Du triste mais indéniable avantage d’être une brute…

À Davos, l’Europe a reçu une leçon. De Donald Trump, le président américain, et de Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. Mais sur des registres très différents.

Le premier a délivré un très long message sur un ton arrogant et dominateur : l’Europe est coupable, elle doit se réformer et, en quelque sorte, les États-Unis, sous sa conduite, servent de modèle. Le second, plus modestement, s’est efforcé d’attirer l’attention des pays européens sur certaines de leurs faiblesses.

Je ne suis pas naïf et je me doute bien que cette divergence entre injonctions et conseils tient d’abord au fait que l’Europe a besoin de Donald Trump (DT), tandis que Volodymyr Zelensky (VZ) a besoin de l’Europe.

Il n’empêche que, sur le fond, sans être un spécialiste de la vie internationale, je me sens naturellement plus en accord avec l’examen de conscience que nous suggère VZ qu’avec l’autoritarisme narcissique et désordonné de DT.

VZ, reprochant à l’Union européenne d’être « trop lente, trop désunie, trop intellectuelle » (JDD), énonce en effet des faiblesses qui, au-delà des hommages convenus à l’esprit européen, aux valeurs occidentales et à notre qualité civilisationnelle, justifieraient que les dirigeants européens se penchassent sur eux-mêmes, en acceptant une remise en cause de leur manière d’agir ou de réagir.

Je perçois bien ce que VZ entend par « trop intellectuelle », d’autant plus clairement que ce reproche pourrait, paradoxalement, être formulé à l’encontre d’Emmanuel Macron dans sa pratique présidentielle, alors qu’en même temps, dans une Europe sans ressort, il a plutôt été un aiguillon qu’un frein.

L’excès d’intelligence, contrairement à la brutalité d’un DT – dont certaines décisions ont été qualifiées comme telles par EM -, est ce qui donne toujours de bonnes raisons pour ne rien accomplir, pour ne pas résister, pour réfléchir tellement avant, qu’après la moindre initiative perd toute efficacité.

C’est une tristesse, aujourd’hui, de voir le climat géopolitique offrir un triomphe facile aux atypiques et aux brutaux, aux Trump comme aux Poutine. Et l’on n’est pas forcément consolé quand on se persuade que le premier au moins vient au soutien des principes démocratiques. Ce qui peut susciter une part de doute !

Je ne peux me défaire d’une forte envie de continuer à saluer le président VZ, trop souvent vilipendé, calomnié, alors qu’il se bat comme il peut, inlassablement, pour son pays, contre un agresseur qui, dans la guerre comme dans une pseudo-accalmie, continue à tuer.

Et qu’il vient murmurer à l’oreille de l’Europe ce qu’elle devrait corriger. Et pas seulement pour la sauvegarde de l’Ukraine.

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Amis, oui, mais comment ?

Voir les Commentaires (1)
  1. Comme le souligne l’interviewer, les analyses historiquement très solidement fondées de Niall Ferguson, même si l’on ne partage pas son idéologie, sont inspirantes. Elles placent l’Europe, notamment sur la question ukrainienne mais pas seulement, face à ses responsabilités :

    https://www.youtube.com/watch?v=nHsh38hCEfc

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