Il est instructif de se pencher sur la vie interne des partis. Par exemple, je me demande si un jour LFI échappera à l’emprise délétère de Jean-Luc Mélenchon. Je ne cesse d’aspirer à ce que Bruno Retailleau fasse preuve de l’autorité que l’on espère de lui et qu’au mieux Laurent Wauquiez soit remis à sa juste place, qui est secondaire, dans une droite redevenue authentique et convaincante grâce au président de LR.
Aujourd’hui, et par rapport à l’échéance présidentielle de 2027, le mouvement le plus passionnant se déroule au sein du Rassemblement national, avec l’éclairage de la campagne pour les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars.
Il est manifeste qu’une tendance dominante se dessine, qui non seulement semble avoir pris acte du risque d’inéligibilité de Marine Le Pen (MLP), mais qui, depuis quelque temps, souhaite la candidature de Jordan Bardella (JB), même si la première demeure éligible.
Ce n’est pas la loyauté de JB qui est mise en cause, puisqu’il a encore rappelé récemment qu’il ne s’apprêtait qu’à être Premier ministre. Il n’empêche que la manière dont JB est accueilli partout par les militants et les sympathisants du RN, bien au-delà de la promotion et de l’enthousiasme ayant présidé aux séances de signatures de son second livre, montre qu’une évolution radicale s’est produite.
On est passé, de MLP à JB, à une autre atmosphère, à un climat différent. On a quitté la candidate pour aller vers la « vedette » (Le Monde, sous la signature de Corentin Lesueur).

Pourquoi JB relègue-t-il désormais MLP dans une moindre lumière, avec la bonne conscience que lui procure la justification judiciaire susceptible de l’accabler ?
Les propos, rapportés dans l’excellent article que j’ai évoqué plus haut, relèvent, dans leur adhésion à JB, d’un mélange de considérations politiques et de données psychologiques. Pour l’un, « il apporte une jeunesse dans les idées de Marine, du réalisme et de l’espoir dans nos vies ». Pour l’une, si elle ne peut citer un élément de son programme, elle « sent qu’il sait prendre en main les choses » et qu’il n’a rien « d’extrême ». Pour une autre enfin, « l’âge n’est jamais un problème pour les génies. Nous avons Beethoven en musique. Et Jordan en politique ».
On aurait bien tort de se moquer de ces dithyrambes : ils sont révélateurs.
Il est ironique – il ne faut jamais oublier que la vie politique est riche en surprises de ce type – de constater que JB bénéficie d’abord de n’être pas soumis aux critiques habituelles adressées aux candidats que, d’une certaine manière, on a trop vus, qui appartiennent à l’univers classique de ceux qui tentent leur chance sur un mode renouvelé et relèvent, en quelque sorte, d’un ancien monde. Avec ce singulier paradoxe que l’on éprouve l’impression que MLP a déjà été « essayée », alors qu’elle ne l’a jamais été !
Tandis que JB ne porte pas le nom de Le Pen et peut difficilement se voir reprocher les origines troubles et lointaines d’un parti dont il n’a connu que la normalisation, son argumentation, aussi peu inventive soit-elle, résonne néanmoins comme quelque chose de neuf pour des oreilles pourtant expérimentées, et plus encore pour cette jeunesse séduite par ce possible candidat ayant peu ou prou son âge.
Il est patent – qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite – que JB a quitté les territoires usuels de la politique, où l’on est certes loué mais aussi critiqué, où l’on peut susciter des réserves, pour atteindre cette zone magique où l’essentiel n’est plus ce que l’on pense ou ce que l’on dit, mais ce que l’on représente : une incarnation qui, par le seul fait qu’elle existe et qu’elle irradie, rassure, tranquillise, fait espérer, engendre un sentiment d’absolue confiance, comme si l’être JB garantissait à lui seul le succès des entreprises politiques à venir.
JB est désormais perçu comme une star et, dans la campagne présidentielle, s’il est en lice, il conviendra certes de lui répliquer, de le contredire sur le plan politique – il y aura du grain à moudre – mais surtout de ne pas oublier qu’on ne défait l’aura d’une star qu’en lui opposant une espérance, une lumière plus fortes qu’elle.
À droite comme à gauche, il y a donc encore beaucoup de travail à accomplir.