée mais honnête de l’innocence ou de la culpabilité – ne pourra que rassembler les magistrats. Non pas pour eux-mêmes, à cause d’un médiocre corporatisme. Mais pour le citoyen.

Marianne-BHL : un modèle d’empoignade

Dans Marianne, en effet, BHL s’est grandi et les journalistes n’ont pas été défaits. Le simple fait de participer à une telle joute, de la pousser jusqu’à ses extrêmes limites a été une victoire pour lui comme pour eux.

Si les profs de Vitry étaient des Conti !

Ils sont vraiment nuls, ces profs. Il leur suffisait d’imiter les Conti. Ils ne l’ont pas fait, ne le feront pas. C’est pour cela qu’ils honorent leur passionnant et difficile métier et méritent notre soutien de citoyens.

Fofana : la publicité pour quoi, pour qui ?

Rien ne me paraîtrait plus légitime que de réfléchir à tête reposée, sans l’invocation d’une « immense émotion » qui ne constitue pas une argumentation décisive pour cette modification « sur mesure », à une réforme éventuelle de la justice des mineurs. Pas comme cela, pas avec cette hâte seulement destinée à offrir au procès en appel, à la fin de cette année, un ciel ouvert qui satisfera seulement l’avocat de la famille Halimi et Youssouf Fofana. Que surtout on n’abuse pas des grands principes qui ne sont destinés qu’à favoriser de petits calculs et de piètres vanités. Je regrette vraiment que la commission des lois m’ait oublié mais rien n’est perdu. Le 16 février, en séance, l’Assemblée nationale sera saisie de la proposition de François Baroin. Il n’est pas interdit d’espérer que Jack Lang par exemple perçoive que les choses sont loin d’être aussi simples qu’on lui a prétendu. Rien n’est joué.

Laurent Fabius : une « tronche » intelligente

C’est une des conséquences regrettables de la judiciarisation de la pensée que de réduire la réponse à n’importe quelle polémique en l’inscrivant dans un espace où seuls deux adversaires – celui qui assigne, celui qui se défend – vont s’affronter. Nul doute, aussi, qu’une attitude moins pertinente de Laurent Fabius aurait trop vite éteint la controverse dans l’attente longue, très longue de la décision de justice.

La vérité introuvable

Ce qui constitue un doute généralisé sur tous les propos officiels relatifs à Clearstream – je ne parle évidemment pas de Dominique de Villepin chez qui le serein, en certaines circonstances et pour son propre intérêt, devrait étouffer le flamboyant – ne s’arrête pas à cette affaire mais semble représenter une tendance lourde qui s’assimile à une défiance systématique des paroles publiques. Pourquoi pour Clearstream ?

Le coeur de J.D Salinger ne peut plus être attrapé

Merci à J.D Salinger d’avoir créé, il y a si longtemps, pour l’éternité. On n’a pas si souvent ce genre de joie, ce bonheur inaltérable. On doit tout pardonner au vieillard au nom de l’homme de 31 ans qui, en 1951, a inventé, par la sensibilité et le style, une oeuvre plus forte que toutes les désillusions

Nicolas Sarkozy : entre politique et démocratie

Nicolas Sarkozy a fait enfin se rejoindre politique et démocratie. Il a accepté la décision. Henri Leclerc, l’un des avocats de Dominique de Villepin, a salué sa sagesse. Qu’on ne dise pas, pour minimiser la portée de son abstention, qu’une partie civile n’a pas le droit d’interjeter appel. Il a suffi d’un avocat de partie civile et du CRIF pour que le garde des Sceaux ordonne un appel contre un arrêt exemplaire dans Fofana et autres. Imaginons alors le poids du désir du président sur un parquet parisien à l’évidence pas indifférent à son écoute ! On doit créditer le président de ce qu’il fait cesser, de ce qu’il aurait pu faire continuer (nouvelobs.com, Le Parisien, Le Monde, Le Figaro, jdd.fr). Soudain, on respire de l’air frais.